Poor Butterfly !

Dans le blues, dans le jazz, l’obscurité est toujours déjà présente, tout comme le chagrin. La catastrophe est un éternel compagnon. Mais jamais vous ne laissez l’obscurité et le chagrin avoir le dernier mot. Jamais.

Cornel West (Philosophe américain)
in « Philosophie Magazine » (11/2012)

Oh ! Oui ! Même si l’on n’est pas un(e) grand(e) aficionad(a) d’opéra, on a tous un jour croisé le chemin de cette attendrissante Madame Butterfly dont Maître Puccini raconte l’histoire dans une de ses plus belles œuvres, l’opéra éponyme de 1904, l’un des plus joués dans le monde.

Qui n’a pas un jour senti son cœur se serrer devant le triste désarroi de cette jeune et jolie japonaise, naïve, séduite, abandonnée et trahie par un officier américain ?
Qui n’a pas essuyé une larme lorsque fière et courageuse au sommet de son désespoir elle fait en scène ses adieux à son enfant chéri avant de se donner le seppuku ?
Qui aurait pu imaginer que ce thème inspirerait, en 1916, deux compositeurs de Broadway, Raymond Hubbel et John L. Golden qui écriraient la chanson « Poor Butterfly » ?
Qui, alors, aurait pu prédire que son succès du moment ferait d’elle, dans les années 1950, un « standard » du jazz, au programme des musiciens et des voix les plus emblématiques du genre, et au point de figurer dans le répertoire de la grande Sarah Vaughan comme titre signature ?

Questions sans réponse… Qu’importe !
Le flambeau continue de se transmettre. Alléluia !

A cappella ou en formation avec Andrea Motis et son quintet, Cécile McLorin Salvant en témoigne superbement :

Poor Butterfly

There’s a story told of a little Japanese.
Sitting demurely ‘neath the cherry blossom trees.
Miss Butterfly’s her name.
A sweet little innocent child was she
‘Till a fine young American from the sea
To her garden came.

They met ‘neath the cherry blossoms everyday.
And he taught her how to love the American way.
To love with her soul t’was easy to learn.
Then he sailed away with a promise to return.

Poor Butterfly
‘Neath the blossoms waiting.
Poor Butterfly
For she loved him so.

The moments pass into hours.
The hours pass into years.
And while she smiles through her tears,
She murmurs low:

The moon and I know that he’ll be faithful
I’m sure he’ll come to me by and by.
But if he won’t come back I won’t I’ll never sigh or cry,
I just must die.
Poor Butterfly!

Pauvre Butterfly !

Voici l’histoire que l’on raconte
à propos d’une petite japonaise
assise délicatement
sous les cerisiers en fleurs.
Son nom : Miss Butterfly.

C’était une douce petite enfant,
innocente,
jusqu’à ce qu’un beau jeune homme
venu de la mer
apparaisse dans son jardin.

Chaque jour ils se sont vus
sous les fleurs des cerisiers.
Il lui a appris à aimer
la vie à l’américaine.
– Apprend vite l’âme qui aime.
Puis il est parti,
promettant de revenir.

Pauvre Butterfly
patiente sous les fleurs.
Pauvre Butterfly
qui l’aimait tellement.

Les instants devinrent
des heures,
et les heures des années.
Tandis qu’elle souriait
à travers ses larmes,
elle murmurait tout bas :

‘Nous savons, la Lune et moi
qu’il me restera fidèle.
Je suis sûre qu’il reviendra
me voir de temps en temps.
Mais s’il ne revenait pas,
sans un pleur, sans un soupir,
je devrai juste mourir.’
Pauvre Butterfly !

Pour la nostalgie :

Pour l’Histoire :

« Quand les âmes se font chant »

Tu ouvres les volets, toute la nuit vient à toi,
Ses laves, ses geysers, et se mêlant à eux,
Le tout de toi-même, tes chagrins, tes émois,
Que fait résonner une très ancienne berceuse.

 

François Cheng
« Enfin le Royaume » – (Gallimard – 2018)

 

Quand les âmes se font chant,
Le monde d’un coup se souvient.
La nuit s’éveille à son aube ;
Le souffle retrouve sa rythmique.
Par-delà la mort, l’été
Humain bruit de résonance

Quand les âmes se font chant.

François Cheng
« Quand les âmes se font chant » – (Bayard Culture – 2014)

2020 au rythme du bonheur !

Carl Fredrik Reuterswaerd (sculpteur – 1934-2016)

Meilleurs Vœux pour 2020 !

Puissiez-vous tous, dans 366 jours, à l’heure du bilan, puiser dans les reflets de ce petit joyau extrait du film de Vincente Minnelli, « Un américain à Paris » (1951), les épithètes qui qualifieront votre année 2020 alors finissante !

Ainsi aura-t-elle été telle que je vous la souhaite :

souriante…    fleurie…     gaie…     talentueuse…     sympathique…
lumineuse…     pleine d’énergie…     harmonieuse…
tonifiante…     joyeuse…     légère…     optimiste…     généreuse…

… Heureuse, tout simplement !

Trouvez le rythme,
Chantez la musique,
Partagez l’amour !
Que demander de plus ?

« I got rythm » (composition de George Gershwin) – Gene Kelly

I got rhythm,
I got music
I got my gal,
who can ask for anything more?

