Flâner entre le rêve et le poème… Ouvrir la cage aux arpèges… Se noyer dans un mot… S'évaporer dans les ciels d'un tableau… Prendre plaisir ou parfois en souffrir… Sentir et ressentir… Et puis le dire – S'enivrer de beauté pour se forcer à croire !
Parce que la forme est contraignante, l’idée jaillit plus intense. Tout va bien au sonnet : la bouffonnerie, la galanterie, la passion, la rêverie, la méditation philosophique. Il y a, là, la beauté du métal et du minéral bien travaillés.
Charles Baudelaire (lettre à Armand Fraisse – 1860)
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Et, plus encore que toutes les autres formes du poème, peut-être en vertu de ses propres contraintes elles-mêmes, le sonnet semble porter en lui une part supplémentaire de musicalité et d’intimité mêlées qui lui confère une dualité particulière : celle d’exprimer un débat intérieur qui s’adresserait à l’autre.
Jacques Darras (poète lui-même et éminent traducteur des poètes tels que Malcom Lowry, Walt Whitman ou Ezra Pound) affirme même compter, dans les sonnets de Shakespeare, trois personnages : « celui à qui on s’adresse, celui qui parle et celui qui s’interroge. »
« Shall I compare thee to a summer’s day ? »
Maurice (Peter O’Toole), ancien acteur renommé, septuagénaire amoureux de sa très jeune nièce dont il essaie d’être le Pygmalion, se laisse emporter dans sa méditation par les vers du célèbre Sonnet XVIII de Shakespeare, dans cette scène du film « Venus » de Roger Mitchell. Susurrant le poème, Lire la suite Poésie à trois personnages – Sonnet XVIII
Faire d’un mot une barque, c’est là tout mon travail !
Eugenio De Andrade (1923–2005)
Le sourire
Je crois que ce fut le sourire, le sourire qui ouvrit la porte. C’était un sourire avec beaucoup de lumière à l’intérieur et qui donnait envie de l’envahir, de se déshabiller, et rester nu dans ce sourire. Courir, naviguer, mourir dans ce sourire.
in « L’autre nom de la terre » – 1988
O sorriso
Creio que foi o sorriso, o sorriso foi quem abriu a porta. Era um sorriso com muita luz lá dentro, apetecia entrar nele, tirar a roupa, ficar nu dentro daquele sorriso. Correr, navegar, morrer naquele sorriso.
Ô vieux piano d’ébène, image de ma vie, Comme toi du bonheur ma pauvre âme est ravie, Il te manque une artiste, il me faut L’Idéal…
Émile Nelligan (1879-1941) – extrait du poème « Vieux piano »
Non, non ! Nous ne nous laisserons pas aller, un lundi matin, sur les arpèges nostalgiques de la poésie de Nelligan. Nous commencerons notre semaine par une déclaration d’amour, souriante, fraîche, tonique… et lumineuse des sourires qui en habilleront les jours. Une déclaration d’amour au plus merveilleux des instruments de musique : le piano.
Ferdinand Hodler (1853-1918) – Genève – Regard dans-l’infini III – 1903-1906
« Les mots, les vers, si libres ou tendus qu’ils soient, si héroïques qu’ils paraissent, ne font que reproduire, en poésie, l’inépuisable vocation de l’homme à outrepasser vainement ses propres limites, à se brûler les ailes en s’élançant vers l’absolu pour retomber toujours. Mais ce qui fait le prix d’une telle impatience est justement la répétition de son envolée, son absence de résignation, cette façon qu’a l’homme de se sentir exister plus vivement dans la déchirure, et de regarder la vie avec un regard infini faute de considérer l’infini avec le regard même de la vie »…
La clé de la musique de Bach : le désir d’évasion du temps. [….]
