Flâner entre le rêve et le poème… Ouvrir la cage aux arpèges… Se noyer dans un mot… S'évaporer dans les ciels d'un tableau… Prendre plaisir ou parfois en souffrir… Sentir et ressentir… Et puis le dire – S'enivrer de beauté pour se forcer à croire !
La « petite phrase de Vinteuil » se fût-elle armée d’une même fougue et d’autant de virtuosité, Swann aurait peut-être abandonné sa réserve ; adieu le bel ordonnancement des catleyas, mais Odette…
María Dueñas (violon)– Julian Gargiulo (piano et composition) « Estro »
* Traduction de l’Italien : Œstrus
Larousse : (latin oestrus, du grec oistros, transport de fureur) Ensemble des phénomènes physiologiques et comportementaux qui précèdent et accompagnent l’ovulation chez les femmes et chez les femelles des mammifères. (Pour les animaux domestiques, l’œstrus constitue les chaleurs.)
Julian Lawrence Gargiulo, pianiste et compositeur italo-américain : inspiration frénétique ou l’impulsion créatrice. « L’inspiration, la fantaisie et l’imagination qui guident l’artiste dans la composition d’une œuvre – l’élan responsable de la création qui vient d‘«un autre monde» et opère à travers le compositeur. »
Une nuit, sans aucun préavis, Fermina Daza s’éveilla, effrayée par une sérénade de violon seul, avec une seule valse. Elle fut bouleversée par la clairvoyance que chaque note était une action de grâce pour les pétales de ses herbiers, pour les temps volés à l’arithmétique pour écrire ses lettres, pour la peur des examens en pensant davantage à lui qu’aux sciences naturelles, mais elle n’osa pas croire que Florentino Ariza fût capable d’une telle imprudence.
John Bagnold Burgess
La sérénade semble avoir trouvé son lieu d’accomplissement naturel dans l’imaginaire musical hispanique. L’Espagne y cristallise immédiatement un ensemble de représentations codifiées : la guitare, les nuits ardentes, le théâtre de la passion. Qu’un amoureux, dans la nuit caraïbe d’un roman colombien, décide de troquer sa guitare pour un violon ne changera rien à la réalité du cliché. Cliché ô combien renforcé par les évocations fascinées et parfois fantasmées des compositeurs étrangers. La musique française n’en offre-t-elle pas une illustration exemplaire avec Debussy,Ravel, Chabrier ou Lalo… surtout si l’on considère que certains d’entre ces grands compositeurs qui ont produit les œuvres les plus « espagnoles » du répertoire n’avaient qu’une connaissance sommaire de l’Espagne ?
– La vision extérieure :
Claude Debussy (1862-1918) « La Sérénade interrompue »(Préludes – Livre I – 1910) Arturo Benedetti Michelangeli (piano)
Ici le piano imite la guitare : accords arpégés, frottements des cordes, inflexions du chant flamenco, au milieu d’une nuit andalouse. Hésitations et reprises erratiques d’un musicien improvisateur ou frustration d’un amoureux dont le chant est sans cesse perturbé par le vent, des bruits de rue ou autres bavardages ? Dualité ironique d’interprétation des ruptures théâtrales du développement de la ligne mélodique voulues par Debussy.
Une Espagne rêvée, solaire et nocturne à la fois. Une écriture virtuose aux accents rythmiques vifs et chaloupés, plus proche d’une danse andalouse que d’une sérénade. Son élégance n’aurait-elle pas trouvé sa place dans les nuits chaudes et musicales du roman de Garcia Marquez ?
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– Les compositeurs espagnols :
Joaquim Malats (1872-1912) « Serenata Española » Andrea González Caballero (guitare)
Pièce emblématique – et morceau de bravoure – du répertoire espagnol, écrite à la fin du XIXème siècle pour le piano par le compositeur catalan élève d’Isaac Albéniz. Le chant des mélodies langoureuses mêlé aux rythmes de guitare andalouse pour évoquer à la fois la mélancolie (l’indéfinissable duende) et la grâce ensoleillée de l’Espagne.
