Le voyageur à la lune

Arkhip KUINDZHILe reflet de la Lune sur le Dniepr. 1880,
 

Der Wanderer an den Mond

Ich auf der Erd’, am Himmel du,
Wir wandern beide rüstig zu:
Ich ernst und trüb, du mild und rein,
Was mag der Unterschied wohl sein?
 
Ich wandre fremd von Land zu Land,
So heimatlos, so unbekannt;
Bergauf, bergab, Wald ein, Wald aus,
Doch bin ich nirgend, ach! zu Haus.
 
Du aber wanderst auf und ab
Aus Ostens Wieg’ in Westens Grab,
Wallst Länder ein und Länder aus,
Und bist doch, wo du bist, zu Haus.
 
Der Himmel, endlos ausgespannt,
Ist dein geliebtes Heimatland:
O glücklich, wer, wohin er geht,
Doch auf der Heimat Boden steht!
 

Benjamin Appl (baryton) chante Schubert :

« Der Wanderer an den Mond » D.870

Au piano : James Baillieu

Le voyageur à la lune

Moi sur la terre, toi dans le ciel,
nous suivons notre route d’un pas vif ;
moi grave et troublé, toi douce et pure,
quelle peut donc être cette différence ?

Étranger, je vais de pays en pays,
sans patrie, inconnu de tous ;
par monts et par vaux, par forêts et prairies,
mais nulle part, hélas, je ne suis chez moi.

Toi, en revanche, tu sillonnes le monde
du berceau du couchant au tombeau du levant,
tu flottes au firmament d’innombrables pays,
et tu es pourtant chez toi là où tu es.

Le ciel, qui s’étend à l’infini,
est ton foyer chéri :
heureux celui qui, quel que soit son but,
foule toujours le sol de sa patrie !

Mais vieillir… ! – 16 – Place de l’enfance

En dehors de l’enfance et de l’oubli, il n’y a que la grâce qui puisse vous consoler d’exister ou qui puisse vous donner la plénitude, le ciel sur la terre et dans le cœur.

Eugène Ionesco – Journal en miettes (1967)

Facétieuse sagesse de l'âge :

Un vieux monsieur, ostensiblement agacé de ne pouvoir retrouver son chemin dans les quartiers de sa jeunesse transformés par les reconstructions récentes, avise un passant, au moins aussi âgé que lui, mais qui semble parfaitement à l'aise dans ce décor moderne, et lui demande sa route :

Pourriez-vous m'indiquer, je vous prie, la "Place de l'Enfance"?

Bien sûr ! répond gracieusement le passant. Là ! dit-il dans un généreux sourire en pointant son index sur le sein gauche de son interlocuteur.

‘Young at heart’

Ballade composée en 1953 par Johnny Richards
Paroles de Carolyn Leigh
Répertoire de Frank Sinatra

Emmet Cohen – Piano
Lucy Yeghiazaryan – Vocals
Benny Benack III – Trumpet
Mark Lewandowski – Bass
Joe Farnsworth – Drums

Les contes de fées peuvent devenir réalité
Et cela pourrait aussi t’arriver
Si tu gardes ton âme d’enfant.

Tu trouveras bien difficile
De garder l’esprit étroit
Avec le cœur d’un d’enfant.

Ainsi tu peux toujours viser la lune
Avoir d’impossibles projets,
Tu peux même rire quand tes rêves
En poussière sont balayés.

La vie est plus passionnante chaque jour qui s’enfuit,
L’amour est dans ton cœur, ou il est sur le chemin.

Ne sais-tu pas que ça vaut
Tous les trésors de la terre
De garder son âme d’enfant ?

Pour aussi riche que tu sois
Il est bien meilleur, et de loin
De rester jeune dans ton cœur !

Et si tu vis jusqu’à cent ans
Regarde tous les cadeaux de la vie,
Et surtout le plus beau d’entre eux :
Avoir reçu le privilège
De préserver ton cœur d’enfant !

