Flâner entre le rêve et le poème… Ouvrir la cage aux arpèges… Se noyer dans un mot… S'évaporer dans les ciels d'un tableau… Prendre plaisir ou parfois en souffrir… Sentir et ressentir… Et puis le dire – S'enivrer de beauté pour se forcer à croire !
Ergue-te de mim, substância pura do meu canto. Luz terrestre, fragância. Ergue-te, jasmim.
Ergue-te, e aquece a cal e a pedra, as mãos e a alma. Inunda, reina, amanhece.
Ao menos tu sê ave, primavera excessiva. Ergue-te de mim: canta, delira, arde.
Introduction au chant
Lève-toi en moi, substance pure de mon chant. Lumière terrestre, parfum. Élève-toi, jasmin.
Lève-toi, et attise la pierre et la chaux les mains et l’âme. Inonde, règne, enlumine.
Sois au moins oiseau, printemps excessif. Lève-toi en moi : chante, délire, brûle.
&
Amália Rodrigues (1920-1999) chante
« Estranha Forma de Vida » (Étrange façon de vivre)
Foi por vontade de Deus Que eu vivo nesta ansiedade Que todos os ais são meus, Que é toda a minha saudade Foi por vontade de Deus.
Que estranha forma de vida Tem este meu coração Vive de vida perdida Quem lhe daria o condão? Que estranha forma de vida.
Coração independente Coração que não comando Vives perdido entre a gente Teimosamente sangrando Coração independente.
Eu não te acompanho mais Para, deixa de bater Se não sabes onde vais, Porque teimas em correr? Eu não te acompanho mais.
C’est la volonté de Dieu Que je vive dans cette inquiétude, Que m’accablent toutes les plaintes Que toute la saudade soit mienne. C’est la volonté de Dieu.
Quelle étrange façon de vivre Que celle de mon cœur ! Vivre une vie d’égarement, Être sans emprise sur soi-même, Quelle étrange façon de vivre !
Cœur indépendant, Cœur désobéissant, Tu vis perdu dans le monde, Tu saignes, obstinément, Cœur indépendant.
Je ne t’accompagne plus ; Arrête-toi, cesse de battre ! Si tu ne sais pas où tu vas, Pourquoi t’obstiner à courir ? Moi, je ne t’accompagne plus.
Qu’on la désigne nommément ou pas, à sa seule évocation la sérénade convoquera aussitôt l’image simple d’un soupirant, guitare ou mandoline entre les mains, chantant sa romance, le soir tombé, sous le balcon d’une bienaimée qui se fait désirer. Remplacer la guitare par un ensemble à cordes, faire du patio une salle de concert, laisser la voix devenir violoncelle, habiller la romance des trois temps d’une envoûtante valse, la prosopopée n’en sera pas changée pour autant.
Mais que la sérénade s’invite sur une scène d’opéra et la voici qui se métamorphose, s’amplifie, se charge d’une force dramatique qu’on ne lui soupçonnait pas. Oublié l’intermède galant, passée la mélodie énamourée, là, la sérénade lyrique se fait tantôt piège psychologique, tantôt instrument de séduction manipulatrice, et parfois même arme redoutable de tragédies imminentes. Librettistes et compositeurs l’ont vite compris qui n’ont cessé de solliciter sa présence : De la légèreté des madrigaux galants de Monteverdi jusqu’aux ambiances vénéneuses de Salomé de Richard Strauss, en passant par l’opéra baroque, véritable laboratoire dramaturgique, la sérénade lyrique se révèle être un espace de tension unique où la beauté de la mélodie contraste souvent avec les enjeux dramatiques de l’intrigue.
Il faudrait beaucoup de pages à ce billet pour évoquer en mots, en images ou en témoignages sonores et/ou visuels les merveilles de sérénades – qu’elles en portent ou pas le nom – que les œuvres d’opéra proposent à notre plaisir. Avec sagesse et résignation nous devrons nous contenter d’une modeste (par le nombre) anthologie qui devrait faire saliver les aficionados de l’art lyrique et ne pas décevoir les autres…
Mozart – « Don Giovanni » (1787) « Deh, vieni alla finestra »
Archétype de la sérénade trompeuse. Don Giovanni se dissimule sous les vêtements de son valet, Leporello, pour séduire la femme de chambre de Dona Elvira déjà écartée par une ruse précédente. Sous la fenêtre de la jeune camériste, charmeur sans scrupules, il entonne d’une voix suave accompagnée par une série de délicats pizzicati à la mandoline une gracieuse sérénade aux paroles suggestives, conforme en tous points aux conventions du genre. Sur scène personne (Leporello excepté) ne suppose la rouerie du séducteur compulsif ; dans la salle le spectateur, complice par fascination, admire le cynisme et le talent.
