Flâner entre le rêve et le poème… Ouvrir la cage aux arpèges… Se noyer dans un mot… S'évaporer dans les ciels d'un tableau… Prendre plaisir ou parfois en souffrir… Sentir et ressentir… Et puis le dire – S'enivrer de beauté pour se forcer à croire !
Jusepe de Ribera (1591-1652) – Philosophe au miroir
Je ne vieillis pas, je m’élève
– « Tu vieillis », m’ont-ils dit. « Tu n’es plus toi, tu deviens amer et solitaire. » – Non, ai-je répondu avec calme. Je ne vieillis pas. Je m’affranchis. Je ne me fane pas, je m’affirme.
J’ai cessé d’être celui qui plaît aux autres pour devenir celui qui me plaît à moi-même. Je ne cours plus après l’approbation d’autrui, j’ai trouvé refuge dans mes propres bras. Je ne vieillis pas. Je deviens sélectif, lucide, attentif. Je choisis mes lieux, mes complices, mes batailles et mes silences.
J’ai appris à lâcher prise, non par amertume, mais par sagesse. J’ai libéré mon cœur des chaînes invisibles : Les attachements stériles, les douleurs inutiles, Les présences toxiques, les âmes tourmentées, Et ces cœurs flétris par la méchanceté.
Je n’ai pas durci, j’ai adouci ma vie. Je n’ai pas fui, j’ai trié. Ce n’est ni par orgueil, ni par rancune. C’est par amour de la paix, de la sérénité, et surtout, par amour de moi-même.
Non, je ne vieillis pas. Je deviens. Et dans ce devenir, je me découvre enfin.
Quand Jorge Luis Borges publie ce poème en 1969, la maladie ophtalmique qui ne cesse de progresser négativement depuis son enfance, l’a maintenant condamné à une forme de quasi cécité. Il est contraint de solliciter plus souvent ses nombreux lecteurs et doit désormais dicter ses textes, à sa mère parfois, et, plus souvent, à ses secrétaires.
Cette « ombre » qui lui est imposée, le grand poète a décidé de ne pas la recevoir comme une nuit terrifiante. Il préfère ne pas entrer dans une vaine lutte et choisit d’accueillir avec une heureuse résignation cette pénombre sereine qui « coule sur une pente douce ». Ce poème en est un émouvant témoignage.
Éloge de l'ombre
La vieillesse (c'est le nom que les autres lui donnent) peut être le temps de notre bonheur. La bête est morte ou presque morte. Restent l'homme et son âme. Je vis parmi des formes lumineuses et vagues qui ne sont pas encore la ténèbre. Buenos Aires, qui jadis se déchirait en banlieues vers la plaine incessante, est redevenue la Recoleta, le Retiro, les rues incertaines de l'Once et les vieilles maisons précaires que nous appelons toujours le Sud. Tout au long de ma vie les choses furent trop nombreuses ; Démocrite d'Abdère s'arracha les yeux pour penser ; le temps a été mon Démocrite. Cette pénombre est lente et ne fait pas mal ; elle coule sur une pente douce et ressemble à l'éternité. Mes amis n'ont pas de visage, les femmes sont ce qu'elles furent il y a déjà tant d'années, je ne sais pas si ce coin de rue a changé, il n'y a pas de lettres sur les pages des livres. Tout ceci devrait m'effrayer, mais c'est une douceur, un retour. Il y a des générations de textes sur la terre ; je n'en aurai lu que quelques-uns, ceux que je continue à lire dans la mémoire, à lire et à transformer. Du sud, de l'est, de l'ouest, du nord, convergent les chemins qui m'ont conduit à mon centre secret. Ces chemins ont été des échos et des pas, des femmes, des hommes, des agonies, des résurrections, des jours et des nuits, des demi-rêves et des rêves, chaque infime instant de la veille et des veilles du monde, la ferme épée du Danois et la lune du Persan, les actes des morts, l'amour partagé, les mots, Emerson et la neige et tant de choses. Maintenant je peux les oublier. J'arrive à mon centre, à mon algèbre et à ma clef, à mon miroir. Bientôt je saurai qui je suis.
