Flâner entre le rêve et le poème… Ouvrir la cage aux arpèges… Se noyer dans un mot… S'évaporer dans les ciels d'un tableau… Prendre plaisir ou parfois en souffrir… Sentir et ressentir… Et puis le dire – S'enivrer de beauté pour se forcer à croire !
Giovanni Boldini (1842-1931)- La comtesse de Rasty allongée
À peine
À peine si le vent retrousse un peu la mer, Fait mousser sur son bleu un coin de jupon blanc. À peine si le sang à ton front quand tu dors Compte tout doucement l’aller-retour du temps.
À peine si les cris des enfants sur la plage Se mélangent au flot qui chuchote ses plis. À peine si le blanc d’un tout petit nuage Éclabousse le bleu du ciel ourlé de gris.
À peine si j’écris, à peine si tu dors, À peine s’il fait chaud, à peine si je vis. Et je ferme les yeux croyant laisser dehors Tout ce qui n’est pas toi, mon amour, endormi.
Picasso – Arlequin 1923 / Serge Reggiani / Francis Blanche
Serge Reggiani dit Francis Blanche
‘ Arlequin assassiné ‘
Arlequin Arlequin poignardé Sur les quais du vieux Londres L’enquête est mal conduite Et Scotland Yard s’y perd On a fouillé en vain la chambre A Denton Square La dame de l’hôtel refuse de répondre On recherche un vieux clown Qui le soir du crime Réparait sur les docks Un cerceau en papier Car en effet, lui seul pourrait Nous révéler quelle était la chanson Que chantait la victime Interpol a lancé trois agents sur l’affaire
On a interrogé les amis du défunt Polichinelle à Rome Colombine à Berlin Et Pierrot, Pierrot qui faisait Du ski à Val d’Isère Tous trois ont répondu D’un air un peu bizarre Car ils savent déjà Que ce sera bientôt leur tour Ils connaissent le nom du tueur de guitare Mais pendant ce temps-là L’assassin court toujours L’assassin court encore Il s’appelle « chacun »… Chacun de nous, de vous Aux treize coins du monde Chacun a plus ou moins Dans les brouillards de Londres
Camille Pissaro – Maison de Piette à Monfoucaut 1874
An acre of grass
Picture and book remain, An acre of green grass For air and exercise, Now strength of body goes; Midnight, an old house Where nothing stirs but a mouse.
My temptation is quiet. Here at life’s end Neither loose imagination, Nor the mill of the mind Consuming its rag and bone, Can make the truth known.
Grant me an old man’s frenzy, Myself must I remake Till I am Timon and Lear Or that William Blake Who beat upon the wall Till Truth obeyed his call;
A mind Michael Angelo knew That can pierce the clouds, Or inspired by frenzy Shake the dead in their shrouds; Forgotten else by mankind, An old man’s eagle mind.
1936
Un acre d’herbe verte
Restent image et livre, Un acre d’herbe verte Pour l’air et l’exercice, A présent que m’abandonne la force du corps ; Minuit, une vieille maison Où rien ne bouge qu’une souris.
Nulle tentation. Ici à la fin de la vie Ni l’imagination débridée, Ni le moulin de l’esprit Qui ronge sa guenille et son os, Ne peuvent me révéler la vérité.
Accordez-moi une folie de vieil homme, Que je puisse me refaire Et devienne à mon tour Timon et Lear Ou ce William Blake Qui frappait sur le mur Jusqu’à ce que la Vérité réponde à ses coups ;
Un esprit hérité de Michel Ange Qui sache transpercer les nuages, Ou dans sa folie Secouer les morts dans leurs linceuls ; Oublié sinon par les hommes, L’esprit d’aigle d’un vieil homme.
Partagée entre lyrisme et nostalgie, « Melodia sentimental » est sans doute l’une des pièces les plus célèbres du compositeur brésilien Heitor Villa-Lobos. Elle fait partie d’une suite orchestrale destinée en 1959 au cinéma hollywoodien, mais la partition se trouvera grandement sacrifiée au montage. Villa-Lobos lui redonnera une place de choix dans l’œuvre de concert en laquelle il convertira sa musique de film.