‘Estado de poesia’

Je trouve que la poésie ne devrait jamais vraiment se traduire.

Jean-Louis Trintignant (France-Culure, 6/07/2004)

Maria Bethania chante « Estado de poesia »

Estado de poesia

Para viver em estado de poesia
Me entranharia nestes sertões de você
Para deixar a vida que eu vivia
De cigania antes de te conhecer
De enganos livres que eu tinha porque queria
Por não saber que mais, dia menos dia
Eu todo me encantaria pelo todo do teu ser
Pra misturar meia-noite, meio-dia
E enfim saber que cantaria a cantoria
Que há tanto tempo queria, a canção do bem querer
É belo, vês o amor sem anestesia
Dói de bom, arde de doce
Queima, acalma, mata, cria
Chega tem vez que a pessoa que enamora
Se pega e chora do que ontem mesmo ria
Chega tem hora que ri de dentro pra fora
Não fica nem vai embora, é o estado de poesia…

État de poésie

Pour vivre dans un état de poésie,
Je traverserai tes déserts.
J’abandonnerai la vie de bohème
Que j’ai vécue avant de te rencontrer
Les illusions gratuites que j’ai cherchées, et nourries
Pour ne pas avoir su que, tôt ou tard,
Tout de toi m’enchanterait
Pour confondre minuit et midi
Et enfin savoir que j’improviserai cette chanson
Qui depuis longtemps couvait en moi, la chanson du bel amour.
C’est beau, tu vois, l’amour sans anesthésie.
Douleur du bonheur, brûlure de douceur,
Qui calme, qui tue, qui crée.
Parfois sous l’emprise de l’amour
On est surpris et on pleure pour ce qui hier encore faisait rire,
Et jusqu’aux rires les plus fous.
Il ne reste ni ne part, c’est ça l’état de la poésie…

(traduction très personnelle)

‘Yo soy Maria’

Tango sévère et triste,

Tango de menace,

Tango où chaque note tombe lourdement, comme par dépit, sous la main qui se voue plutôt à saisir un manche de couteau,

Tango tragique dont la mélodie joue sur un thème de dispute,

[…]

Tango d’amour et de mort

Ricardo Güiraldes (Cencerro de cristal – 1915)

"Maria de Buenos Aires" 

Opéra-tango ("Tango operita") en deux parties, sur un livret d’Horacio Ferrer et sur une musique d’Astor Piazzolla, créé en mai 1968 à Sala Planeta, Buenos Aires, comme un hommage au tango.

Une légende urbaine du début du XXème siècle inspire l'histoire de cet opéra qui retrace le parcours d'une jeune femme, Maria, ouvrière dans une usine des faubourgs de Buenos Aires.
La première partie relate son ascension vers le succès alors qu'elle est devenue chanteuse admirée dans les bordels et cabarets de la ville. 
La seconde raconte son déclin et sa mort. 

Le décor planté, Maria se présente sur un air de tango envoûtant : "Yo soy María".

Après une succession nocturne de péripéties oniriques, surréalistes, alors que son fantôme, comme un air de tango réincarné, traverse les rues de la ville, Maria recevra la révélation de sa fécondité. 
A l'aube, certains auront cette vision surnaturelle de Maria accouchant.
 
Tout est-il fini ? Est-ce un recommencement ? La réponse restera cachée dans les plis énigmatiques du rideau qui emporte loin de la scène les dernières notes du tango réinventé.

Dans un clip vidéo récent, Fatma Saïd – trop angélique peut-être pour refléter l’arrogance et la morgue d’un tel personnage – n’en demeure pas moins une troublante Maria :

Yo soy María de Buenos Aires!
De Buenos Aires María ¿no ven quién soy yo?
María tango, María del arrabal!
María noche, María pasión fatal!
María del amor! De Buenos Aires soy yo!

Yo soy María de Buenos Aires
si en este barrio la gente pregunta quién soy,
pronto muy bien lo sabrán
las hembras que me envidiarán,
y cada macho a mis pies
como un ratón en mi trampa ha de caer!