Happy New Year !

May you all, in 366 days, at the time of the review, draw on the reflections of this little jewel taken from Vincente Minnelli’s film, « An American in Paris » (1951), the epithets that will qualify your 2020 year coming to an end!

Thus it will have been as I wish it to you:

smiling…. flowering… cheerful…. talented…. friendly…
luminous…. full of energy… harmonious…
tonifying…. cheerful… light…. optimistic… generous…

… Simply happy!

Get rhythm…
Get music…
Get love!
Who could ask for anything more?

Jazzy mezzo mezza-voce…

Non, non, arrêtez donc de faire l’abeille, et ne cherchez-pas un quelconque exercice de diction du style « J’examine cet axiome de Xénophon sur les exigences… » !

C’est plutôt d’écoute qu’il s’agit :
Une des plus grandes sopranos classiques chante à voix douce, avec la chaude tessiture, suave et élégante, de son registre mezzo-soprano, une mélodie jazzy écrite en 1943 par Harry Warren (paroles) et Mack Gordon (musique), arrangée par Alexandre Desplat en 2017 pour devenir une compositions essentielle de la bande son du film de Guillermo del Toro, « The Shape of Water » (La Forme de l’eau).

— So fantastic, so romantic, ce film, , a obtenu le Lion d’Or à la Mostra de Venise en 2017 et 4 Oscars à la 90ème Cérémonie des Oscars, début 2018 (Meilleur Film – Meilleur réalisateur – Meilleurs décors… et – tiens, tiens ! – Meilleure musique)

La belle jeune femme, années soixante, qui régale ici, devant son micro, nos yeux et nos oreilles, c’est la tout simplement merveilleuse…

Renée Fleming

« Tu ne sauras jamais… »

You’ll never know
Just how much I miss you
You’ll never know
Just how much I care

And if I tried I still couldn’t hide
My love for you
You oughta know
For haven’t I told you so
A million or more times

You went away and my heart went with you
I speak your name in my every prayer
If there is some other way to prove that I love you
I swear, I don’t know how

You’ll never know if you don’t know now

You’ll never know
Just how much I miss you
You’ll never know
Just how much I care

You said goodbye
Now stars in the sky
Refuse to shine
Take it from me, it’s no fun to be alone

With moonlight and memories
You went away and my heart went with you
I speak your name in my every prayer
If there is some other way to prove that I love you
I swear, I don’t know how

You’ll never know if you don’t know now

Un cœur en automne /11 : « Autumn in New York »

On était en octobre, le plus beau mois de l’année à New-York, et je prenais plaisir à étudier la lumière d’automne, à observer la clarté nouvelle dont elle semblait parée quand elle frappait en biais les immeubles de brique.

Paul Auster – « Moon Palace » (Actes Sud 04/1993)

Photo by William Gottlieb/Redferns

 

Billie Holiday chante
« Autumn in New York »
composée en 1934 par Vernon Duke

L’automne à New York

L’automne à New York, pourquoi est-ce si séduisant ?
L’automne à New York, c’est le frisson du premier soir.
Foules scintillantes et nuages éblouissants dans des canyons d’acier
Me rappellent que je suis chez moi.

L’automne à New York apporte la promesse d’un nouvel amour,
L’automne à New York est souvent mouillé de pleurs.
Les rêveurs aux mains vides peuvent imaginer des terres lointaines.
C’est l’automne à New-York,
C’est bon d’y vivre à nouveau.

L’automne à New York, les toits étincellent au couchant.
L’automne à New York, ça vous relève quand on vous laisse tomber.
Les libertins blasés et les joyeuses divorcées attablés au Ritz
Vous diront que c’est divin.

L’automne à New York transforme les bas-fonds en Mayfair.
L’automne à New York, plus besoin de châteaux en Espagne.
Les amoureux remercient la nuit
Sur les bancs de Central Park.
Salut l’automne à New York !
C’est bon d’y vivre à nouveau !

Un cœur en automne /2 : Live at Blues Alley

A quelques exceptions près, tous les musiciens qui ont compté dans l’histoire du jazz depuis l’ouverture du Blues Alley Jazz Club en 1965 se sont produits sur sa scène légendaire.
Il faudrait faire ouvrir les archives du club pour n’oublier personne, mais d’un trait de mémoire rapide on peut citer quelques noms dont la notoriété s’est échappée depuis belle lurette de l’univers feutré des aficionados du jazz :
Ainsi, Oscar Peterson, Charlie Mingus, Stanley Jordan, Dizzy Gillepsie, Stan Getz, Max Roach, Ella Fitzgerald, Sarah Vaughan, Nancy Wilson, Rachelle Ferrell et tant d’autres Dave Brubeck ou Sonny Rollins, tous ces géants du jazz, sont-ils venus briller, en leur temps, dans cette étroite ruelle du très charmant quartier de Georgetown à Washington D.C., au 1073 Wisconsin Avenue.

Blues Alley Jazz ClubGeorgetown section of Washington DC

Ce mercredi 3 janvier 1996, celle qui vient de brancher sa guitare électrique sur la scène n’est pas connue, ou si peu, et le plus souvent par ses collègues musiciens.

