Saule, pleure pour elle ! … Etta James (Blues – Face 2)

« Etta James n’avait qu’à poser sa voix sur une musique pour y imprégner sa marque unique. Une de ces voix puissantes dont le moindre cri ou tremblement n’avait rien d’une prouesse technique, d’un effet recherché : le chant d’Etta James n’était que l’expression d’une vie de souffrance sans cesse surmontée, celui d’une authentique survivante. »   Hugo Cassavetti (Télérama – 19/01/2012)

Elle pouvait tout chanter, tout, et bien qu’elle n’eût jamais écrit la moindre parole de ses chansons, on entrait toujours de plain pied dans l’émotion qu’elle voulait nous transmettre… On y entre encore, ô combien ! et de la même manière. Et c’est si bon qu’assurément deux titres c’est vraiment trop peu pour nous combler.

Alors faites comme moi, organisez-vous une soirée Etta James : quelques amis passionnés de musique, une bonne bouteille à partager, cinq ou six coussins moelleux jetés sur la moquette, un bout de canapé pour les moins souples… et surtout une belle pile de CD et de Vinyles.  « Enivrez-vous », comme le conseillait Baudelaire, de Jazz, de Soul ou de Blues, à votre guise, mais « Enivrez-vous » de plaisir avec la formidable Etta…!

Attention : dépendance très probable ! D’autres s’y sont fait prendre avant nous : six Grammy Awards et dix-sept Blues Music Awards au cours de sa carrière… A l’évidence, nous ne sommes pas seuls à aimer. Mais qu’importe, on aime !

« Willow weep for me »

Et on aime aussi les fabuleux musiciens qui l’accompagnent dans ce standard du jazz que l’auteure-compositrice Ann Ronell dédia à son idole George Gershwin :

Cedar Walton : Piano et arrangement
Herman Riley : Saxophone Ténor
John Clayton : Bass
Josh Sklair : Guitare
Kraig Kilby : Trombone
Paul Humphrey : Batterie
Ronnie Buttacavoli : Trompette

ƒƒƒƒ

Ô Lord !
Why did you send the darkness to me ?
And the shadows forever to be ?
Where’s the light I’m longing to see ?
Love once met me by the old willow tree.
Now you’ve gone and left nothing to me –
Nothing but a sweet memory.

Willow weep for me
Willow weep for me
Bend your branches green along the stream that runs to the sea
Listen to my plea
Hear me willow and weep for me

Gone my lovers dream
Lovely summer dream
Gone and left me here to weep my tears into the stream
Sad as I can be
Hear me willow and weep for me

Whisper to the wind and say that love has sinned
Let my heart a-breaking, and making a moan
Murmur to the night to hide its starry light
So none will see me sighing and crying all alone

Weeping willow tree
Weep in sympathy
Bend your branches down along the ground and cover me
When the shadows fall, hear me willow and weep for me

Oh, Weeping willow tree
Weep in sympathy
Bend your branches down along the ground and cover me
When the shadows fall, hear me willow and weep for me

Claude Monet – Saule pleureur 1919 – Colombus Museum of Art (E-U)
Oh ! Seigneur !
Pourquoi m’as-tu jetée dans les ténèbres ?
Et pourquoi me retiens-tu dans l’ombre pour toujours ?
Où est la lumière ? – J’ai hâte de la voir.
Un jour l’amour m’a rejointe près d’un vieux saule.
Maintenant tu m’as abandonnée sans rien me laisser.
Rien sauf un doux souvenir.
 .
Saule pleure pour moi !
Saule pleure pour moi !
Plie tes vertes branches le long du ruisseau qui coule vers la mer,
Écoute mon appel,
Entends-moi, saule, et pleure pour moi !
 .
Partis sont mes rêves d’amoureuse,
Jolis rêves d’été
Partis et m’ayant laissée seule pour verser mes larmes dans le ruisseau.
Je suis si triste,
Entends-moi saule et pleure pour moi !
 .
Chuchote dans le vent et dis que l’amour a pêché.
Laisse mon cœur brisé à ses gémissements,
Murmure dans la nuit pour cacher sa lumière étoilée,
Pour qu’aucun ne le surprenne seul dans sa peine et sa douleur.
 .
Saule pleureur
Pleure en sympathie
Plie tes branches jusqu’au sol et recouvre-moi.
Quand les ombres tomberont, entends-moi saule et pleure pour moi !
 .
Oh, Saule pleureur
Pleure en sympathie
Plie tes branches jusqu’au sol et recouvre moi
Quand les ombres tomberont, entends-moi saule et pleure pour moi !

