Peut-être serons-nous sauvés quand ils viendront casser les librairies. . .
pour en lire les livres ?

Peut-être serons-nous sauvés quand ils viendront casser les librairies. . .
pour en lire les livres ?

Bach est le commencement et la fin de toute musique.
Max Reger

Jean-Sebastian BACH
1685-1750
Concerto pour orgue en La mineur – BWV 593 – d’après Vivaldi
Iveta Apkalna (orgue)
Ensemble à cordes du ‘Frankfurt Radio Symphony‘
I/ Allegro : Énergique et plein d’allant
II/ Adagio : Expressif, chantant et intimiste
III/ Allegro : Virtuose, vif et brillant
.. // ..
Réinventer, c’est parfois mieux aimer que se souvenir.
Victor Hugo

La « petite phrase de Vinteuil » se fût-elle armée d’une même fougue et d’autant de virtuosité, Swann aurait peut-être abandonné sa réserve ; adieu le bel ordonnancement des catleyas, mais Odette…
María Dueñas (violon) – Julian Gargiulo (piano et composition)
« Estro »
* Traduction de l’Italien : Œstrus
Larousse : (latin oestrus, du grec oistros, transport de fureur)
Ensemble des phénomènes physiologiques et comportementaux qui précèdent et accompagnent l’ovulation chez les femmes et chez les femelles des mammifères. (Pour les animaux domestiques, l’œstrus constitue les chaleurs.)
Julian Lawrence Gargiulo, pianiste et compositeur italo-américain : inspiration frénétique ou l’impulsion créatrice. « L’inspiration, la fantaisie et l’imagination qui guident l’artiste dans la composition d’une œuvre – l’élan responsable de la création qui vient d‘«un autre monde» et opère à travers le compositeur. »

Jean Grosjean
1912 – 2006
La palissade
Le jour se lève au fond de l’abreuvoir,
les peupliers dans la fraîcheur frémissent,
les iris ont hissé leurs étendards
et j’entends par-dessus la palissade
des voix d’enfants inventer l’aujourd’hui.
Je suis très loin des autrefois, tant pis,
mais peut-être encor loin de l’avenir
comme une orée l’est des forêts profondes.

Au soleil
Il ne s’agit pas d’être le feu, mais de se faire un peu de feu
Quand on a froid et que l’humide veut régner sur nous peu à peu,
II ne s’agit pas d’aller toujours sur une grand-route prévue
Mais de pouvoir flâner un peu comme fait même l’âne qui broute,
II ne s’agit pas d’être partout mais de choisir un petit coin,
Appelez-le arbre, maison ou femme ou bien morceau de pain,
Un jour je t’expliquerai ce que sont le ciel, les étoiles
Et ce que tu es toi-même, avec ton or innocent,
Je te ferai quelques croquis sur le tableau noir de la nuit,
Mais si tu veux y voir clair, il faut venir tous feux éteints.

Jules Supervielle 1884-1960
in ‘Le Corps tragique ‘ (1959)

Les Portes
J’ai passé devant tant de portes
Dans le couloir des peurs perdues et des rêves séquestrés
J’ai entendu derrière les portes des arbres qu’on torturait
Et des rivières qu’on essayait de dompter
J’ai passé devant la porte dorée de la connaissance
Devant des portes qui brûlaient et qui ne s’ouvraient pas
Devant des portes lasses de s’être trop fermées
D’autres comme des miroirs où ne passaient que les anges
Mais il est une porte simple, sans verrou, ni loquet
Tout au fond du couloir tout à l’opposé du cadran
La porte qui conduit hors de toi
Personne ne la pousse jamais

Yvan Goll 1891-1950
in ‘Jean sans Terre ‘ (1936)
Aimer la beauté, c’est voir la lumière.
Victor Hugo – « Les misérables »

Leo Leonardo 1694-1744
Salve Regina – Mater misericordiae –
Marie-Sophie Pollak (soprano)
Barockensemble Concerto München

