Sérénades / Avant-propos

Une suite à la série de billets estivaux

« Musiques à l’ombre »

Depuis quelques années, et chaque été, « De Braises et d’Ombre » publie une série de billets musicaux, sous le titre générique « Musiques à l’ombre », librement sélectionnés à travers deux ou trois objectifs simples : durée modérée des œuvres (30 minutes environ), jeunesse de la thématique, des compositeurs ou des interprètes et, surtout, humeur du rédacteur.

Jan Steen – Sérénade – 1675

Cet été, conservant ses objectifs originels, toute la série sera consacrée à la Sérénade. Manière de brosser, pour le plaisir et sans prétention musicologique aucune, un portrait musical de ce genre difficilement saisissable, trop souvent limité à sa simple image légendaire d’une déclaration galante chantée le soir sous un balcon.

Loin de cette image traditionnelle du Moyen-Âge ou de la Renaissance, ce genre musical n’a cessé de se métamorphoser. Il a évolué des ensembles de chambre vers les grandes structures symphoniques du XIXème siècle, pour finir par épouser les langages musicaux complexes du XXème. Ces mouvements stylistiques, depuis Monteverdi ou Schütz jusqu’à Takemitsu ou Lutoslawski, en passant par Brahms ou Tchaïkovski, ont nécessairement porté la signature des maîtres du XVIIIème siècle tels que Scarlatti, Haendel ou Vivaldi, mais c’est à travers les chefs-d’œuvre de Mozart – la « Petite Musique de nuit » et la monumentale « Sérénade Gran Partita » pour 13 instruments à vent – qu’ils auront atteint au siècle des Lumières leur point culminant.

Au fil des époques le terme a recouvert des formes, des fonctions sociales et des effectifs instrumentaux très divers. Ce qui les relie n’est pas tant une structure formelle fixe qu’une intention : celle d’une musique destinée à être offerte, jouée en plein air ou dans un cadre intime, souvent légère dans le ton mais pas nécessairement dans l’ambition.

Alors, en guise d’offrande musicale pour cet été 2026, en pleine liberté éditoriale, sans plan chronologique ni motivation historique, quelques SÉRÉNADES parmi la multitude d’œuvres du genre, selon l’humeur des jours et pour le seul plaisir de la musique… à l’ombre.

Sérénades / 1 – Toselli

Pour cette mise en bouche, une pièce emblématique du répertoire de salon du XXème siècle : « Serenata Op.6 N°1 » (« Rimpianto ») composée en 1900 par un jeune florentin de 17 ans, pianiste et compositeur prodige, Enrico Toselli.

Fidèle représentation du romantisme tardif italien, elle a très vite rassemblé un large public international autour de la mélancolie douce-amère qu’elle exprime. Les transcriptions pour divers instruments n’ont pas manqué, à leur tour, de saluer ce succès.

Bien que la composition ait précédé l’épisode passionné et scandaleux qui a marqué la vie de Toselli, l’histoire a choisi de conserver un lien étroit entre l’œuvre et la vie du compositeur.

En 1907, Toselli épouse la princesse Louise de Toscane, ex-archiduchesse d’Autriche et ex-princesse de Saxe, qui avait quitté son royal époux pour lui. Ce mariage, qui fit couler beaucoup d’encre dans toute l’Europe, ne dura que quelques années et finit en 1912 par un divorce très médiatisé.
Le rapprochement anachronique entre le « rimpianto » (les regrets) – titre secondaire de la mélodie – et la tristesse inspirée par les déboires sentimentaux de Toselli scellait le mythe.

La mélodie n’a jamais cessé, à travers le temps, de séduire interprètes et publics.

‘ L’ouvrage des jours ‘

Le beau c’est la splendeur du vrai. (Platon)

Claude Monet – Les Nymphéas

Le 2 juin dernier, Barbara Auzou publiait sur son blog, ‘Lire dit-elle’, cette petite miniature poétique, « L’ouvrage des jours ». Après m’en être délecté une bonne dizaine de fois jusqu’à « m’approprier » ce poème, je finissais par lui adresser ce commentaire tout à la fois badin et sincère :

S’il te plaît, Barbara, dis que ces mots sont de moi ! Plaisanterie ! j’aimerais tellement les avoir écrits… Mais, les dire, ça je le pourrais… Avec ton accord je le ferai sans doute bientôt.

Alors avec son accord (pour le plaisir, une fois de plus)…

La beauté : Points de vue

Est beau tout ce qui s’éloigne de nous, après nous avoir frôlés.

On ne quitte jamais vraiment les douceurs de l’enfance quand on lit Christian Bobin. C’est donc bien à nous qu’il s’adresse quand il prétend destiner à un enfant sa vision poétique de la beauté.
Nous nous en réjouissons.

En écho à ces quelques phrases, un point de vue, plus prosaïque certes mais pas moins sincère, le mien, exceptionnellement… et sans prétention. Je veux croire que Christian Bobin depuis le royaume des anges, dans sa légendaire générosité, ne me fera pas reproche de mon audace.

Pleurs d’étoile*

L’homme est un être essentiellement paradoxal. C’est quand il ressent le plus cruellement sa fragilité qu’il est grand.

Fulgurances – LVIII – ‘Au soleil’

Georges de La Tour : Souffleur à la pipe – 1646

Elle viendra – 26 – Et le chat ?…

L’humour et la mort se marient si parfaitement que la poésie, en les bénissant, fait une révérence sublime à l’absurde.