Billet précédent…

S’il lui restait un brin de fierté… Etta James (Blues – Face 1)

Quels yeux tes yeux !

Un jour, dans tes yeux
Je verrais de la poésie, le regard implorant

De Rio à Paris, avec Jeanne Moreau et Maria Bethania, un bien beau voyage poétique de fin d’été dans les yeux d’une bienaimée…

Saudade ! Saudade !

Poema Dos Olhos da Amada

Ó minha amada, que olhos os teus
São cais noturnos, cheios de adeus
São docas mansas, trilhando luzes
Que brilham longe, longe dos breus

Ó minha amada, que olhos os teus
Quanto mistério nos olhos teus
Quantos saveiros, quantos navios
Quantos naufrágios nos olhos teus

Ó minha amada de olhos ateus
Quem dera um dia quisesse Deus
Eu visse um dia o olhar mendigo
Da poesia nos olhos teus

Vinicius de Moraes (Rio de Janeiro 1913-1980)

Poème des yeux de la bienaimée

Ô bien-aimée, quels yeux tes yeux !
Embarcadères la nuit, bruissant de mille adieux
Des digues silencieuses, qui guettent les lumières
Loin ! si loin dans le noir

Ô bien-aimée, quels yeux tes yeux !
Tous ces mystères dans tes yeux
Tous ces navires, tous ces voiliers
Tous ces naufrages dans tes yeux

Ô ma bien-aimée aux yeux païens
Un jour, si Dieu voulait
Un jour, dans tes yeux
Je verrais de la poésie, le regard implorant

Ô ma bien-aimée, dans tes yeux…!

« Goin’ home » : itinéraire d’une mélodie – 2/2

Dvoràk – Symphonie N°9 – (extrait du 2ème mouvement Largo)

Philharmonique de Berlin – 10 juin 2012 – Direction Mariss Jansons

Cor anglais : Dominik Wollenweber

Ah, la voilà donc retrouvée notre mélodie !

Née sous la plume ô combien savante d’un musicien européen des plus classiques, déjà auréolé de la formidable renommée de ses abondantes compositions, symphoniques ou concertantes, de musique sacrée, d’opéras ou de musique de chambre. Incontestablement destinée à la salle de concert, elle s’empresse de quitter les ors et la pourpre des théâtres prestigieux pour se faufiler à travers les rues de New York où les Negro spirituals ne tardent pas à l’adopter avant qu’elle continue de parcourir le monde, véhiculée par les genres musicaux les plus divers.

Le Largo, avec son solo de cor anglais obsédant est l’épanchement de la propre nostalgie de Dvorák à l’égard de son pays, avec quelque chose de la solitude des horizons lointains des prairies, du nébuleux souvenir des jours révolus de l’homme rouge et un sentiment de la tragédie de l’homme noir comme il la chante dans ses « spirituals« .

William Arms Fisher (1861-1948)

C’est en ces termes que William Arms Fisher, un élève de Dvorák, définissait notre fameux Largo. Très influencé par la croyance de Dvorák (subversive à l’époque) selon laquelle la musique afro-américaine constituerait les nouveaux fondements de la future musique du nouveau monde, il a beaucoup contribué à la diffusion du folklore afro-américain, en version originale ou arrangé par ses soins.

Ainsi donc, en arrangeant et adaptant le thème du deuxième mouvement sur des paroles qu’il a lui-même écrites, il a offert à cette mélodie sa tenue de ville avec laquelle, sous le titre de « Goin’ home », elle est allé sillonner les cœurs de tous les continents.