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Isaac Albéniz (1860-1909) « Granada : Serenata » extrait de la « Suite espagnole » op.47 Paul Sánchez (piano)
Bien que ses pièces évoquent souvent des danses ou des lieux précis (comme Córdoba ou Granada), l’esprit de la sérénade y plane constamment à travers l’imitation de la guitare et la sensualité des mélodies.
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Enrique Granados (1867-1916) « Suite Goyescas » – #6 « Epilogo : Serenata del espectro » Alicia de Larrocha (piano)
Magnifique expression musicale de l’obsession romantique hispanique de l’amour absolu, refusant les barrières sociales, repoussant les limites du temps, s’affranchissant de la mort elle-même. Au terme de sa suite pour piano, « Goyescas », après nous avoir transportés musicalement dans l’œuvre picturale de Goya, Granados nous fait témoins – comblés – de la sérénade que le fantôme de ce jeune amant madrilène, mort, après un duel, dans les bras de son aimée, revient donner à sa belle. L’atmosphère vaporeuse, irréelle et fantomatique du mouvement laisse cependant entrevoir la guitare derrière l’ivoire du clavier magique de Madame Larrocha.
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Manuel De Falla (1876-1946) « Canción del fuego fatuo » (chant du feu follet) Extrait de « El amor brujo » Estrella Morente (voix) Orchestre Manuel dirigé par Sergio Alapont
Falla n’aura pas écrit de « sérénades » au sens strict du terme, mais certaines pièces portent cette même charge nocturne et amoureuse ; l’économie de moyens et la rudesse harmonique de ses compositions affichent ostensiblement l’influence du cante jondo (chant profond, guttural, à l’origine du Flamenco). – L’héroïne Candela, une jeune Andalouse, est hantée par le fantôme de son ancien amant volage et jaloux. Elle lance une incantation pour conjurer les esprits et évoquer ce feu follet insaisissable qui danse dans la nuit.
Lo mismo que er fuego fatuo Tout comme le feu follet, Lo mismito es er querer (bis) L’amour est exactement pareil. (bis) Le huyes y te persigue Tu le fuis et il te poursuit, Le llamas y echa a correr Tu l’appelles et il s’enfuit en courant. ¡Lo mismo que er fuego fatuo Tout comme le feu follet, Lo mismito es er querer! L’amour est exactement pareil !
¡Malhaya los ojos negros Maudits soient les yeux noirs Que le alcanzaron a ver! (bis) Qui ont eu la chance de le voir ! (bis) ¡Malhaya el corazón triste Maudit soit le cœur triste Que en su llama quiso arder! Qui a voulu brûler dans sa flamme ! ¡Lo mismo que er fuego fatuo Tout comme le feu follet, Se desvanece er querer! L’amour s’évanouit.
L’écriture de Turina pour la guitare assume volontiers les caractéristiques du genre, insufflant habilement à l’expression postromantique de ses compositions une part d’impressionnisme français.
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– La sérénade hispano-américaine :
On pourrait évoquer la sérénade dans la tradition mexicaine (la sérénade populaire, les mañanitas) ou les compositeurs comme Heitor Villa-Lobos (bien que brésilien, donc lusophone) qui, dans ses Bachianas brasileiras, retravaille des atmosphères nocturnes comparables, ou encore Agustín Lara, dont les chansons romantiques prolongent au XXème siècle la sérénade populaire dans un langage plus proche de la chanson que du concert, et, et… Dans un autre billet, peut-être ?
C’est le charme incontestable des voyages sans plans ni cartes que de laisser le voyageur enfiler au gré de ses humeurs des sentiers imprévisibles. Quel plus aimable bouquet de plaisirs musicaux que celui que forment, émotions offertes à chaque pas, ces rencontres surprises et ces découvertes inattendues ?
Ainsi, après avoir exploré, en quête de « Sérénade », quelques salons feutrés de la musique classique – les harmonies romantiques de Josef Suk ou l’élégance britannique d’Edward Elgar -, et avant d’autres invitations qui se préparent encore, empruntons aujourd’hui un chemin qui nous conduira curieusement sur les rivages inattendus du Jazz. Là où fleure bon, à travers les ballades, l’esprit de la « Sérénade ».
