Ophélie /7 – « Un chant mystérieux tombe des astres d’or »

Voici plus de mille ans que la triste Ophélie
Passe, fantôme blanc, sur le long fleuve noir.
Voici plus de mille ans que sa douce folie
Murmure sa romance à la brise du soir.

[…]

Les nénuphars froissés soupirent autour d’elle ;
Elle éveille parfois, dans un aune qui dort,
Quelque nid, d’où s’échappe un petit frisson d’aile :
– Un chant mystérieux tombe des astres d’or.

Arthur Rimbaud (Ophélie)

Barbara Hannigan – Ophélie

Oui, 7 !

Cela suppose pertinemment que six billets déjà ont été consacrés à la belle et tragique Ophélie. Six rendez-vous, sur les pages de « Perles d’Orphée » dans les derniers mois de l’année 2014, avec la femme et le mythe qui lui est attaché (1), avec le personnage de théâtre façonné par Shakespeare (2), avec, ut pictura poesis, les regards d’un peintre et les mots d’un poète (3), avec, suspendus aux sommets ultimes d’un contre-ut de soprano, le désespoir et la folie en majesté (4), avec, inattendues, nos modernes « idoles » du fil de l’onde au fil des ondes (5), et rendez-vous enfin avec le flot « couleur de noyade », qui, grossi par les larmes musicales de Berlioz, emporte Ophélie mille fois représentée vers sa postérité (6).

Mais évoquer un mythe sans essayer d’inscrire la fresque de ses représentations, aussi modeste soit-elle, dans un cadre symbolique, était à l’évidence une bévue, ou pour le moins une maladresse. Manquait donc cet indispensable septième rendez-vous. – Qui contesterait au chiffre 7 l’évidence de sa portée hautement emblématique ? Admirablement associées dans un court mais riche voyage théâtral, la poésie et la musique de notre XXIème siècle adolescent pouvaient-elles m’offrir plus heureuse opportunité de combler cette lacune ?

Paul Griffiths, écrivain et critique musical gallois, publie en 2008, après treize années de gestation, un roman oulipien, « Let me tell you » (Laissez-moi vous dire), qui offre à Ophélie, exhortée par la plume de l’auteur, une insoupçonnable opportunité de  « venir nous parler, nous dire tout ce qu’elle sait », de se confier, sur son amour pour Polonius, son père, sur sa proximité avec son frère, Laërte, sur sa perplexité face au prince Hamlet, ainsi que sur son profond désir d’évasion.

Et, par gageure stylistique, Griffiths n’a accordé pour langage à Ophélie que les seuls 483 mots que Shakespeare, quatre siècles plus tôt, avait choisis pour lui écrire son rôle dans « Hamlet ».

Par delà l’exercice technique, cette limitation volontaire des ressources du vocabulaire et les inévitables répétitions qu’elle implique, confèrent aux confidences passionnées d’Ophélie une émouvante musicalité.

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Hans Abrahamsen (Né en 1952)

Comment le très discret compositeur danois Hans Abrahamsen, particulièrement attaché dès sa première période à une écriture musicale simple et transparente, et progressivement venu à une forme compositionnelle plus poétique faisant une large place aux influences du romantisme allemand, pouvait-il ne pas succomber à la séduction de cette Ophélie ? Sachant, qui plus est, que la merveilleuse Barbara Hannigan se glisserait dans ses longs voiles pour murmurer sa romance sur les scènes les plus prestigieuses…

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Ainsi les textes de Paul Griffiths habillés des envoûtants accords minimalistes du compositeur danois allaient-ils devenir un cycle de sept – ce n’est pas un hasard – sublimes mélodies au titre éponyme « Let me tell you » .

.Le 20 décembre 2013 l’enchantement public se produisit pour la première fois : Hans Abrahamsen avait confié les ciselures de sa partition au Philharmonique de Berlin qui, conduit par Andris Nelson, accompagnait avec la discrète majesté des grands seigneurs les confidences d’une fascinante Ophélie (Barbara Hannigan) jusqu’au fatal rivage.