« Melodia sentimental » est une sérénade traditionnelle brésilienne qui naturellement fait la part belle au sentiment amoureux, mais qui flatte également la beauté de la nature. La ‘saudade’, ce sentiment typiquement brésilien qui mêle mélancolie, nostalgie et espoir s’infiltre harmonieusement à travers les modulations de la musique. C’est dans l’interprétation voix-piano ou voix-guitare, sur les paroles de la poétesse brésilienne, diplomate et grande amie du compositeur, Dora Vasconcellos, que le charme atteint à son paroxysme.
– En version ‘lyrique’ grâce, par exemple à la soprano Roberta Mameli accompagnée au piano par Olaf Laneri
Réveille-toi, viens voir la lune Qui dort dans la nuit noire Qui brille si belle et blanche Déversant sa douceur Claire flamme silencieuse Brûlant mes rêves
Les ailes de la nuit qui surgissent Parcourent l’espace profond Oh, douce bien-aimée, réveille-toi Viens apporter ta chaleur au clair de lune
Je voudrais te savoir mienne Dans ce moment serein et calme L’ombre confie au vent La limite de l’attente Quand dans la nuit Elle réclame ton amour
Réveille-toi, viens regarder la lune Qui brille dans la nuit noire Chérie, tu es belle et douce Sens mon amour et rêve.
– En version plus populaire par l’émouvante Mônica Salmaso accompagnée à la guitare par Luis Leite
Acorda, vem ver a lua Que dorme na noite escura Que fulge tão bela e branca Derramando doçura Clara chama silente Ardendo meu sonhar
As asas da noite que surgem Percorrem no espaço profundo Oh, doce amada, desperta Vem dar teu calor ao luar
Quisera saber-te minha Na hora serena e calma A sombra confia ao vento O limite da espera Quando dentro da noite Reclama o teu amor
Acorda, vem olhar a lua Que brilha na noite escura Querida, és linda e meiga Sentir meu amor e sonhar
La Jérusalem céleste – Tapisserie de l’Apocalypse – Angers – XIVème siècle
A l’attention de mon ami Jérôme K.
Jamais dans ton existence la conscience de notre solitude ontologique ne te sera plus évidente qu’en ce moment unique de la perte du père, ce séisme intime qui redéfinit, quel que soit notre âge et notre expérience, notre place dans le monde.
Quand advient cette séparation, nous nous apercevons que plus rien désormais ne saurait faire obstacle à notre propre finitude ; nous devenons soudainement la génération du premier front. La tempête des émotions apaisée et le silence intérieur revenu, nous pouvons alors comprendre que nous ne marcherons pourtant pas seul sur ce chemin nouveau : la trace de ses pas, parfois, ne manquerait pas de guider les nôtres.
&
« La musique commence là où s’arrête le pouvoir des mots »disait Richard Wagner. Alors, ami, pour t’accompagner spirituellement dans ce douloureux moment, je voudrais joindre en pensée ma voix mécréante à ce chœur d’hommes interprétant un motet composé par Félix Mendelssohn sur les paroles bibliques de l’Apocalypse de Jean (14:13) :
Beati mortui in Domino morientes deinceps. Dicit enim spiritus, ut requescant a laboribus suis et opera illorum sequuntur ipsos.
Heureux les morts qui meurent dans le Seigneur. Oui, dit l’esprit : que dès à présent ils se reposent de leurs peines, car leurs œuvres les suivent.
Qu’il est bon de parler de roses Quand il givre ! De parler D’amour lorsque la tombe est proche.
Marina Tsvetaïeva – La tempête de neige (1918)
Elena Frolova, avec une passion constante redonne vie à la poésie russe et notamment celle de l’«Âge d’argent». Elle a mis en musique et interprété les œuvres de poètes illustres tels que Anna Akhmatova, Joseph Brodsky, Alexandre Blok ou encore Serge Essenine, et bien sûr Marina Tsvetaïeva (à qui elle a consacré plusieurs albums et spectacles).
