Elle viendra – 26 – Et le chat ?…

L’humour et la mort se marient si parfaitement que la poésie, en les bénissant, fait une révérence sublime à l’absurde.

Chez la célèbre lauréate du Prix Nobel de Littérature 1996, cette politesse singulière n’est jamais une dérision pour le simple attrait d’un sourire, mais une forme élégante de lucidité salvatrice offerte à chacun.
Ainsi dans son œuvre poétique gravité et légèreté se rejoignent-elles pour saluer l’indiscutable évidence avec autant d’émerveillement que d’ironie.

Jalousie bien légitime, la musique tenait d’autant plus à prendre sa part de cet humour félin que disparaissait il y a quelques semaines à peine la plus délicieuse et la plus française des chanteuses britanniques, Dame Felicity Lott.

Elle miaule ici, aux ‘BBC Prom’s 1996’, en compagnie de la soprano canadienne Ann Murray, l’inoubliable « Duo des chats » de Gioacchino Rossini.

Un moment exceptionnel où le talent, l’humour et l’enthousiasme font un joli pied-de-nez à la grande faucheuse…

‘ Le cultivateur ‘

Jean-François Millet – Le semeur (1865)

Hôtel des voyageurs

Edward Hopper – Hotel lobby (1943)

Fulgurances – LVII – Complice

Michel-Ange – Atlas esclave

« El cómplice »
mis en musique et en voix par
Vicente Monera

Mais vieillir… ! – 35 – Pénombre

Mes extases – 6/ Paul Eluard

Valentine Hugo – Portrait de Nusch Eluard
Nusch Eluard photographiée par Dora Maar

Mes extases – 5/ Jean Lahor

Louis Veray – « Moissonneuse endormie » – 1855

Musique : Reynaldo Hahn
Didier Henry (baryton)
Stéphane Petitjean (piano)
« Nocturne »

Mes extases– 4/ Anna de Noailles

William Bouguereau – « Aurore » – 1881

Mes extases – 3/ Paul Verlaine

De la musique avant toute chose

Claude Monet« Peupliers sur les rives de l’Epte, effet du soir »– 1891

Musique de Claude Debussy
Siobhan Stagg (soprano) Kunal Lahiry (piano)

Musique de Gabriel Fauré
Gérard Souzay (baryton) Dalton Baldwin (piano)

Mes extases – 2/ Albert Samain

Alexander Frenz – « Le Printemps embrassant la Terre » – 1894

Mes extases – 0/ Avant-propos

Bernardo Cavallino Extase de Sainte-Cécile – 1645

Tel est le paradoxe d’une des plus extravagantes expériences humaines, l’extase, qui projetant l’homme hors de lui-même lui révèle le plus intime de son être. Qu’elle soit souffle mystique, fulgurance de l’esprit ou frisson de la chair, elle brise ses limites pour le projeter dans l’absolu. Explorer ses manifestations — de la béatitude céleste à l’apothéose terrestre, de la perception de l’harmonie ultime au cri déchiré de l’orgasme — c’est traquer cet instant sacré où le moi s’efface, laissant l’humain toucher enfin ce qui le dépasse.
Quel que soit le terreau, mystique, philosophique, esthétique ou charnel, dans lequel elle plonge ses racines, c’est bien souvent à travers la pertinence de la parole poétique que l’extase trouve le juste vecteur de son expression la plus sensible. Une musique, parfois, habille le vers, d’un voile.

Mes extases – 1/ Victor Hugo : « Extase »

Elsa Dreisig (soprano) chante « Extase »
Musique composée par Amy Beach (1867-1944)
Orchestre du Théâtre Carlo Felice de Gènes
Direction Massimo Zanetti


Partir !… Fuir !… Rêver !

Parlez-moi d’amour – 15 – À peine…

Giovanni Boldini (1842-1931)- La comtesse de Rasty allongée

À peine

À peine si le vent retrousse un peu la mer,
Fait mousser sur son bleu un coin de jupon blanc.
À peine si le sang à ton front quand tu dors
Compte tout doucement l’aller-retour du temps.

À peine si les cris des enfants sur la plage
Se mélangent au flot qui chuchote ses plis.
À peine si le blanc d’un tout petit nuage
Éclabousse le bleu du ciel ourlé de gris.

À peine si j’écris, à peine si tu dors,
À peine s’il fait chaud, à peine si je vis.
Et je ferme les yeux croyant laisser dehors
Tout ce qui n’est pas toi, mon amour, endormi.

Mais vieillir… ! – 34 – ‘ Un acre d’herbe ‘

Camille Pissaro – Maison de Piette à Monfoucaut 1874

An acre of grass

Picture and book remain,
An acre of green grass
For air and exercise,
Now strength of body goes;
Midnight, an old house
Where nothing stirs but a mouse.

My temptation is quiet.
Here at life’s end
Neither loose imagination,
Nor the mill of the mind
Consuming its rag and bone,
Can make the truth known.

Grant me an old man’s frenzy,
Myself must I remake
Till I am Timon and Lear
Or that William Blake
Who beat upon the wall
Till Truth obeyed his call;

A mind Michael Angelo knew
That can pierce the clouds,
Or inspired by frenzy
Shake the dead in their shrouds;
Forgotten else by mankind,
An old man’s eagle mind.

1936

Un acre d’herbe verte

Restent image et livre,
Un acre d’herbe verte
Pour l’air et l’exercice,
A présent que m’abandonne la force du corps ;
Minuit, une vieille maison
Où rien ne bouge qu’une souris.

Nulle tentation.
Ici à la fin de la vie
Ni l’imagination débridée,
Ni le moulin de l’esprit
Qui ronge sa guenille et son os,
Ne peuvent me révéler la vérité.

Accordez-moi une folie de vieil homme,
Que je puisse me refaire
Et devienne à mon tour Timon et Lear
Ou ce William Blake
Qui frappait sur le mur
Jusqu’à ce que la Vérité réponde à ses coups ;

Un esprit hérité de Michel Ange
Qui sache transpercer les nuages,
Ou dans sa folie
Secouer les morts dans leurs linceuls ;
Oublié sinon par les hommes,
L’esprit d’aigle d’un vieil homme.

Parlez-moi d’amour – 13 – Elena

Qu’il est bon de parler de roses
Quand il givre ! De parler
D’amour lorsque la tombe est proche.

Elena Frolova, avec une passion constante redonne vie à la poésie russe et notamment celle de l’«Âge d’argent». Elle a mis en musique et interprété les œuvres de poètes illustres tels que Anna Akhmatova, Joseph Brodsky, Alexandre Blok ou encore Serge Essenine, et bien sûr Marina Tsvetaïeva (à qui elle a consacré plusieurs albums et spectacles).

En osmose spirituelle avec celle qu’on surnommait « La Sibylle de l’Âge d’argent », elle chante ici accompagnée de sa fidèle guitare une adaptation du poème d’amour presque mystique, écrit le 30 juillet 1918 dans Moscou en proie aux affres de la guerre civile et de la famine, par cette jeune poétesse de 26 ans à peine :