Mais vieillir… ! – 16 – Place de l’enfance

En dehors de l’enfance et de l’oubli, il n’y a que la grâce qui puisse vous consoler d’exister ou qui puisse vous donner la plénitude, le ciel sur la terre et dans le cœur.

Eugène Ionesco – Journal en miettes (1967)

Facétieuse sagesse de l'âge :

Un vieux monsieur, ostensiblement agacé de ne pouvoir retrouver son chemin dans les quartiers de sa jeunesse transformés par les reconstructions récentes, avise un passant, au moins aussi âgé que lui, mais qui semble parfaitement à l'aise dans ce décor moderne, et lui demande sa route :

Pourriez-vous m'indiquer, je vous prie, la "Place de l'Enfance"?

Bien sûr ! répond gracieusement le passant. Là ! dit-il dans un généreux sourire en pointant son index sur le sein gauche de son interlocuteur.

‘Young at heart’

Ballade composée en 1953 par Johnny Richards
Paroles de Carolyn Leigh
Répertoire de Frank Sinatra

Emmet Cohen – Piano
Lucy Yeghiazaryan – Vocals
Benny Benack III – Trumpet
Mark Lewandowski – Bass
Joe Farnsworth – Drums

Les contes de fées peuvent devenir réalité
Et cela pourrait aussi t’arriver
Si tu gardes ton âme d’enfant.

Tu trouveras bien difficile
De garder l’esprit étroit
Avec le cœur d’un d’enfant.

Ainsi tu peux toujours viser la lune
Avoir d’impossibles projets,
Tu peux même rire quand tes rêves
En poussière sont balayés.

La vie est plus passionnante chaque jour qui s’enfuit,
L’amour est dans ton cœur, ou il est sur le chemin.

Ne sais-tu pas que ça vaut
Tous les trésors de la terre
De garder son âme d’enfant ?

Pour aussi riche que tu sois
Il est bien meilleur, et de loin
De rester jeune dans ton cœur !

Et si tu vis jusqu’à cent ans
Regarde tous les cadeaux de la vie,
Et surtout le plus beau d’entre eux :
Avoir reçu le privilège
De préserver ton cœur d’enfant !

‘Estado de poesia’

Je trouve que la poésie ne devrait jamais vraiment se traduire.

Jean-Louis Trintignant (France-Culure, 6/07/2004)

Maria Bethania chante « Estado de poesia »

Estado de poesia

Para viver em estado de poesia
Me entranharia nestes sertões de você
Para deixar a vida que eu vivia
De cigania antes de te conhecer
De enganos livres que eu tinha porque queria
Por não saber que mais, dia menos dia
Eu todo me encantaria pelo todo do teu ser
Pra misturar meia-noite, meio-dia
E enfim saber que cantaria a cantoria
Que há tanto tempo queria, a canção do bem querer
É belo, vês o amor sem anestesia
Dói de bom, arde de doce
Queima, acalma, mata, cria
Chega tem vez que a pessoa que enamora
Se pega e chora do que ontem mesmo ria
Chega tem hora que ri de dentro pra fora
Não fica nem vai embora, é o estado de poesia…

État de poésie

Pour vivre dans un état de poésie,
Je traverserai tes déserts.
J’abandonnerai la vie de bohème
Que j’ai vécue avant de te rencontrer
Les illusions gratuites que j’ai cherchées, et nourries
Pour ne pas avoir su que, tôt ou tard,
Tout de toi m’enchanterait
Pour confondre minuit et midi
Et enfin savoir que j’improviserai cette chanson
Qui depuis longtemps couvait en moi, la chanson du bel amour.
C’est beau, tu vois, l’amour sans anesthésie.
Douleur du bonheur, brûlure de douceur,
Qui calme, qui tue, qui crée.
Parfois sous l’emprise de l’amour
On est surpris et on pleure pour ce qui hier encore faisait rire,
Et jusqu’aux rires les plus fous.
Il ne reste ni ne part, c’est ça l’état de la poésie…

(traduction très personnelle)

Juin – Le bonheur d’être triste

Bon soleil, bon soleil, voici que nous baignons
Dans cette clarté chaude où va blondir l’été.

Hier n’existe plus. Qui donc parlait d’hier ?
Il fait doux, il fait gai sur les bourgeons ouverts…

Sabine Sicaud
Les poèmes de Sabine Sicaud – 1958 (Recueil posthume)

ξ

La mélancolie c’est le bonheur d’être triste.