Bernardo Cavallino – Extase de Sainte-Cécile – 1645
Tel est le paradoxe d’une des plus extravagantes expériences humaines, l’extase, qui projetant l’homme hors de lui-même lui révèle le plus intime de son être. Qu’elle soit souffle mystique, fulgurance de l’esprit ou frisson de la chair, elle brise ses limites pour le projeter dans l’absolu. Explorer ses manifestations — de la béatitude céleste à l’apothéose terrestre, de la perception de l’harmonie ultime au cri déchiré de l’orgasme — c’est traquer cet instant sacré où le moi s’efface, laissant l’humain toucher enfin ce qui le dépasse. Quel que soit le terreau, mystique, philosophique, esthétique ou charnel, dans lequel elle plonge ses racines, c’est bien souvent à travers la pertinence de la parole poétique que l’extase trouve le juste vecteur de son expression la plus sensible. Une musique, parfois, habille le vers, d’un voile.
Mes extases :
Petite anthologie poétique sans prétention sur le thème de l’extase, en six poèmes et six poètes… et quelques notes de musique par-ci, par là.
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Mes extases – 1/ Victor Hugo : « Extase »
Victor Hugo 1802-1885
in ‘Les Orientales’
Et j’entendis une grande voix. Apocalypse
J’étais seul près des flots, par une nuit d’étoiles. Pas un nuage aux cieux, sur les mers pas de voiles. Mes yeux plongeaient plus loin que le monde réel. Et les bois, et les monts, et toute la nature, Semblaient interroger dans un confus murmure Les flots des mers, les feux du ciel.
Et les étoiles d’or, légions infinies, À voix haute, à voix basse, avec mille harmonies, Disaient, en inclinant leurs couronnes de feu ; Et les flots bleus, que rien ne gouverne et n’arrête, Disaient, en recourbant l’écume de leur crête : ― C’est le Seigneur, le Seigneur Dieu !
25 novembre 1828
Elsa Dreisig (soprano) chante « Extase » Musique composée par Amy Beach (1867-1944) Orchestre du Théâtre Carlo Felice de Gènes Direction Massimo Zanetti
La Jérusalem céleste – Tapisserie de l’Apocalypse – Angers – XIVème siècle
A l’attention de mon ami Jérôme K.
Jamais dans ton existence la conscience de notre solitude ontologique ne te sera plus évidente qu’en ce moment unique de la perte du père, ce séisme intime qui redéfinit, quel que soit notre âge et notre expérience, notre place dans le monde.
Quand advient cette séparation, nous nous apercevons que plus rien désormais ne saurait faire obstacle à notre propre finitude ; nous devenons soudainement la génération du premier front. La tempête des émotions apaisée et le silence intérieur revenu, nous pouvons alors comprendre que nous ne marcherons pourtant pas seul sur ce chemin nouveau : la trace de ses pas, parfois, ne manquerait pas de guider les nôtres.
&
« La musique commence là où s’arrête le pouvoir des mots »disait Richard Wagner. Alors, ami, pour t’accompagner spirituellement dans ce douloureux moment, je voudrais joindre en pensée ma voix mécréante à ce chœur d’hommes interprétant un motet composé par Félix Mendelssohn sur les paroles bibliques de l’Apocalypse de Jean (14:13) :
Beati mortui in Domino morientes deinceps. Dicit enim spiritus, ut requescant a laboribus suis et opera illorum sequuntur ipsos.
Heureux les morts qui meurent dans le Seigneur. Oui, dit l’esprit : que dès à présent ils se reposent de leurs peines, car leurs œuvres les suivent.
« Dis-moi quel est ton infini, je saurai le sens de ton univers, est-ce l’infini de la mer ou du ciel, est-ce l’infini de la terre profonde ou celui du bûcher ? » Dans le règne de l’imagination, l’infini est la région où l’imagination s’affirme comme imagination pure, où elle est libre et seule, vaincue et victorieuse, orgueilleuse et tremblante. Alors les images s’élancent et se perdent, elles s’élèvent et elles s’écrasent dans leur hauteur même. Alors s’impose le réalisme de l’irréalité.
…
On comprend les figures par leur transfiguration.