Mariusz Kwiecien (baryton)
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Mozart – « Le nozze di Figaro » (1786) « Sull’aria »
Grâce absolue, et malicieuse complicité. Afin d’attirer le comte Almaviva à un rendez-vous galant fictif, Susanna et La Comtesse décident de lui écrire une lettre-piège… Mozart demeure fidèle à l’esprit de ruse, de séduction et de cachotterie dépeint par Beaumarchais.
Miah Persson (Susanna) & Dorothea Röschmann (La Comtesse) – sopranos
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Gioacchino Rossini – « Le barbier de Séville » (1816) « Ecco ridente in cielo » (Voici riant sous les cieux)
Dans l’opéra-bouffe la sérénade est un outil tactique. D’abord la dissimulation : pour conquérir Rosine le comte Almaviva ne se présente pas sous les traits du Grand d’Espagne qu’il est, il prend l’identité d’un pauvre étudiant, Lindor. Ensuite l’objectif secret : cette sérénade matinale est un piège à séduction bien élaboré. Charmer Rosine, certes, mais également lui prouver qu’il l’aime vraiment et l’inciter à se montrer et à répondre, tout en dupant son tuteur jaloux, le Dr Bartholo. Cette sérénade, modèle du bel-canto rossinien, qui débute l’opéra, fait ici figure de cheval de Troie théâtral pour enclencher toute l’intrigue qui suit.
Alfredo Kraus (ténor)
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Giuseppe Verdi – « Otello » (1887) – « Era la notte » (C’était la nuit)
Voilà un air qui a la douceur d’une sérénade, la beauté d’une sérénade, mais dont l’objet n’est pas l’amour communément véhiculé par la sérénade, loin s’en faut. Psychologique et macabre sous le masque de son charme légendaire, il devient une manipulation oblique, par laquelle Iago, officier de l’armée vénitienne, veut insuffler la jalousie dans le cœur de son supérieur, le général maure Otello. Sur un ton de confidence désolée il porte à sa connaissance, à travers l’enchantement de la mélodie, un prétendu rêve qu’aurait fait Cassio, lieutenant d’Otello. Le récit inventé ne laisse pas de doute sur la relation infidèle qu’entretiendrait Desdémone, son épouse, avec Cassio. Redoutable contraste entre la suavité de la ligne vocale et la noirceur de la perfidie.
Leonard Warren (baryton)
JAGO (avvicinandosi molto ad Otello e sottovoce)
Era la notte, Cassio dormìa, gli stavo accanto. Con interrotte voci tradia l’intimo incanto. Le labbra lente, lente movea, nell’abbandono del sogno ardente, e allor dicea, con flebil suono: sottovoce parlate « Desdemona soave! Il nostro amor s’asconda. Cauti vegliamo! L’estasi del ciel tutto m’innonda. » Seguìa più vago l’incubo blando; con molle angoscia l’interna imago quasi baciando, ei disse poscia: sempre sottovoce « Il rio destino impreco che al Moro ti donò ». E allora il sogno in cieco letargo si mutò
IAGO (s’avançant tout près d’Otelloet à voix basse)
C’était la nuit. Cassio dormait, je me trouvais à ses côtés. A paroles entrecoupées, il trahissait son enchantement intime. Ses lèvres se mouvaient lentement, lentement dans l’abandon d’un rêve ardent, et alors il disait doucement: « Douce Desdémone! Cachons notre amour. Soyons prudents! L’extase du ciel m’inonde tout entier! » Il poursuivit plus tendrement encore son charmant cauchemar; avec une douce anxiété, comme donnant un baiser à sa vision interne, il dit ensuite : « Je maudis le destin funeste qui te donna au Maure. » Et puis le songe se changea en un profond sommeil.
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Et puis, par exemple, pour d’autres billets peut-être :
Donizetti, Don Pasquale (1843) : la sérénade d’Ernesto, « Com’è gentil », chantée la nuit sous les fenêtres de Norina.