Eva Cassidy sur le seuil du Blues Alley – janvier 1996

Elle a rassemblé ses économies pour louer un car-régie afin d’enregistrer en « live », depuis ce lieu mythique, son premier CD.
Elle avait envisagé de mener son enregistrement public sur deux jours, mais le travail de la veille n’a pu être conservé. Elle n’en gardera que très peu de choses.
Ce mercredi elle ne doit absolument pas se louper. Alors elle fera fi du rhume qui par instant dérange sa voix, et le gracieux ange blond fera son entrée vêtue d’une chaude veste d’homme trop large pour elle, de bas épais et d’une paire de bottines.

Et puis elle a chanté. Blues, soul, gospel, folk : époustouflant éclectisme vocal !
On n’aura pas à consulter les archives du Blues Alley pour se souvenir de son nom.

L’album « Live at Blues Alley » est sorti le 20 mai 1996. Le succès l’attendait.
Dans les mois qui suivirent Eva développa un mélanome foudroyant qui a eu raison de son courage. Le 2 novembre, la maladie emportait un ange blond de 34 ans qui n’aurait sacrifié pour aucun award une longue balade en vélo.

Il souffle toujours dans la région du cœur un triste vent froid de fin d’automne quand on écoute Eva Cassidy.

Autumn leaves

You’ve changed

Tu as changé :
Cette étincelle dans ton œil a disparu
Ton sourire est devenu un rictus insouciant.
Tu me brises le cœur.
Tu as changé.

Tu as changé :
Tes baisers sont si indifférents,
Tu t’ennuies toujours avec moi,
Je ne comprends pas.

Tu as changé :
Tu as oublié les « Je t’aime »

Et tous nos tendres souvenirs,
Tu ignores toutes les étoiles qui nous regardent.
Comment imaginer que tu les aies une fois contemplées ?

Tu as changé :
Tu n’es plus l’ange que j’ai un jour connu.
Inutile de me dire qu’on est passé à côté.
C’est fini maintenant.

Tu as changé :
Tu ne sais plus dire « Je t’aime »
Tu as effacé tous nos moments heureux.
Tu ignores chaque étoile qui nous regarde
si une fois tu les as contemplées.

Tu as changé :
Tu n’es plus l’ange que j’ai connu
Pas besoin de me dire qu’on est passé à côté
Tout est fini maintenant.
Tu as changé !

En mai 2014, un hommage à Eva Cassidy sur "Perles d'Orphée" : 
"I miss you Eva !"

Une rentrée « tout sourire »…

I’m all smiles, darlin’ *
You’d be too…

Trois temps d’une valse

Trois soupçons d’improvisation

Trois tonnes de génie

Trois virgules de bonne humeur

Trois musiciens virtuoses

… Et le miracle d’un sourire

Belle rentrée !!!

I’m all smiles

Basse : George Mraz – Batterie : Ray Price – Piano : Oscar Peterson
Studio BBC – Londres – Mars 1971

* Je suis tout sourire, chérie
   tu devrais l’être aussi…

Musique originale et paroles écrites en 1965 par Michael Leonard et Herbert Martin pour la comédie musicale de Broadway, « The Yearling ».

En gants blancs, la Diva !

Ne croyez pas les mains sans gants plus robustes que les autres.

Gustave Flaubert – « Par les champs et par les grèves  »

¤

Il n’y a guère que Mickey qui aujourd’hui porte ses gants blancs à longueur de journée.
Aussi, si vous affirmez que pour vous, porter des gants blancs s’inscrit dans la banalité des actions régulières de votre vie, ne soyez pas étonné(e) que, sans vous connaître, et certain que vous n’êtes pas Mickey Mouse, l’on vous donne du « Mon Général » ou du « Maître d’hôtel » ; ou encore, que l’on guette attentivement le lapin ou l’as de trèfle que vous cachez fort adroitement dans votre manche.
A moins que vous ne soyez Huissier au Sénat ? Conservatrice responsable des incunables à la Bibliothèque Nationale ? Déménageur de tableaux au Louvre ?…
Ou, pourquoi pas, cet initié, tapi dans sa réserve légendaire, qui, certains soirs, symbolique oblige, enfile rituellement ses gants de lumière en fraternelle compagnie…?

A y bien regarder, les opportunités de porter des gants blancs ne sont en vérité pas aussi rares qu’on le penserait au premier abord, et pas nécessairement liées d’ailleurs à un protocole d’apparat.

Mais quel pervers faudrait-il être pour demander à une pianiste de faire chanter son instrument, les doigts ainsi embastillés, avec la virtuosité et la délicatesse de toucher qu’exige le meilleur du jazz ?
A l’impossible nul ne peut être tenu !

Et pourtant :
Quelques fascinantes minutes sous le vent froid et la pluie d’un vieux 15 août, avec la géniale Diva du jazz, Shirley Horn, au festival de Newport, et la démonstration du contraire devient imparable.

En gants blancs, la Diva ! Et quelle Diva !

Les gants blancs peuvent accessoirement protéger du froid…
Pour applaudir, assurément, ils ne sont sont d’aucune utilité.