Victor Hugo
Les travailleurs de la mer

Vadim Chaimovich (piano)
Barcarolle  – « Juin »
extrait des « Saisons » Op. 37 de Piotr Illitch Tchaikovsky

‘Lorsque tu me liras’

Le Bonheur c’est pas grand chose, c’est juste du chagrin qui se repose.    Léo Ferré

Lorsque tu me liras…

Lorsque tu me liras, je te regarderai dans le pare-brise,
Tu viendras à moi, tout entière, comme la route,
Lorsque tu me liras, la maison sera silencieuse,
Et mon silence à moi te remplira tout entière aussi.

Avec toi, dans toi, je ne suis jamais silencieux,
C’est une musique très douce que je t’apporte…
Quant à toi, tu verses au plus profond de ma solitude, cette joie triste d’être,
Cet amour que, jour après jour, nous bâtissons, en dépit des autres,
En dépit de cette prison où nous nous sommes mis,
En dépit des larmes que nous pleurons chacun dans notre coin,
Mais présents l’un à l’autre…

Je te voyais, ces jours ci, dans la lande, là-bas, où tu sais…
Je t’y voyais bouger, à peine te pencher vers cette terre que nous aimons bien tous les deux,
Et tu te prosternais à demi, comme une madone,
Et je n’étais pas là… ni toi…
Ce que je voyais c’était mon rêve…

Ne pas te voir plus que je ne te vois…
Je me demande la dette qu’on me fait ainsi payer.
Pourquoi ?

L’amour est triste, bien sûr, mais c’est difficile,
Au bout du compte, difficile…

Dans mes bras, quand tu t’en vas longtemps vers les étoiles et que tu me demandes de t’y laisser encore… encore…
Je suis bien ; c’est le printemps, tout recommence, tout fleurit,
Et tu fleuriras aussi de moi, je te le promets.

La patience, c’est notre grande vertu, c’est notre drame aussi.
Un jour nous ne serons plus patients.
Alors, tout s’éclairera, et nous dormirons longtemps,
Et nous jouirons comme  des enfants.

Tu m’as refait enfant ; j’ai devant moi des tas de projets de bonheur…
Mais maintenant, tout est arrêté dans ma prison.
J’attends que l’heure sonne…
Je me perds dans toi, tout à fait.

Je t’aime, Christie,
Je t’aime

Léo Ferré (1986)

‘Yo soy Maria’

Tango sévère et triste,

Tango de menace,

Tango où chaque note tombe lourdement, comme par dépit, sous la main qui se voue plutôt à saisir un manche de couteau,

Tango tragique dont la mélodie joue sur un thème de dispute,

[…]

Tango d’amour et de mort

Ricardo Güiraldes (Cencerro de cristal – 1915)

"Maria de Buenos Aires" 

Opéra-tango ("Tango operita") en deux parties, sur un livret d’Horacio Ferrer et sur une musique d’Astor Piazzolla, créé en mai 1968 à Sala Planeta, Buenos Aires, comme un hommage au tango.

Une légende urbaine du début du XXème siècle inspire l'histoire de cet opéra qui retrace le parcours d'une jeune femme, Maria, ouvrière dans une usine des faubourgs de Buenos Aires.
La première partie relate son ascension vers le succès alors qu'elle est devenue chanteuse admirée dans les bordels et cabarets de la ville. 
La seconde raconte son déclin et sa mort. 

Le décor planté, Maria se présente sur un air de tango envoûtant : "Yo soy María".

Après une succession nocturne de péripéties oniriques, surréalistes, alors que son fantôme, comme un air de tango réincarné, traverse les rues de la ville, Maria recevra la révélation de sa fécondité. 
A l'aube, certains auront cette vision surnaturelle de Maria accouchant.
 
Tout est-il fini ? Est-ce un recommencement ? La réponse restera cachée dans les plis énigmatiques du rideau qui emporte loin de la scène les dernières notes du tango réinventé.

Dans un clip vidéo récent, Fatma Saïd – trop angélique peut-être pour refléter l’arrogance et la morgue d’un tel personnage – n’en demeure pas moins une troublante Maria :

Yo soy María de Buenos Aires!
De Buenos Aires María ¿no ven quién soy yo?
María tango, María del arrabal!
María noche, María pasión fatal!
María del amor! De Buenos Aires soy yo!

Yo soy María de Buenos Aires
si en este barrio la gente pregunta quién soy,
pronto muy bien lo sabrán
las hembras que me envidiarán,
y cada macho a mis pies
como un ratón en mi trampa ha de caer!