Gounod, « Faust » (1859) : « Vous qui faites l’endormie », sérénade grinçante de Méphistophélès, guitare en mains, qui détourne avec sa voix de basse le genre galant en moqueries ponctuées d’effrayants rires sardoniques.
Bizet, « Les pêcheurs de perles » (1863), l’enchanteur « Je crois entendre encore » : Nadir chante une quasi-sérénade nocturne.
C’est le charme incontestable des voyages sans plans ni cartes que de laisser le voyageur enfiler au gré de ses humeurs des sentiers imprévisibles. Quel plus aimable bouquet de plaisirs musicaux que celui que forment, émotions offertes à chaque pas, ces rencontres surprises et ces découvertes inattendues ?
Ainsi, après avoir exploré, en quête de « Sérénade », quelques salons feutrés de la musique classique – les harmonies romantiques de Josef Suk ou l’élégance britannique d’Edward Elgar -, et avant d’autres invitations qui se préparent encore, empruntons aujourd’hui un chemin qui nous conduira curieusement sur les rivages inattendus du Jazz. Là où fleure bon, à travers les ballades, l’esprit de la « Sérénade ».
Certes, chant traditionnellement destiné à être interprété sous les fenêtres d’un être cher à la tombée de la nuit, la sérénade appartient à un autre temps. Pourtant, l’essence même du jazz, faite de confidence, de climat nocturne et d’expression intime destinée à l’autre ou à soi-même, établit avec elle un lien manifeste de parenté.
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Lien parfois très explicite comme :
La célèbre « Moonlight Serenade » de Glenn Miller, composée en 1939, thème signature de son orchestre et témoin musical d’une époque. N’y retrouve-t-on pas les composants emblématiques de la sérénade : la nuit, la lune, l’atmosphère romantique ?… À ceci près que cette sérénade-là est destinée aux couples nombreux mêlant leurs pas sur une piste de danse.
Glenn Miller (1904-1944) – « Moonlight serenade »
Ou « Serenade in blue », cet incontournable standard du jazz composé en 1942 par Harry Warren (musique) et Mack Gordon (paroles), bel exemple, parmi tant d’autres tout aussi séduisants, de « sérénade moderne (adresse intime, mélodique et souvent nocturne) » qui confie au soliste le soin délicat de transmettre l’émotion.
« Serenade in blue » chantée ici par Ethel Ennis (1932-2019)
Et interprétée là par Oscar Peterson (1925-2007) et son trio
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Lien d’autres fois moins affiché, mais tout aussi manifeste par l’évidence de l’intention. Qu’importe qu’un titre précise qu’il s’agit d’une sérénade, il suffit de pencher légèrement la tête et d’écouter :
« My funny Valentine » Carmen McRae (1920-1994) Ray Bryant au piano et ses musiciens
Modèle, peut-être, de sérénade dans l’univers du jazz. Chanson de Richard Rogers et Lorenz Hart tirée de la comédie musicale américaine ‘Place au rythme’ (Babes in Arms) de 1937, standard mille fois interprété et arrangé.
ou
« Dear old Stockholm » Stan Getz (1927-1991) – saxo& Chet Baker (1929-1988) – trompette Extrait de leur fabuleux concert à Stockholm en 1983.
Une esthétique typique de la sérénade : voix murmurée, son de trompette sourd et velouté, tempo suspendu, mélodies tâtonnant l’obscurité à la recherche d’une âme amie…
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… Et encore la trompette de Miles Davis pour la bande originale du film de Louis Malle, « Ascenseur pour l’échafaud », et encore « Mood indigo » sous les doigts de Duke Ellington au piano, et « Memories of you » à la clarinette avec Benny Goodman, et encore les voix de Sarah Vaughan, d’Anita O’Day, d’Ella Fitzgerald… Et… Et… Il y a des billets qu’on voudrait ne jamais devoir terminer !
Du charme discret des balcons d’antan à la confidence murmurée d’une trompette en sourdine, la sérénade a changé de costume. En terre de jazz, elle perd ses habits de genre pour une tenue hors des conventions, plus propice à la prise d’une libre respiration au milieu du tumulte du monde.
Depuis quelques années, et chaque été, « De Braises et d’Ombre » publie une série de billets musicaux, sous le titre générique « Musiques à l’ombre », librement sélectionnés à travers deux ou trois objectifs simples : durée modérée des œuvres (30 minutes environ), jeunesse de la thématique, des compositeurs ou des interprètes et, surtout, humeur du rédacteur.