Just in time
I found you just in time
Before you came my time
Was running low
.
I was lost
The losing dice were tossed
My bridges all were crossed
.
Nowhere to go
Now you’re here
And now I know just where I’m going
No more doubt or fear
I found my way
.
For love came just in time
You found me just in time
And saved my lonely life
That lovely day

Chacun sa voie ! Chacun sa voix ! La convergence des contraires

J’ai à la fois le sens de l’irréductibilité de la contradiction et le sens de la complémentarité des contraires. C’est une singularité que j’ai vécue, d’abord subie, puis assumée, puis intégrée.

Edgar Morin in « Mes démons » (1994)

Ce qui sépare deux êtres établit souvent entre eux, par delà les temps, les lieux et les circonstances qui contribuent à les différencier, une forme de lien, par contraste. Si l’on veut bien se donner la peine d’échapper à l’illusion des apparences, on peut alors apercevoir distinctement la ligne de convergence de ces contraires que tout, à priori, présentait comme devant s’exclure mutuellement.

Ainsi en va-t-il des voix humaines ; elles aussi, les plus discordantes et que tout oppose – tessitures, timbres, styles, résonances – réussissent parfois, sans doute du fait de cette humanité qui les façonne, à entrer en confluence à ce point unique que représente la beauté qu’elles révèlent, chacune à sa manière, à l’auditeur dépouillé de tout préjugé, livré à la seule sensibilité de son émotion.

Ainsi vont également les voies contraires qui finissent, plus souvent qu’on ne le pense, par se retrouver dans cet espace indéfini de convergence, inimaginable depuis le point de leur origine et pourtant né de leur nécessaire, de leur ontologique complémentarité. Qu’elle est ténue, qu’elle est fragile, qu’elle est ondoyante, la ligne de partage du sacré et du profane ! Elle nous ressemble tellement.

Rien n’est beau comme la voix humaine, quand elle est belle.

Laure Conan (romancière québécoise  1845 – 1924)
in « À l’œuvre et à l’épreuve » – 1850

♦   Voix séraphique et stratosphérique de la prière montant vers les cieux : voix de l’espoir et de la consolation :

Pitié pour moi, mon Dieu, dans Ton amour, selon ta grande miséricorde, efface mon péché.
Lave-moi tout entier de ma faute, purifie-moi de mon offense.
Oui, je connais mon péché, ma faute est toujours devant moi.
Contre Toi, et Toi seul, j’ai péché, ce qui est mal à tes yeux, je l’ai fait.
Ainsi, Tu peux parler et montrer Ta justice, être juge et montrer Ta victoire.
Moi, je suis né dans la faute, j’étais pécheur dès le sein de ma mère.
Mais Tu veux au fond de moi la vérité ; dans le secret, Tu m’apprends la sagesse.
Purifie-moi avec l’hysope, et je serai pur ; lave-moi et je serai blanc, plus que la neige.
Fais que j’entende les chants et la fête : ils danseront, les os que Tu broyais.
Détourne Ta face de mes fautes, enlève tous mes péchés.
Crée en moi un cœur pur, ô mon Dieu, renouvelle et raffermis au fond de moi mon esprit.
Ne me chasse pas loin de Ta face, ne me reprends pas Ton Esprit Saint.
Rends-moi la joie d’être sauvé ; que l’esprit généreux me soutienne.
Aux pécheurs, j’enseignerai tes chemins ; vers toi, reviendront les égarés.
Libère-moi du sang versé, Dieu, mon Dieu sauveur, et ma langue acclamera Ta justice.
Seigneur, ouvre mes lèvres, et ma bouche annoncera Ta louange.
Si j’offre un sacrifice, Tu n’en veux pas, Tu n’acceptes pas d’holocauste.
Le sacrifice qui plaît à Dieu, c’est un esprit brisé ; Tu ne repousses pas, ô mon Dieu, un cœur brisé et broyé.
Accorde à Sion le bonheur, relève les murs de Jérusalem.
Alors Tu accepteras de justes sacrifices, oblations et holocaustes ; alors on offrira des taureaux sur Ton autel.

Il y a, dans certaines voix, des nuances, des sortes de déchirures délicieuses, qui éveillent en moi une grande tendresse.

Paul Léautaud – Le journal littéraire (1968)

   Voix rocailleuse burinée par l’alcool, accompagnant les errances du vagabond sur les chemins du désespoir au rythme valseur d’un baluchon baptisé pour toujours « Mathilda » :