Les évolutions de sa musique donnent la sensation grandiose d’une ascension en spirale vers les cieux. Avec Bach, nous nous sentons aux portes du paradis ; jamais à l’intérieur. Le poids du temps et la souffrance de l’homme tombé dans le temps accroissent la nostalgie pour des mondes purs, mais ne suffisent pas à nous y transporter. Le regret du paradis est si essentiel à la musique de Bach qu’on se demande s’il y a eu d’autres souvenirs que paradisiaques. Un appel immense et irrésistible y résonne comme une prophétie ; et quel en est le sens sinon qu’il ne nous tirera pas de ce monde ? Avec Bach, nous montons douloureusement vers les hauteurs. Qui, en extase devant cette musique, n’a pas senti sa condition naturellement passagère ; qui n’a pas imaginé la succession des mondes possibles qui s’interposent entre nous et le paradis ne comprendra jamais pourquoi les sonorités de Bach sont autant de baisers séraphiques.
Emil Cioran (1911-1995)
(in « Le livre des leurres » – 1936)
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Toute prétention mise à part, évidemment, je dirais volontiers que fréquenter Cioran m’est une manière de dialogue avec moi-même au bout duquel le miroir finit toujours par l’emporter.
« Ruht wohl – Chœur final de la Passion selon Saint Jean ». Ainsi avais-je annoté, il y a bien longtemps, la marge de ce paragraphe du « Livre des leurres » d’où sont extraites les phrases citées en exergue de ce billet. Cette mention musicale pour illustrer ma découverte de ce texte, – je m’en souviens précisément – s’était spontanément imposée à la mine de mon crayon sans qu’à aucun instant, aucun autre des mille merveilleux « baisers séraphiques » que le Cantor de Leipzig aurait pu alors m’adresser ne tentât de contrarier mon commentaire pour moi-même.
Ni les années, ni les relectures et les écoutes ne m’ont convaincu de changer mon choix. Nulle part ailleurs dans l’œuvre de Bach, me semble-t il, on ne saurait percevoir avec autant d’intensité cette « construction en spirale qui indique par ce schéma même l’insatisfaction devant le monde et ce qu’il nous offre, ainsi qu’une soif de reconquérir une pureté perdue ». Et, partant, notre irrépressible désir d’Autre et d’Ailleurs. Ainsi, résigné à l’impermanence de notre condition, accédons-nous, à travers les accents sereins de ce chant, au chemin du Paradis dont Bach ne nous ouvre pas les portes. Car ce chœur, à l’instar de toute l’œuvre de Bach, est un chant du voyage.
Le plus beau peut-être, pour conduire notre évasion de ce monde et du temps, par le haut, en escaladant le Ciel – et quel que soit le commerce que l’on entretienne avec Dieu.
Se laisser aspirer par le souffle ascendant des anges !
Jean-Sébastien Bach
Ruht wohl, ihr heiligen Gebeine / Passion selon Saint-Jean BWV 245 Netherlands Bach Society
Chœur
Ruht wohl, ihr heiligen Gebeine, die ich nun weiter nicht beweine, ruht wohl, und bringt auch mich zur Ruh’.
Das Grab, so euch bestimmet ist, und ferner keine Not umschließt, macht mir den Himmel auf, und schließt die Hölle zu.
Ruht wohl…
Reposez en paix, saints ossements, que désormais je ne pleure plus ; reposez en paix, et emmenez-moi aussi vers le repos.
Le tombeau, tel qu’il vous est destiné,
et qui, de plus, ne recèle aucune détresse,
m’ouvre le ciel,
et ferme les enfers.
Reposez en paix…
Choral
Ach Herr, laß dein lieb’ Engelein Am letzten End’ die Seele mein Im Abrahams Schoß tragen ; Den Leib in sein’m Schlafkämmerlein Gar sanft, ohn’ ein’ge Qual und Pein, Ruhn bis am jüngsten Tage !
Alsdann vom Tod erwekke mich, Daß meine Augen sehen dich In aller Freud’, o Gottes Sohn, Mein Heiland und Genadenthron ! Herr Jesu Christ, erhöre mich, Ich will dich preisen ewiglich !