Jan Steen – Sérénade – 1675
Cet été, conservant ses objectifs originels, toute la série sera consacrée à la Sérénade. Manière de brosser, pour le plaisir et sans prétention musicologique aucune, un portrait musical de ce genre difficilement saisissable, trop souvent limité à sa simple image légendaire d’une déclaration galante chantée le soir sous un balcon.
Loin de cette image traditionnelle du Moyen-Âge ou de la Renaissance, ce genre musical n’a cessé de se métamorphoser. Il a évolué des ensembles de chambre vers les grandes structures symphoniques du XIXème siècle, pour finir par épouser les langages musicaux complexes du XXème. Ces mouvements stylistiques, depuis Monteverdi ou Schütz jusqu’à Takemitsu ou Lutoslawski, en passant par Brahms ou Tchaïkovski, ont nécessairement porté la signature des maîtres du XVIIIème siècle tels que Scarlatti, Haendel ou Vivaldi, mais c’est à travers les chefs-d’œuvre de Mozart – la « Petite Musique de nuit » et la monumentale « Sérénade Gran Partita » pour 13 instruments à vent – qu’ils auront atteint au siècle des Lumières leur point culminant.
Au fil des époques le terme a recouvert des formes, des fonctions sociales et des effectifs instrumentaux très divers. Ce qui les relie n’est pas tant une structure formelle fixe qu’une intention : celle d’une musique destinée à être offerte, jouée en plein air ou dans un cadre intime, souvent légère dans le ton mais pas nécessairement dans l’ambition.
Alors, en guise d’offrande musicale pour cet été 2026, en pleine liberté éditoriale, sans plan chronologique ni motivation historique, quelques SÉRÉNADES parmi la multitude d’œuvres du genre, selon l’humeur des jours et pour le seul plaisir de la musique… à l’ombre.
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Sérénades / 1 – Toselli
Enrico Toselli 1883 – 1926
Pour cette mise en bouche, une pièce emblématique du répertoire de salon du XXème siècle : « Serenata Op.6 N°1 »(« Rimpianto ») composée en 1900 par un jeune florentin de 17 ans, pianiste et compositeur prodige, Enrico Toselli.
Fidèle représentation du romantisme tardif italien, elle a très vite rassemblé un large public international autour de la mélancolie douce-amère qu’elle exprime. Les transcriptions pour divers instruments n’ont pas manqué, à leur tour, de saluer ce succès.
Joyce DiDonato (soprano) – « Serenata »
Come un sogno d'or Scolpito è nel core Il ricordo ancor' di quell'amor Che non esiste più
Fu la sua vision Qual dolce sorriso Che più lieta fa, col suo brillar La nostra gioventù
Ma fu molto breve in me La dolcezza di quel ben Svani quel bel sogno d'or Lasciando in me il dolor
Cupo è l'avvenir sempre più tristi I di La gioventù passata sarà Rimpiantomi resta sol Sì rimpianto amaro e duol' nel cor!
Oh raggio di sole Sul mio cammino Ahimè non brilli più! Mai più, mai più
Bien que la composition ait précédé l’épisode passionné et scandaleux qui a marqué la vie de Toselli, l’histoire a choisi de conserver un lien étroit entre l’œuvre et la vie du compositeur.
En 1907, Toselli épouse la princesse Louise de Toscane, ex-archiduchesse d’Autriche et ex-princesse de Saxe, qui avait quitté son royal époux pour lui. Ce mariage, qui fit couler beaucoup d’encre dans toute l’Europe, ne dura que quelques années et finit en 1912 par un divorce très médiatisé. Le rapprochement anachronique entre le « rimpianto » (les regrets) – titre secondaire de la mélodie – et la tristesse inspirée par les déboires sentimentaux de Toselli scellait le mythe.
La mélodie n’a jamais cessé, à travers le temps, de séduire interprètes et publics.
Alfredo Kraus (ténor) – « Serenata »
Comme un rêve d'or Il est gravé dans mon cœur Le souvenir encore de cet amour Qui n'existe plus
C'était sa vision Quel doux sourire Qui, de son éclat, rendait plus joyeuse Notre jeunesse
Mais il fut bien bref en moi La douceur de ce bonheur Ce beau rêve d’or évanoui Me laissant la douleur
L’avenir est sombre, les jours de plus en plus tristes La jeunesse passée ne sera plus Il ne me reste que le regret Oui, un regret amer et une douleur dans le cœur !