Gaston Bachelard – L’air et les songes – Essai sur l’imagination du mouvement
– À cent ans, l’être humain peut se passer de l’amour et de l’amitié. Les maux et la mort involontaire ne sont plus une menace pour lui. Il pratique un art quelconque, il s’adonne à la philosophie, aux mathématiques ou bien il joue aux échecs en solitaire. Quand il le veut, il se tue. Maître de sa vie, l’homme l’est aussi de sa mort.
– Il s’agit d’une citation ? lui demandai-je.
– Certainement. Il ne nous reste plus que des citations. Le langage est un système de citations.
Personne ne sait encore si tout ne vit que pour mourir ou ne meurt que pour revivre.
Marguerite Yourcenar – Anna, soror… (1981)
Borges a-t-il vraiment écrit ce poème inspiré par ses ultimes moments de vie ? Peut-être ! Ou peut-être pas !
Qu’importe ! Rien n’interdit d’imaginer notre vieux maître, si curieux, si sympathique, le dictant à un des étudiants qui remplissaient régulièrement auprès de lui – et avec délectation – la fonction de « lecteur ».
Tout invite à l’adopter celui qui, au même âge ou presque que l’auteur, trouve modestement à travers ses évocations un miroir où plonger son propre regard introspectif.
Instants
Si je pouvais de nouveau vivre ma vie, dans la prochaine je tâcherais de commettre plus d’erreurs. Je ne chercherais pas à être aussi méticuleux, je me relacherais plus. Je serais plus bête que je ne l’ai été, en fait je prendrais très peu de choses au sérieux. Je mènerais une vie moins hygiénique. Je courrais plus de risques, je voyagerais plus, je contemplerais plus de crépuscules, j’escaladerais plus de montagnes, je nagerais dans plus de rivières. J’irais dans plus de lieux où je ne suis jamais allé, je mangerais plus de crèmes glacées et moins de fèves, j’aurais plus de problèmes réels et moins d’imaginaires.
J’ai été, moi, l’une de ces personnes qui vivent sagement et pleinement chaque minute de leur vie ; bien sûr, j’ai eu des moments de joie. Mais si je pouvais revenir en arrière, j’essaierais de n’avoir que de bons moments.
Au cas où vous ne le sauriez pas, c’est de cela qu’est faite la vie, seulement de moments ; ne laisse pas le présent t’échapper.
J’étais, moi, de ceux qui jamais ne se déplacent sans un thermomètre, un bol d’eau chaude, un parapluie et un parachute ; si je pouvais revivre ma vie, je voyagerais plus léger.
Si je pouvais revivre ma vie je commencerais d’aller pieds nus au début du printemps et pieds nus je continuerais jusqu’au bout de l’automne. Je ferais plus de tours de manège, je contemplerais plus d’aurores, et je jouerais avec plus d’enfants, si j’avais encore une fois la vie devant moi.
Mais voyez-vous, j’ai 85 ans… et je sais que je me meurs.
L’Égypte, et avec elle le monde entier, se félicite, à l’occasion de sa récente inauguration en grandes pompes, de l’ouverture du G.M.E. (Grand Musée Égyptien) au Caire, au pied des Pyramides de Gizeh, considérable trésor mémoriel de cette antique civilisation. Pendant que – « règne de la quantité » oblige – la presse internationale salue surtout les chiffres : le colossal investissement financier, les milliers de mètres carrés, les nombreuses péripéties de vingt années de travaux, le gouvernement égyptien se frotte les mains en évaluant – « signe des temps » – la manne économique que promet la surfréquentation touristique attendue – motivation tristement essentielle, semble-t-il, de l’immense projet.
Ramsès II jeune (XIIIème av JC) – Percy Bysshe Shelley 1792-1822
Mais un petit esprit chagrin, misanthrope et pessimiste, comme on ne peut manquer de l’être après avoir bien longtemps regardé les hommes, s’est souvenu d’un sonnet de Percy Bysshe Shelley, « Ozymandias », que le poète romantique anglais écrivit en 1817, au moment où le British Museum annonçait avoir acquis un important fragment de la statue de Ramsès II jeune, datée du XIIIème siècle avant notre ère.