Yo soy María de Buenos Aires!
Soy la más bruja cantando y amando también!
Si el bandoneón me provoca… Tiará, tatá!
Le muerdo fuerte la boca… Tiará, tatá!
Con diez espasmos en flor que yo tengo en mi ser!

Siempre me digo « Dale María! »
cuando un misterio me viene trepando en la voz!
Y canto un tango que nadie jamás cantó
y sueño un sueño que nadie jamás soñó,
porque el mañana es hoy con el ayer después, che!

Yo soy María de Buenos Aires!
De Buenos Aires María yo soy, mi ciudad!
María tango, María del arrabal!
María noche, María pasión fatal!
María del amor! De Buenos Aires soy yo

Je suis Maria de Buenos Aires !
De Buenos Aires Maria
Ne voyez-vous pas qui je suis ?
Maria tango, Maria de la banlieue !
Maria nuit, Maria passion fatale !
Maria de l’Amour ! De Buenos Aires je suis !

Je suis Maria de Buenos Aires
si dans ce quartier les gens
se demandent qui je suis,
ils connaîtront bientôt la réponse
les femelles m’envieront,
et chaque mec à mes pieds
tombera dons mon piège comme un rat.

Je suis Maria de Buenos Aires !
Je suis la plus salope
quand je chante et quand je baise aussi !
Si le bandonéon me provoque… Tiará, tatá !
Je lui mords la bouche avec force… Tiará, tatá !
Avec les dix spasmes en fleur que je porte en moi !

Je me dis toujours : « Vas-y Maria ! »
quand un mystère me saute à la gorge !
Et je chante un tango
que personne n’a jamais chanté
Et je rêve un rêve que personne n’a jamais rêvé
Car demain c’est aujourd’hui et hier bien après, hein !

Je suis Maria de Buenos Aires !
De Buenos Aires, ma ville !
Maria tango, Maria de la banlieue !
Maria nuit, Maria passion fatale !
Maria de l’Amour ! Maria de Buenos Aires… C’est moi !

Et en écho la transparence

Initialement publié sur « Perles d’Orphée » le 8/09/2015 sous le titre
« Depuis ‘la chambre des roses' »

Villa d'Este -Fontana Ovato
Villa d’Este – Fontana Ovato

Et sangloter d’extase les jets d’eau,
Les grands jets d’eau sveltes parmi les marbres.

Verlaine (« Clair de lune » in « Les fêtes galantes »)

Sed aqua quam ego dabo ei, fiet in eo fons aquæ salientis in vitam æternam.

L’eau que je lui donnerai deviendra en lui une fontaine qui rejaillira jusque dans la vie éternelle.

Jésus à La Samaritaine (Évangile de Jean IV.14)

Mon piano, pour moi, est aussi important que le navire pour le marin, que le coursier pour l’arabe, peut-être même plus encore ; disons que mon piano, jusqu’à présent, est ma parole, ma vie [...] En lui se rassemblent tous mes désirs, mes souvenirs, mes joies et toutes mes peines.

Franz Liszt  (1839 – Lettre à Adolphe Pictet)

Franz Liszt (1811-1886)
Franz Liszt (1811-1886)

Il n’est pas très grand l’appartement que le cardinal Hoenlohe, protecteur des artistes et fervent admirateur de Franz Liszt a réservé au pianiste-compositeur, en cet été 1865, dans sa superbe demeure, à quelques galops de la ville éternelle – La Villa d’Este  – où il l’invite pour la première fois.
C’est un « colombier » sous les toits de ce majestueux édifice du XVème siècle, depuis lequel le regard survole la vaste plaine pour aller caresser les frontons des palais romains. Un « colombier » niché au-dessus de jardins parsemés d’une myriade de fontaines aux mille jets bavards.

Villa d’Este – Tivoli – Roma

Parmi les trois pièces modestes, mais luxueusement meublées, qui le composent – l’une pour dormir, une autre pour les repas, et une toute petite pour y faire de la musique –, Franz a jeté son dévolu sur ce simple salon qui héberge le piano, et sur les murs duquel s’est figée une douce farandole florale, qui explicite son surnom : « la chambre des roses ».
C’est là, inspiré par la paix ondoyante des lieux, en réponse à cette nature qui lui « parle », qu’il compose, au cours de ses nombreuses villégiatures estivales, quelques uns de ses plus précieux trésors musicaux comme « les variations sur un thème de Bach », les quatre « Méphisto valses », les deux « Légendes », entre autres, et, en 1877, le joyau souverain du cycle des « Années de pèlerinage », représentation sonore de la féérie liquide qui, chaque jour, égaye sa promenade : les « Jeux d’eau de la Villa d’Este » en Fa dièse majeur.