Ô rayon de soleil Sur mon chemin Hélas, tu ne brilles plus ! Jamais plus, jamais plus
Et, sur des paroles françaises de Pierre D’Amor, souvenir ému de nos aînés :
Il suffit de quelques secondes à une mélodie pour brosser sur nos paupières closes un tableau qu’inaptes au dessin nous serions en train de peindre et faire défiler dans notre imaginaire les souvenirs d’une histoire, pas tout à fait la nôtre. Telle est sa magie.
Celui qui chante va de la joie à la mélodie, celui qui entend, de la mélodie à la joie.
Rabindranàth Tagore — À quatre voix
– La mélodie : « Valentine »
Fred Hersch (compositeur et pianiste américain)
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Une note n’a pas de patrie. Une mélodie n’est que la clé qui ouvre la porte des songes, en tous dialectes.
René Bazin – Récits de la plaine et de la montagne
– Les paroles :« A wish » de Norma Winstone (chanteuse et parolière américaine)
Voix : Kurt Elling & Cecile McLorin Salvant Piano : Sullivan Fortner
A wish
No hearts, no flowers at my door No cards from someone I adore And yet it seems you are the focus of my dreams I only wish that I could be your valentine
There in the middle of my day You smiled and took my breath away The sun broke through the moment I set eyes on you Oh, how I wish that I could be your valentine
The year slips silently away Somehow I missed the chance to say It must be clearer now than day Though there′ll be songs and poems lovelier than mine How much I wish that I could be your valentine
Ce que je redoute le plus, je crois, c’est la mort de l’imagination. Quand le ciel, dehors, se contente d’être rose, et les toits des maisons noirs : cet esprit photographique qui, paradoxalement, dit la vérité, mais la vérité vaine, sur le monde.
Sylvia Plath – ‘Carnets intimes’ (1997)
Qu’à cela ne tienne ! – Retiens ton souffle ! Fais un vœu ! Compte jusqu’à trois ! :
Au cœur des bosquets du jardin magique de Willie Wonka, chaque recoin dissimule un trésor de cacao qui ne demande qu’à être découvert. Ici, la nature se fait pâtissière : le gazon n’est qu’un tapis de pâte d’amande, les champignons de tendres biscuits, et les fleurs des parures de sucre aux mille parfums. Et lorsque tu choisiras de te désaltérer à la source de chocolat, fais-le avec une liberté souveraine ; car dans ce royaume de délices, ni le poids des années ni l’aiguille des balances ne sauraient entraver ta gourmandise. Tel est le privilège des bienheureux habitants des mondes imaginaires.
‘Pure imagination’
Gene Wilder, alias Wonka dans la première adaptation cinématographique de ‘Charlie et la chocolaterie’ par Mel Stuart en 1971 :
Une douce invitation à la dégustation et à l’imagination composée par Anthony Newley & Leslie Bricusse
Hold your breath Make a wish Count to three
Come with me And you'll be In a world of pure imagination Take a look and you'll see Into your imagination
We'll begin with a spin Travelling in the world of my creation What we'll see will defy explanation
If you want to view paradise Simply look around and view it Anything you want to, do it Wanna change the world? There's nothing to it
There is no life i know To compare with pure imagination Living there you'll be free If you truly wish to be
If you want to view paradise Simply look around and view Anything you want to do it Wanna change the world There's nothing to it
There is no life i know To compare with pure imagination Living there you'll be free If you truly wish to be
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‘Pure imagination’, ne pouvait naturellement pas échapper à l’univers du jazz qui déploie ses harmonies comme autant de sentiers secrets menant vers les contrées inexplorées de l’improvisation et de la liberté.
Emmet Cohen au piano et son trio Jordan Fisher (voix) Tivon Pennicott (saxophone ténor)
Retiens ton souffle Fais un vœu Compte jusqu'à trois
Rejoins-moi et tu s'ras Dans un monde de pure imagination. Viens et touche c’qui n'était Que dans ton imagination.
Ne tremble pas, si en toi Tu ressens un p’tit peu d'exaltation Car parfois, il n'y a pas d'explication.