Beurré à mort et blessé, c’est pas la lune qu’a fait ça.
J’en ai pour mon argent à présent.
À demain, mec. Hé, Frank, est-ce que j’peux
T’emprunter dix tunes, pour aller
Faire valser Mathilda*, valser Mathilda, viens faire valser Mathilda avec moi !
Je suis la victime innocente des fonds d’impasse
Et j’en ai assez de tous ces soldats ici.
Personne parle anglais, et tout est détruit.
Et mes Staceys** sont trempées jusqu’aux os
Pour aller faire valser Mathilda…
.
Voici que les chiens aboient
Et qu’un taxi se gare,
Peuvent rien pour moi ceux-là !
Je t’ai supplié de me suriner,
Tu m’as déchiré la chemise.
Et je suis sur les rotules ce soir
À tituber Bushmills***
T’as enfoncé ta dague dans ta silhouette
En contrejour de la fenêtre
Pour aller faire valser Mathilda…
.
J’ai perdu mon [médaillon] St-Christophe à présent
Maintenant que j’ai embrassé Mathilda
Et que la machine à sous est au courant
Et les chinetoques non-conformistes
Et les enseignes sans pitié
Et les filles qui sont aux séances de striptease là-bas
Vont aller faire valser Mathilda…
.
Non, je veux pas de ta sympathie !
Les fugitifs disent qu’on peut plus rêver dans les rues,
Rafles pour homicide involontaire
Et les fantômes qui vendent des souvenirs
Ils veulent pas être en reste.
N’empêche, tu vas faire valser Mathilda…
.
Et tu peux demander à n’importe quel marin
Et ses clés au geôlier
Mais les vieux dans leurs fauteuils roulants savent
Que Mathilda est l’accusée :
Elle en a tué une centaine
Et elle te suit partout où tu vas
Faire valser Mathilda…
.
Et c’est une valoche cabossée
Pour un hôtel quelque part
Et une blessure qui guérira jamais.
Pas de prima donna, le parfum provient
D’une liquette tachée de sang et de whisky.
Et bonne nuit aux balayeurs,
Gardiens de la flamme des veilleurs de nuit,
Et bonne nuit à Mathilda aussi !
.
* Mathilda : nom donné par les "swagmen", les vagabonds australiens, allant de ferme en ferme chercher un peu de travail, au baluchon ou à la besace qui ne les quittait jamais et qui ballottait sur leurs épaules au gré de leurs pas. 
"Faire valser Mathilda" : arpenter le bush, partir sur les chemins.

** Stacey’s : marque de chaussures chic

*** Bushmills : marque de whisky irlandais

Joey le messie…

À mon ami Jacques T.
Pour aider sa convalescence à trouver son tempo : « swingando » !

Si votre éducation musicale a été négligée, nul besoin de choisir une voie aride pour la refaire : l’évolution rapide du jazz vous mènera insensiblement de la musique la plus fraîche et la plus naturelle des parades et des orchestres de marches aux recherches les plus raffinées des arrangeurs actuels ; et le monde de la mélodie, de l’harmonie et du rythme vous sera définitivement ouvert.

Boris Vian in Derrière La Zizique. U.G.E. 10/18, Paris, 1976

♬ ♬ ♬

Ce jeune pianiste indonésien, Joey Alexander, est-il le messie que le Jazz attendait ? Il a aujourd’hui 15 ans et les plus grands « jazzmen » actuels se réjouissent et s’enorgueillissent de jouer avec lui. Un commentateur a dit de lui, fort pertinemment, qu’il avait en vérité 115 ans, l’âge du Jazz qu’il incarne si profondément et si naturellement.
Il avait 10 ans en 2013 lorsqu’il a enregistré dans un des studios du mythique Lincoln Center de New York cette pièce de sa composition :

Le voici à 13 ans, avec Ulysses Owens Jr. à la batterie (nouvelle référence des batteurs de jazz) et l’excellent Dan Chmielinski à la basse, interprétant « City lights » :

Le jazz est un style, non une composition. N’importe quelle musique peut être interprétée en jazz, du moment qu’on sait s’y prendre. Ce n’est pas ce que vous jouez qui compte mais la façon dont vous le jouez.

Jelly Roll Morton

Qui pourrait encore dire, devant un tel génie, doté d’une aussi précoce maturité et d’une aussi joyeuse liberté de jouer et d’inventer cette musique sur les traces des plus éminents musiciens de son histoire, que le jazz est mort ?

De gauche à droite :
1/ M. Petrucciani – B. Evans – J.R. Morton – M. Solal
2/ E.Garner – D. Ellington – O. Peterson – T. Monk

À l’évidence, hélas, après cent ans d’existence le jazz a émis bien plus d’avis de décès qu’il n’a reçu de faire-part de naissance. À ne considérer son histoire qu’au travers du prisme réducteur du piano, peut-on affirmer pour autant qu’il s’est définitivement évaporé dans les fumées lumineuses des dernières inventions sonores du grand Bill Evans ?
Ce serait faire fi de ses successeurs, les Chick Coréa, Keith Jarrett, Brad Mehldau, Hiromi Uehara ou Jacky Terrasson, pour ne citer qu’eux.

Question bien délicate en vérité que la mort d’un art ! Et forte est la tentation intellectuelle d’aller chercher des éléments de réponse dans les théories sur l’esthétique développées par Hegel, Nietzsche ou Heidegger — qui s’opposent et s’entrechoquent souvent — et ainsi finir par se perdre dans un sempiternel retour au cœur des méandres alambiqués d’une réflexion qu’alimentent, préludes obligés, les toujours vives interrogations : « Qu’est-ce que l’Art ? », « Qu’est-ce que le Jazz ? »

J’avoue me satisfaire, pour l’immédiat, de cette remarque de bon sens que publiait Michel Yves-Bonnet, en octobre 2014, répliquée dans une tribune récente de Citizenjazz.com :

Le jazz est-il mort ? Nouvelle question ? Certes non ! Trouble chez certains amateurs et professionnels, assurément oui ! Mais pourquoi se poser cette question ? Pourquoi ne pas simplement se laisser aller au jeu et à l’écoute ? Parce que cette musique est un Art majeur et qu’il nous interpelle.