Inoubliable septième rendez-vous qu’il aurait été impardonnable de manquer !

Écoute, écoute passant inconsolable !

Depuis cette brumeuse berge,

subtil et adamantin,

c’est l’envoûtant chant d’un départ,

d’une fée la grâce ultime.

« Un chant mystérieux tombe des astres d’or. »

7ème chant (Adagissimo) – I will go out now
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I will go out now.
I will let go the door
and not look to see my hand as I take it away.
Snow falls.
So: I will go on in the snow.
I will have my hope with me.
I look up,
as if I could see the snow as it falls,
as if I could keep my eye on a little of it
and see it come down
all the way to the ground.
I cannot.
The snow flowers are all like each other
and I cannot keep my eyes on one.
I will give up this and go on.
I will go on.
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Et, pour prolonger le charme et parfaire le plaisir,  « Let me tell you » dans son intégralité avec, pour emporter Ophélie Hannigan, l’Orchestre Symphonique de Göteborg sous la baguette du Maître Kent Nagano.

Jusqu’au plus haut des Cieux… Du plus profond des voix !

Sören Kierkegaard (Copenhague 1813-1855)

« Dans le vrai rapport de la prière, ce n’est pas Dieu qui entend ce qu’on lui demande, mais celui qui prie, qui continue de prier jusqu’à être lui-même celui qui entend ce que Dieu veut. »

 

Émile Cioran (1911-1995)

« Il n’y a qu’un remède au désespoir : c’est la prière – la prière qui peut tout, qui peut même créer Dieu… »

in « Cahiers »

Albert-Marie Besnard* (1926-1978)

 

« Il y a des chants qui, lorsqu’ils se taisent, obligent à écouter un certain silence plus précieux qu’eux-mêmes. »

in « Propos intempestifs sur la prière »

 

*Directeur des Cahiers Saint-Dominique, prieur du couvent Saint-Dominique à Paris (1973)

[Le tableau —« L’Occhio Occidentale » — illustrant la vidéo est du peintre italien né en 1977 – Nicola Samori]

Saule, pleure pour elle ! … Etta James (Blues – Face 2)

« Etta James n’avait qu’à poser sa voix sur une musique pour y imprégner sa marque unique. Une de ces voix puissantes dont le moindre cri ou tremblement n’avait rien d’une prouesse technique, d’un effet recherché : le chant d’Etta James n’était que l’expression d’une vie de souffrance sans cesse surmontée, celui d’une authentique survivante. »   Hugo Cassavetti (Télérama – 19/01/2012)

Elle pouvait tout chanter, tout, et bien qu’elle n’eût jamais écrit la moindre parole de ses chansons, on entrait toujours de plain pied dans l’émotion qu’elle voulait nous transmettre… On y entre encore, ô combien ! et de la même manière. Et c’est si bon qu’assurément deux titres c’est vraiment trop peu pour nous combler.

Alors faites comme moi, organisez-vous une soirée Etta James : quelques amis passionnés de musique, une bonne bouteille à partager, cinq ou six coussins moelleux jetés sur la moquette, un bout de canapé pour les moins souples… et surtout une belle pile de CD et de Vinyles.  « Enivrez-vous », comme le conseillait Baudelaire, de Jazz, de Soul ou de Blues, à votre guise, mais « Enivrez-vous » de plaisir avec la formidable Etta…!

Attention : dépendance très probable ! D’autres s’y sont fait prendre avant nous : six Grammy Awards et dix-sept Blues Music Awards au cours de sa carrière… A l’évidence, nous ne sommes pas seuls à aimer. Mais qu’importe, on aime !