Certes, chant traditionnellement destiné à être interprété sous les fenêtres d’un être cher à la tombée de la nuit, la sérénade appartient à un autre temps. Pourtant, l’essence même du jazz, faite de confidence, de climat nocturne et d’expression intime destinée à l’autre ou à soi-même, établit avec elle un lien manifeste de parenté.
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Lien parfois très explicite comme :
La célèbre « Moonlight Serenade » de Glenn Miller, composée en 1939, thème signature de son orchestre et témoin musical d’une époque. N’y retrouve-t-on pas les composants emblématiques de la sérénade : la nuit, la lune, l’atmosphère romantique ?… À ceci près que cette sérénade-là est destinée aux couples nombreux mêlant leurs pas sur une piste de danse.
Glenn Miller (1904-1944) – « Moonlight serenade »
Ou « Serenade in blue », cet incontournable standard du jazz composé en 1942 par Harry Warren (musique) et Mack Gordon (paroles), bel exemple, parmi tant d’autres tout aussi séduisants, de « sérénade moderne (adresse intime, mélodique et souvent nocturne) » qui confie au soliste le soin délicat de transmettre l’émotion.
« Serenade in blue » chantée ici par Ethel Ennis (1932-2019)
Et interprétée là par Oscar Peterson (1925-2007) et son trio
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Lien d’autres fois moins affiché, mais tout aussi manifeste par l’évidence de l’intention. Qu’importe qu’un titre précise qu’il s’agit d’une sérénade, il suffit de pencher légèrement la tête et d’écouter :
« My funny Valentine » Carmen McRae (1920-1994) Ray Bryant au piano et ses musiciens
Modèle, peut-être, de sérénade dans l’univers du jazz. Chanson de Richard Rogers et Lorenz Hart tirée de la comédie musicale américaine ‘Place au rythme’ (Babes in Arms) de 1937, standard mille fois interprété et arrangé.
ou
« Dear old Stockholm » Stan Getz (1927-1991) – saxo& Chet Baker (1929-1988) – trompette Extrait de leur fabuleux concert à Stockholm en 1983.
Une esthétique typique de la sérénade : voix murmurée, son de trompette sourd et velouté, tempo suspendu, mélodies tâtonnant l’obscurité à la recherche d’une âme amie…
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… Et encore la trompette de Miles Davis pour la bande originale du film de Louis Malle, « Ascenseur pour l’échafaud », et encore « Mood indigo » sous les doigts de Duke Ellington au piano, et « Memories of you » à la clarinette avec Benny Goodman, et encore les voix de Sarah Vaughan, d’Anita O’Day, d’Ella Fitzgerald… Et… Et… Il y a des billets qu’on voudrait ne jamais devoir terminer !
Du charme discret des balcons d’antan à la confidence murmurée d’une trompette en sourdine, la sérénade a changé de costume. En terre de jazz, elle perd ses habits de genre pour une tenue hors des conventions, plus propice à la prise d’une libre respiration au milieu du tumulte du monde.
Il suffit de quelques secondes à une mélodie pour brosser sur nos paupières closes un tableau qu’inaptes au dessin nous serions en train de peindre et faire défiler dans notre imaginaire les souvenirs d’une histoire, pas tout à fait la nôtre. Telle est sa magie.
Celui qui chante va de la joie à la mélodie, celui qui entend, de la mélodie à la joie.
Rabindranàth Tagore — À quatre voix
– La mélodie : « Valentine »
Fred Hersch (compositeur et pianiste américain)
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Une note n’a pas de patrie. Une mélodie n’est que la clé qui ouvre la porte des songes, en tous dialectes.