Richard Attenborough dit « Ozymandias » *
Ozymandias (Percy Bysshe Shelley)
J’ai rencontré un voyageur de retour d’une terre antique Qui m’a dit : – « Deux jambes de pierre immenses et dépourvues de buste Se dressent dans le désert. Près d’elles, sur le sable, À moitié enfoui, gît un visage brisé dont le sourcil froncé,
La lèvre plissée et le rictus de froide autorité Disent que son sculpteur sut lire les passions Qui survivent encore dans ces objets sans vie À la main qui les imita et au cœur qui les nourrit.
Et sur le piédestal apparaissent ces mots : «Mon nom est Ozymandias, Roi des Rois. Voyez mon œuvre, ô puissants, et désespérez!»
Auprès, rien ne demeure. Autour des ruines De cette colossale épave, infinis et nus, Les sables monotones et solitaires s’étendent au loin. »
*transcription grecque d’une partie de la titulature royale du célèbre pharaon Ramsès II (dont le nom complet était Ousir-Maât-Rê Setepenrê Ramessou Miamun).
. . .
Alors, une fois encore, avec son inébranlable pertinence, a retenti la parole de l’Ecclésiaste :
Vanitas vanitatum et omnia vanitas.
Un regard s’est retourné non sans nostalgie vers la grande perplexité d’un lycéen du temps lointain à qui un certain professeur de philosophie avait alors demandé de commenter cette remarque de Paul Valéry :
Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles.
Et puis, enfin, sage constat soudain sorti d’une réplique de théâtre, un fugitif soupçon de consolation :
The pen is mightier than the sword.*
Richelieu – pièce de théâtre d’Edward Bulwer-Lytton – 1839 (Acte II – Scène 2)
Reprise d’un billet publié sur « Perles d’Orphée » le 5/07/2015 : « Lumière blessée /5 – Clairvoyance et prévoyance… »
On ne peut pas dire, malgré tout l’intérêt que Voltaire portait à ce fabuliste normand, et la sympathie que ses ouvrages inspiraient à Grimm, que Jean Jacques François Marin BOISARD (1744-1833) ait marqué sa postérité d’un souvenir impérissable. – Aucun portrait de cet auteur n’est, semble-t-il, parvenu jusqu’à nous. La Fontaine, à l’évidence, n’avait pas laissé beaucoup d’espace aux prétentions de ses successeurs. Pourtant, quand le hasard met sur notre route quelques unes des mille et quelques fables de ce pauvre conteur oublié, force est de reconnaître la pertinence de son observation, d’apprécier la réelle qualité de sa relation. Il est vrai que les vents des modes érodent aisément les velléités de justice de l’Histoire. Sic transit gloria mundi !
Comme l’illustrent ses deux fables « bien vues », celui qu’atteint la cécité, doit apprendre également à développer ses perceptions jusqu’à la clairvoyance, et à se prémunir, indispensable prévoyance, des inévitables importuns. Faut-il encore que la nature ait doté ce malheureux d’une sage logique sans laquelle clairvoyance et prévoyance ne demeureraient qu’habiletés de cirque.
L’aveugle clair-voyant
La dame qui nous vient de fausser compagnie A les dents belles, dit l’aveugle Saunderson*. Vous pourriez bien avoir raison ; Mais qui vous a si bien informé, je vous prie, Dit le maître de la maison ? Personne, reprit-il, j’en donne ma parole ; Et je n’y vois pas, mais j’entends : La dame rit toujours, et ne paraît pas folle ; Et de là je conclus qu’elle a de belles dents.
* Nicholas Saunderson (1682-1739) : Mathématicien anglais et aveugle. Enseignant comme professeur émérite à Cambridge, ayant occupé la chaire de son prédécesseur Whiston, lui-même successeur de Newton.
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L’aveugle qui portait une lanterne
Un aveugle la nuit portait une lanterne. Du monde apparemment le bonhomme se berne, Dit tout bas en passant un sage en manteau noir ; De quoi cela sert-il à qui ne peut y voir ? Oh cela sert, dit le bonhomme, À me garantir de l’ennui D’être choqué par des gens comme Il en est beaucoup aujourd’hui. Ce n’est pas chose singulière, Ni tout à fait neuve en tout cas, Que l’on répande la lumière, Quoique l’on n’en profite pas.