En osmose spirituelle avec celle qu’on surnommait « La Sibylle de l’Âge d’argent », elle chante ici accompagnée de sa fidèle guitare une adaptation du poème d’amour presque mystique, écrit le 30 juillet 1918 dans Moscou en proie aux affres de la guerre civile et de la famine, par cette jeune poétesse de 26 ans à peine :
‘Quand je serai fatiguée de vivre…‘
Quand je serai fatiguée de vivre Quand je serai fatiguée de chanter Attache-moi à toi Pour réchauffer mon cœur
Quand je serai fatiguée de chanter Quand je ne pourrai plus voler Pour que je ne meure pas bêtement, Laisse-moi te désirer
Laisse-moi te plaindre Laisse-moi t’aimer Quand je serai fatiguée de chanter Quand je serai fatiguée de naviguer
Vers des terres inconnues Vers des rivages invisibles, Laisse-moi, mon amour M’attacher à tes lèvres
M’enfouir dans ton aile, Sans larmes et sans hâte, Pour que mon soleil se lève Dans l’immensité de ton âme.
Marina Tsvetaïeva (1892-1941)
Le poème original de Marina Tsvetaïeva dans sa traduction française :
Quand je serai fatiguée...
Quand je serai fatiguée de vivre avec les gens, Avec les dieux, avec les corps, avec les noms, J’irai vers toi, comme vers un amant, Vers toi, mon repos, ma mort.
Et tu m’accueilleras : non pas comme une intruse, Mais comme une épouse, parvenue au terme des jours. Tu me diras : « Toi aussi, tu as beaucoup souffert ? » Et tu me tendras ton bras.
Tu ne me demanderas pas : « D’où viens-tu ? » Tu ne me demanderas pas : « Pourquoi es-tu venue ? » Tes mains, qui n'ont jamais connu le péché, Se poseront doucement sur mes yeux.
Alors, dans ton silence, dans ton éternité, Toutes les rumeurs, toutes les peines s'éteindront, Et mon âme, légère, pourra enfin s'endormir, Loin des regards, loin des lois, loin du temps.
Hé l’oiseau, où vas-tu ? Et toi mon rire, où te caches-tu dans cette cohue ? Tant de chats, tant d’amours dont je cherche les noms, tant de jours à remettre dans l’ordre, j’ai vu un tableau si profond que je m’y suis perdu. Manque de perspective ? Depuis que je m’habite, à trop être en moi je m’égare, est-ce l’âge ? Tout devient aussi grand que le vide, j’y perds des mots, des jours, et l’heure file. . En rang les mots ! En ordre les jours ! Vite, mon calendrier s’effrite, trop de bruit dans ma tête, ça fait désordre, avez-vous vu mes rêves ? . Je voudrais être un bruit posé sur un arbre et retenir les chants d’oiseaux. Où sont passées les comptines d’enfance ? La musique est en ruine, Pierrot ne chevauche plus la lune, sa plume ne sait plus le chemin de l’encrier. . Perdu parmi tous mes habitants, je ne suis plus seul, et je ne suis plus celui qui parle le plus haut. À être un homme multiple, je me divise, me brouille. Ne parlez pas tous ensemble ! Laissez-moi me chercher, je veux retrouver un coin d’enfance et l’habiter seul, m’y retrouver, et fermer la porte. . Où sont donc les odeurs joyeuses qui habitaient la cuisine ? Maman n’est plus là, les hirondelles sont parties. . Bruits, mots et jours du passé, je ne suis plus celui qui n’était jamais content, celui qu’une règle de trois faisait basculer quand nous étions plus de deux. . Et si je suis seul, si vous ne me parlez plus, qui répondra à mes questions ? . Hé, l’hirondelle, reviens, et dis-moi qui, là-bas, habite ma maison ! J’ai perdu le chemin d’enfance. . Quand je nous aurai quittés, pourrai-je encore nous parler ?