René Bazin – Récits de la plaine et de la montagne
– Les paroles :« A wish » de Norma Winstone (chanteuse et parolière américaine)
Voix : Kurt Elling & Cecile McLorin Salvant Piano : Sullivan Fortner
A wish
No hearts, no flowers at my door No cards from someone I adore And yet it seems you are the focus of my dreams I only wish that I could be your valentine
There in the middle of my day You smiled and took my breath away The sun broke through the moment I set eyes on you Oh, how I wish that I could be your valentine
The year slips silently away Somehow I missed the chance to say It must be clearer now than day Though there′ll be songs and poems lovelier than mine How much I wish that I could be your valentine
Partagée entre lyrisme et nostalgie, « Melodia sentimental » est sans doute l’une des pièces les plus célèbres du compositeur brésilien Heitor Villa-Lobos. Elle fait partie d’une suite orchestrale destinée en 1959 au cinéma hollywoodien, mais la partition se trouvera grandement sacrifiée au montage. Villa-Lobos lui redonnera une place de choix dans l’œuvre de concert en laquelle il convertira sa musique de film.
« Melodia sentimental » est une sérénade traditionnelle brésilienne qui naturellement fait la part belle au sentiment amoureux, mais qui flatte également la beauté de la nature. La ‘saudade’, ce sentiment typiquement brésilien qui mêle mélancolie, nostalgie et espoir s’infiltre harmonieusement à travers les modulations de la musique. C’est dans l’interprétation voix-piano ou voix-guitare, sur les paroles de la poétesse brésilienne, diplomate et grande amie du compositeur, Dora Vasconcellos, que le charme atteint à son paroxysme.
– En version ‘lyrique’ grâce, par exemple à la soprano Roberta Mameli accompagnée au piano par Olaf Laneri
Réveille-toi, viens voir la lune Qui dort dans la nuit noire Qui brille si belle et blanche Déversant sa douceur Claire flamme silencieuse Brûlant mes rêves
Les ailes de la nuit qui surgissent Parcourent l’espace profond Oh, douce bien-aimée, réveille-toi Viens apporter ta chaleur au clair de lune
Je voudrais te savoir mienne Dans ce moment serein et calme L’ombre confie au vent La limite de l’attente Quand dans la nuit Elle réclame ton amour
Réveille-toi, viens regarder la lune Qui brille dans la nuit noire Chérie, tu es belle et douce Sens mon amour et rêve.
– En version plus populaire par l’émouvante Mônica Salmaso accompagnée à la guitare par Luis Leite
Acorda, vem ver a lua Que dorme na noite escura Que fulge tão bela e branca Derramando doçura Clara chama silente Ardendo meu sonhar
As asas da noite que surgem Percorrem no espaço profundo Oh, doce amada, desperta Vem dar teu calor ao luar
Quisera saber-te minha Na hora serena e calma A sombra confia ao vento O limite da espera Quando dentro da noite Reclama o teu amor
Acorda, vem olhar a lua Que brilha na noite escura Querida, és linda e meiga Sentir meu amor e sonhar
Dix-huit incontournables figures d’anthologie du piano-jazz rassemblées pendant quelques minutes dans l’extraordinaire agilité des dix petits doigts d’une jeune pianiste coréenne, Jimin Park – nom d’artiste Jimindorothy -, diplômée du prestigieux Berklee College of Music de Boston.
De l’inoubliable Jelly Roll Morton (1890-1941), qui avait très modestement fait imprimer sur ses cartes de visite la mention « inventeur du jazz », à Mulgrew Miller (1955-2013), trop proche de nous sans doute pour avoir imprimé un sillon profond dans nos mémoires, en passant par les célèbres cascades virtuoses d’Art Tatum (1909-1956), le toucher délicat et les fines harmonies de Bill Evans (1929-1980) ou l’irrésistible swing d’Oscar Peterson (1925-2007), Jimindorothy rend ici hommage à ces magiciens du jazz et du clavier.
Plaisir trop court certes, mais belle invitation à d’heureuses soirées d’écoute… pour – idée d’ancêtre – faire goûter aux plus jeunes, qui mettraient un instant leurs portables en pause, les temps heureux de la T.S.F.
Les insectes sont nés du soleil qui les nourrit. Ils sont les baisers du soleil, comme ma dixième sonate qui est une sonate d’insectes. Le monde nous apparaît comme une entité quand nous considérons les choses de cette façon.