Ah, Seigneur, laisse tes chers angelots, à la dernière extrémité, mon âme porter (par eux) dans le sein d’Abraham ; mon corps, dans sa petite chambre de repos, bien doucement, sans aucun tourment ni peine, (laisse) reposer jusqu’au dernier jour !
Alors, de la mort éveille-moi, que mes yeux te voient en toute joie, ô fils de Dieu, mon Sauveur et Trône de grâce ! Seigneur Jésus Christ, exauce-moi ; je veux te louer éternellement !
Le soleil qui se lève chaque matin à l’est et plonge tous les soirs à l’ouest sous le drap bien tiré de l’horizon poursuit son destin circulaire cadre doré enchâssant le miroir où tremblent les reflets d’hommes et de femmes jetés sur une ombre de terre par l’ombre d’une main qui singe la puissance
Edmond Rostand (Cyrano de Bergerac – Acte V, Scène 6)
Roxane et sœur Marthe (1909) – Cyrano de Bergerac via vintagemarlene.tumblr.com
Ah! Roxane ! Légendaire Roxane, dont la robe fut peut-être la première que j’eus jadis, adolescent déjà rêveur de gloires illusoires, envie de suivre éperdument…
Roxane aux multiples visages, d’abord précieuse fréquentant les salons où l’on devisait sur LeTendre ; gamine, se laissant séduire par les mirages des apparences, découvrant l’amour au travers des mots, sur un balcon ; intrépide héroïne traversant seule les lignes de front, certaine de la profondeur inconditionnelle de son amour, indépendant désormais de la beauté de l’aimé ; bien jeune veuve, enfin, vierge et fidèle, retirée dans un couvent pour conserver intact le souvenir de cet amour.
§
Roxanne ! You don’t have to wear that dress tonight
Walk the streets for money
You don’t care if it’s wrong or if it’s right.*
« Roxanne » – Chanson de Sting (1978)
*Roxanne, tu n’es pas obligée de porter cette robe ce soir De marcher dans la rue pour de l’argent Tu n’en as rien à faire de savoir si c’est bien ou si c’est mal !
L’été respire au bout de ce récif de toits, L’été de ton amour plein de mélancolie, L’été qu’on voit mourir un peu dans chaque jour Qui roule jusqu’ici ses falaises de suie. Églogue fatiguée, l’on entend la chanson Très pure d’un oiseau au milieu du silence. Regarde s’enfuir le plus beau temps de la vie, Le plus beau temps du cœur, la mortelle saison De la jeunesse aux noirs poisons. Voici la route, Ce saut de feu dans le délire des cigales Et de bons parapets pour reposer tes bras. Dans le ciel campagnard meurt le maigre charroi, S’envolent les décors barbares des passions : Petits balcons de fer écumant d’églantines, Escalades des murs titubants, dérision Des dorures, outremer houleux des orages. Tu ne reconnais plus ces folles mousselines Dans tout ce bleu que fait resplendir sans raison Chaque matin, parmi plusieurs enfantillages, L’été de ton amour, la saison du bonheur.
Aimer quelqu’un, c’est le lire. C’est savoir lire toutes les phrases qui sont dans le cœur de l’autre, et en lisant le délivrer. C’est déplier son cœur comme un parchemin et le lire à haute voix, comme si chacun était à lui-même un livre écrit dans une langue étrangère.
Christian Bobin (« La lumière du monde » – Folio / Gallimard – 2003)
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Heureux l’instant d’une improbable rencontre entre deux poètes sur la passerelle qu’ils ont construite sans le savoir, mot après mot, par-dessus le temps, l’espace, et leurs différences, pour parler d’amour !
Quand l’un affirme l’autre questionne, et pourtant tous les deux, dans le même souffle d’une sensibilité partagée, donnent sa vraie valeur à ce silence inquiet qui parfois prend place, un moment, entre deux amants.
N’est-ce pas dans la lisibilité de ces silences que s’inscrit la grandeur du sentiment ?
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Théâtre des Champs Élysées – 1984
Tu penses à quoi ? A la langueur du soir dans les trains du tiers monde ? A la maladie louche ? Aux parfums de secours ? A cette femme informe et qui pourtant s’inonde ? Aux chagrins de la mer planqués au fond des cours ?