« Willow weep for me »

Et on aime aussi les fabuleux musiciens qui l’accompagnent dans ce standard du jazz que l’auteure-compositrice Ann Ronell dédia à son idole George Gershwin :

Cedar Walton : Piano et arrangement
Herman Riley : Saxophone Ténor
John Clayton : Bass
Josh Sklair : Guitare
Kraig Kilby : Trombone
Paul Humphrey : Batterie
Ronnie Buttacavoli : Trompette

ƒƒƒƒ

Ô Lord !
Why did you send the darkness to me ?
And the shadows forever to be ?
Where’s the light I’m longing to see ?
Love once met me by the old willow tree.
Now you’ve gone and left nothing to me –
Nothing but a sweet memory.

Willow weep for me
Willow weep for me
Bend your branches green along the stream that runs to the sea
Listen to my plea
Hear me willow and weep for me

Gone my lovers dream
Lovely summer dream
Gone and left me here to weep my tears into the stream
Sad as I can be
Hear me willow and weep for me

Whisper to the wind and say that love has sinned
Let my heart a-breaking, and making a moan
Murmur to the night to hide its starry light
So none will see me sighing and crying all alone

Weeping willow tree
Weep in sympathy
Bend your branches down along the ground and cover me
When the shadows fall, hear me willow and weep for me

Oh, Weeping willow tree
Weep in sympathy
Bend your branches down along the ground and cover me
When the shadows fall, hear me willow and weep for me

Claude Monet – Saule pleureur 1919 – Colombus Museum of Art (E-U)
Oh ! Seigneur !
Pourquoi m’as-tu jetée dans les ténèbres ?
Et pourquoi me retiens-tu dans l’ombre pour toujours ?
Où est la lumière ? – J’ai hâte de la voir.
Un jour l’amour m’a rejointe près d’un vieux saule.
Maintenant tu m’as abandonnée sans rien me laisser.
Rien sauf un doux souvenir.
 .
Saule pleure pour moi !
Saule pleure pour moi !
Plie tes vertes branches le long du ruisseau qui coule vers la mer,
Écoute mon appel,
Entends-moi, saule, et pleure pour moi !
 .
Partis sont mes rêves d’amoureuse,
Jolis rêves d’été
Partis et m’ayant laissée seule pour verser mes larmes dans le ruisseau.
Je suis si triste,
Entends-moi saule et pleure pour moi !
 .
Chuchote dans le vent et dis que l’amour a pêché.
Laisse mon cœur brisé à ses gémissements,
Murmure dans la nuit pour cacher sa lumière étoilée,
Pour qu’aucun ne le surprenne seul dans sa peine et sa douleur.
 .
Saule pleureur
Pleure en sympathie
Plie tes branches jusqu’au sol et recouvre-moi.
Quand les ombres tomberont, entends-moi saule et pleure pour moi !
 .
Oh, Saule pleureur
Pleure en sympathie
Plie tes branches jusqu’au sol et recouvre moi
Quand les ombres tomberont, entends-moi saule et pleure pour moi !

Billet précédent…

S’il lui restait un brin de fierté… Etta James (Blues – Face 1)

L’entends-tu ?

La voix

Qui chante là quand toute voix se tait ?
Qui chante avec cette voix sourde et pure un si beau chant ?
Serait-ce hors de la ville, à
Robinson, dans un jardin couvert de neige ?
Ou est-ce là tout près, quelqu’un qui ne se doutait pas qu’on l’écoutât ?
Ne soyons pas impatients de le savoir puisque le jour n’est pas autrement précédé par l’invisible oiseau.
Mais faisons seulement silence.
Une voix monte, et comme un vent de mars aux bois vieillis porte leur force, elle nous vient sans larmes, souriant plutôt devant la mort.
Qui chantait là quand notre lampe s’est éteinte ?
Nul ne le sait.
Mais seul peut entendre le cœur qui ne cherche la possession ni la victoire.