Alexandre Scriabine (Lettre à Sabaneïev – 1913)
Vingt billets plus tard, consacrés à la fascination que le monde des insectes a exercée et exerce encore sur les musiciens, force est de constater que le sujet, et les références qui l’illustrent, sont loin d’avoir atteint leurs limites. Auraient naturellement trouvé leur place sur ces pages « Le grillon » de Ravel adossé à un texte de Jules Renard, celui, sautillant, de Georges Bizet, sur un poème de Lamartine, ceux, romantiques, réfugiés dans le piano de Alan Hovaness et dans le chant desquels s’évanouit une chanson d’amour, « La mouche », qui écrit son journal tragique sur le clavier du piano de Bartók, « Le frelon brun » (Brown Hornet) tournoyant, ivre de jazz , autour de la trompette emblématique de Miles Davis, ou encore, très proche de nous, le défilé vivant et coloré des insectes de toutes sortes qui paradent entre les instruments à vents de l’orchestre d’harmonie réuni autour de la partition « The bugs » (les insectes) du compositeur américain Roger Cichy, pour ne citer que ces absents-là…
Mais, la saison bénie du soleil arrivant à son terme et le danger que le plaisir devienne obsession menaçant, il fallait trouver une conclusion, fût-elle temporaire et symbolique, à cet amusant inventaire entomo-musicologique que chacun pourra poursuivre à sa guise.
Pour la circonstance une œuvre s’est imposée :
Alexandre Scriabine 1872-1915
« Sonate des insectes ».
Année 1913
Œuvre fascinante et énigmatique que compose Scriabine dans les dernières années de sa vie. Cette sonate en un seul mouvement que le compositeur a lui-même baptisée « Sonate des insectes », écrite selon le schéma traditionnel (exposition – développement – récapitulation) incarne une vision mystique de la nature, où les insectes deviennent des entités lumineuses, nées d’un lien quasi divin avec le soleil.
Pour représenter cette harmonie mystique et extatique, Scriabine assoit sa sonate pour piano sur une texture très dense, riche en harmonies complexes et dissonantes. L’utilisation omniprésente du trille confère à cette pièce au caractère unique une représentativité sonore mimétique avec les froissements, crissements, frôlements et autres stridulations et sautillements du monde mystérieux des insectes.
Une délicieuse expérience sensorielle entre nature et spiritualité.
Alexandre Scriabine 1872-1915 Sonate pour piano N°10 – Op. 70 « Sonate des insectes » Yuja Wang (piano)
Peu de risque, dans l’intimité des salons de musique, de se faire mordre par une tarentule, et partant, d’y surprendre quelques danseurs aux pieds nus sautillant jusqu’à la transe. Cela ne signifie nullement pourtant que la Tarentelle n’aura pas trouvé sa place dans l’atmosphère feutrée des lieux ni qu’elle y aura perdu son entrain et sa bonne humeur, en abandonnant un peu de sa mythologie.
Tarentelle à la chambre
William Henry Squire 1871-1963 « Tarantella » Op. 23 Susanne Beer (violoncelle) Frederic Bager (piano)
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Camille Saint-Saëns 1835-1921 « Tarentelle en La mineur » Op. 6 Pour flûte, clarinette et piano Trio Dobona
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David Popper 1843-1913 « Tarantella » Amit Peled violoncelle) Noreen Polera (piano)
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À quoi la musique fait appel en nous, il est difficile de le savoir. Ce qui est certain, c’est qu’elle touche une zone si profonde que la folie elle-même n’y saurait pénétrer.
Jacques Offenbach 1819-1880 « Le papillon »(valse) (extrait du ballet éponyme de 1860) Cologne West German Radio Orchestra Direction : Pinchas Steinberg
Thème du ballet : Une histoire de fée, de magie et d’amour. Une servante, transformée en papillon par une fée maléfique, est finalement libérée de son sort et peut épouser le prince qu’elle aime.
La « Valse du papillon », encore appelée « Valse des rayons », accompagne dans le ballet les envolées gracieuses de la ballerine. Un moment de musique pleine de légèreté, d’élégance et de vivacité, caractéristique du style d’Offenbach. Le succès de cette valse la rendra indépendante du ballet originel ; elle deviendra une pièce de concert à part entière, offrant au vers célèbre de Musset un nouvel horizon : « La valse d’un coup d’aile a détrôné la danse ». (Que l’auteur et le lecteur me pardonnent !)