Je me suis toujours demandé
Pourquoi nous aimons supporter
Plus que tout autre bruit
Le bruit que font les arbres, sans répit,
Si près de nos demeures.
Nous les souffrons heure après heure
Et nous en perdons notre sens
Du mouvement et de la permanence
Des joies ; nous écoutons et nous semblons autre part.
Ils parlent de départ
Et ne partent jamais,
Ils parlent, bien qu’ils sachent,
Devenus vieux et sages,
Qu’ils sont là à jamais.
Mes pieds se cramponnent au sol
Et ma tête oscille sur mes épaules,
Quelques fois, quand, de la fenêtre ou de la porte,
Je vois les arbres osciller.
Je partirai pour quelque part,
Je ferai témérairement ce choix
Un jour où ils seront en voix
Et s’agiteront au point d’effrayer
Et de faire se sauver
Les grands nuages blancs.
Je parlerai moins qu’eux,
Mais moi je partirai.
Traduction : Roger Asselinau

Robert Frost
San-Francisco 1874 – Boston 1963
I wonder about the trees.
Why do we wish to bear
Forever the noise of these
More than another noise
So close to our dwelling place ?
We suffer them by the day
Till we lose all measure of pace,
And fixity in our joys,
And acquire a listening air.
They are that that talks of going
But never gets away ;
And that talks no less for knowing,
As it grows wiser and older,
That now it means to stay.
My feet tug at the floor
And my head sways to my shoulder
Sometimes when I watch trees sway,
From the window or the door.
I shall set forth for somewhere,
I shall make the reckless choice
Some day when they are in voice
And tossing so as to scare
The white clouds over them on.
I shall have less to say,
But I shall be gone.
Moutain Interval, 1916
Même au fond du Tartare, au séjour des supplices,
Le luth a suspendu le cours de la justice :
Cerbère au triple mufle a cessé d’aboyer *

Sylvius Leopold Weiss
1687 – 1750
Chaconne en Sol mineur
Klaudyna Żołnierek (luth baroque)
Le malheureux Orphée, en sa douleur cruelle,
Cherche les lieux déserts, et sur son luth fidèle,
Eurydice, c’est toi, toi seule, ses amours,
Qu’il veut chanter, de l’aube à la chute du jour. *
* Virgile – Les Géorgiques – Chant IV

Certitude
De tout, il resta trois choses :
la certitude que tout était en train de commencer,
la certitude qu’il fallait continuer,
la certitude que cela serait interrompu
avant que d’être terminé.
Faire de l’interruption un nouveau chemin,
faire de la chute un pas de danse,
faire de la peur un escalier,
du rêve, un pont,
de la recherche…
une rencontre.

Fernando Sabino 1923-2004
Brésil
Certeza
De tudo ficaram três coisas…
A certeza de que estamos começando…
A certeza de que é preciso continuar…
A certeza de que podemos ser interrompidos
antes de terminar…
Façamos da interrupção um caminho novo…
Da queda, um passo de dança…
Do medo, uma escada…
Do sonho, uma ponte…
Da procura, um encontro!

Laurent Terzieff dit Pierre Seghers :
Vivre se conjugue au présent
Celui qui vit de souvenirs
Traîne une mort interminable
Il s’écoute dans les échos
Qui n’ont que le son de sa voix
Il se cherche sur des images
Qui furent tracées sur le sable
Et les miroirs où il se voit
Sont laiteux comme un œil de mort
À quoi bon hier et demain
Demain le paradis des prêtres
Demain venu de deux mille ans
Pour étrangler l’amour du jour
L’âge d’or est dans la minute
Dans ta vie le soleil qui chante
Jamais le sang ne coulera
Aussi vivace dans ton corps
Il y a le bruit du moment
L’inimitable odeur fugace
Du temps qui passe
La chaleur qui se refroidit
Le présent à aimer autant qu’à défendre
L’unique aujourd’hui
La fureur de vivre une vie confondue
Avec le pain de chaque instant

in Le Livre d’Or de la Poésie Française

Ouvrir un livre de poésie, c’est vouloir s’éclairer avec une bougie en pleine déflagration de la bombe à hydrogène. Parier pour la bougie en ce cas, est tout à fait insensé, et cependant, c’est peut être dans ce genre de pari que réside notre avenir.