Jean-Michel Sananès
Poème publié par l’auteur le 18/10/2022 sur « CHEVAL FOU », son blog personnel
– Certains poèmes, parfois, voudraient tellement nous persuader que nous les avons nous-même écrits. Le temps de les dire nous pouvons y croire…
Dix-huit incontournables figures d’anthologie du piano-jazz rassemblées pendant quelques minutes dans l’extraordinaire agilité des dix petits doigts d’une jeune pianiste coréenne, Jimin Park – nom d’artiste Jimindorothy -, diplômée du prestigieux Berklee College of Music de Boston.
De l’inoubliable Jelly Roll Morton (1890-1941), qui avait très modestement fait imprimer sur ses cartes de visite la mention « inventeur du jazz », à Mulgrew Miller (1955-2013), trop proche de nous sans doute pour avoir imprimé un sillon profond dans nos mémoires, en passant par les célèbres cascades virtuoses d’Art Tatum (1909-1956), le toucher délicat et les fines harmonies de Bill Evans (1929-1980) ou l’irrésistible swing d’Oscar Peterson (1925-2007), Jimindorothy rend ici hommage à ces magiciens du jazz et du clavier.
Plaisir trop court certes, mais belle invitation à d’heureuses soirées d’écoute… pour – idée d’ancêtre – faire goûter aux plus jeunes, qui mettraient un instant leurs portables en pause, les temps heureux de la T.S.F.
Endormez-vous, rêves sanglants du roi Roger, Qu’ils périssent dans les ténèbres, Qu’ils s’écoulent dans le silence… Écoutez comment chante la voix de la nuit, Comment bat le cœur de la terre…
Puissions-nous tous, humbles ou puissants, faire nôtres, à l’occasion de cette nouvelle année, les termes de l’incantation de Roxane exhortant, au deuxième acte de l’opéra de Karol Szymanowski, « Le Roi Roger », son monarque d’époux, roi de la Sicile du XIIème siècle, à la tolérance, l’apaisement et l’acceptation de substituer à la violence la douceur d’un humanisme résolument déterminé par la quête du bonheur.
Monika Buczkowska (soprano) Orchestre du Grand Théâtre de l’Opéra national polonais Direction : Andriy Yurkevych
C’est au cours d’une liaison de quelques mois pendant l’année 1916 avec Ossip Mandelstam, d’un an son aîné, que Marina Tsvetaïeva écrit ce poème dont le lyrisme exprime magnifiquement la nature de leur relation : un mélange de tendresse domestique rêvée et de distance insurmontable.
… J’aimerais vivre avec vous Dans une petite ville, Aux éternels crépuscules, Aux éternels carillons, Et dans une petite auberge de campagne – Le tintement grêle D’une pendule ancienne – goutte à goutte de temps. Et parfois, le soir, montant de quelque mansarde – Une flûte, Et le flutiste lui-même à la fenêtre. Et de grandes tulipes sur les fenêtres. Et peut-être, ne m’aimeriez-vous même pas…
Au milieu de la chambre – un énorme poêle de faïence, Sur chaque carreau – une image : Rose, cœur et navire, Tandis qu’à l’unique fenêtre – Il neige, neige, neige.
Vous seriez allongé tel que je vous aime : paresseux, Indifférent, léger. Par instants le geste sec D’une allumette. La cigarette brûle et se consume, Et longuement à son extrémité, – Courte colonne grise – tremble La cendre. Vous n’avez même pas le courage de la faire tomber – Et toute la cigarette vole dans le feu.
J’ai passé devant tant de portes Dans le couloir des peurs perdues et des rêves séquestrés J’ai entendu derrière les portes des arbres qu’on torturait Et des rivières qu’on essayait de dompter
J’ai passé devant la porte dorée de la connaissance Devant des portes qui brûlaient et qui ne s’ouvraient pas Devant des portes lasses de s’être trop fermées D’autres comme des miroirs où ne passaient que les anges
Mais il est une porte simple, sans verrou, ni loquet Tout au fond du couloir tout à l’opposé du cadran La porte qui conduit hors de toi Personne ne la pousse jamais
Treize ans c’est comme un jour et c’est un feu de paille Qui brûle à nos pieds maille à maille Le magique tapis de notre isolement
– Do cholery! Trzynaście lat! *
*Traduction du polonais : Putain ! Treize ans !