Yo soy María de Buenos Aires!
Soy la más bruja cantando y amando también!
Si el bandoneón me provoca… Tiará, tatá!
Le muerdo fuerte la boca… Tiará, tatá!
Con diez espasmos en flor que yo tengo en mi ser!

Siempre me digo « Dale María! »
cuando un misterio me viene trepando en la voz!
Y canto un tango que nadie jamás cantó
y sueño un sueño que nadie jamás soñó,
porque el mañana es hoy con el ayer después, che!

Yo soy María de Buenos Aires!
De Buenos Aires María yo soy, mi ciudad!
María tango, María del arrabal!
María noche, María pasión fatal!
María del amor! De Buenos Aires soy yo

Je suis Maria de Buenos Aires !
De Buenos Aires Maria
Ne voyez-vous pas qui je suis ?
Maria tango, Maria de la banlieue !
Maria nuit, Maria passion fatale !
Maria de l’Amour ! De Buenos Aires je suis !

Je suis Maria de Buenos Aires
si dans ce quartier les gens
se demandent qui je suis,
ils connaîtront bientôt la réponse
les femelles m’envieront,
et chaque mec à mes pieds
tombera dons mon piège comme un rat.

Je suis Maria de Buenos Aires !
Je suis la plus salope
quand je chante et quand je baise aussi !
Si le bandonéon me provoque… Tiará, tatá !
Je lui mords la bouche avec force… Tiará, tatá !
Avec les dix spasmes en fleur que je porte en moi !

Je me dis toujours : « Vas-y Maria ! »
quand un mystère me saute à la gorge !
Et je chante un tango
que personne n’a jamais chanté
Et je rêve un rêve que personne n’a jamais rêvé
Car demain c’est aujourd’hui et hier bien après, hein !

Je suis Maria de Buenos Aires !
De Buenos Aires, ma ville !
Maria tango, Maria de la banlieue !
Maria nuit, Maria passion fatale !
Maria de l’Amour ! Maria de Buenos Aires… C’est moi !

Avec ses mains, le poète…

L’arbre, on ne pense pas assez à ses feuilles. Si on y pensait on prendrait plus soin de ses racines.

Gilles Vigneault

Le Poète 

Je prendrai dans ma main gauche
Une poignée de mer
Et dans ma main droite
Une poignée de terre,
Puis je joindrai mes deux mains
Comme pour une prière
Et de cette poignée de boue
Je lancerai dans le ciel
Une planète nouvelle
Vêtue de quatre saisons
Et pourvue de gravité
Pour retenir la maison
Que j’y rêve d’habiter.
Une ville. Un réverbère.
Un lac. Un poisson rouge.
Un arbre et à peine
Un oiseau.
Car une telle planète
Ne tournera que le temps
De donner à l’Univers
La pesanteur d’un instant.

Gilles Vigneault – Balises, 1964

Ma manière de t’aimer

Voici une douce ballade que j’aurais volontiers chantée au Paris que j’ai tant aimé jadis, lorsque cette bien jolie touriste n’était encore que le projet de ses parents et la caméra super 8 vintage qu’elle utilise aujourd’hui une formidable nouveauté technologique.

Sauver Paris, c’est plus que sauver la France, c’est sauver le monde.

… Moi qui chaque jour, depuis des années, sur les marches de la Butte Montmartre, glisse mes pas sur les traces qu’ont laissées tant de vos illustres pairs, je dois vous dire, cher Victor Hugo, que si votre remarque est avérée, je crains fort pour le sort du monde.

Puissent ses transformations ne s’inspirer jamais de notre Paris d’aujourd’hui… !

O tempora, o mores !