 Philippe Jaccottet – Extrait de « L’Ignorant » – Gallimard, 1958

Mon cœur, entends-tu la voix paisible de l’âme qui depuis les confins de sa solitude amie chante, dans la douceur du jour qui s’éteint, son prélude au Voyage « Ich bin der Welt abhanden gekommen » (Je me suis retiré du monde).

Loin des vanités du monde, elle berce dans sa transcendante apesanteur l’union intime du poème et de la mélodie. Souffle ultime sur le dernier feu.

Me voilà coupé du monde
dans lequel je n’ai que trop perdu mon temps ;
il n’a depuis longtemps plus rien entendu de moi,
il peut bien croire que je suis mort !

Et peu importe, à vrai dire,
si je passe pour mort à ses yeux.
Et je n’ai rien à y redire,
car il est vrai que je suis mort au monde.

Je suis mort au monde et à son tumulte
et je repose dans un coin tranquille.
Je vis solitaire dans mon ciel,
dans mon amour, dans mon chant.

ƒ

Ich bin der Welt abhangen gekommen,
mir der ich sonst viele Zeit verdorben,
sie hat so lange nichts von mir vernommen,
sie mag wohl glauben, ich sei gestorben !

Es ist mir auch gar nichts daran gelegen,
ob sie mich für gestorben hält,
ich kann auch gar nichts sagen dagegen,
denn wirklich bin ich gestorben der Welt.

Ich bin gestorben dem Weltgetümmel,
und ruh in einem stillen Gebiet.
Ich leb allein in meinem Himmel
in meinem Lieben, in meinem Lied.

Les heures de la beauté – La beauté des heures

On a dit que la beauté est une promesse de bonheur. Inversement la possibilité du plaisir peut être un commencement de beauté.

Marcel Proust (in « La prisonnière »)

Où, plus sûrement que dans la générosité de la nature, au milieu des merveilles que, sans cesse, ses lumières façonnent et embellissent,

Où, plus sensuellement que sous la tendre caresse de deux cœurs aimants,

Où, plus savoureusement que dans le vers inspiré du poète et dans la voix langoureuse qui en soupire la mélodie,

Saurions-nous mieux rencontrer ce bonheur que nous promet la beauté ?

Ralph Vaughan Williams (1872-1958)
Ralph Vaughan Williams (1872-1958)

Parmi les mille chemins qui nous y conduiraient, passant évidemment par le Lied allemand et la Mélodie française, prenons donc aujourd’hui un bien agréable raccourci à travers l’œuvre plurielle — opéras, symphonies, concertos, musique de chambre et pour clavier, musiques vocales et chorales, musiques de films — d’un immense compositeur britannique, Ralph Vaughan Williams.

Franchement établi entre le XIXème et le XXème siècles, Vaughan Williams a mis en musique les poèmes, entre autres, de Tennyson, Walt Whitman, William Barnes, et même un poème de Verlaine traduit en anglais. Amoureux du genre, il a composé des mélodies sur les poèmes du recueil « Songs of Travel » de Stevenson (l’auteur de la célébrissime « Île au trésor » et de la non moins célèbre nouvelle « L’étrange cas du Docteur Jekyll et de M. Hyde »), ainsi que sur quelques uns des 103 sonnets du chef d’œuvre poétique, « The House of Life » de Dante Gabriel Rossetti, plus connu comme peintre préraphaélite, par la rousseur flamboyante des femmes magnifiques de ses magnifiques portraits.

Mais que la Beauté nous apparaisse enfin ! Un bonheur n’attend pas ! Un plaisir non plus ! (Le raccourci n’était donc pas si court…)

Qu’elle s’éveille ! Qu’elle nimbe le silence de midi !

Let Beauty awake

Let Beauty awake in the morn from beautiful dreams,
Beauty awake from rest !
Let Beauty awake
For Beauty’s sake
In the hour when the birds awake in the brake
And the stars are bright in the west !
Let Beauty awake in the eve from the slumber of day,
Awake in the crimson eve !
In the day’s dusk end
When the shades ascend,
Let her wake to the kiss of a tender friend,
To render again and receive !

