Grande bellezza ! « Intermezzo »

Ce poignant « Intermezzo » qui sert de transition musicale entre l’acte II et l’acte III de « Manon Lescaut », célèbre opéra de Giacomo Puccini, n’est pas seulement un simple élément technique de passage d’une situation théâtrale à une autre. Il constitue aussi, assurément, une pièce maitresse de la narration dramatique :

Manon vient d’être arrêtée par les soldats de Géronte pour vol et prostitution. Elle est promise à la peine prévue pour de tels délits, la déportation vers l’Amérique. Cet intermède orchestral va combler la vacance temporaire de l’action en exprimant les sentiments contradictoires du Chevalier Des Grieux partagé entre le désespoir et la détermination. Même le déshonneur subi ne le fera pas renoncer à sauver son aimée par tous les moyens. Tous les états d’âme du malheureux amants vont ici trouver leur écho dans la musique du génial Puccini.
– Le maestro avait d’ailleurs laissé une note d’interprétation pour que la musique exprime pleinement la douleur du jeune homme, souhaitant comme à son habitude que s’épousent dans un même élan harmonique mélodie expressive et tension dramatique.

Grande la beauté ! Intense l’émotion !

Des fleurs sur le Camino Real…

Galanterie, quotidien rural et touche d’humour malicieux dans les symboliques de cette chanson traditionnelle des plaines de Colombie et du Venezuela.

« Semer des fleurs » le long du Camino Real (route coloniale qui reliait les grandes villes) est une métaphore romantique : témoignage de son dévouement et de sa patience, l’amoureux prépare le terrain, embellit la route pour courtiser l’aimée.

Figure de style de la poésie espagnole, la bague flotte sur le doigt certes, mais l’union qu’elle représente serre le cœur jusqu’à l’étouffement tant est fort le lien d’amour. Etc…

Chanson de fête et de parade nuptiale qui célèbre l’amour comme un voyage (le chemin), une danse (la liberté de mouvement) et un labeur quotidien, le tout avec la légèreté et la poésie simple des Llaneros de ces régions.

‘ Le cultivateur ‘

Jean-François Millet – Le semeur (1865)

Hôtel des voyageurs

Edward Hopper – Hotel lobby (1943)

Valentine

Il suffit de quelques secondes à une mélodie pour brosser sur nos paupières closes un tableau qu’inaptes au dessin nous serions en train de peindre et faire défiler dans notre imaginaire les souvenirs d’une histoire, pas tout à fait la nôtre. Telle est sa magie.

Celui qui chante va de la joie à la mélodie, celui qui entend, de la mélodie à la joie.

Une note n’a pas de patrie. Une mélodie n’est que la clé qui ouvre la porte des songes, en tous dialectes.

Mais vieillir… ! – 36 – Élévation

Jusepe de Ribera (1591-1652) – Philosophe au miroir

Fulgurances – LVII – Complice

Michel-Ange – Atlas esclave

« El cómplice »
mis en musique et en voix par
Vicente Monera

Parlez-moi d’amour – 17 – Rupture

Ce qu’il y a de plus désolant, dit-il, c’est que tout amour fait toujours une mauvaise fin, d’autant plus mauvaise qu’il était plus divin, plus ailé à son commencement.

Fissures intimes, souvenirs, regrets, non-dits et autres regards perdus d’un couple qui se sépare à la fin d’un amour. Les mots de cette chanson, à l’instar des images et des atmosphères des films de Claude Sautet, expriment à travers la pudique interprétation de Serge Reggiani, l’émotion doucement mélancolique qui affleure le quotidien fragile de la vie amoureuse.

Musique de Michel Legrand
Paroles de Jean Dréjac
Serge Reggiani chante « Rupture »

‘Pure imagination’

Ce que je redoute le plus, je crois, c’est la mort de l’imagination. Quand le ciel, dehors, se contente d’être rose, et les toits des maisons noirs : cet esprit photographique qui, paradoxalement, dit la vérité, mais la vérité vaine, sur le monde.

Qu’à cela ne tienne ! – Retiens ton souffle ! Fais un vœu ! Compte jusqu’à trois ! :

Au cœur des bosquets du jardin magique de Willie Wonka, chaque recoin dissimule un trésor de cacao qui ne demande qu’à être découvert. Ici, la nature se fait pâtissière : le gazon n’est qu’un tapis de pâte d’amande, les champignons de tendres biscuits, et les fleurs des parures de sucre aux mille parfums. Et lorsque tu choisiras de te désaltérer à la source de chocolat, fais-le avec une liberté souveraine ; car dans ce royaume de délices, ni le poids des années ni l’aiguille des balances ne sauraient entraver ta gourmandise.
Tel est le privilège des bienheureux habitants des mondes imaginaires.

Parlez-moi d’amour – 16 – Reviens !

Marc Chagall – Amants au ciel rouge

Kaléidoscope

Jean-Sébastien Bach (1685-1750)

Finit-on jamais d’écouter Bach ? Après tant d’années de fréquentation amoureuse de sa musique, la volupté de la surprise devrait s’être éteinte, place laissée au simple plaisir d’une sereine reconnaissance. Et pourtant… ! Avec Bach, l’accoutumance n’émousse jamais l’aiguillon de l’émerveillement. Le prodige sans cesse se renouvelle.

Ainsi, par exemple, – et pour ne se contenter que de celui-ci – le 3ème Concerto Brandebourgeois en Sol majeur (BWV 1048), mille fois écouté, à travers mille interprétations, en concert ou sous la douche, calfeutré dans le moelleux d’un canapé ou figé à son volant, prisonnier d’une rue pétrifiée…, se révèle à chaque fois dans une virginité saisissante, offrant à son auditeur, fût-il le plus fidèle, cette jubilation insolente qui appartient d’ordinaire aux rencontres de jeunesse.

Faut-il alors s’étonner que même au bout de la longue route d’un vieux compagnonnage une rencontre inattendue imprime encore l’empreinte profonde des premiers émois ?

La réponse est toute entière contenue dans la parfaite interprétation que donne de ce concerto, voulu sans chef ni soliste par le Cantor, l’Ensemble Kaléidoscope, le bien nommé.
Trois violons, trois altos, trois violoncelles et une contrebasse réunis autour d’un clavecin pour une conversation animée et joyeuse, multicolore et virtuose, mue par une énergie organique, dans laquelle, ô merveille ! chacun n’existe qu’à travers l’autre.

Jouer Bach sans chef, c’est comme conduire une voiture de sport à plusieurs : tout le monde doit connaître la route par cœur et réagir au moindre virage de l’autre.

Mais vieillir… ! – 35 – Pénombre

Mes extases – 6/ Paul Eluard

Valentine Hugo – Portrait de Nusch Eluard
Nusch Eluard photographiée par Dora Maar

Mes extases – 5/ Jean Lahor

Louis Veray – « Moissonneuse endormie » – 1855

Musique : Reynaldo Hahn
Didier Henry (baryton)
Stéphane Petitjean (piano)
« Nocturne »

Mes extases– 4/ Anna de Noailles

William Bouguereau – « Aurore » – 1881