Flâner entre le rêve et le poème… Ouvrir la cage aux arpèges… Se noyer dans un mot… S'évaporer dans les ciels d'un tableau… Prendre plaisir ou parfois en souffrir… Sentir et ressentir… Et puis le dire – S'enivrer de beauté pour se forcer à croire !
No quedará en la noche una estrella. No quedará la noche. Moriré y conmigo la suma Del intolerable universo. Borraré las pirámides, las medallas, Los continentes y las caras. Borraré la acumulación del pasado. Haré polvo la historia, polvo el polvo. Estoy mirando el último poniente. Oigo el último pájaro. Lego la nada a nadie.
Poème dit par l’acteur argentin Oscar Martínez
Jorge-Luis Borges 1899-1986
in ‘La rosa profunda‘ – 1975
Le suicidaire
Aucune étoile ne restera dans la nuit Ni la nuit ne restera. Je mourrai et avec moi mourra la somme de l’intolérable univers. J’effacerai les pyramides, les médailles, les continents, les visages. J’effacerai l’accumulation du passé. Je réduirai en poussière l’histoire, en poussière la poussière. Je regarde le dernier coucher de soleil. J’entends le dernier oiseau. Je lègue le néant à personne.
Traduction Roger Caillois, Treize poèmes (Éd. Fata Morgana – 1978)
L’humour et la mort se marient si parfaitement que la poésie, en les bénissant, fait une révérence sublime à l’absurde.
Chez la célèbrelauréate du Prix Nobel de Littérature 1996, cette politesse singulière n’est jamais une dérision pour le simple attrait d’un sourire, mais une forme élégante de lucidité salvatrice offerte à chacun. Ainsi dans son œuvre poétique gravité et légèreté se rejoignent-elles pour saluer l’indiscutable évidence avec autant d’émerveillement que d’ironie.
Wislawa Szymborska (Pologne 1923-2012)
« Un chat dans un appartement vide » poème extrait du recueil « Fin et début » paru en 1993
Un chat dans un appartement vide
Mourir. Il ne faut pas faire cela à un chat. Que peut-il faire dans un appartement vide ? Grimper aux murs ? Se frotter contre les meubles ?
Apparemment rien n’a changé et pourtant rien n’est pareil. Rien n’a été déplacé et pourtant rien n’est en place. Et le soir, pas de lampe allumée.
Un bruit de pas dans l’escalier mais ce n’est pas le bon. Une main met le poisson dans l’assiette mais ce n’est pas la bonne.
Quelque chose ne commence pas à l’heure habituelle, quelque chose ne se passe pas comme cela devrait. Quelqu’un était là depuis toujours et soudain n’est plus s’obstinant à rester disparu.
On a fureté dans les armoires fouillé les étagères on s’est faufilé sous le tapis pour vérifier. On a même bravé l’interdit en allant au bureau et en mettant les papiers en désordre
Que faire maintenant ? Dormir et attendre.
Attendre qu’il revienne s’il ose. Et lui faire savoir qu’on ne fait pas ça à un chat.
On avancera vers lui l’air détaché, un peu hautain en faisant semblant de ne pas le voir. On marchera très lentement la patte boudeuse et surtout, pas un bond, pas un ronron, du moins au début.
Wislawa Szymborska in "Fin et début" (1993)
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Jalousie bien légitime, la musique tenait d’autant plus à prendre sa part de cet humour félin que disparaissait il y a quelques semaines à peine la plus délicieuse et la plus française des chanteuses britanniques, DameFelicity Lott.
Elle miaule ici, aux ‘BBC Prom’s 1996’, en compagnie de la soprano canadienne Ann Murray, l’inoubliable « Duo des chats » de Gioacchino Rossini.
Un moment exceptionnel où le talent, l’humour et l’enthousiasme font un joli pied-de-nez à la grande faucheuse…
Une interprétation et une illustration très personnelles de ce poème d’Yvan Goll :
‘ Le cultivateur ‘
Dans le contexte de la fin des années 1930 marqué par la montée des totalitarismes et l’angoisse d’une catastrophe imminente, l’image du cultivateur, traditionnellement symbole de vie et de fertilité, est détournée par la sensibilité prophétique du poète. Prémonition, le poème – comme le recueil qui le contient – annonce déjà la moisson de mort que le siècle ne va pas tarder à récolter.