Tu penses à quoi ? A l’avion malheureux qui cherche un champ de blé ? A ce monde accroupi les yeux dans les étoiles ? A ce mètre inventé pour mesurer les plaies ? A ta joie démarrée quand je mets à la voile ?
Tu penses à quoi ? A cette rouge gorge accrochée à ton flanc ? Aux pierres de la mer lisses comme des cygnes ? Au coquillage heureux et sa perle dedans Qui n’attend que tes yeux pour leur faire des signes ?
Tu penses à quoi ? Aux seins exténués de la chienne maman ? Aux hommes muselés qui tirent sur la laisse ? Aux biches dans les bois ? Au lièvre dans le vent ? A l’aigle bienheureux ? A l’azur qu’il caresse ?
Tu penses à quoi ? A l’imagination qui part demain matin ? A la fille égrenant son rosaire à pilules ? A ses mains mappemonde où traîne son destin ? A l’horizon barré où ses rêves s’annulent ?
Tu penses à quoi ? A ma voix sur le fil quand je cherche ta voix ? A toi qui t’enfuyais quand j’allais te connaître ? A tout ce que je sais de toi et à ce que tu crois ? A ce que je connais de toi sans te connaître ?
Tu penses à quoi ? A ce temps relatif qui blanchit mes cheveux ? A ces larmes perdues qui s’inventent des rides ? A ces arbres datés où traînent des aveux ? A ton ventre rempli et à l’horreur du vide ?
Tu penses à quoi ? A la brume baissant son compteur sur ta vie ? A la mort qui sommeille au bord de l’autoroute ? A tes chagrins d’enfant dans les yeux des petits ? A ton cœur mesuré qui bat coûte que coûte ?
Tu penses à quoi ? A ta tête de mort qui pousse sous ta peau ? A tes dents déjà mortes et qui rient dans ta tombe ? A cette absurdité de vivre pour la peau ? A la peur qui te tient debout lorsque tout tombe ?
Tu penses à quoi ? Tu penses à quoi, dis ? A moi ? Des fois ?… Je t’aime !
Je suis le contrebandier, Et j’ai l’art d’inspirer le respect. Je sais défier n’importe qui, Et je ne crains personne. Alors, vive la joie, vive la joie ! …
Tu peux toujours chanter ton arrogance, beau baryton de contrebandier, sur l’air enjoué que t’a composé Robert Schumann dans un de ses légers Spanisches Liederspiel (Lieder sur des poèmes espagnols), auquel il a donné ton nom (« Der Kontrabandiste »). Mais n’oublie pas de courir vite si tu ne veux pas qu’au terme de ta fuite éperdue une superbe gendarmette, juchée sur ses escarpins aux diaboliques talons de quatorze centimètres, ne te rattrape du bout des doigts…
A moins que, comme moi, tu ne choisisses de te rendre…
Si, comme on veut le lire en raccourci dans une sourate du Coran, tuer un homme c’est tuer l’humanité tout entière, alors, tuer un enfant, crime ultime, ne serait-ce pas, de surcroît, aller jusqu’à vouloir priver cette humanité de la possibilité même de sa renaissance ?
Nice – Promenade des Anglais (vers 1965)
∞
Puisse ce lied de Schubert, interprété dans l’intimité de leur salon, par deux des plus merveilleux artistes lyriques du XXème siècle, à l’automne de leurs vies, m’aider à exprimer toute ma compassion envers les habitants d’une ville, Nice, qui abrite à chaque coin de ses rues un de mes souvenirs d’enfance, d’adolescence, de jeunesse ou de maturité. Il n’est pas rare, encore aujourd’hui, à chacune de mes visites, que d’une fenêtre ou d’une autre un ami me salue…
Que ce chant sensible nous aide à ne pas attendre les dernières lucidités de la vieillesse pour nous apercevoir que le plus juste et le plus beau symbole de la vie c’est sans conteste l’enfance ! Quel trésor est-il plus digne de nos égards et de notre protection ?