Si tu veux trouver le bonheur, Ouvre grand les yeux, c'est ici Combler une personne qu'on chérit, C'est le paradis qui éclaire nos vies.
Je ne connais aucune vie Qui puisse se comparer à la pure imagination En vivant là-bas, tu seras libre Si tu le souhaites vraiment
Si tu veux voir le paradis Regarde simplement autour de toi et admire-le Tout ce que tu veux, fais-le Tu veux changer le monde ? C'est un jeu d'enfant
Je ne connais aucune vie Qui puisse se comparer à la pure imagination En vivant là-bas, tu seras libre Si tu le souhaites vraiment
Claude Monet – « Peupliers sur les rives de l’Epte, effet du soir »– 1891
« C’est l’extase langoureuse »
Paul Verlaine 1844-1896
in « Romances sans paroles »
Le vent dans la plaine Suspend son haleine. FAVART
C'est l'extase langoureuse, C'est la fatigue amoureuse, C'est tous les frissons des bois Parmi l'étreinte des brises, C'est, vers les ramures grises, Le chœur des petites voix.
O le frêle et frais murmure ! Cela gazouille et susurre, Cela ressemble au cri doux Que l'herbe agitée expire... Tu dirais, sous l'eau qui vire, Le roulis sourd des cailloux.
Cette âme qui se lamente En cette plainte dormante, C'est la nôtre, n'est-ce pas ? La mienne, dis, et la tienne, Dont s'exhale l'humble antienne Par ce tiède soir, tout bas ?
Musique de Claude Debussy Siobhan Stagg (soprano) – Kunal Lahiry (piano)
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Musique de Gabriel Fauré Gérard Souzay (baryton) – Dalton Baldwin (piano)
Bernardo Cavallino – Extase de Sainte-Cécile – 1645
Tel est le paradoxe d’une des plus extravagantes expériences humaines, l’extase, qui projetant l’homme hors de lui-même lui révèle le plus intime de son être. Qu’elle soit souffle mystique, fulgurance de l’esprit ou frisson de la chair, elle brise ses limites pour le projeter dans l’absolu. Explorer ses manifestations — de la béatitude céleste à l’apothéose terrestre, de la perception de l’harmonie ultime au cri déchiré de l’orgasme — c’est traquer cet instant sacré où le moi s’efface, laissant l’humain toucher enfin ce qui le dépasse. Quel que soit le terreau, mystique, philosophique, esthétique ou charnel, dans lequel elle plonge ses racines, c’est bien souvent à travers la pertinence de la parole poétique que l’extase trouve le juste vecteur de son expression la plus sensible. Une musique, parfois, habille le vers, d’un voile.
Mes extases :
Petite anthologie poétique sans prétention sur le thème de l’extase, en six poèmes et six poètes… et quelques notes de musique par-ci, par là.
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Mes extases – 1/ Victor Hugo : « Extase »
Victor Hugo 1802-1885
in ‘Les Orientales’
Et j’entendis une grande voix. Apocalypse
J’étais seul près des flots, par une nuit d’étoiles. Pas un nuage aux cieux, sur les mers pas de voiles. Mes yeux plongeaient plus loin que le monde réel. Et les bois, et les monts, et toute la nature, Semblaient interroger dans un confus murmure Les flots des mers, les feux du ciel.
Et les étoiles d’or, légions infinies, À voix haute, à voix basse, avec mille harmonies, Disaient, en inclinant leurs couronnes de feu ; Et les flots bleus, que rien ne gouverne et n’arrête, Disaient, en recourbant l’écume de leur crête : ― C’est le Seigneur, le Seigneur Dieu !
25 novembre 1828
Elsa Dreisig (soprano) chante « Extase » Musique composée par Amy Beach (1867-1944) Orchestre du Théâtre Carlo Felice de Gènes Direction Massimo Zanetti
Partagée entre lyrisme et nostalgie, « Melodia sentimental » est sans doute l’une des pièces les plus célèbres du compositeur brésilien Heitor Villa-Lobos. Elle fait partie d’une suite orchestrale destinée en 1959 au cinéma hollywoodien, mais la partition se trouvera grandement sacrifiée au montage. Villa-Lobos lui redonnera une place de choix dans l’œuvre de concert en laquelle il convertira sa musique de film.