Le cultivateur
J’ai planté des comètes Et semé la graine d’étoiles Dans les champs vierges
J’ai bâti ma maison d’aérolithes Et regardé par la lucarne Tourner le monde autour de moi
J’ai bu le vin tonique de midi Et rôti sur les branches du bouleau Les fines alouettes Assaisonnées aux cœurs d’œillets Les prairies rendaient l’âme Les pivoines pâmées éparpillaient leur sang La rose des vents s’effeuillait Les truites roses captivées se suicidaient
J’ai longtemps attendu le plus grand jour Où la moisson des astres M’élèverait au rang des dieux Mais déjà durcissent mes mains Mes yeux se vident Mes dents pourrissent La terre tourne en moulant sa poussière
Sur ton sein pâle mon cœur dort D’un sommeil doux comme la mort ! Mort exquise, mort parfumée Au souffle de la bien-aimée… Sur ton sein pâle mon cœur dort D’un sommeil doux comme la mort !
Jean Lahor 1840-1909
in
L’illusion Chants de l’Amour et de la Mort Nocturnes N°1
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Musique : Reynaldo Hahn Didier Henry (baryton) Stéphane Petitjean (piano) « Nocturne »
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Musique : Henri Duparc Benjamin Bernheim (Ténor) Carrie-Ann Matheson (piano)
La Jérusalem céleste – Tapisserie de l’Apocalypse – Angers – XIVème siècle
A l’attention de mon ami Jérôme K.
Jamais dans ton existence la conscience de notre solitude ontologique ne te sera plus évidente qu’en ce moment unique de la perte du père, ce séisme intime qui redéfinit, quel que soit notre âge et notre expérience, notre place dans le monde.
Quand advient cette séparation, nous nous apercevons que plus rien désormais ne saurait faire obstacle à notre propre finitude ; nous devenons soudainement la génération du premier front. La tempête des émotions apaisée et le silence intérieur revenu, nous pouvons alors comprendre que nous ne marcherons pourtant pas seul sur ce chemin nouveau : la trace de ses pas, parfois, ne manquerait pas de guider les nôtres.
&
« La musique commence là où s’arrête le pouvoir des mots »disait Richard Wagner. Alors, ami, pour t’accompagner spirituellement dans ce douloureux moment, je voudrais joindre en pensée ma voix mécréante à ce chœur d’hommes interprétant un motet composé par Félix Mendelssohn sur les paroles bibliques de l’Apocalypse de Jean (14:13) :
Beati mortui in Domino morientes deinceps. Dicit enim spiritus, ut requescant a laboribus suis et opera illorum sequuntur ipsos.
Heureux les morts qui meurent dans le Seigneur. Oui, dit l’esprit : que dès à présent ils se reposent de leurs peines, car leurs œuvres les suivent.
J’ai passé devant tant de portes Dans le couloir des peurs perdues et des rêves séquestrés J’ai entendu derrière les portes des arbres qu’on torturait Et des rivières qu’on essayait de dompter
J’ai passé devant la porte dorée de la connaissance Devant des portes qui brûlaient et qui ne s’ouvraient pas Devant des portes lasses de s’être trop fermées D’autres comme des miroirs où ne passaient que les anges
Mais il est une porte simple, sans verrou, ni loquet Tout au fond du couloir tout à l’opposé du cadran La porte qui conduit hors de toi Personne ne la pousse jamais
– À cent ans, l’être humain peut se passer de l’amour et de l’amitié. Les maux et la mort involontaire ne sont plus une menace pour lui. Il pratique un art quelconque, il s’adonne à la philosophie, aux mathématiques ou bien il joue aux échecs en solitaire. Quand il le veut, il se tue. Maître de sa vie, l’homme l’est aussi de sa mort.
– Il s’agit d’une citation ? lui demandai-je.
– Certainement. Il ne nous reste plus que des citations. Le langage est un système de citations.
Personne ne sait encore si tout ne vit que pour mourir ou ne meurt que pour revivre.
Marguerite Yourcenar – Anna, soror… (1981)
Borges a-t-il vraiment écrit ce poème inspiré par ses ultimes moments de vie ? Peut-être ! Ou peut-être pas !
Qu’importe ! Rien n’interdit d’imaginer notre vieux maître, si curieux, si sympathique, le dictant à un des étudiants qui remplissaient régulièrement auprès de lui – et avec délectation – la fonction de « lecteur ».
Tout invite à l’adopter celui qui, au même âge ou presque que l’auteur, trouve modestement à travers ses évocations un miroir où plonger son propre regard introspectif.