Robert Louis Stevenson
Robert Louis Stevenson (1850-1894)

 (Poème extrait de « Songs of Travel »)

Que s’éveille au matin la beauté

Que s’éveille au matin la beauté de beaux rêves,
Que s’éveille la beauté du repos !
Que s’éveille la beauté
Pour l’amour de la beauté
À l’heure où les oiseaux s’éveillent dans le taillis
Et les étoiles brillent à l’Ouest !
Que s’éveille au soir la beauté du sommeil du jour,
Qu’elle s’éveille dans le soir pourpre !
Quand le jour se fait sombre
Et que montent les ombres,
Qu’elle s’éveille au baiser d’un tendre ami,
Pour encore rendre et recevoir !

Ω

Silent Noon

Your hands lie open in the grass,—
The finger-points look through like rosy blooms:
Your eyes smile peace. The pasture gleams and glooms
’Neath billowing skies that scatter and amass.
All round our nest, far as the eye can pass,
Are golden kingcup-fields with silver edge
Where the cow-parsley skirts the hawthorn-hedge.
’Tis visible silence, still as the hour-glass.
 .
Deep in the sun-searched growths the dragon-fly
Hangs like a blue thread loosened from the sky:—
So this wing’d hour is dropt to us from above.
Oh! Clasp we to our hearts, for deathless dower,
This close-companioned inarticulate hour
When twofold silence was the song of love.
.
Dante Gabriel Rossetti – photo de 1863 par Lewis Caroll

(Poème extrait de « House of Life »)

Silence de midi

Tes mains sont ouvertes dans les longues herbes fraîches,
Les bouts des doigts pointent telles des roses en fleur :
Tes yeux souriants respirent la paix. Le pré luit puis s’assombrit
Sous un ciel de nuées qui se dispersent et se rassemblent.
Tout autour de notre nid, aussi loin que l’œil puisse voir,
S’étendent des champs dorés de boutons d’or, bordés d’argent
Là où le cerfeuil sauvage longe la haie d’aubépine.
C’est un silence visible, aussi immobile que l’est devenu le sablier.
.
Dans la profondeur de la verdure fouillée par le soleil, la libellule
Est suspendue tel un fil bleu qu’on aurait défait du ciel :
Ainsi cette heure ailée nous est envoyée d’en haut.
Oh ! Serrons-la sur nos cœurs, comme don immortel,
Cette heure d’une communion intense et inexprimable
Où un silence partagé à deux fut le chant de l’amour.
 .
Traduction : Charles Johnston

La voix…

Rien n’est beau comme la voix humaine quand elle est belle.

Laure Conan (1845 – 1924)

Belle au point parfois d’en devenir « inhumaine » !… La question, dès-lors, est inévitable : « D’où viennent ces voix inhumaines ? »

Mathieu Amalric — acteur-réalisateur que nous retrouvons toujours avec plaisir sur nos tréteaux ou nos écrans — s’est interrogé pour nous. Depuis longtemps investi dans la réalisation de courts-métrages, il a guidé sa caméra et son micro dans la laborieuse intimité d’une merveilleuse chanteuse canadienne (et directrice d’orchestres), particulièrement engagée à servir les compositeurs contemporains : Barbara Hannigan. Une voix rare !

« D’où, dans le corps, la troublante anomalie du chant prend-t-elle sa source, sa douceur et sa puissance ? La vibration, l’air, le son… Est-ce qu’entre le cri du bébé, l’envoûtement de la berceuse, l’effroi de l’héroïne hitchcockienne sous la douche, la respiration au travail ou les râles de la jouissance, Barbara Hannigan me soufflerait-elle la voie ?… » Ainsi le réalisateur exprime-t-il sa curiosité.*

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