Il faut simplement se placer devant cette alternative : ou bien le jazz est une Grande Musique, ou bien il n’a été qu’un moment musical, cadré, daté, répertorié, modélisé, pour employer un langage scientifique. Si tu choisis la première prémisse, alors le jazz est un art de création, de recherche et d’avenir. Musique éternelle, comme les autres arts de création. Dès son origine, le jazz est une musique métisse, ce qui lui donne toute sa beauté et son originalité. Il n’y a dès lors aucune raison – sauf à l’enfermer, crime hors de raison – qu’elle ne poursuive pas ses alliances et ses mariages. Certes, tu dois rester vestale de cet Art, en veillant à ce que l’improvisation soit toujours ontologiquement à l’œuvre.

Le risque mortifère tient dans la deuxième proposition : Si le jazz devient « définitivement » une musique de répertoire, alors il te suffira de relever tous les chorus des glorieux Anciens et de les répéter inlassablement.

Voilà, semble-t-il, posées avec simplicité, les conditions pour que le Jazz se survive à lui-même : demeurer une musique ouverte, métisse, arlequinée des cultures et des influences les plus diverses, conserver une fidélité sans faille à sa caractéristique fondamentale, l’improvisation, et, corollaire des propositions précédentes, continuer de s’ancrer à sa racine la plus profonde, tout à la fois la plus valorisante et la plus créative : la liberté.

Alléluia ! Ce XXIème siècle semble avoir entendu ce discours. Il a envoyé aux amateurs de jazz un nouveau messager porteur d’une espérance que certains n’attendaient peut-être plus, Joey Alexander.

Quelque chose me dit que les étagères « Jazz » de nos discothèques n’ont pas fini de s’allonger…

Le jazz est mon aventure. Je traque les nouveaux accords, les possibilités de syncope, les nouvelles figures, les nouvelles suites. Comment utiliser les notes différemment. Oui, c’est ça ! Juste une utilisation différente des notes.

Thelonious Monk

♬ ♬ ♬

Allez, pour remplacer les 6 ou 7 vidéos que je viens de désélectionner de ce billet, – parce que trop c’est trop et que les amateurs les retrouveront sans peine – juste un petit bis depuis le fond de la salle du « Jazz Standard » à New York, il y a trois ans.

Le petit bonhomme au cheveux longs, à gauche, assis devant le piano n’a que 12 ans, c’est Joey Alexander… qui conduit les musiciens de son Trio.

– Monsieur Armstrong, qu’est-ce que le swing ?
– Madame, si vous avez à le demander, vous ne le saurez jamais!

2019 : Sourire – Amour – Paix. Dans l’ordre qu’on voudra !

Meilleurs vœux  !

Comment, sans une dose certaine d’exagération, une pincée d’outrance, et un zeste d’angélisme, mes vœux pour ce début d’année résisteraient-ils à l’inéluctable érosion que ne manqueront pas d’infliger à leur réalisation les onze mois qui les suivent ?  Aucun excès, en tout cas, ne saurait retrancher la moindre fraction à la sincérité qui les inspire.

Alors :

Ψ –  Puissions-nous entonner chaque jour de notre nouvelle année, avec le même enthousiasme et le même gracieux sourire que ceux qu’affiche ici la très british Carolyn Sampson interprétant Sémélé, ce chant réjoui :

« Oh extase du bonheur…! »

— Et avec la même voix peut-être, qui sait ?… « Exagération », disions-nous ?

Et si, ce faisant, nous menaçaient de trop près les vanités du Narcisse, qu’un trait d’humour, aussitôt, vienne en chasser l’écho, fussions-nous, comme Sémélé elle-même, fille d’Harmonie, mère de Dionysos, et amante de Jupiter. (Quel C.V. !)
Aimons-nous donc nous-mêmes, nous n’en aimerons que mieux ceux qui nous entourent ! Mais gardons-nous de laisser le tain de notre miroir occulter l’issue de notre prison !

Haendel – SÉMÉLÉ – Acte III – Scène 3

Recitative

Oh, ecstasy of happiness!   
Celestial graces                        
I discover in each feature!     

Air

Myself I shall adore,
If I persist in gazing.
No object sure before
Was ever half so pleasing.
Myself. . . da capo

• • •

Récitatif

Oh extase du bonheur,
grâces célestes
que je découvre dans chacun de mes traits !

Aria

Je m’adorerai moi-même
si je continue à me regarder.
Nul objet il est sûr à ce jour
n’a atteint ne serait-ce que la moitié de cette beauté.
Je m’adorerai… da Capo

§

Ψ –  Puisse cette nouvelle année, Mesdames, accroître encore, selon vos souhaits légitimes, vos droits dans nos sociétés vieillissantes !

Puisse le Ciel — il n’y aura plus que lui pour cela — nous protéger, Messieurs  les pauvres hommes, des éventuels abus auxquels elles pourraient, par vengeance, par sadisme ou tout simplement par plaisir, être tentées de nous exposer… !

Quelques cas sérieux ont déjà été recensés… et certains disent — mauvaises langues, évidemment — que nous y avons pris goût :

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Ψ –  Enfin, et surtout, puissions-nous tous, chacun à sa manière et avec ses moyens, propulser nos énergies personnelles dans la seule direction qui vaille : celle qui conduit à la PAIX ! Tenterons-nous la magique utopie d’utiliser tous la même boussole ?