Villa d'Este - plaqueUn véritable poème symphonique pianistique comme Richard Strauss, des années plus tard, en composera pour l’orchestre, avec le bonheur que l’on sait. Ici, la virtuosité du pianiste, si elle est exigée pour insuffler vie à ce tableau sonore, n’est jamais l’objet de l’écriture musicale, et doit simplement ne demeurer qu’un moyen au service de la représentation picturale. « Le modèle de l’eau, ainsi que l’affirme le philosophe Michaël Lévinas, n’est-il pas déjà en soi une écriture de la virtuosité » ?

Légers comme les gouttes cristallines qui tantôt bondissent et clapotent, tantôt glissent et ruissellent, prestes jacasseuses en rangs serrés sur le reflet paresseux d’un bassin où se mire un soleil, les doigts coulent sur les aigus du clavier à la poursuite des perles d’eau frémissante. Ils nous plongent dans le chœur vibrant de ces polyphonies « éthérées » retranscrites par celui qui aura « entendu et contemplé la transparence de l’eau, ses bruissements troubles, multiples, modulés par les espaces acoustiques réverbérés par les loggias et les vasques ».

Comme pour nous asperger l’âme des embruns mystiques d’un printemps gonflé d’espérances, flânons ensemble sous ce soleil romain qui déjà, jadis, réchauffait les marbres d’Hadrien. Là, sous les verts treillis que les cyprès protègent, dans les jardins de Tivoli, recueillons-nous un instant sur le rebord d’un bassin. Après que les cascades tumultueuses auront éclaboussé de lumière nos prunelles ébahies, nous immergerons une fois encore nos regards dans l’ombre reposante de l’onde un temps calmée au pied d’un dieu de pierre. Puis nous lèverons les yeux vers un vieux « colombier » d’où s’écouleront vers nous, arpèges irisés et tierces jaillissantes, les harmonies subtiles d’un vieux piano.

De la « chambre des roses » descendue, nous entendrons la transparence.

Franz Liszt : « Jeux d’eau à la Villa d’Este »

Au piano : Lazar Berman

Méditer dans la lumière

Si seulement Dieu avait fait notre monde aussi parfait que Bach a fait le sien divin !

Cioran – Le livre des leurres (1936)

Jean Sébastien Bach 
« Die Seele ruht in Jesu Händen
 » – Cantate BWV 127 

Marie Louise Werneburg – Soprano
Bach-Collegium Berlin
Achim ZimmermannDirection

Die Seele ruht in Jesu Haenden,
Wenn Erde diesen Leib bedeckt.
Ach ruft mich bald, ihr Sterbeglocken,
Ich, bin zum Sterben unerschrocken,
Weil mich mein Jesus wieder weckt.

Mon âme repose dans les mains de Jésus,
Bien que la terre recouvre ce corps.
Ah, appelez-moi bientôt, cloches funèbres,
Je ne suis pas terrifié de mourir
Puisque mon Jésus me réveillera à nouveau.

Nous sommes ceux qui viennent après. Nous savons désormais qu’un homme peut lire Goethe ou Rilke, jouer des passages de Bach ou de Schubert, et le lendemain matin vaquer à son travail quotidien, à Auschwitz.

George Steiner – « Langage et silence » – 1969

Jean Sébastien Bach 
« Die Seele ruht in Jesu Händen
 » – Cantate BWV 127 

Transcription pour piano : Harold Bauer (1873-1951)

Herbert Schuch – Piano

‘Vous m’avez dit…’

Oh ! vivre et vivre et vivre et se sentir meilleur
A mesure que bout plus fermement le cœur.

Émile Verhaeren
Les visages de la vie – L’action

.

Vous m’avez dit, tel soir, des paroles si belles
Que sans doute les fleurs, qui se penchaient vers nous,
Soudain nous ont aimés et que l’une d’entre elles,
Pour nous toucher tous deux, tomba sur nos genoux.
 
Vous me parliez des temps prochains où nos années,
Comme des fruits trop mûrs, se laisseraient cueillir ;
Comment éclaterait le glas des destinées,
Comment on s’aimerait, en se sentant vieillir.
 