Chez la célèbre lauréate du Prix Nobel de Littérature 1996, cette politesse singulière n’est jamais une dérision pour le simple attrait d’un sourire, mais une forme élégante de lucidité salvatrice offerte à chacun.
Ainsi dans son œuvre poétique gravité et légèreté se rejoignent-elles pour saluer l’indiscutable évidence avec autant d’émerveillement que d’ironie.

Jalousie bien légitime, la musique tenait d’autant plus à prendre sa part de cet humour félin que disparaissait il y a quelques semaines à peine la plus délicieuse et la plus française des chanteuses britanniques, Dame Felicity Lott.

Elle miaule ici, aux ‘BBC Prom’s 1996’, en compagnie de la soprano canadienne Ann Murray, l’inoubliable « Duo des chats » de Gioacchino Rossini.

Un moment exceptionnel où le talent, l’humour et l’enthousiasme font un joli pied-de-nez à la grande faucheuse…

Grande bellezza ! « Intermezzo »

Ce poignant « Intermezzo » qui sert de transition musicale entre l’acte II et l’acte III de « Manon Lescaut », célèbre opéra de Giacomo Puccini, n’est pas seulement un simple élément technique de passage d’une situation théâtrale à une autre. Il constitue aussi, assurément, une pièce maitresse de la narration dramatique :

Manon vient d’être arrêtée par les soldats de Géronte pour vol et prostitution. Elle est promise à la peine prévue pour de tels délits, la déportation vers l’Amérique. Cet intermède orchestral va combler la vacance temporaire de l’action en exprimant les sentiments contradictoires du Chevalier Des Grieux partagé entre le désespoir et la détermination. Même le déshonneur subi ne le fera pas renoncer à sauver son aimée par tous les moyens. Tous les états d’âme du malheureux amants vont ici trouver leur écho dans la musique du génial Puccini.
– Le maestro avait d’ailleurs laissé une note d’interprétation pour que la musique exprime pleinement la douleur du jeune homme, souhaitant comme à son habitude que s’épousent dans un même élan harmonique mélodie expressive et tension dramatique.

Grande la beauté ! Intense l’émotion !

Des fleurs sur le Camino Real…

Galanterie, quotidien rural et touche d’humour malicieux dans les symboliques de cette chanson traditionnelle des plaines de Colombie et du Venezuela.

« Semer des fleurs » le long du Camino Real (route coloniale qui reliait les grandes villes) est une métaphore romantique : témoignage de son dévouement et de sa patience, l’amoureux prépare le terrain, embellit la route pour courtiser l’aimée.

Figure de style de la poésie espagnole, la bague flotte sur le doigt certes, mais l’union qu’elle représente serre le cœur jusqu’à l’étouffement tant est fort le lien d’amour. Etc…

Chanson de fête et de parade nuptiale qui célèbre l’amour comme un voyage (le chemin), une danse (la liberté de mouvement) et un labeur quotidien, le tout avec la légèreté et la poésie simple des Llaneros de ces régions.

‘ Le cultivateur ‘

Jean-François Millet – Le semeur (1865)

Hôtel des voyageurs

Edward Hopper – Hotel lobby (1943)

Valentine

Il suffit de quelques secondes à une mélodie pour brosser sur nos paupières closes un tableau qu’inaptes au dessin nous serions en train de peindre et faire défiler dans notre imaginaire les souvenirs d’une histoire, pas tout à fait la nôtre. Telle est sa magie.

Celui qui chante va de la joie à la mélodie, celui qui entend, de la mélodie à la joie.

Une note n’a pas de patrie. Une mélodie n’est que la clé qui ouvre la porte des songes, en tous dialectes.

Mais vieillir… ! – 36 – Élévation

Jusepe de Ribera (1591-1652) – Philosophe au miroir

Fulgurances – LVII – Complice

Michel-Ange – Atlas esclave

« El cómplice »
mis en musique et en voix par
Vicente Monera

Parlez-moi d’amour – 17 – Rupture

Ce qu’il y a de plus désolant, dit-il, c’est que tout amour fait toujours une mauvaise fin, d’autant plus mauvaise qu’il était plus divin, plus ailé à son commencement.

Fissures intimes, souvenirs, regrets, non-dits et autres regards perdus d’un couple qui se sépare à la fin d’un amour. Les mots de cette chanson, à l’instar des images et des atmosphères des films de Claude Sautet, expriment à travers la pudique interprétation de Serge Reggiani, l’émotion doucement mélancolique qui affleure le quotidien fragile de la vie amoureuse.

Musique de Michel Legrand
Paroles de Jean Dréjac
Serge Reggiani chante « Rupture »

‘Pure imagination’

Ce que je redoute le plus, je crois, c’est la mort de l’imagination. Quand le ciel, dehors, se contente d’être rose, et les toits des maisons noirs : cet esprit photographique qui, paradoxalement, dit la vérité, mais la vérité vaine, sur le monde.

Qu’à cela ne tienne ! – Retiens ton souffle ! Fais un vœu ! Compte jusqu’à trois ! :

Au cœur des bosquets du jardin magique de Willie Wonka, chaque recoin dissimule un trésor de cacao qui ne demande qu’à être découvert. Ici, la nature se fait pâtissière : le gazon n’est qu’un tapis de pâte d’amande, les champignons de tendres biscuits, et les fleurs des parures de sucre aux mille parfums. Et lorsque tu choisiras de te désaltérer à la source de chocolat, fais-le avec une liberté souveraine ; car dans ce royaume de délices, ni le poids des années ni l’aiguille des balances ne sauraient entraver ta gourmandise.
Tel est le privilège des bienheureux habitants des mondes imaginaires.