Mais, convenons-en, les mots ne savent pas tout dire. Surtout si c’est au cœur que l’on s’adresse. Seule la musique connaît le langage subtil de l’intime, de l’immatériel, de l’éternel. Laissons-la donc, avec une suave élégance, offrir à nos âmes, pour les convaincre s’il en était besoin, un avant-goût du bonheur simple dont la paix est porteuse.

Bill Evans (piano) – « Peace piece » (enregistrée en concert en 1958)

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Merci à tous de venir fidèlement sur « Perles d’Orphée » et « De Braises et d’Ombre », depuis tant d’années maintenant, partager avec moi un regard, une larme ou un sourire. Quel bel honneur vous me faites, quel formidable plaisir vous m’offrez, en ajoutant chaque jour un maillon nouveau à cette chaîne de l’émotion dont je ne pouvais imaginer en la créant qu’elle grandirait ainsi.

Merci !

La pluie… T’en souviens-tu ?

L’amour
Entre dedans douillet et dehors pluvieux
Entre instant de plaisir et tristesse annoncée
Entre les gouttes entre les larmes
Entre l’ivoire mélancolique d’un piano mouillé
Et l’encre nostalgique des mots blessés.
Le « blues »
Entre les vers de Francis Carco
Et les arpèges de Bill Evans.
La pluie… ?
Oui ! Je m’en souviens !

Andrei Krioutchenko (peintre de Paris)

Il pleut

À Éliane

Il pleut — c’est merveilleux. Je t’aime.
Nous resterons à la maison :
Rien ne nous plaît plus que nous-mêmes
Par ce temps d’arrière-saison.

Il pleut. Les taxis vont et viennent.
On voit rouler les autobus
Et les remorqueurs sur la Seine
Font un bruit… qu’on ne s’entend plus !

C’est merveilleux : il pleut. J’écoute
La pluie dont le crépitement
Heurte la vitre goutte à goutte…
Et tu me souris tendrement.

Je t’aime. Oh ! ce bruit d’eau qui pleure,
Qui sanglote comme un adieu.
Tu vas me quitter tout à l’heure :
On dirait qu’il pleut dans tes yeux.

Francis Carco (1886-1958)

Saule, pleure pour elle ! … Etta James (Blues – Face 2)

« Etta James n’avait qu’à poser sa voix sur une musique pour y imprégner sa marque unique. Une de ces voix puissantes dont le moindre cri ou tremblement n’avait rien d’une prouesse technique, d’un effet recherché : le chant d’Etta James n’était que l’expression d’une vie de souffrance sans cesse surmontée, celui d’une authentique survivante. »   Hugo Cassavetti (Télérama – 19/01/2012)

Elle pouvait tout chanter, tout, et bien qu’elle n’eût jamais écrit la moindre parole de ses chansons, on entrait toujours de plain pied dans l’émotion qu’elle voulait nous transmettre… On y entre encore, ô combien ! et de la même manière. Et c’est si bon qu’assurément deux titres c’est vraiment trop peu pour nous combler.

Alors faites comme moi, organisez-vous une soirée Etta James : quelques amis passionnés de musique, une bonne bouteille à partager, cinq ou six coussins moelleux jetés sur la moquette, un bout de canapé pour les moins souples… et surtout une belle pile de CD et de Vinyles.  « Enivrez-vous », comme le conseillait Baudelaire, de Jazz, de Soul ou de Blues, à votre guise, mais « Enivrez-vous » de plaisir avec la formidable Etta…!

Attention : dépendance très probable ! D’autres s’y sont fait prendre avant nous : six Grammy Awards et dix-sept Blues Music Awards au cours de sa carrière… A l’évidence, nous ne sommes pas seuls à aimer. Mais qu’importe, on aime !

« Willow weep for me »

Et on aime aussi les fabuleux musiciens qui l’accompagnent dans ce standard du jazz que l’auteure-compositrice Ann Ronell dédia à son idole George Gershwin :

Cedar Walton : Piano et arrangement
Herman Riley : Saxophone Ténor
John Clayton : Bass
Josh Sklair : Guitare
Kraig Kilby : Trombone
Paul Humphrey : Batterie
Ronnie Buttacavoli : Trompette

ƒƒƒƒ

Ô Lord !
Why did you send the darkness to me ?
And the shadows forever to be ?
Where’s the light I’m longing to see ?
Love once met me by the old willow tree.
Now you’ve gone and left nothing to me –
Nothing but a sweet memory.