– Tourbillonnons, voulez-vous ? Une valse pour effacer le temps…
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Camille Saint-Saëns 1835-1921 « Papillons »(Mélodie Française – 1918) poème de Renée de Léché Marina Pacheco (soprano) Erina Beutelspacher (piano)
Où t’envoles-tu, si frêle Petit papillon léger ?
Où t'envoles-tu, si frêle, Petit papillon léger ? N'est-il donc pas vrai que l'aile Se lasse de voltiger ?
Ne crains-tu pas que la brise Puisse en jouant te flétrir, Ou que l'ouragan te brise, Qu'un soir vienne te meurtrir ?
Oh ! non, ton corps diaphane Veut se griser de l'azur, De la rose qui se fanne, D'un ciel de printemps plus pur ...
Tu veux choisir le calice D'une fleur pour ton berceau, T'endormir avec délice Au sein d'un jardin si beau.
Ne t'éveiller qu'à l'aurore Et lorsque le grand soleil Par delà les monts qu'il dore Sourit au matin vermeil.
N'être que beauté, que vie, Rien que tendresse et qu'espoir, Éblouissante folie, Et puis ... mourir un beau soir.
Mourir d'avoir fait un rêve, Mourir d'avoir trop aimé, D'avoir aspiré sans trêve L'air enflammé !
Mourir d'avoir en l'espace Eu pour règle ton désir, D'être un papillon qui passe Et que la mort va saisir.
Papillons couleur de flamme, Papillons légers et fous, Vous ressemblez à nos âmes Qui sont folles comme vous.
Au gré de leurs doux caprices Elles vont pour se griser De calices en calices Et de baisers en baisers.
Puis, quand la mort vient, cruelle, Nos âmes, d'un large essor S'envolent à tire d'aile Comme les papillons d'or !
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Jules Massenet 1842-1912 « Papillons »(diptyque pour piano – 1907) Aldo Ciccolini (piano)
Massenet est depuis longtemps reconnu comme maître de l’opéra lorsqu’il écrit ces deux pièces pour piano. Sa musique ici cherche à traduire des impressions et laisse déjà entendre la transition de l’époque romantique vers l’impressionnisme cher à Debussy.
1/ Papillons noirs : valse à la tonalité mélancolique, évoquant une atmosphère sombre qui n’est pas généralement celle qu’est censée proposer l’image du papillon.
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2/ Papillons blancs : la tonalité de Fa majeur confère à cette pièce une impression de légèreté, voire d’insouciance, offrant au toucher délicat du pianiste d’illustrer les soubresauts aériens et fantasques des papillons blancs du printemps.
À suivre : Papillon français… moderne et impressionniste…
Le piano, cette imposante corolle d’ébène épanouie au cœur des salons, offrirait-il ses harmonies en nectar aux papillons ? Peut-être. Mais sans doute est-ce plutôt la grâce éphémère de ces créatures polychromes qui ensorcelle les pianistes, attisant leur désir mimétique de virtuosité. Les musiciens se laissent alors porter par l’inspiration, cherchant à transcrire en mélodies fugaces, confiées à des mains aériennes, le vol onduleux de ces enchanteurs ailés.
Ainsi, Mel Bonis, compositrice parisienne de la période post-romantique, dans une pièce pour piano de 1897, nous offre-t-elle sa transcription au clavier du vol aguicheur de ces Don Juan en habit de lumière venus séduire les fleurs de son jardin. Au piano Diana Sahakyan :
Quel charme, quel langage imagé d’une richesse inimitable ! Quelles chaleur et passion dans ses phrases mélodiques, quelle vitalité fourmillante dans son harmonie…
Quand Tchaïkovski commente ainsi, de manière dithyrambique la musique d’Edvard Grieg, il n’ignore rien de la sensibilité atavique du compositeur norvégien aux choses de la nature. Entre les doigts agiles de Clare Hammond vole, élégant, très mendelsohnien, le papillonqui introduit le troisième (Op.43) des dix recueils de « Pièces Lyriques »que Grieg composa entre 1867 et 1901.