Le jazz aussi a fait de ces quelques notes mélancoliques un de ses standards. Et quand on écoute improviser sur ce thème, le très regretté bassiste Charlie Haden et son complice le pianiste Hank Jones, il ne faut pas s’étonner que son « chez soi » perdu s’embrume un peu au fil des souvenirs.

On a beaucoup dit et écrit à l’époque — et surtout les journalistes américains particulièrement chauvins — que Dvoràk avait puisé les nombreux thèmes de sa symphonie dans la musique folklorique américaine. Mais comme le compositeur tchèque l’affirmait lui-même, s’il a, certes, accordé le plus grand intérêt au folklore amérindien ou afro-américain, il n’en a jamais utilisé les mélodies. Il a composé ses propres thèmes originaux, d’essence profondément européenne, auxquels il a insufflé ce supplément d’âme qu’il a perçu dans les musiques de son pays d’accueil.

Lower Manhattan 1910 – Photo par Alfred Stieglitz

Alors, non, Messieurs les censeurs — s’il en reste encore — pas d’imposture, simplement du génie ! Et s’il vous faut le cachet de sérieux exégètes de l’histoire de la musique américaine, référez-vous, je vous prie, entre autres analyses, à celles de Léonard Bernstein (The Infinite Variety of Music) ou aux commentaires de Roger Lee Hall (Directeur du Center for American Music Preservation).

Voilà donc le riche itinéraire du Largo du deuxième mouvement de la Symphonie du Nouveau Monde : une mélodie élégiaque imprégnée des senteurs des forêts de Bohème, mâtinée de la sueur âcre des esclaves cueilleurs de coton, saupoudrée de bribes des légendes indiennes du Wisconsin ou du Minnesota qui peuplent la poésie de Henry Wadsworth Longfellow, écrite à New York sur un papier à musique sans doute acheté dans une boutique de la  First avenue à Manhattan, et enfin langoureusement chuchotée au public choisi d’une illustre salle de concert d’où elle ne tarde pas à s’échapper pour devenir une sorte d’hymne à la liberté (mi-profane, mi-sacré) qui semble si naturellement s’élever des tréfonds de l’âme noire-américaine ?

… Mélodie caméléon qui finirait bien par nous faire croire qu’elle vient de là où on la chante…

« Goin’ home » : itinéraire d’une mélodie – 1/2

Paul Robeson (basse) – Carnegie Hall de New York, le 9 mai 1958 :

Goin’ home, goin’ home, I’m jes’ goin’ home ;
Quiet-like, some still day, I’m jes’ goin’ home.
It’s not far, jes’ close by,
Through an open door ;
Work all done, care laid by,
Goin’ to fear no more.
Mother’s there ‘spectin’ me,
Father’s waitin’ too ;
Lots o’ folk gather’d there,
All the friends I knew,
All the friends I knew.
Home, I’m goin’ home !

Nothin lost, all’s gain,
No more fret nor pain,
No more stumblin’ on the way,
No more longin’ for the day,
Goin’ to roam no more !
Mornin’ star lights the way,
Res’less dream all done ;
Shadows gone, break o’ day,
Real life jes’ begun.
There’s no break, there’s no end,
Jes’ a livin’ on ;
Wide awake, with a smile
Goin’ on and on.

Goin’ home, goin’ home, I’m jes’ goin’ home,
goin’ home, goin’ home, goin’ home !

Paroles de William Arms Fisher

Goin’ home = rentrer chez soi

Même à la lueur des feux de Bengale, le bagne est toujours le bagne, et la musique qu’entend de loin un homme certain de ne jamais revoir son pays ne suscite en lui qu’une noire tristesse.

Anton Tchékhov – l’île de Sakhaline (Gallimard – Folio Classique)

Étrange écho de Negro spirituals dans ces mots de l’écrivain russe Anton Tchekhov ! Et pourtant, ce ne sont pas les chants nostalgiques afro-américains qui les ont inspirés, mais les sinistres silences adipeux des bagnards maudits de l’île de Sakhaline, au large de la Sibérie. Là où « les gens erraient comme des ombres et se taisaient comme des ombres ».