Passenger chante

« The Way That I Love You »

The Way That I Love You

How many times can I tell you
You’re lovely just the way you are
Don’t let the world come and change you
Don’t let life break your heart
.
Don’t put on their mask, don’t wear their disguise
Don’t let them dim the light that shines in your eyes
If only you could love yourself the way that I love you
.
How many times can I say
You don’t have to change a thing
Don’t let the tide wash you away
Don’t let worry ever clip your wings
.
Discard what is fake, keep what is real
Pursue what you love, embrace how you feel
If only you could love yourself the way that I love you
.
And if you ever choose a road that leads nowhere
All alone and you can’t see right from wrong
And if you ever lose yourself out there
Come on home and I’ll sing you this song
.
So how many times can I tell you
You’re lovely just the way you are
Don’t let the world come and change you
Don’t let life break your heart
.
— ¤ —
.

Ma manière de t’aimer

Combien de fois dois-je te le dire
Tu es adorable telle que tu es
Ne laisse pas le monde te transformer
Ne laisse pas la vie briser ton cœur

Ne mets pas leur masque, ne porte pas leur déguisement
Ne les laisse pas voiler la lumière qui brille dans tes yeux
Si seulement tu pouvais t’aimer comme je t’aime

Combien de fois dois-je te le dire
Tu n’as rien à changer
Ne laisse pas la marée t’emporter
Ne laisse jamais l’inquiétude te couper les ailes

Préserve-toi du faux, encourage le vrai
Poursuis ce que tu aimes, rassemble ce que tu ressens
Si seulement tu pouvais t’aimer comme je t’aime

Et si jamais tu choisissais une route qui ne mène nulle part
Toute seule sans distinguer le bon grain de l’ivraie
Et si jamais tu te perdais toi-même là-bas
Viens à la maison et je te chanterai cette chanson

Alors combien de fois dois-je te le dire
Tu es adorable telle que tu es
Ne laisse pas le monde te transformer
Ne laisse pas la vie briser ton cœur

Mais vieillir… ! – 13 – Peut-être ?

Y así pasan los días
Y yo desesperando
Y tu, tu contestando
Quizás, quizás, quizás

Et passent les jours
Et je me désespère
Et toi tu me dis
Peut-être, peut-être, peut-être

Dialogue de vieux couple, peut-être !
Mais pourtant, cet inoubliable boléro qui depuis 1947 a traversé le temps à travers mille interprétations sans prendre une ride, est né d’un compositeur cubain d’une quarantaine d’années, Osvaldo Farrés inspiré par une jeune femme d’à peine plus de vingt ans, Mary Tarrero-Serrano, épouse de celui qui n’allait pas tarder à devenir le 11ème Président de Cuba, Carlos Prío Socarrás.

Pour la petite histoire, Osvaldo Farrés, compositeur aux nombreux succès internationaux, ne savait, dit-on, ni lire, ni écrire la musique.

Quant à sa relation avec la Première Dame… Quizas, quizas, quizas ?

Ibrahim Ferrer (1927-2005) & Omara Portuondo (91 ans)
deux légendes de la musique cubaine accompagnées au piano par
Roberto Fonseca

Siempre que te pregunto
Que cómo, cuándo y dónde
Tu siempre me respondes
Quizás, quizás, quizás
.
Y así pasan los días
Y yo desesperando
Y tu, tu contestando
Quizás, quizás, quizás
.
Estas perdiendo el tiempo
Pensando, pensando
Por lo que mas tu quieras
Hasta cuándo, hasta cuándo
.
Y así pasan los días
Y yo desesperando
Y tu, tu contestando
Quizás, quizás, quizás
.
Estas perdiendo el tiempo
Pensando, pensando
Por lo que mas tu quieras
Hasta cuándo, hasta cuándo
.
Estas perdiendo el tiempo
Pensando, pensando
Por lo que mas tu quieras
Hasta cuándo, hasta cuándo
.
Y así pasan los días
Y yo desesperando
Y tu, tu contestando
Quizás, quizás, quizás
.
— • —
.
Chaque fois que je te demande
Quoi, quand, comment et où
Tu me réponds toujours
Peut-être, peut-être, peut-être
.
Et ainsi passent les jours
Et je me désespère
Et toi, tu me réponds
Peut-être, peut-être, peut-être
.
Tu perds ton temps
A penser, à penser
Je te demande
Pour combien de temps encore
.
Et ainsi passent les jours
Et je me désespère
Et toi, tu me réponds
Peut-être, peut-être, peut-être
.