Le compositeur québécois Calixa Lavallée, à qui le Canada doit la musique de son hymne national – excusez du peu – devait être fasciné par l’habileté d’un certain papillon qui courtisait les iris versicolores du jardin de sa maison natale à Verchères lorsqu’il écrivit cette Étude de concert pour piano – Opus 18. – « Papillon », quel plus juste titre pour cette pièce à en juger par la virtuosité qu’elle exige de l’interprète… qui, comme Suppakrit Payackso, pourrait bien, s’il est doué, ne pas être beaucoup plus âgé que le vaillant insecte…
Certaines pièces pour piano, et pas les moins connues, ont été affublées du titre ou sous-titre de « Papillon », alors même qu’elles ne prétendaient en aucune manière avoir été inspirées par l’insecte lui-même.
Frédéric Chopin, par exemple, n’a jamais donné le sous-titre de Papillon à l’Étude opus 25 – N°9. Ce surnom lui aurait été attribué par le pianiste et chef d’orchestre Hans von Bülow – élève de Franz Liszt et premier mari de sa fille Cosima qui plus tard deviendra Madame Richard Wagner. Il est vrai que cette très courte étude de Chopin par la rapidité des passages et la légèreté requise pour son exécution peut évoquer le vol rapide et gracieux d’un papillon. Les mouvements vifs et sautillants des mains laissent volontiers imaginer les pérégrinations erratiques du bel insecte.
Ce n’est pas non plus le charmant lépidoptère lui-même qui suggère au jeune Robert Schumann le titre et la thématique de « Papillons », qu’il compose entre 1829 et 1831, une de ses premières œuvres emblématiques de son inspiration romantique et de la riche imagination qui la sous-tend,
Grand admirateur de Jean Paul (Johann Paul Friedrich Richter), Schumann a puisé son inspiration dans son roman « Flegeljahre » (Les années d’insouciance). Cette suite de douze courtes pièces contrastées précédées d’une introduction a pour objet de représenter les divers personnages et ambiances d’un bal masqué à la fin du roman. Si les notes avaient des noms ce serait masques, déguisements, légèreté, rêveries, changements rapides d’humeur. Chaque mouvement veut évoquer une scène dansante, légère ou fantasque, à la manière des variations désordonnées du vol du papillon.
Robert Schumann 1810 – 1856
« Papillons » Op.2
Catherine Collard (Piano) 1947 – 1993
Robert Schumann et Catherine Collard : l’union, la communion, par-delà le temps, de deux sensibilités poétiques exceptionnelles autour d’un simple clavier. Âmes jumelles peut-être, toutes les deux disparues au même âge (46 ans).
Introduction. Moderato 1/ Valse en Ré Majeur 2/ Valse en Mi bémol Majeur 3/ Valse en Fa dièse mineur 4/ Valse en La Majeur 5/ Polonaise en Si bémol Majeur 6/ Valse en Ré mineur 7/ Valse en Fa mineur 8/ Valse en Do dièse mineur 9/ Valse en Si bémol mineur 10/ Valse en Do Majeur 11/ Polonaise en Ré Majeur 12/ Finale en Ré Majeur
Là, chère Minha, vous auriez le choix entre le moustique gris, le velu, la patte-blanche, le nain, le sonneur de fanfares, le petit fifre, l’urtiquis, l’arlequin, le grand nègre, le roux des bois, ou plutôt, tous vous choisiraient pour cible et vous reviendriez ici méconnaissable !
Miniatures musicales enchantées entre ombre et lumière, les « Valses poeticos » (1895) de Granados sont autant de pages d’un journal intime élégamment écrites au piano.
Confidences, humeurs et sentiments exprimés avec délicatesse et un brin de virtuosité contenue, qui ne laisse rien ignorer de l’influence des grands musiciens romantiques tels que Chopin, Schumann ou Grieg.
Universelle beauté d’une musique où la danse devient prétexte à une expression profondément personnelle et poétique. Élégance du salon, profondeur de l’émotion, dans un voile de délicatesse espagnole.