Antonín Leopold Dvořák (1841-1904)

Alors qu’en ce début des années 1890 Tchékhov est tout à la rédaction de « L’île de Sakhaline », le compositeur tchèque célèbre, Antonin Dvorák, s’apprête à embarquer pour New York, décidé à occuper le poste de directeur du Conservatoire National de musique, conformément à l’invitation appuyée que lui ont adressée les américains, fervents admirateurs de son œuvre.

— L’histoire ne nous a pas appris que les deux artistes eurent quelqu’occasion de se rencontrer…

1893. Antonin Dvorák est installé à Manhattan depuis un an. Particulièrement motivé par l’ambitieux projet que lui proposent ses hôtes américains : fonder une musique nationale pour ce jeune pays, les États Unis, il a composé une symphonie, sa neuvième, à laquelle il donne d’abord le juste titre de « Symphonie depuis le Nouveau Monde » avant qu’elle ne finisse par s’appeler « Symphonie du Nouveau Monde ». Le 15 décembre, elle est au programme du New York Philharmonic Orchestra au Carnegie Hall, pour sa toute première exécution.

Qui aurait pu imaginer que l’œuvre connaisse un succès populaire aussi grand à travers le monde, jusqu’à nos jours encore, au point de servir de source d’inspiration et d’illustration musicales à mille et une productions allant du générique d’émission télévisée à la sonorisation de jeux vidéos en passant par les transcriptions les plus diverses dans les univers musicaux les plus variés, sans compter les innombrables reprises des thèmes mélodiques d’un mouvement ou d’un autre dans les musiques de films ou les compositions populaires contemporaines ?

Et, à l’origine de cette pléiade de succès, faisant office de catalyseur, « Goin’ home »

Tout commence donc ainsi :

S’il vous plaît, Maestro !

— Et j’entends déjà, dès les premières mesures…  « Bon sang ! Mais c’est bien sûr !… La Symphonie du Nouveau Monde ! »

Dvoràk – Symphonie N°9  (début du 1er mouvement)

Philharmonique de Berlin dirigé par Claudio Abbado

Théâtre Massimo de Palerme – 1er Mai 2002

Difficile, il est vrai, de trouver quelque parenté musicale entre le dynamisme de cette cavalcade effrénée de l’orchestre à travers les grands espaces et la douceur élégiaque d’un chant du retour entonné par la voix envoûtante de Paul Robeson !

Mais le décor est planté : La neuvième de Dvorák !

Glissons-nous dans le deuxième mouvement et sans bouder notre plaisir, laissons-nous emporter par la douce vague mélancolique du premier thème, Largo, sur laquelle surfe, en Ré bémol majeur, avec délice et grâce, le cor anglais !…

Suite …

« Goin’ home » : itinéraire d’une mélodie – 2/2

Programme de printemps…

L’usage et les conventions veulent que le début de l’année soit LA période des grandes résolutions. Ces fameux engagements importantissimes que l’on prend avec soi-même, et avec détermination, pour se prouver douze mois plus tard que l’on a été assez fort et assez libre pour ne pas s’être laissé dominer par leur dictature. N’est-ce pas ?

Non conformiste, je préfère les résolutions de printemps. C’est aussi un commencement, après tout ! Et pour ne pas bousculer ma piètre volonté vis à vis de laquelle j’ai décidé d’appliquer la plus grande clémence, j’ai préféré limiter ma « todo list » à une seule proposition. Simple, naturelle, éprouvée… et tellement agréable que la suivre n’est qu’une merveilleuse exaltation !

Quand vous la connaîtrez, je gage que vous l’adopterez aussi.