« Eu Já Não Sei » (Je ne sais plus)

Il y a deux manières d’être malheureux : ou désirer ce que l’on n’a pas, ou posséder ce que l’on désirait.

Pierre Louÿs

Roberta Sá, António Zambujo, Yamandú Costa et Ricardo Cruz

interprètent une chanson de

Domingos Gonçalves Costa et Carlos Rocha

« Eu Já Não Sei » 

Eu Já Não Sei
.
Eu já não sei
Se fiz bem ou se fiz mal
Em pôr um ponto final
Na minha paixão ardente
Eu já não sei
Porque quem sofre de amor
A cantar sofre melhor
As mágoas que o peito sente
.
Quando te vejo e em sonhos sigo os teus passos
Sinto o desejo de me lançar nos teus braços
Tenho vontade de te dizer frente a frente
Quanta saudade há do teu amor ausente
Num louco anseio, lembrando o que já chorei
Se te amo ou se te odeio
Eu já não sei
.
Eu já não sei
Sorrir como então sorria
Quando em lindos sonhos via
A tua adorada imagem
Eu já não sei
Se deva ou não deva querer-te
Pois quero às vezes esquecer-te
Quero, mas não tenho coragem

.— ¤ —

Je ne sais plus

Je ne sais plus
Si j’ai bien fait ou non
De mettre un point final
A ma passion ardente
Je ne sais plus
Car qui souffre d’amour
Supporte mieux en chantant
Les peines qui battent la poitrine
.
Quand je te vois et que mes rêves suivent tes pas
Le désir me prend de me jeter dans tes bras
J’ai l’envie de te dire dans les yeux
Combien je souffre sans ton amour
Fou de désir, me souvenant de mes pleurs infinis
Je ne sais plus
Si je t’aime ou si je te hais
.
Je ne sais plus
Sourire comme je souriais alors
Quand je voyais dans de doux songes
Ton image adorée
Je ne sais plus
Si je dois ou non t’aimer
Car parfois j’ai envie de t’oublier
Envie, oui, mais le courage me fuit.
.

Mais vieillir… ! – 11 – Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait

Il possédait le seul antidote contre le venin de la vieillesse, il savait lire.

Luis Sepúlveda
Le Vieux qui lisait des romans d’amour

Je sais ce que c’est d’être jeune

Quand on est jeune, l’âge ne signifie rien
Je n’y avais jamais prêté attention
Jusqu’à ce qu’un jour vienne ce vieil homme
Et voici ce qu’il m’a dit
Et voici ce qu’il m’a dit
.
Je sais ce que c’est d’être jeune
Mais toi, tu ne sais pas ce qu’est d’être vieux
Un jour, tu me diras la même chose
Le temps emporte tout à ce qu’on dit
.
J’ai posé plein de questions
Aux sages que j’ai rencontrés
Je n’ai pas pu trouver toutes les réponses
Personne n’y a réussi.
Il y aura des jours mémorables
Remplis de rires et de larmes
Après l’été vient l’hiver, et les années passent
Alors mon ami…
Faisons de la musique ensemble
Je jouerai un vieil air pendant que tu m’en chanteras un nouveau
Un jour quand tes jeunes années auront passé
Il y aura quelqu’un pour partager son temps avec toi
.
Je sais ce que c’est d’être jeune
Mais toi, tu ne sais pas ce qu’est d’être vieux
.
Alors mon ami…
Faisons de la musique ensemble
Je jouerai un vieil air pendant que tu me chanteras le nouveau
Un jour quand tes jeunes années auront passé
Il y aura quelqu’un pour partager son temps avec toi
 

Zdes’ khorosho : Ici c’est bien !