« Valses poeticos »
Maite Aguirre – piano
Introducción : Vivace molto : Introduction brillante et virtuose qui donne le ton général du propos. Arpèges chatoyants sur une mélodie ascendante, à la manière d'un prélude romantique.
Vals 1 : Melodioso : Première valse, douce, empreinte de lyrisme. Une mélodie printanière glisse avec grâce sur l'ivoire du clavier.
Vals 2 : Tempo de Vals noble : Solennelle et majestueuse, cette valse possède une élégance intemporelle, rappelant parfois les valses de Chopin.
Vals 3 : Tempo de Vals romántico : Valse lente empreinte d'une expressivité plus intense qui trouve parfaitement dans la richesse de ses modulations harmoniques le caractère mélancolique qu'annonce son intitulé.
Vals 4 : Tempo de Vals rítmico : Plus enjouée et entraînante, cette valse contraste avec les précédentes par son dynamisme et son caractère plus affirmé. Une invitation à la danse... Vals 5 : Tempo de Vals sentimental : Une des valses les plus touchantes de la suite, caractérisée par un allegretto tendrement mélancolique et une grande intériorité... rêveuse. Vals 6 : Vals mariposa : Littéralement "Valse papillon". Pièce légère, aérienne et pleine de fantaisie. De délicats ornements sont offerts à la libre interprétation du pianiste pour évoquer le vol gracieux d'un papillon. Vals 7 : Vals casi fantasia : Cette valse vive se distingue par sa liberté formelle et son caractère improvisé, avec des changements d'humeur et des expressions plus virtuoses. Une sorte de fantaisie miniature.
Coda : Presto : La coda, enchaînée à la suite de la fantaisie, reprend quelques thèmes des valses précédentes, les transformant et les développant dans un finale brillant et virtuose, concluant l'œuvre avec panache.
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Bien que compositeur majeur dans le renouveau de la musique espagnole du XIXème siècle, Granados, trop attaché à son piano, n’aura jamais écrit pour l’instrument emblématique de son pays, la guitare.
Les siècles suivants n’auront en revanche pas été avares de guitaristes arrangeurs et transcripteurs pour leur instrument de l’œuvre du Maître. Avec bonheur souvent, ainsi qu’en témoigne cette très séduisante version pour trois guitares :
Hé ! Le temps change. Pluie et froid au programme du jour.
Rendez-vous chez Emmet !… les pieds nus comme d’habitude !
Au programme, rythmes syncopés et méandres mélodiques des éternels standards du jazz vocal par les divas envoûtantes d’aujourd’hui, autour du piano du très talentueux maître de l’improvisation, Emmet Cohen…
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Cyrille Aimée, tout droit venue des bords de Seine, diva moderne du jazz, « la musicienne » comme la surnomme avec déférence les instrumentistes de la discipline.
Dans la lignée de la grande Ella, elle interprète – et de quelle manière ! – l’inoubliable blues de 1918, « After you’ve gone », omniprésent depuis dans les répertoires des légendes du jazz.
Et qu’on se rassure, les larmes de l’amoureuse délaissée vont vite se transformer en un scat endiablé… pour le bonheur du bébé caché sous la robe à paillettes de maman.
♫ ♫ ♫
Morgan James, bien connue des habitués des clubs de jazz new-yorkais, remarquée au disque par ses reprises du répertoire de Nina Simone dans une première publication en 2012 et de nombreux titres des Beatles dans son « White Album » de 2018.
Elle interprète « Come rain or come shine », une chanson née à l’occasion d’une comédie musicale ratée de 1946 et devenue un standard repris par Frank Sinatra, Billie Holiday, Judy Garland, Ray Charles, Ella Fitzgerald… et même, dans le style langoureux qu’on lui connaît, par Marlène Dietrich.
Car le poète est un four à brûler le réel. De toutes les émotions brutes qu’il reçoit, il sort parfois un léger diamant d’une eau et d’un éclat incomparables. Voilà toute une vie comprimée dans quelques images et quelques phrases. Pierre Reverdy