Instants
Si je pouvais de nouveau vivre ma vie, dans la prochaine je tâcherais de commettre plus d’erreurs. Je ne chercherais pas à être aussi méticuleux, je me relacherais plus. Je serais plus bête que je ne l’ai été, en fait je prendrais très peu de choses au sérieux. Je mènerais une vie moins hygiénique. Je courrais plus de risques, je voyagerais plus, je contemplerais plus de crépuscules, j’escaladerais plus de montagnes, je nagerais dans plus de rivières. J’irais dans plus de lieux où je ne suis jamais allé, je mangerais plus de crèmes glacées et moins de fèves, j’aurais plus de problèmes réels et moins d’imaginaires.
J’ai été, moi, l’une de ces personnes qui vivent sagement et pleinement chaque minute de leur vie ; bien sûr, j’ai eu des moments de joie. Mais si je pouvais revenir en arrière, j’essaierais de n’avoir que de bons moments.
Au cas où vous ne le sauriez pas, c’est de cela qu’est faite la vie, seulement de moments ; ne laisse pas le présent t’échapper.
J’étais, moi, de ceux qui jamais ne se déplacent sans un thermomètre, un bol d’eau chaude, un parapluie et un parachute ; si je pouvais revivre ma vie, je voyagerais plus léger.
Si je pouvais revivre ma vie je commencerais d’aller pieds nus au début du printemps et pieds nus je continuerais jusqu’au bout de l’automne. Je ferais plus de tours de manège, je contemplerais plus d’aurores, et je jouerais avec plus d’enfants, si j’avais encore une fois la vie devant moi.
Mais voyez-vous, j’ai 85 ans… et je sais que je me meurs.
Nous descendrons demain par des portes de foudre, et je veux, pour ce jour d’étranges épousailles, qu’une voix simplement s’élève et dise : joie. Joie pour ce court chemin que nous avons tracé dans la solitude du sang, joie pour l’éclair et l’ombre et pour ce temps là-bas qui montait en poussière avide d’horizon, temple de sable soulevé, fête d’atomes. Joie. Joie pour le givre sur les feuilles, quand déjà montent dans l’arbre en murmures les renaissances dont la sève nourrit le chant.
Ô terre en fièvre d’accouchée qui recevras nos corps comme semences, et toi lumière infante, qui saigneras de tout le sang de nos saisons perdues sur les épis demain, déjà je chante et comme en rêve je me souviens de l’avenir.
In Offrandes (1995) – Éditeur : Voix d’encre
Jean-Yves Masson, né en 1962
Écrivain, critique et traducteur – Enseigne la littérature comparée à l’université Paris-Sorbonne
Cornette par Horace Vernet – Rainer Maria Rilke 1875-1926
Deux lectures d’un même extrait (traduction française) du récit écrit en 1899 par un jeune poète autrichien de 23 ans, Rainer Maria Rilke,
« La Mélodie de l’Amour et de la Mort du Cornette Cristoph Rilke »
‘Die Weise von Liebe und Tod des Cornets Christoph Rilke’
par Serge Reggiani et par Laurent Terzieff
Serge Reggiani
Chevaucher, chevaucher, chevaucher, le jour, la nuit, le jour.
Chevaucher, chevaucher, chevaucher.
Et le cœur est si las, la nostalgie si grande. Il n’y a plus de montagnes, à peine un arbre. Rien n’ose se lever. Des cabanes étrangères, accroupies auprès de puits fangeux ont soif. Pas une tour à l’horizon. Et toujours la même image. On a deux yeux de trop. La nuit, parfois, on croit connaître la route. Peut-être refaisons-nous nuitamment l’étape que nous avons péniblement parcourue sous un soleil étranger ? C’est possible. Le soleil pèse, comme chez nous au cœur de l’été. Mais c’est en été que nous avons fait nos adieux. Les robes des femmes ont longtemps brillé dans la verdure. Et voici longtemps que nous sommes à cheval. C’est donc sans doute l’automne. Là, tout au moins, où des femmes tristes nous connaissent.
Laurent Terzieff
Rubens (détail)
Rilke, estimant son œuvre peu intéressante, avait préconisé, dans une lettre de novembre 1925 à Paula Lévy , qu’on ne la traduisît pas en français. La langue allemande d’origine, affirmait-il, préserverait bien mieux le charme du texte.