On a dit avec raison que le but de la musique, c’était l’émotion. Aucun autre art ne réveillera d’une manière aussi sublime le sentiment humain dans les entrailles de l’homme ; aucun autre art ne peindra aux yeux de l’âme, et les splendeurs de la nature, et les délices de la contemplation, et le caractère des peuples, et le tumulte de leurs passions, et les langueurs de leurs souffrances.

George Sand – Consuelo

Mais de tous ces enchantements,
N’y a-t-il rien de plus charmant
Que le sourire de tendresse
D’une âme oubliant sa détresse.

Fiodor Tiouchev

Sergueï RACHMANINOV (1873-1943)

« 12 Romances » Op.21
N° 7 – « Zdes’ khorosho » (Здесь хорошо)

Poème de Glafira Adol’fovna Galina (1873-1942)

Zdes’ khorosho…
Vzgljani, vdali
Ognjom gorit reka;
Cvetnym kovrom luga legli,
Belejut oblaka.
Zdes’ net ljudej…
Zdes’ tishina…
Zdes’ tol’ko Bog da ja.
Cvety, da staraja sosna,
Da ty, mechta moja!
Ici il fait bon vivre…
Regarde, au loin
La rivière est en feu ;
Les prairies sont des tapis de couleurs,
Les nuages sont blancs.
Ici il n’y a personne…
Ici c’est le silence…
Ici il n’y a que Dieu et moi,
Les fleurs, le vieux pin,
Et toi, mon rêve !

Ici, c’est bien ! Mais à chacune, à chacun, sa manière de l’exprimer !

Romantique… contemplation mélancolique :
Ilona Domnich accompagnée au piano par Marc Verter

Romantique… langoureux mais non sans passion :
Aida Garifullina · RSO – Wien · Direction : Cornelius Meister

Romantique… l’âme russe jusqu’au bout des doigts :
Irina Lankova – Salle Gaveau – Paris (octobre 2021)

Romantique… l’archet pleure… mais en famille :
Sheku Kanneh-Mason (violoncelle) et Isata Kanneh-Mason (piano)

Alfonsina : encore et toujours !

Y te vas hacia allá como en sueños
Dormida, Alfonsina, vestida de mar*

Paroles de la chanson « Alfonsina y el mar »

*Et tu t’en vas là-bas, comme dans un rêve,
Endormie, Alfonsina, et toute vêtue de mer

Stèle d’Alfonsina Storni à Mar del Plata

Depuis sa création par Mercedes Sosa, en 1969, cette chanson de Ariel Ramirez et Félix Luna, « Alfonsina y el mar », inspirée par le triste destin de la poétesse argentine Alfonsina Storni, nous a charmés et émus à travers bien des interprétations, pourtant très différentes les unes des autres.

En voici une nouvelle, aussi originale qu’inattendue, elle aussi pleine de charme, de poésie et d’émotion… et plus encore. Elle nous est offerte par l’iconique bassiste de jazz, Richard Bona et son complice, le pianiste cubain Alfredo Rodriguez, depuis le Festival de Jazz de Vienne (Isère) en juillet 2021.

Un enchantement, le trait d’humour en plus !

Les très jeunes « Perles d’Orphée », en décembre 2012, avaient consacré un billet à cette douce chanson et à l’histoire de cette « Ophélie » argentine dont le destin tragique inspira la délicate sensibilité des auteur et compositeur :

Alfonsina y el Mar

Mon rêve de Noël – 2/2 – Il fait si froid dehors !

Nous terminions à peine l’une des dernières mini bouteilles du non moins mini réfrigérateur quand, sans se départir de son charmant sourire qui m’aurait fait me damner, Nicki m’annonça qu’elle devait rentrer.