Oh, Madame Szymborska, n’ayez pas honte ! Tout le monde ne parle pas polonais. Et puis, être lauréate du Prix Nobel de Littérature ne vous interdit pas la spontanéité d’une réaction… Et celle-ci ô combien justifiée.
Treize ans en effet qu’est paru sur « Perles d’Orphée » (relayé ensuite par « De Braises et d’Ombre ») le premier billet d’une série de plus de 1800 quand rien alors ne présageait qu’un deuxième article aurait une chance d’exister. Rien ne présageait non plus, et pour cause, que vous viendriez aussi nombreux, amis ou inconnus, fidèles ou de passage, qu’importe, de tous les coins du monde, partager sur ces pages mes émotions esthétiques masquant à peine mes sentiments du moment.
Une treizième fois donc soyez en remerciés.
Treize ans. C’est après treize ans d’amour fusionnel qu’Aragon écrit pour son épouse et muse le « Cantique à Elsa », indissociable du célèbre et inoubliable recueil « Les yeux d’Elsa ». Un magnifique hommage amoureux certes, mais également, en filigrane, un message d’espoir et de résistance adressé au peuple de la France occupée des années 1940.
Notre pays, hélas, retrouve les vieilles odeurs de poudre, puisse-t-il ne jamais oublier la force de l’amour.
Cantique à Elsa
Cantique à Elsa
Je te touche et je vois ton corps et tu respires Ce ne sont plus les jours du vivre séparés C’est toi tu vas tu viens et je suis ton empire Pour le meilleur et pour le pire Et jamais tu ne fus aussi lointaine à mon gré
Ensemble nous trouvons au pays des merveilles Le plaisir sérieux couleur de l’absolu Mais lorsque je reviens à nous que je m’éveille Si je soupire à ton oreille Comme des mots d’adieu tu ne les entends plus.
Elle dort Longuement je l’écoute se taire C’est elle dans mes bras présente et cependant Plus absente d’y être et moi plus solitaire D’être plus près de son mystère Comme un joueur qui lit aux dés le point perdant.
Le jour qui semblera l’arracher à l’absence Me la rend plus touchante et plus belle que lui De l’ombre elle a gardé les parfums et l’essence Elle est comme un songe des sens Le jour qui la ramène est encore une nuit
Buissons quotidiens à quoi nous nous griffâmes La vie aura passé comme un air entêtant Jamais rassasié de ces yeux qui m’affament Mon ciel mon désespoir ma femme Treize ans j’aurais guetté ton silence chantant
Comme le coquillage enregistre la mer Grisant mon cœur treize ans treize hivers treize étés J’aurais tremblé treize ans sur le seuil des chimères Treize ans d’une peur douce-amère Et treize ans conjuré des périls inventés
Ô mon enfant le temps n’est pas à notre taille Que sont mille et une nuit pour des amants Treize ans c’est comme un jour et c’est un feu de paille Qui brûle à nos pieds maille à maille Le magique tapis de notre isolement
« Dis-moi quel est ton infini, je saurai le sens de ton univers, est-ce l’infini de la mer ou du ciel, est-ce l’infini de la terre profonde ou celui du bûcher ? » Dans le règne de l’imagination, l’infini est la région où l’imagination s’affirme comme imagination pure, où elle est libre et seule, vaincue et victorieuse, orgueilleuse et tremblante. Alors les images s’élancent et se perdent, elles s’élèvent et elles s’écrasent dans leur hauteur même. Alors s’impose le réalisme de l’irréalité.
…
On comprend les figures par leur transfiguration.
Gaston Bachelard – L’air et les songes – Essai sur l’imagination du mouvement