Matthias Janson – « A travers les siècles » à Cesīs (Lettonie)
De tout, il resta trois choses : la certitude que tout était en train de commencer, la certitude qu’il fallait continuer, la certitude que cela serait interrompu avant que d’être terminé. Faire de l’interruption un nouveau chemin, faire de la chute un pas de danse, faire de la peur un escalier, du rêve, un pont, de la recherche… une rencontre.
Fernando Sabino 1923-2004
Brésil
Certeza
De tudo ficaram três coisas… A certeza de que estamos começando… A certeza de que é preciso continuar… A certeza de que podemos ser interrompidos antes de terminar… Façamos da interrupção um caminho novo… Da queda, um passo de dança… Do medo, uma escada… Do sonho, uma ponte… Da procura, um encontro!
Celui qui vit de souvenirs Traîne une mort interminable Il s’écoute dans les échos Qui n’ont que le son de sa voix Il se cherche sur des images Qui furent tracées sur le sable Et les miroirs où il se voit Sont laiteux comme un œil de mort À quoi bon hier et demain Demain le paradis des prêtres Demain venu de deux mille ans Pour étrangler l’amour du jour
L’âge d’or est dans la minute Dans ta vie le soleil qui chante Jamais le sang ne coulera Aussi vivace dans ton corps Il y a le bruit du moment L’inimitable odeur fugace Du temps qui passe La chaleur qui se refroidit Le présent à aimer autant qu’à défendre L’unique aujourd’hui La fureur de vivre une vie confondue Avec le pain de chaque instant
Rompant avec les conventions artistiques de l’époque, les quatre-vingts estampes des ‘Caprices‘ (Los Caprichos) que Goya publie en 1799, veulent autant poser une critique acerbe des vices, superstitions et autres travers de la société espagnole du temps, que vilipender les abus de la « monarchie éclairée » qui gouverne alors L’Espagne.
Le peintre accompagne parfois certaines de ces gravures acerbes d’un commentaire ou d’une réflexion. Ainsi, le cauchemardesque Caprice 43, objet de ce billet, qui montre un homme (Goya lui-même ?) endormi sur son bureau, environné de toutes sortes de créatures terrifiantes, porte-t-il cette légende de la main de l’artiste :
« El sueño de la razón produce monstruos »
Belle opportunité offerte au spectateur d’aiguiser sa réflexion philosophique : la raison doit demeurer en éveil afin de nous garder des méfaits de nos instincts et de nos pulsions, mais trop de raison ne conduit-il pas à museler l’imagination et l’intuition si propice à l’acte de création ?
* * *
Mario Castelnuovo-Tedesco 1891-1968
A la fin de sa vie, le très prolifique compositeur italien, Mario Castelnuovo-Tedesco, écrit pour la guitare, ’24 Caprices’ librement inspirés de gravures de Goya choisies parmi les 80 planches du Maître espagnol. Pas vraiment une description musicale de chaque estampe sélectionnée, mais une recréation plus ou moins fantasmée de l’idée suggérée par l’image.
Un des points culminants de l’écriture pour guitare du compositeur.
Le jeune et talentueux virtuose Ty Zhang joue le ‘Caprice N°18‘ (inspiré du « Capricchio » N°43de Goya)
Ouvrir un livre de poésie, c’est vouloir s’éclairer avec une bougie en pleine déflagration de la bombe à hydrogène. Parier pour la bougie en ce cas, est tout à fait insensé, et cependant, c’est peut être dans ce genre de pari que réside notre avenir.
Chacun de mes masques scintillants se ferme sur la réalité comme la paupière d’un fauve nacré. Vous n’y voyez que du bleu. J’empale votre vertige au fond des marais glauques de la foule crépusculaire dont je m’approprie les balancements hagards. Les gestes déclinent sans doute ainsi que le col des cygnes sur la houille de leur œil stupide. Vous voudriez ne pas vous en souvenir.
Mais en écartant, même très délicatement, les écailles du rêve, ne se heurte-t-on pas toujours à un banc de crocodiles alanguis sur les berges du temps.