Votre voix m’enlaçait comme une chère étreinte,
Et votre cœur brûlait si tranquillement beau
Qu’en ce moment, j’aurais pu voir s’ouvrir sans crainte
Les tortueux chemins qui vont vers le tombeau.

Émile Verhaeren (1855-1916)

Ma manière de t’aimer

Voici une douce ballade que j’aurais volontiers chantée au Paris que j’ai tant aimé jadis, lorsque cette bien jolie touriste n’était encore que le projet de ses parents et la caméra super 8 vintage qu’elle utilise aujourd’hui une formidable nouveauté technologique.

Sauver Paris, c’est plus que sauver la France, c’est sauver le monde.

… Moi qui chaque jour, depuis des années, sur les marches de la Butte Montmartre, glisse mes pas sur les traces qu’ont laissées tant de vos illustres pairs, je dois vous dire, cher Victor Hugo, que si votre remarque est avérée, je crains fort pour le sort du monde.

Puissent ses transformations ne s’inspirer jamais de notre Paris d’aujourd’hui… !

O tempora, o mores !

Passenger chante

« The Way That I Love You »

The Way That I Love You

How many times can I tell you
You’re lovely just the way you are
Don’t let the world come and change you
Don’t let life break your heart
.
Don’t put on their mask, don’t wear their disguise
Don’t let them dim the light that shines in your eyes
If only you could love yourself the way that I love you
.
How many times can I say
You don’t have to change a thing
Don’t let the tide wash you away
Don’t let worry ever clip your wings
.
Discard what is fake, keep what is real
Pursue what you love, embrace how you feel
If only you could love yourself the way that I love you
.
And if you ever choose a road that leads nowhere
All alone and you can’t see right from wrong
And if you ever lose yourself out there
Come on home and I’ll sing you this song
.
So how many times can I tell you
You’re lovely just the way you are
Don’t let the world come and change you
Don’t let life break your heart
.
— ¤ —
.

Ma manière de t’aimer

Combien de fois dois-je te le dire
Tu es adorable telle que tu es
Ne laisse pas le monde te transformer
Ne laisse pas la vie briser ton cœur

Ne mets pas leur masque, ne porte pas leur déguisement
Ne les laisse pas voiler la lumière qui brille dans tes yeux
Si seulement tu pouvais t’aimer comme je t’aime

Combien de fois dois-je te le dire
Tu n’as rien à changer
Ne laisse pas la marée t’emporter
Ne laisse jamais l’inquiétude te couper les ailes

Préserve-toi du faux, encourage le vrai
Poursuis ce que tu aimes, rassemble ce que tu ressens
Si seulement tu pouvais t’aimer comme je t’aime

Et si jamais tu choisissais une route qui ne mène nulle part
Toute seule sans distinguer le bon grain de l’ivraie
Et si jamais tu te perdais toi-même là-bas
Viens à la maison et je te chanterai cette chanson

Alors combien de fois dois-je te le dire
Tu es adorable telle que tu es
Ne laisse pas le monde te transformer
Ne laisse pas la vie briser ton cœur

Mais vieillir… ! – 13 – Peut-être ?

Y así pasan los días
Y yo desesperando
Y tu, tu contestando
Quizás, quizás, quizás

Et passent les jours
Et je me désespère
Et toi tu me dis
Peut-être, peut-être, peut-être

Dialogue de vieux couple, peut-être !
Mais pourtant, cet inoubliable boléro qui depuis 1947 a traversé le temps à travers mille interprétations sans prendre une ride, est né d’un compositeur cubain d’une quarantaine d’années, Osvaldo Farrés inspiré par une jeune femme d’à peine plus de vingt ans, Mary Tarrero-Serrano, épouse de celui qui n’allait pas tarder à devenir le 11ème Président de Cuba, Carlos Prío Socarrás.

Pour la petite histoire, Osvaldo Farrés, compositeur aux nombreux succès internationaux, ne savait, dit-on, ni lire, ni écrire la musique.

Quant à sa relation avec la Première Dame… Quizas, quizas, quizas ?