En allemand donc ce même extrait, pris dans la version de l’œuvre mise en musique par Viktor Ullmann en juillet 1944 pendant sa déportation au camp de Theresienstadt :
Thomas Quasthoff (récitant) Orchestre Philharmonique Tchèque Semyon Bychkov (direction)
Reiten, reiten, reiten, durch den Tag, durch die Nacht, durch den Tag. Reiten, reiten, reiten. Und der Mut ist so müde geworden und die Sehnsucht so groß. Es gibt keine Berge mehr, kaum einen Baum. Nichts wagt aufzustehen. Fremde Hütten hocken durstig an versumpften Brunnen. Nirgends ein Turm. Und immer das gleiche Bild. Man hat zwei Augen zuviel. Nur in der Nacht manchmal glaubt man den Weg zu kennen. Vielleicht kehren wir nächtens immer wieder das Stück zurück, das wir in der fremden Sonne mühsam gewonnen haben? Es kann sein. Die Sonne ist schwer, wie bei uns tief im Sommer. Aber wir haben im Sommer Abschied genommen. Die Kleider der Frauen leuchteten lang aus dem Grün. Und nun reiten wir lang. Es muß also Herbst sein. Wenigstens dort, wo traurige Frauen von uns wissen.
Je ne vois pas de poète qui ait porté aussi loin le besoin fou d’amour, la souffrance, la barbarie, l’injustice, mais en même temps l’éblouissement devant la beauté de la vie. En premier lieu, je voudrais parler de la conscience du temps chez Milosz, le temps comme de l’éternité volée.
Laurent Terzieff (1935-2010)
Quand elle viendra — fera-t-il gris ou vert dans ses yeux, Vert ou gris dans le fleuve ? L’heure sera nouvelle dans cet avenir si vieux, Nouvelle, mais si peu neuve… Vieilles heures où l’on a tout dit, tout vu, tout rêvé ! Je vous plains si vous le savez…
Il y aura de l’aujourd’hui et des bruits de la ville Tout comme aujourd’hui et toujours — dures épreuves ! — Et des odeurs, — selon la saison — de septembre ou d’avril Et du ciel faux et des nuages dans le fleuve ;
Et des mots — selon le moment — gais ou sanglotants Sous des cieux qui se réjouissent ou qui pleuvent, Car nous aurons vécu et simulé, ah ! tant et tant, Quand elle viendra avec ses yeux de pluie sur le fleuve.
Il y aura (voix de l’ennui, rire de l’impuissance) Le vieux, le stérile, le sec moment présent, Pulsation d’une éternité sœur du silence ; Le moment présent, tout comme à présent.
Hier, il y a dix ans, aujourd’hui, dans un mois, Horribles mots, pensées mortes, mais qu’importe. Bois, dors, meurs, — il faut bien qu’on se sauve de soi De telle ou d’autre sorte…
Nadia Tuéni ne cesse de renaître. Son œuvre qui dure et se prolonge sera de plus en plus écoutée, entendue. A travers les vibrations d’une voix qui exprime cruautés et splendeur, à travers la ferveur d’une parole qui creuse un chemin essentiel dans nos mémoires, elle demeure et demeurera présente : Je vis dans les mémoires qui fuient lucides un été incertain.
Andrée Chedid
Chaque histoire est l’histoire d’une seconde d’hésitation.
Nadia Tuéni
Nadia Tuéni (Liban 1935-1983)
Extrait de « Poèmes pour une histoire » (1972)
Musique : John Williams – Thème du film « La Liste de Schindler »
Ils sont morts à plusieurs C’est à dire chacun seul sur une même potence qu’on nomme territoire leurs yeux argiles ou cendres emportent la montagne en otage de vie.
Alors la nuit la nuit jusqu’au matin puis de nouveau la mort et leur souffle dernier dépose dans l’espace la fin du mot. Quatre soleils montent la garde pour empêcher le temps d’inventer une histoire.
Ils sont morts à plusieurs sans se toucher sans fleur à l’oreille sans faire exprès une voix tombe : c’est le bruit du jour sur le pavé.
Crois-tu que la terre s’habitue à tourner ? Pour plus de précision ils sont morts à plusieurs par besoin de mourir comme on ferme une porte lorsque le vent se lève ou que la mer vous rentre par la bouche…
Alors ils sont bien morts ensemble c’est-à-dire chacun seul comme ils avaient vécu.