La jeune fille
Va-t’en ! Ah ! va-t’en ! Disparais, odieux squelette ! Je suis encore jeune, va-t-en ! Ne me touche pas !
La Mort
Donne-moi la main, douce et belle créature ! Je suis ton amie, tu n’as rien à craindre. Laisse-toi faire ! N’aie pas peur, Viens doucement dormir dans mes bras !
Lied de Schubert : « Der Tod und das Mädchen » (La jeune fille et la Mort)
Júlia Várady & Dietrich Fischer-Dieskau
Das Mädchen
Vorüber! Ach, vorüber!
Geh, wilder Knochenmann!
Ich bin noch jung, geh Lieber!
Und rühre mich nicht an.
Der Tod
Gib deine Hand, du schön und zart Gebild !
Bin Freund, und komme nicht, zu strafen.
Sei gutes Muts! ich bin nicht wild,
Sollst sanft in meinen Armen schlafen !
Un livre doit remuer des plaies, en provoquer même. Un livre doit être un danger.
Cioran (Ébauches de vertige)
Cyril De la Patellière (Né en 1950) – La liseuse – Gap – place Alsace-Lorraine
Mais il est bon que la conscience porte de larges plaies, elle n’en est que plus sensible aux morsures. Il me semble d’ailleurs qu’on ne devrait lire que les livres qui vous mordent et vous piquent. Si le livre que nous lisons ne nous réveille pas d’un coup de poing sur le crâne, à quoi bon le lire ? Pour qu’il nous rende heureux, comme tu l’écris ? Mon Dieu, nous serions tout aussi heureux si nous n’avions pas de livres, et des livres qui nous rendent heureux, nous pourrions à la rigueur en écrire nous-mêmes. En revanche, nous avons besoin de livres qui agissent sur nous comme un malheur dont nous souffririons beaucoup, comme la mort de quelqu’un que nous aimerions plus que nous-mêmes, comme si nous étions proscrits, condamnés à vivre dans des forêts loin de tous les hommes, comme un suicide — un livre doit être la hache pour la mer gelée en nous. Voilà ce que je crois.
Franz Kafka – Extrait d’une lettre à Oskar Pollak(Janvier 1904)
How long can a moment like this belong to someone ?
Vielle histoire, intemporelle et si banale, que cette « aventure sur la 8ème Avenue » à Manhattan ! Celle de l’éternelle rencontre : un homme, une femme, des doigts qui s’entrelacent « comme rubans de lumière », l’intense émotion réciproque d’un amour partagé d’où s’échappent des rêves fous et audacieux que la réalité s’empresse de dissiper, la persistance troublante d’un parfum, la caresse d’une chevelure défaite, des « pourquoi » sans réponses, un souffle de mélancolie… Et puis, un brin de poésie, une guitare pour escorter la nostalgie, et la voix, de loin venue, qui toujours se souvient…
Le grand malheur de cette société moderne, sa malédiction, c’est qu’elle s’organise visiblement pour se passer d’espérance comme d’amour ; elle s’imagine y suppléer par la technique, elle attend que ses économistes et ses législateurs lui apportent la double formule d’une justice sans amour et d’une sécurité sans espérance.
Georges Bernanos (1888-1948)
Conférence aux étudiants brésiliens – Rio – 1944 (in « Essais et écrits de combats » – La Pléiade)
L’actualité cinglante d’une pareille sentence, 70 ans après les déflagrations qui l’ont sans doute, pour partie, sinon inspirée, du moins renforcée, est plus accablante encore qu’il n’y paraît, car, outre le redoutable rappel de nos vices et de nos carences, elle constitue un terrible témoignage de notre tragique incapacité à apprendre de nos désespoirs vaincus, à grimper, pour grandir, sur les ruines de nos bassesses passées, à libérer du tréfonds de nos cœurs la part, aussi infime soit-elle, de l’enfant que pourtant nous ne pouvons cesser d’être.