Ibrahim Ferrer (1927-2005) & Omara Portuondo (91 ans)
deux légendes de la musique cubaine accompagnées au piano par
Roberto Fonseca

Siempre que te pregunto
Que cómo, cuándo y dónde
Tu siempre me respondes
Quizás, quizás, quizás
.
Y así pasan los días
Y yo desesperando
Y tu, tu contestando
Quizás, quizás, quizás
.
Estas perdiendo el tiempo
Pensando, pensando
Por lo que mas tu quieras
Hasta cuándo, hasta cuándo
.
Y así pasan los días
Y yo desesperando
Y tu, tu contestando
Quizás, quizás, quizás
.
Estas perdiendo el tiempo
Pensando, pensando
Por lo que mas tu quieras
Hasta cuándo, hasta cuándo
.
Estas perdiendo el tiempo
Pensando, pensando
Por lo que mas tu quieras
Hasta cuándo, hasta cuándo
.
Y así pasan los días
Y yo desesperando
Y tu, tu contestando
Quizás, quizás, quizás
.
— • —
.
Chaque fois que je te demande
Quoi, quand, comment et où
Tu me réponds toujours
Peut-être, peut-être, peut-être
.
Et ainsi passent les jours
Et je me désespère
Et toi, tu me réponds
Peut-être, peut-être, peut-être
.
Tu perds ton temps
A penser, à penser
Je te demande
Pour combien de temps encore
.
Et ainsi passent les jours
Et je me désespère
Et toi, tu me réponds
Peut-être, peut-être, peut-être
.

« Eu Já Não Sei » (Je ne sais plus)

Il y a deux manières d’être malheureux : ou désirer ce que l’on n’a pas, ou posséder ce que l’on désirait.

Pierre Louÿs

Roberta Sá, António Zambujo, Yamandú Costa et Ricardo Cruz

interprètent une chanson de

Domingos Gonçalves Costa et Carlos Rocha

« Eu Já Não Sei » 

Eu Já Não Sei
.
Eu já não sei
Se fiz bem ou se fiz mal
Em pôr um ponto final
Na minha paixão ardente
Eu já não sei
Porque quem sofre de amor
A cantar sofre melhor
As mágoas que o peito sente
.
Quando te vejo e em sonhos sigo os teus passos
Sinto o desejo de me lançar nos teus braços
Tenho vontade de te dizer frente a frente
Quanta saudade há do teu amor ausente
Num louco anseio, lembrando o que já chorei
Se te amo ou se te odeio
Eu já não sei
.
Eu já não sei
Sorrir como então sorria
Quando em lindos sonhos via
A tua adorada imagem
Eu já não sei
Se deva ou não deva querer-te
Pois quero às vezes esquecer-te
Quero, mas não tenho coragem

.— ¤ —

Je ne sais plus

Je ne sais plus
Si j’ai bien fait ou non
De mettre un point final
A ma passion ardente
Je ne sais plus
Car qui souffre d’amour
Supporte mieux en chantant
Les peines qui battent la poitrine
.
Quand je te vois et que mes rêves suivent tes pas
Le désir me prend de me jeter dans tes bras
J’ai l’envie de te dire dans les yeux
Combien je souffre sans ton amour
Fou de désir, me souvenant de mes pleurs infinis
Je ne sais plus
Si je t’aime ou si je te hais
.
Je ne sais plus
Sourire comme je souriais alors
Quand je voyais dans de doux songes
Ton image adorée
Je ne sais plus
Si je dois ou non t’aimer
Car parfois j’ai envie de t’oublier
Envie, oui, mais le courage me fuit.
.

Mais vieillir… ! – 12 – ‘A la dérive’

Invano, invano lotto
per possedere i giorni
che mi travolgono rumorosi.

En vain, en vain je lutte
pour m’emparer des jours
qui bruyamment m’emportent.

Vincenzo Cardarelli : ‘A la dérive’

A la dérive
.

La vie, je l’ai châtiée en la vivant.
Au plus loin où mon cœur m’a conduit,
hardiment je suis allé.
Maintenant ma journée n’est plus
qu’une alternance stérile
de désastreuses habitudes
et je voudrais sortir du cercle noir.
Quand je me retrouve à l’aube,
un caprice me prend, un désir
de ne pas dormir.
Et je rêve de départs absurdes,
d’impossibles délivrances.
Hélas, tous mes remords 
enfouis et cuisants
n’ont pas d’autre exutoire
que le sommeil, s’il vient.
En vain, en vain je lutte
pour m’emparer des jours
qui bruyamment m’emportent.
Je me noie dans le temps.