« Melodia sentimental » est une sérénade traditionnelle brésilienne qui naturellement fait la part belle au sentiment amoureux, mais qui flatte également la beauté de la nature. La ‘saudade’, ce sentiment typiquement brésilien qui mêle mélancolie, nostalgie et espoir s’infiltre harmonieusement à travers les modulations de la musique. C’est dans l’interprétation voix-piano ou voix-guitare, sur les paroles de la poétesse brésilienne, diplomate et grande amie du compositeur, Dora Vasconcellos, que le charme atteint à son paroxysme.
– En version ‘lyrique’ grâce, par exemple à la soprano Roberta Mameli accompagnée au piano par Olaf Laneri
Réveille-toi, viens voir la lune Qui dort dans la nuit noire Qui brille si belle et blanche Déversant sa douceur Claire flamme silencieuse Brûlant mes rêves
Les ailes de la nuit qui surgissent Parcourent l’espace profond Oh, douce bien-aimée, réveille-toi Viens apporter ta chaleur au clair de lune
Je voudrais te savoir mienne Dans ce moment serein et calme L’ombre confie au vent La limite de l’attente Quand dans la nuit Elle réclame ton amour
Réveille-toi, viens regarder la lune Qui brille dans la nuit noire Chérie, tu es belle et douce Sens mon amour et rêve.
– En version plus populaire par l’émouvante Mônica Salmaso accompagnée à la guitare par Luis Leite
Acorda, vem ver a lua Que dorme na noite escura Que fulge tão bela e branca Derramando doçura Clara chama silente Ardendo meu sonhar
As asas da noite que surgem Percorrem no espaço profundo Oh, doce amada, desperta Vem dar teu calor ao luar
Quisera saber-te minha Na hora serena e calma A sombra confia ao vento O limite da espera Quando dentro da noite Reclama o teu amor
Acorda, vem olhar a lua Que brilha na noite escura Querida, és linda e meiga Sentir meu amor e sonhar
Endormez-vous, rêves sanglants du roi Roger, Qu’ils périssent dans les ténèbres, Qu’ils s’écoulent dans le silence… Écoutez comment chante la voix de la nuit, Comment bat le cœur de la terre…
Puissions-nous tous, humbles ou puissants, faire nôtres, à l’occasion de cette nouvelle année, les termes de l’incantation de Roxane exhortant, au deuxième acte de l’opéra de Karol Szymanowski, « Le Roi Roger », son monarque d’époux, roi de la Sicile du XIIème siècle, à la tolérance, l’apaisement et l’acceptation de substituer à la violence la douceur d’un humanisme résolument déterminé par la quête du bonheur.
Monika Buczkowska (soprano) Orchestre du Grand Théâtre de l’Opéra national polonais Direction : Andriy Yurkevych
Les professeurs de piano ont coutume d’exhorter leurs élèves à – belle image – « pétrir le son ».
Qui sait si les professeurs de chant de la Musikhochschule für Musik und Tanz de Cologne et ceux de la Manhattan School of Music n’ont pas, eux aussi, engagé leur talentueuse lauréate, la chanteuse Sabeth Pérez, à façonner virtuellement sur une harpe imaginaire glissée entre ses mains les gracieuses harmonies de sa voix et les rythmes jazzy ou latins qui les accompagnent ?
Ni l’œil, ni l’oreille n’auraient idée de s’en plaindre… Et puis, soyons rassurés, son compositeur de père veille depuis la anche de sa clarinette.
« Convertidos en perfume » WDR Big Band Gabriel Pérez (clarinette) Sabeth Pérez (voix)
L’amour, c’est une chanson qu’on chante à deux ; après avoir chanté la chanson, on ne chante plus que le refrain, et quelquefois on le chante tout seul !
Frédéric Mistral
Joaquin Sorolla – ‘Clotilde à la plage’ (1904)
Extraite de la grande richesse du folklore argentin, une incontournable chanson lente et mélodieuse (tonada), typique de la région andine du Cuyo, écrite en 1962 par le guitariste et compositeur Eduardo Falú sur des paroles de Jaime Dávalos.
« Tonada de un viejo amor »
Mariana Flores (soprano) – Quito Gato (piano)
Ya nunca te he de olvidar, que en la arena me escribías, el viento lo fue borrando y estoy más solo mirando el mar. Qué lindo cuando una vez bajo el sol del mediodía se abrió tu boca en el beso como un damasco lleno de miel.
Herida la de tu boca que lastima sin dolor, no tengo miedo al invierno con tu recuerdo lleno de sol.
