Mon père – Il y a quarante ans…

Car ce cœur fier que rien de bas ne peut séduire,
Ô père, est bien à toi, qui toujours as fait luire
Devant moi, comme un triple et merveilleux flambeau,
L’ardeur du bien, l’espoir du vrai, l’amour du beau !

Théodore de Banville – « À mon père » (Février 1846)

Il y a quarante ans, le 31 décembre 1979, la chère voix qui, avec naturel et simplicité, ne manquait jamais l’occasion de saluer, pour ma gouverne, entre autres valeurs humaines, les vertus de la liberté et de l’indépendance, s’est tue.

En un éclair qu’aucun nuage n’avait annoncé, le caillot qui devait définitivement foudroyer ce cœur si généreux, cet après-midi-là, en atteignant son sinistre dessein, coagulait du même coup le monde insouciant qui était le mien.
Mon père s’en était allé au destin, (selon cette belle expression empruntée au code d’ Hammourabi).

C’est à lui, et à lui seul, que je dois l’amour de la musique, et c’est à travers elle que, depuis quarante an, nous communiquons.
Cela me donne aujourd’hui le droit de lui reprocher avec la plus tendre et souriante véhémence de m’avoir passé tant de caprices aux heures des leçons de solfège…

Papa, tu avais le piano romantique et le violon joyeux… et virtuose !

Ce billet comme un modeste petit caillou blanc sur une grosse pierre noire qui abrite pour l’éternité, depuis quarante ans, mon père que j’aimais tant.

Ils ont fondu dans une absence épaisse,
L’argile rouge a bu la blanche espèce,
Le don de vivre a passé dans les fleurs !
Où sont des morts les phrases familières,
L’art personnel, les âmes singulières ?
La larve file où se formaient des pleurs.

Paul Valéry – « Le cimetière marin »