Version originale dite par Vittorio Gassman

et illustrée par des peintures de Edvard Munch

Alla deriva

La vita io l’ho castigata vivendola.
Fin dove il cuore mi resse
arditamente mi spinsi.
Ora la mia giornata non è più
che uno sterile avvicendarsi
di rovinose abitudini
e vorrei evadere dal nero cerchio.
Quando all’alba mi riduco,
un estro mi piglia, una smania
di non dormire.
E sogno partenze assurde,
liberazioni impossibili.
Oimè. Tutto il mio chiuso
e cocente rimorso
altro sfogo non ha
fuor che il sonno, se viene.
Invano, invano lotto
per possedere i giorni
che mi travolgono rumorosi.
Io annego nel tempo.

Retrouvée, mon éternité ! 2/2 – Aragon

Elle est retrouvée.
Quoi ? – Mon Éternité.
C’est la voix allée

Avec le poème. *

Chanter Aragon après Léo Ferré et Catherine Sauvage : dangereuse aventure pour l’interprète d’aujourd’hui ! Quelques-uns, quelques-unes essayent encore, mais…

Rares, désormais, sont les tentatives. Plus rares encore les réussites. Mais le miracle n’est pas exclu :

« Est-ce ainsi que les hommes vivent ? »

Cécile McLorin Salvant accompagnée au piano par Sullivan Fortner

Nantes – mai 2019

* Pardon cher Arthur !

Tout est affaire de décor
Changer de lit changer de corps
À quoi bon puisque c’est encore
Moi qui moi–même me trahis
Moi qui me traîne et m’éparpille
Et mon ombre se déshabille
Dans les bras semblables des filles
Où j’ai cru trouver un pays.

Cœur léger, cœur changeant, cœur lourd
Le temps de rêver est bien court
Que faut–il faire de mes nuits
Que faut–il faire de mes jours
Je n’avais amour ni demeure
Nulle part où je vive ou meure
Je passais comme la rumeur
Je m’endormais comme le bruit.

Est–ce ainsi que les hommes vivent ?
Et leurs baisers au loin les suivent

C’était un temps déraisonnable
On avait mis les morts à table
On faisait des châteaux de sable
On prenait les loups pour des chiens
Tout changeait de pôle et d’épaule
La pièce était–elle ou non drôle
Moi si j’y tenais mal mon rôle
C’était de n’y comprendre rien

Dans le quartier Hohenzollern
Entre La Sarre et les casernes
Comme les fleurs de la luzerne
Fleurissaient les seins de Lola
Elle avait un cœur d’hirondelle
Sur le canapé du bordel
Je venais m’allonger près d’elle
Dans les hoquets du pianola.

Est–ce ainsi que les hommes vivent ?
Et leurs baisers au loin les suivent

Le ciel était gris de nuages
Il y volait des oies sauvages
Qui criaient la mort au passage
Au–dessus des maisons des quais
Je les voyais par la fenêtre
Leur chant triste entrait dans mon être
Et je croyais y reconnaître
Du Rainer Maria Rilke.

Elle était brune elle était blanche
Ses cheveux tombaient sur ses hanches
Et la semaine et le dimanche
Elle ouvrait à tous ses bras nus
Elle avait des yeux de faïence
Elle travaillait avec vaillance
Pour un artilleur de Mayence
Qui n’en est jamais revenu.

Est–ce ainsi que les hommes vivent ?
Et leurs baisers au loin les suivent.

Il est d’autres soldats en ville
Et la nuit montent les civils
Remets du rimmel à tes cils
Lola qui t’en iras bientôt
Encore un verre de liqueur
Ce fut en avril à cinq heures
Au petit jour que dans ton cœur
Un dragon plongea son couteau

C’est ainsi que les hommes vivent
Et leurs baisers au loin les suivent.

Pour savoir qui est Cécile McLorin Salvant : Wikipedia

Retrouvée, mon éternité ! 1/2 – Barbara

Elle est retrouvée.
Quoi ? – Mon Éternité.
C’est la voix allée
Avec le poème. *

Chanter Barbara après Barbara : terrible gageure !
Nombreuses s’y sont brûlé les ailes…

Alors revisiter « Ma plus belle histoire d’amour » longtemps après que la dame brune a abandonné à jamais sur le tabouret de son piano le fourreau noir qui épousait sa longue silhouette d’amoureuse… Folie ?

C’est l’apanage du talent, me semble-t-il, de minimiser l’influence de la comparaison, jusqu’à la faire oublier… Peut-être.

« Ma plus belle histoire d’amour »

Cécile McLorin Salvant accompagnée au piano par Sullivan Fortner

Nantes – mai 2019

* Pardon cher Arthur !