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Résumé biographique publié sur
'Perles d'Orphée' le 14/12/2012
Née au Liban d’un père diplomate et écrivain de religion druze et d’une mère française, Nadia Hamadé fréquente, jeune, à Beyrouth, les sœurs de Besançon puis la Mission laïque française. Son père, Mohamad Ali Hamadé, devenu ambassadeur à Athènes, l’y inscrit au lycée français.Se destinant à la profession d’avocat, elle arrête ses études de droit pour devenir, en 1954, Madame Tuéni. Son époux, Ghassan Tuéni, journaliste et député, occupera, entre 1977 et 1982 le poste d’ambassadeur du Liban à l’ONU. De ce mariage naîtront deux garçons et une fille, Nayla.Frappée à l’âge de sept ans par un cancer fatal, Nayla meurt, laissant une irréparable cicatrice au cœur de sa mère. Ce drame conduira Nadia à la création poétique ; en 1963 paraît « Les textes blonds », son premier pas dans l’univers de la poésie. Chaque vers porte l’empreinte de la douleur d’une mère. Souffrance redoublée, Nadia sera elle-même victime d’un mal comparable à celui qui emporta Nayla.Avec son second recueil, paru en 1965 aux Éditions Seghers, « L’Âge d’écume », Nadia trouve la reconnaissance du monde francophone.La parution des « Poèmes pour une histoire » en 1972 lui apporte la consécration lorsque l’année suivante elle se voit décerner le prix de l’Académie Française. Elle obtiendra ensuite deux distinctions notables, décorée de l’ordre de la Pléiade et de l’ordre de la Francophonie et du dialogue des cultures.Nadia Tueni trouve ses racines profondes dans cette terre du Liban, œil continuellement ouvert sur le Moyen-Orient déchiré. Cette terre c’est son lieu, un « Arrière-Pays », comme elle l’écrira, qui porte la marque du sacré. Elle lui consacrera en 1979 un recueil de poèmes, « Liban : 20 poèmes pour un amour ». Beyrouth, Saïda, Baalbeck, et tant d’autres régions y reçoivent l’infinie caresse de sa sensualité.Et toujours, derrière ce style déferlant, en forme de vague, sans ponctuation, où le rythme occupe une place de premier plan, se faufilent, inéluctablement, la dualité de sa culture et la lourde nécessité de l’exil. (Nadia Tueni a aussi écrit des poèmes en arabe).En 1982, paraît « Archives sentimentales d’une guerre au Liban », et en 1984, aux Editions Belfond, le recueil posthume, « La terre arrêtée ».Son cancer aura triomphé d’elle en 1983.
En souvenir du très douloureux 31 décembre 1979
A la mémoire de mon père
[…] De même et pour tous les jours d’une vie sans éclat, le temps nous porte. Mais un moment vient toujours où il faut le porter. Nous vivons sur l’avenir : « demain », « plus tard », « quand tu auras une situation », «avec l’âge tu comprendras ». Ces inconséquences sont admirables, car enfin il s’agit de mourir. Un jour vient pourtant et l’homme constate ou dit qu’il a trente ans. Il affirme ainsi sa jeunesse. Mais du même coup, il se situe par rapport au temps. Il y prend sa place. Il reconnaît qu’il est à un certain moment d’une courbe qu’il confesse devoir parcourir. Il appartient au temps et, à cette horreur qui le saisit, il y reconnaît son pire ennemi. Demain, il souhaitait demain, quand tout lui-même aurait dû s’y refuser. Cette révolte de la chair, c’est l’absurde.
Albert Camus – Le Mythe de Sisyphe –1942
La beauté comme une réponse à l’absurde...
Franz Schubert 1797-1828
« Der Tod und das Mädchen » La jeune fille et la Mort
Quatuor à cordes en Ré mineur (D 810)
Transcription pour orchestre à cordes par Gustav Mahler
Michael Tilson Thomas (direction)
Orchestre des étudiants du New World Symphony
1. Allegro 2. Andante con moto 3. Scherzo – Allegro molto 4. Presto
Le 31 décembre,il y a 45 ans,"Elle" est venue... sans prévenir,n'est restée qu'une poignée de secondes...foudroyantes,puis est repartie... avec mon père.Sans musique ! Il l'aimait la musique.
Car le poète est un four à brûler le réel. De toutes les émotions brutes qu’il reçoit, il sort parfois un léger diamant d’une eau et d’un éclat incomparables. Voilà toute une vie comprimée dans quelques images et quelques phrases. Pierre Reverdy