Serge Reggiani
dit
Rainer Maria Rilke :
Serge Reggiani 1922-2004
‘Vois-tu, je veux beaucoup…‘
Vois-tu, je veux beaucoup,
peut-être tout :
l’obscurité des chutes infinies
et le jeu scintillant des montées lumineuses.
Tant d’autres vivent qui ne veulent rien,
que rassasient
les mets légers de leurs sentiments lisses.
Mais toi, tu te réjouis
de tout visage
qui sert et qui a soif.
Tu te réjouis
de tous ceux qui se servent
de toi ainsi que d’un outil.
Tu n’es pas encore froid, l’heure n’est point passée
de plonger dans le devenir de tes ténèbres,
où se trahit la vie avec sérénité.
extrait de « Livre d’heures »
Traduction Maurice Betz

Rainer Maria Rilke 1875-1926

Toute beauté brûle à petit feu, et se défait
avec tendresse, lentement, comme l’aster,
gloire de l’automne, et l’iris si fragile
qu’il faut le transporter dans ses langes.
Les chatoyantes ainsi se changent, se déguisent
en leurs couleurs aux odeurs de délices.
Certaines ne s’ouvrent que la nuit
On les dirait pressées de disparaître,
de s’effacer. La créature belle,
la grâce, la pensée, ne peut jamais
s’appartenir, elle consume son éclat
pour tout remettre à qui s’en vient vers elle.
Peut-on posséder un regard ? un baiser ?
Et celui qui l’accueille remet l’offrande
à l’instant qu’il la reçoit. La source
de ce don ne garde rien d’elle-même,
puisqu’elle n’existe que par son abandon.

Jean Mambrino 1923 – 2012
‘Du feu dans les herbes’ (extrait)
Ils fusillèrent les rires, les différences, les audaces. Ils barrèrent les rues et tout sens qu’ils ne trouvèrent pas conforme. Ils arrachèrent les livres, civilisèrent la mort, la rajeunirent. Ils arrangèrent le passé. De leurs idées arrêtées, ils firent des églises où ils sacrifièrent la vérité. Ils emprisonnèrent les paysages, suspectèrent l’intelligence, conditionnèrent l’amour, colonisèrent l’herbe sauvage, calfeutrèrent la joie, surveillèrent le désir, évaluèrent les maisons, parquèrent l’imagination, déclarèrent courte l’enfance. Quand ils eurent mis en bouteille, la vague, l’inventivité, la liberté, l’âme, et autres choses gênantes, ils dirent aux arbres quels fruits ils devraient porter. Ils installèrent l’uniforme de la pensée unique et décidèrent de ce qui était bon. Les tuiles qui rêvaient aux étoiles furent jetées aux orties qui elles-mêmes furent exterminées. Les champs, ces voix sans issues, furent stérilisés, comme les animaux, les idées, les rêves, les couleurs, et ceux qui ne pensaient pas comme eux. Ils déclarèrent dangereux le rire, l’espoir, le chant, la connaissance. Ils dressèrent des chiens, des lois et des tours. Les oiseaux furent bagués, les esprits lessivés. Quand ils eurent asséché l’intérieur et l’extérieur, quand ils eurent effacé les larmes, quand ils eurent sacrifié le vivant, ils trouèrent le ciel, trafiquèrent les cellules, inventèrent maladies et remèdes, assujettirent la réflexion, brûlèrent le jour et tout ce qui ne leur ressemblait pas. Puis, ils vidèrent les bacs à sable. Alors, il ne resta plus rien, ni personne, pour crier au loup ou pousser une balançoire. Et sur la boule bleue désaffectée, ils ne virent plus, dans l’orbite morte du soleil, que leur visage, infâme et sans nom.

Éditions Cosmophonies Internationales – 2002
Ile Eniger
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Carnet d'impressions
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Car le poète est un four à brûler le réel. De toutes les émotions brutes qu’il reçoit, il sort parfois un léger diamant d’une eau et d’un éclat incomparables. Voilà toute une vie comprimée dans quelques images et quelques phrases. Pierre Reverdy
Vous devriez savoir que je laisse toujours mes yeux dans les arbres...Jusqu'à ce que mes seins s'ennuient...