Du plus loin, que me revienne
L’ombre de mes amours anciennes
Du plus loin, du premier rendez-vous
Du temps des premières peines
Lors, j’avais quinze ans, à peine
Cœur tout blanc, et griffes aux genoux
Que ce fut, j’étais précoce
De tendres amours de gosse
Les morsures d’un amour fou
Du plus loin qu’il m’en souvienne
Si depuis, j’ai dit « je t’aime »
Ma plus belle histoire d’amour
C’est vous
.
C’est vrai, je ne fus pas sage
Et j’ai tourné bien des pages
Sans les lire, blanches, et puis rien dessus,
C’est vrai, je ne fus pas sage
Et mes guerriers de passage
À peine vus, déjà disparus
Mais à travers leur visage
C’était déjà votre image
C’était vous déjà et le cœur nu
Je refaisais mes bagages
Et je poursuivais mon mirage
Ma plus belle histoire d’amour, c’est vous
.
Sur la longue route
Qui menait vers vous
Sur la longue route
J’allais le cœur fou
Le vent de décembre
Me gelait au cou
Qu’importait décembre
Si c’était pour vous
Elle fut longue la route
Mais je l’ai faite, la route
Celle-là, qui menait jusqu’à vous
Et je ne suis pas parjure
Si ce soir, je vous jure
Que, pour vous, je l’eus faite à genoux
Il en eut fallu bien d’autres
Que quelques mauvais apôtres
Que l’hiver ou la neige à mon cou
Pour que je perde patience
Et j’ai calmé ma violence
Ma plus belle histoire d’amour, c’est vous
.
Mais tant d’hivers et d’automnes
De nuit, de jour, et puis personne
Vous n’étiez jamais au rendez-vous
Et de vous, perdant courage, soudain
Me prenait la rage
Mon Dieu, que j’avais besoin de vous
Que le Diable vous emporte
D’autres m’ont ouvert leur porte
Heureuse, je m’en allais loin de vous
Oui, je vous fus infidèle
Mais vous revenais quand même
Ma plus belle histoire d’amour, c’est vous
.
J’ai pleuré mes larmes
Mais qu’il me fut doux
Oh, qu’il me fut doux
Ce premier sourire de vous
Et pour une larme qui venait de vous
J’ai pleuré d’amour
Vous souvenez-vous ?
Ce fut, un soir, en septembre
Vous étiez venus m’attendre
Ici même, vous en souvenez-vous ?
À vous regarder sourire
À vous aimer, sans rien dire
C’est là que j’ai compris, tout à coup
J’avais fini mon voyage
Et j’ai posé mes bagages
Vous étiez venus
Au rendez-vous
.
Qu’importe ce qu’on peut en dire
Je tenais à vous le dire
Ce soir je vous remercie de vous
.
Qu’importe ce qu’on peut en dire
Je suis venue pour vous dire
Ma plus belle histoire d’amour, c’est vous
.
Pour savoir qui est Cécile McLorin Salvant : Wikipedia

Mais vieillir… ! – 11 – Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait

Il possédait le seul antidote contre le venin de la vieillesse, il savait lire.

Luis Sepúlveda
Le Vieux qui lisait des romans d’amour

Je sais ce que c’est d’être jeune

Quand on est jeune, l’âge ne signifie rien
Je n’y avais jamais prêté attention
Jusqu’à ce qu’un jour vienne ce vieil homme
Et voici ce qu’il m’a dit
Et voici ce qu’il m’a dit
.
Je sais ce que c’est d’être jeune
Mais toi, tu ne sais pas ce qu’est d’être vieux
Un jour, tu me diras la même chose
Le temps emporte tout à ce qu’on dit
.
J’ai posé plein de questions
Aux sages que j’ai rencontrés
Je n’ai pas pu trouver toutes les réponses
Personne n’y a réussi.
Il y aura des jours mémorables
Remplis de rires et de larmes
Après l’été vient l’hiver, et les années passent
Alors mon ami…
Faisons de la musique ensemble
Je jouerai un vieil air pendant que tu m’en chanteras un nouveau
Un jour quand tes jeunes années auront passé
Il y aura quelqu’un pour partager son temps avec toi
.
Je sais ce que c’est d’être jeune
Mais toi, tu ne sais pas ce qu’est d’être vieux
.
Alors mon ami…
Faisons de la musique ensemble
Je jouerai un vieil air pendant que tu me chanteras le nouveau
Un jour quand tes jeunes années auront passé
Il y aura quelqu’un pour partager son temps avec toi