Willow weep for me
Willow weep for me
Bend your branches green along the stream that runs to the sea
Listen to my plea
Hear me willow and weep for me

Gone my lovers dream
Lovely summer dream
Gone and left me here to weep my tears into the stream
Sad as I can be
Hear me willow and weep for me

Whisper to the wind and say that love has sinned
Let my heart a-breaking, and making a moan
Murmur to the night to hide its starry light
So none will see me sighing and crying all alone

Weeping willow tree
Weep in sympathy
Bend your branches down along the ground and cover me
When the shadows fall, hear me willow and weep for me

Oh, Weeping willow tree
Weep in sympathy
Bend your branches down along the ground and cover me
When the shadows fall, hear me willow and weep for me

Claude Monet – Saule pleureur 1919 – Colombus Museum of Art (E-U)
Oh ! Seigneur !
Pourquoi m’as-tu jetée dans les ténèbres ?
Et pourquoi me retiens-tu dans l’ombre pour toujours ?
Où est la lumière ? – J’ai hâte de la voir.
Un jour l’amour m’a rejointe près d’un vieux saule.
Maintenant tu m’as abandonnée sans rien me laisser.
Rien sauf un doux souvenir.
 .
Saule pleure pour moi !
Saule pleure pour moi !
Plie tes vertes branches le long du ruisseau qui coule vers la mer,
Écoute mon appel,
Entends-moi, saule, et pleure pour moi !
 .
Partis sont mes rêves d’amoureuse,
Jolis rêves d’été
Partis et m’ayant laissée seule pour verser mes larmes dans le ruisseau.
Je suis si triste,
Entends-moi saule et pleure pour moi !
 .
Chuchote dans le vent et dis que l’amour a pêché.
Laisse mon cœur brisé à ses gémissements,
Murmure dans la nuit pour cacher sa lumière étoilée,
Pour qu’aucun ne le surprenne seul dans sa peine et sa douleur.
 .
Saule pleureur
Pleure en sympathie
Plie tes branches jusqu’au sol et recouvre-moi.
Quand les ombres tomberont, entends-moi saule et pleure pour moi !
 .
Oh, Saule pleureur
Pleure en sympathie
Plie tes branches jusqu’au sol et recouvre moi
Quand les ombres tomberont, entends-moi saule et pleure pour moi !

Billet précédent…

S’il lui restait un brin de fierté… Etta James (Blues – Face 1)

S’il lui restait un brin de fierté… Etta James (Blues – Face 1)

Jamesetta Hawkins, dite Etta James (1938-2012)

S’il lui restait un brin de fierté…

Elle ne compterait pas les moments où ils ont évoqué leurs lendemains
Elle ne chantonnerait pas les paroles quand quelqu’un joue leur chanson
Dans les nuits de solitude comme celle-ci, quand elle a besoin d’un ami,
Il serait bien le dernier qu’elle appellerait, s’il lui restait un brin de fierté.

Elle ne chercherait pas une place idéale pour exposer sa photo
Juste pour caresser son visage et l’imaginer dans ses bras
Elle ne serait pas là en ce moment, plantée devant sa maison
Prête à ramper sans honte, s’il lui restait un brin de fierté.

Seule une imbécile porterait encore cette bague
Et sonnerait à sa porte

Elle ne laisserait pas son cœur s’enrouler autour de son doigt
Elle ne s’effondrerait pas quand il ouvre la porte,
Comme à chaque fois que leurs regards se sont croisés
Ses larmes ne couleraient pas, s’il lui restait un brin de fierté.

Mais comme nous serions punis si elle n’avait pas « craqué » ce jour-là sur cet air de country du répertoire de John Berry ! Elle, la grande Etta James, légende du blues — mais aussi diva du Soul Jazz, du Rythm & Blues et du Rock and Roll !

Etta James, au tempérament volcanique et à la voix ensorcelante, qui avait répondu à ceux qui prétendaient que le blues est triste :

Certains pensent que le blues est triste, mais ce n’est pas le blues que je chante. Quand je chante le blues, je chante la vie. Ceux qui ne peuvent supporter d’écouter le blues sont des hypocrites.

« If I had any pride left at all ! »

I wouldn’t count the times we talked about tomorrow
I wouldn’t sing the lines when some one played our song
On lonely nights like this when I need a friend
You’d be the last one I’d call, if I had any pride left at all.

I wouldn’t keep a place just to set your picture
Reach and touch your face and feel you in my arms
I wouldn’t be here now, parked outside your house
Not ashamed to crawl, if I had any pride left at all.

Only a fool would still be wearing this ring
And ringing your front doorbell

I wouldn’t let my heart stay wrapped around your finger
I wouldn’t fall apart when you open the door
Like all the other times when your eyes met mine
These teardrops wouldn’t fall, if I had any pride left at all.

Oh, if I had any pride left at all.

Suite…

Saule, pleure pour elle ! … Etta James (Blues – Face 2)

Le feu aux cordes

Voilà au moins 400 000 ans que nous savons que friction et percussion sont les deux méthodes fondamentales pour atteindre à l’incandescence indispensable à la production du feu. Nos grands ancêtres savaient choisir celui des deux procédés qui répondait le mieux aux conditions de leur environnement.

Rien n’a changé vraiment depuis, à quelques aménagements technologiques près… Sauf que certains de nos contemporains, pour activer la combustion — et leur plaisir incendiaire — ont décidé de coupler les deux procédés.

La preuve par la virtuosité : une pyromane frappe les cordes en japonais, son complice les frotte en colombien. Et, à l’évidence, ça flambe ! Ça flambe !

Nous, ébahis, nous soufflons sur les braises…

Percussion japonaise : au piano, figure majeure du jazz d’aujourd’hui, Hiromi Uehara (qui fréquente souvent les pages de ce blog, et pour cause…)

Friction colombienne : le jeune prodige de la harpe, l’impressionnant Edmar Castaneda.