Allez « Let’s do it ! Let’s fall in love ! »

Louis Armstrong – Composition de Cole Porter (1928) – Audio

When the little bluebird
Who has never said a word
Starts to sing « Spring – Spring »
When the little bluebell
At the bottom of the dell
Starts to ring « Ding – Ding »
When the little blue clerk
In the middle of his work
Starts a tune to the moon up above
It is nature that is all
Simply telling us to fall in love…

And that’s why :

Birds do it, bees do it
Even educated fleas do it
Let’s do it, let’s fall in love

In Spain, the best upper sets do it
Lithuanians and Letts do it
Let’s do it, let’s fall in love

The Dutch in old Amsterdam do it
Not to mention the Finns
Folks in Siam do it – think of Siamese twins

Some Argentines, without means, do it
People say in Boston even beans do it
Let’s do it, let’s fall in love

Romantic sponges, they say, do it
Oysters down in Oyster Bay do it
Let’s do it, let’s fall in love

Cold Cape Cod clams, ‘gainst their wish, do it
Even lazy jellyfish, do it
Let’s do it, let’s fall in love

Electric eels I might add do it
Though it shocks ’em I know
Why ask if shad do it – Waiter bring me « shad roe »

In shallow shoals English soles do it
Goldfish in the privacy of bowls do it
Let’s do it, let’s fall in love…

Dragonflies in the reeds do it,
Sentimental centipedes do it,
Let’s do it, let’s fall in love !
……
Mosquitoes, heaven forbid, do it,
So does every katydid do it,
Let’s do it, let’s fall in love !
.

The most refined ladybugs do it,
When a gentleman calls,
Moths in your rugs do it,
What’s the use of moth balls ?

Locusts in trees do it,
Bees do it,
Even overeducated fleas do it,
Let’s do it, let’s fall in love !

The chimpanzees in the zoos do it,
Some courageous kangaroos do it,
Let’s do it, let’s fall in love !

I’m sure the giraffes on the sly do it
Heavy hippopotami do it
Let’s do it, let’s fall in love !

Sloths who hang down from the twigs do it,
Though the effort is great
Sweet guinea pigs do it,
Buy a couple and wait !

The world admits bears in the pits do it,
Even Pekingeses in the Ritz do it,
Let’s do it, let’s fall in love !

♥ ♥ ♥

Et si avec la traduction, vous préférez une voix plus douce… O combien !

Ella Fitzgerald et l’Orchestre de Duke Ellington (1956) – Audio

Quand le petit oiseau bleu
Qui n’a jamais dit un mot
Commence à chanter : « Printemps – Printemps »

Quand la petite cloche bleue
Au fond de la combe
Commence à sonner « Ding – Ding »

Quand le petit employé de bureau bleu,
Au milieu de son travail,
Entonne une mélodie à la lune au-dessus de lui

C’est la nature qui est tout,
Et qui nous invite simplement à tomber amoureux.

Et c’est pourquoi…

Les oiseaux le font, les abeilles le font !
Même les puces savantes le font !
Alors faisons-le, tombons amoureux !

En Espagne, les plus hauts seigneurs le font,
Les Lituaniens et les Lettons le font,
Faisons-le, tombons amoureux !
…..
Les Hollandais dans le vieil Amsterdam le font,
Inutile de mentionner les Finnois,
Tous au Siam le font – pensez aux jumeaux siamois !
 ….
Certains Argentins, sans le savoir, le font !
On dit que les haricots de Boston le font !
Faisons-le, tombons amoureux !
 ….
Les éponges romantiques, dit-on, le font,
Les huîtres, au fond d’Oyster Bay, le font,
Faisons-le, tombons amoureux !
 …

Les palourdes du froid Cape Cod, malgré elles, le font,
Même les méduses paresseuses le font,
Faisons-le, tombons amoureux !

Les anguilles électriques, dois-je ajouter, le font,

Même si ça les choque, je le sais,

Pourquoi demander si l’alose le fait ?
– le serveur m’en apporte les « œufs » !

Dans les bas-fonds les bancs de soles anglaises le font,
Les poissons rouges dans l’intimité de leur bocal le font,
Faisons-le, tombons amoureux !
 ….
Les libellules des roseaux le font,
Les mille-pattes sentimentaux le font,
Faisons-le, tombons amoureux !
 …

Les moustiques, privés du paradis, le font,
Ainsi que chaque cricket,
Faisons-le, tombons amoureux !

Les coccinelles les plus raffinées le font
Quand un gentleman appelle,
Les mites de vos tapis le font,
– A quoi servent les boules anti-mites ?