Quisiera volverte a ver sonreír frente a la espuma, tu pelo suelto en el viento como un torrente de trigo y luz. Yo sé que no vuelve más el verano en que me amabas, que es ancho y negro el olvido y entra el otoño en mi corazón.
Herida la de tu boca…
Chanson d’un amour ancien
Je n’oublierai jamais que tu m’écrivais sur le sable, le vent peu à peu a effacé tes mots me laissant plus seule encore, regardant la mer. C’était si beau quand une fois en un baiser sous le soleil de midi ta bouche s’ouvrit comme un abricot plein de miel.
Morsure de ta bouche qui blesse sans douleur je ne crains pas l’hiver dans le soleil de ton souvenir.
J’aimerais revoir ton sourire face à l’écume, tes cheveux lâchés dans le vent, torrent de blé et de lumière. Je sais que ne reviendra plus le bel été o`u tu m’aimais, que l’oubli est vaste et noir, que l’automne habite mon cœur.
– Pour une magnifique chanson – ‘September morn’ – sortie en 1979, fruit d’une collaboration musicale entre Neil Diamond et Gilbert Bécaud.
– Pour le scénario très romantique que développent les paroles anglaises de Neil Diamond, évoquant les retrouvailles d’un couple un beau jour de septembre…
– Pour la conjonction magique de cette rencontre sentimentale avec les superbes images de New-York un matin d’automne.
– Pour l’émotion simple de l’instant.
Neil Diamond chante ‘September morn’
Stay for just a while Stay and let me look at you It's been so long, I hardly knew you Standing in the door
Stay with me a while I only wanna talk to you We've traveled halfway 'round the world To find ourselves again
September morn We danced until the night Became a brand new day Two lovers playing scenes From some romantic play September morning Still can make me feel that way
Look at what you've done Why, you've become a grown-up girl I still can hear you crying In a corner of your room And look how far we've come So far from where we used to be But not so far that we've forgotten How it was before
September morn Do you remember How we danced that night away Two lovers playing scenes From some romantic play September morning Still can make me feel that way September morn
We danced until the night Became a brand new day Two lovers playing scenes From some romantic play September morning Still can make me feel that way September morn We danced until the night
Became a brand new day Two lovers playing scenes From some romantic play September morning Still can make me feel that way September morning Still can make me feel that way
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Reste encore un peu Reste et laisse-moi te regarder Ça fait si longtemps, je te reconnais à peine Debout dans l'embrasure de la porte
Reste avec moi encore un peu Je veux juste te parler Nous avons parcouru la moitié du globe Pour nous retrouver
Un matin de septembre Nous avons dansé jusqu'à ce que la nuit Fasse place à un nouveau jour Deux amants jouant des scènes Tirées d'une pièce romantique Un matin de septembre Peut encore me faire ressentir cela...
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Gilbert Bécaud a adapté la chanson en français avec l’aide du parolier Maurice Vidalin. La version française, ‘C’est en septembre’, publiée dans l’album éponyme de 1978, prend un sens différent, plus personnel et nostalgique. Gilbert Bécaud choisit d’y rendre hommage à sa Provence chérie retrouvant sa vraie nature après le départ des touristes envahisseurs.
Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles !
Voltaire – Candide – (Pangloss)
Si l’on cherchait un hymne aux temps heureux que nous vivons, aussi beau que judicieux et représentatif des réalités du moment, aucun choix ne conviendrait mieux que la splendide aria extraite de la cantate profane de Jean-Sébastien Bach, BWV 208 « Was mir behagt, ist nur die muntre Jagd » (Mon seul plaisir est la joie de la chasse).
Merci à tous les sages qui gouvernent le monde !
Ellen McAteer (soprano)
Schafe können sicher weiden Wo ein guter Hirte wacht.
Wo Regenten wohl regieren Kann man Ruh’ und Friede spüren Und was Länder glücklich macht.
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Les moutons peuvent paître en toute sécurité là où un bon berger veille sur eux.
Là où les souverains gouvernent avec sagesse, on peut goûter paix et tranquillité, et c’est ce qui rend un pays heureux.
Car le poète est un four à brûler le réel. De toutes les émotions brutes qu’il reçoit, il sort parfois un léger diamant d’une eau et d’un éclat incomparables. Voilà toute une vie comprimée dans quelques images et quelques phrases. Pierre Reverdy