Aux fallacieux arguments qu’elle invoquait – la colère de son père, l’inquiétude de sa sa mère, les soupçons de sa sœur, les cancans des voisins… – je ne trouvais, pour la retenir, qu’un seul argument, bien banal : « Chérie, il fait froid dehors ! »
Et, alors qu’à mon grand désespoir j’étais prêt à abdiquer, je décidais, stratégie ultime, de dire, à mon tour, que je devais partir…

Elle n’a pas voulu que j’attrape froid.

Et comme je m’apprêtais à lui servir un verre de Limoncello, pour mieux encore continuer ce doux tête-à-tête qu’aucun de nous deux, au vrai, ne souhaitait interrompre, je reçus violemment en plein visage le bouchon d’une bouteille de champagne ouverte avec trop d’enthousiasme par un maladroit Père Noël qui s’agitait au milieu d’une publicité télévisée.

Quel réveil !…  Quel rêve !

Mon rêve de Noël – 1/2 – A l’Est du soleil…

Ma journée avait été épuisante. Cavaler depuis le matin à travers New-York, la veille de Noël, sous la neige, au milieu d’une foule plus affairée que jamais se pressant en tous sens entre les flashs aguicheurs des enseignes, les explosions lumineuses des publicités, et les clignotements incessants des guirlandes enroulées autour des sapins, avait usé mon énergie jusqu’à la corde.

Quel bonheur, lorsque de retour dans le calme de ma luxueuse chambre d’hôtel, à deux pas du Whitney Museum, je me suis jeté dans les bras de la bien accueillante bergère en velours rouge qui n’attendait que mon corps éreinté.
Le temps d’un clic sur la télécommande et déjà d’autres bras m’emportaient…

Vers dix-neuf heures trente, comme je descendais du « yellow cab » qui, après une vingtaine de minutes de trajet, venait de me déposer à Madison, devant le « Shangaï Jazz Restaurant », je perçus les premiers échos de la voix de Nicki Parrot, bassiste de grand talent et chanteuse de jazz à la voix si enjôleuse. Rossano Sportiello l’accompagnait au piano. A l’évidence ma soirée new-yorkaise commençait sous les meilleurs auspices.

A peine avais-je passé la commande de mon dîner chinois que je sentis se poser sur moi un regard doux et gracieux. Nicki, embrassant sa contrebasse, venait d’entonner à mon intention, par quelques scats rythmés « East of the sun, West of the moon », une chanson composée dans les années 1930 par un jeune étudiant de l’Université de Princeton, et devenue depuis un standard du jazz vocal.

D’un coup, la salle s’était vidée. Nicki ne chantait que pour moi. Folle déclaration d’amour, invite au bonheur partagé, loin du monde.

Just you and I, forever and a day
Love will never die because we’ll keep it that way
Up among the stars we’ll find a harmony of life to a lovely tune
East of the sun and west of the moon *

M’étais-je jamais senti aussi léger ?

Incapable de choisir entre les expressions de son regard tant il se partageait entre charme et humour, amabilité et passion, je m’y noyais. Ses paroles coulaient en moi comme le miel le plus doux. Nous embarquions heureux, et en rythme, vers l’Est du soleil, vers l’Ouest de la lune, pour toujours et un jour…

Non sans passer prendre un dernier verre à l’hôtel, dans ma chambre…

* Juste toi et moi pour toujours et un jour.
Notre amour ne mourra jamais car c'est ainsi que nous le construisons,
cachés dans un chant harmonieux au milieu des étoiles,
à l'est du soleil, à l'ouest de la lune.

A suivre…

Des ronds et des spirales…

Le petit garçon qui jette des cailloux dans la rivière et regarde les ronds formés à la surface de l’eau admire en eux une œuvre, qui lui donne à voir ce qui est sien. Ce besoin passe par les manifestations les plus variées et les figures les plus diverses avant d’aboutir à ce mode de production de soi-même dans les choses extérieures tel qu’il se manifeste dans l’œuvre d’art.