Les sauterelles dans les arbres le font,
Les abeilles le font,
Même les puces super dressées le font,
Faisons-le, tombons amoureux !

Les Chimpanzés dans les zoos le font,
Quelques courageux Kangourous le font,
Faisons-le, tombons amoureux !
 …

Je suis sûr que les girafes, en douce, le font,
Les lourds hippopotames le font,
Faisons-le, tombons amoureux !

Les paresseux pendus aux branches le font,
Même si l’effort est énorme, les doux cobayes le font,
Achetez-en un couple et attendez !

Tous admettent que les ours dans les fossés le font,
Même les pékinois du Ritz le font,
Alors faisons-le, tombons amoureux !

« Let’s do it ! Let’s fall in love ! »   ♥ ♥ ♥

Rêve avec moi !

Wendy et Peter Pan (Disney)
Wendy et Peter Pan (Disney)

Rêve avec moi cette nuit.
Cette nuit et toutes les autres nuits ;
Où que tu puisses être
Nous serons ensemble, si nous rêvons le même doux rêve.
Et bien que nous soyons loin l’un de l’autre,
Prends-moi dans ton cœur
Et rêve avec moi.

Le baiser que nous n’avons jamais osé
Nous l’oserons dans ce rêve,
L’amour que nous n’avons jamais partagé
Peut encore avoir un sens.
Si seulement tu rêves un rêve magique
Avec moi cette nuit.

Cette nuit et toutes les nuits
Où que tu puisses être
Ferme tes yeux adorables et rêve avec moi.

Dream with me tonight.
Tonight and ev’ry night,
Wherever you may chance to be
We’er together, if we dream the same sweet dream.
And though we’er far apart,
Keep me in your heart
And dream with me.

The kiss we never dared
We’ll dare in dreaming
The love we never shared
Can still have meaning.
If you only dream a magic dream
With me tonight.

Tonight and ev’ry night
Wherever you may chance to be
Close your lovely eyes and dream with me.

***

Léonard Bernstein (1918-1990) - Années 1950
Léonard Bernstein (1918-1990) – Photo années 1950

Comment imaginer qu’une aussi belle mélodie, composée à New York par Léonard Bernstein en 1950 pour le spectacle musical Peter Pan, sur un livret de JM Barrie, aurait pu disparaître à jamais, avant même d’avoir ému un seul cœur ?

A Broadway les répétitions battent leur plein. Bernstein, qui a composé bien plus de chansons, paroles et musiques, qu’en espéraient les producteurs – si peu pourtant en considération de son œuvre et de son talent – est en Europe. Il n’a aucune prise sur les choix du coordinateur musical qui n’hésite pas à faire des coupes franches dans les partitions du jeune maestro. Parmi les chansons qu’il écarte : « Dream with me »  destinée à être interprétée par la jeune Wendy Darling, passionnée d’histoires fantastiques et fascinée par le charme espiègle de cet adolescent qui refuse de grandir, Peter Pan.

Par chance, en 2001, le chef d’orchestre Alexander Frey propose au bureau de Léonard Bernstein d’enregistrer la totalité de la partition originale, y compris les pièces délaissées, les sortant ainsi de l’ombre où elles croupissaient, sur quelques étagères de la Bibliothèque du Congrès.

Quelle bonne idée !

P.I.A.N.O.O.O…

Ô vieux piano d’ébène, image de ma vie,
Comme toi du bonheur ma pauvre âme est ravie,
Il te manque une artiste, il me faut L’Idéal…

Émile Nelligan (1879-1941) – extrait du poème « Vieux piano »

Non, non ! Nous ne nous laisserons pas aller, un lundi matin, sur les arpèges nostalgiques de la poésie de Nelligan. Nous commencerons notre semaine par une déclaration d’amour, souriante, fraîche, tonique… et lumineuse des sourires qui en habilleront les jours. Une déclaration d’amour au plus merveilleux des instruments de musique : le piano.

Et pour la lui faire offrons-lui l’Idéal !

Continuer la lecture de P.I.A.N.O.O.O…