Friedrich Hegel – Cours d’esthétique (1818-1829)

When you knew that it was over you were suddenly aware
That the autumn leaves were turning to the color of her hair!

Quand tu as su que c'était fini tu t'es soudain rendu compte
Que les feuilles de l'automne prenaient la couleur de ses cheveux!

Sinne Eeg – The Windmills Of Your Mind

Piano : Jacob Christoffersen
Batterie : Morten Lund
Basse : Morten Ramsbøl

Festival de Jazz d’Orange – 2012

Round like a circle in a spiral, like a wheel within a wheel
Never ending or beginning on an ever-spinning reel
Like a snowball down a mountain, or a carnival balloon
Like a carousel that’s turning running rings around the moon
Like a clock whose hands are sweeping past the minutes of its face
And the world is like an apple whirling silently in space
Like the circles that you find in the windmills of your mind!

Like a tunnel that you follow to a tunnel of its own
Down a hollow to a cavern where the sun has never shone
Like a door that keeps revolving in a half-forgotten dream
Or the ripples from a pebble someone tosses in a stream
Like a clock whose hands are sweeping past the minutes of its face
And the world is like an apple whirling silently in space
Like the circles that you find in the windmills of your mind!

Keys that jingle in your pocket, words that jangle in your head
Why did summer go so quickly, was it something that you said?
Lovers walking along a shore and leave their footprints in the sand
Is the sound of distant drumming just the fingers of your hand?
Pictures hanging in a hallway and the fragment of a song
Half remembered names and faces, but to whom do they belong?
When you knew that it was over you were suddenly aware
That the autumn leaves were turning to the color of her hair!

Like a circle in a spiral, like a wheel within a wheel
Never ending or beginning on an ever-spinning reel
As the images unwind, like the circles that you find
In the windmills of your mind!

Mais vieillir…! – 5 – « When you are old »

Quand vous serez bien vieille, au soir, à la chandelle,
Assise auprès du feu, dévidant et filant,
Direz, chantant mes vers, en vous émerveillant :
Ronsard me célébrait du temps que j’étais belle.

Pierre de Ronsard – Sonnets pour Hélène – 1578

§

William Butler Yeats (1865-1939)

When you are old 

When you are old and grey and full of sleep,
And nodding by the fire, take down this book,
And slowly read, and dream of the soft look
Your eyes had once, and of their shadows deep;
.
How many loved your moments of glad grace,
And loved your beauty with love false or true,
But one man loved the pilgrim soul in you,
And loved the sorrows of your changing face;
.
And bending down beside the glowing bars,
Murmur, a little sadly, how Love fled
And paced upon the mountains overhead
And hid his face amid a crowd of stars
.

Quand vous serez vieille et grise et pleine de sommeil,
Et dodelinerez près du feu, prenez ce livre,
Et lisez lentement, et rêvez au regard doux
Qu’avaient jadis vos yeux, et à leur ombre profonde ;

Combien ont aimé vos moments de grâce bienheureuse,
Et aimèrent votre beauté, d’un amour vrai ou feint,
Mais un seul homme a aimé en vous l’âme voyageuse,
Et aimé la tristesse sur votre visage changeant ;

Et inclinée vers la grille rougeoyante,
Murmurez, un peu triste, comment l’amour a fui
Et a enjambé les montagnes au-dessus de nos têtes
Et caché son visage parmi une multitude d’étoiles.

Traduction Pierre Mahé

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Gretchen Peters, auteure et compositrice américaine de musique « country » et « folk« , est reconnue aux États-Unis comme une référence dans ce style de musique. Les récompenses et les nominations pleuvent depuis son premier album en 1996. Ce n’est évidemment pas sans raison qu’elle a écrit pour Ann Murray, Etta James ou Neil Diamond, entre autres.

C’est justement à l’occasion de son premier disque qu’elle compose et chante une superbe mélodie très inspirée du célèbre poème de Yeats.
En hommage au grand poète irlandais, elle en conserve le titre :

« When you are old ».