Flâner entre le rêve et le poème… Ouvrir la cage aux arpèges… Se noyer dans un mot… S'évaporer dans les ciels d'un tableau… Prendre plaisir ou parfois en souffrir… Sentir et ressentir… Et puis le dire – S'enivrer de beauté pour se forcer à croire !
En dehors de l’enfance et de l’oubli, il n’y a que la grâce qui puisse vous consoler d’exister ou qui puisse vous donner la plénitude, le ciel sur la terre et dans le cœur.
Eugène Ionesco – Journal en miettes (1967)
Facétieuse sagesse de l'âge :
Un vieux monsieur, ostensiblement agacé de ne pouvoir retrouver son chemin dans les quartiers de sa jeunesse transformés par les reconstructions récentes, avise un passant, au moins aussi âgé que lui, mais qui semble parfaitement à l'aise dans ce décor moderne, et lui demande sa route :– Pourriez-vous m'indiquer, je vous prie, la "Place de l'Enfance"?– Bien sûr ! répond gracieusement le passant. Là ! dit-il dans un généreux sourire en pointant son index sur le sein gauche de son interlocuteur.
‘Young at heart’
Ballade composée en 1953 par Johnny Richards Paroles de Carolyn Leigh
Répertoire de Frank Sinatra
Emmet Cohen – Piano
Lucy Yeghiazaryan – Vocals
Benny Benack III – Trumpet
Mark Lewandowski – Bass
Joe Farnsworth – Drums
Les contes de fées peuvent devenir réalité
Et cela pourrait aussi t’arriver
Si tu gardes ton âme d’enfant.
Tu trouveras bien difficile
De garder l’esprit étroit
Avec le cœur d’un d’enfant.
Ainsi tu peux toujours viser la lune
Avoir d’impossibles projets,
Tu peux même rire quand tes rêves
En poussière sont balayés.
La vie est plus passionnante chaque jour qui s’enfuit,
L’amour est dans ton cœur, ou il est sur le chemin.
Ne sais-tu pas que ça vaut
Tous les trésors de la terre
De garder son âme d’enfant ?
Pour aussi riche que tu sois
Il est bien meilleur, et de loin
De rester jeune dans ton cœur !
Et si tu vis jusqu’à cent ans
Regarde tous les cadeaux de la vie,
Et surtout le plus beau d’entre eux :
Avoir reçu le privilège
De préserver ton cœur d’enfant !
Je trouve que la poésie ne devrait jamais vraiment se traduire.
Jean-Louis Trintignant (France-Culure, 6/07/2004)
Maria Bethania chante « Estado de poesia »
Estado de poesia
Para viver em estado de poesia Me entranharia nestes sertões de você Para deixar a vida que eu vivia De cigania antes de te conhecer De enganos livres que eu tinha porque queria Por não saber que mais, dia menos dia Eu todo me encantaria pelo todo do teu ser
Pra misturar meia-noite, meio-dia E enfim saber que cantaria a cantoria Que há tanto tempo queria, a canção do bem querer É belo, vês o amor sem anestesia Dói de bom, arde de doce Queima, acalma, mata, cria
Chega tem vez que a pessoa que enamora Se pega e chora do que ontem mesmo ria Chega tem hora que ri de dentro pra fora Não fica nem vai embora, é o estado de poesia…
≅
État de poésie
Pour vivre dans un état de poésie, Je traverserai tes déserts. J’abandonnerai la vie de bohème Que j’ai vécue avant de te rencontrer Les illusions gratuites que j’ai cherchées, et nourries Pour ne pas avoir su que, tôt ou tard, Tout de toi m’enchanterait Pour confondre minuit et midi Et enfin savoir que j’improviserai cette chanson Qui depuis longtemps couvait en moi, la chanson du bel amour. C’est beau, tu vois, l’amour sans anesthésie. Douleur du bonheur, brûlure de douceur, Qui calme, qui tue, qui crée. Parfois sous l’emprise de l’amour On est surpris et on pleure pour ce qui hier encore faisait rire, Et jusqu’aux rires les plus fous. Il ne reste ni ne part, c’est ça l’état de la poésie…
Le Bonheur c’est pas grand chose, c’est juste du chagrin qui se repose. Léo Ferré
Lorsque tu me liras…
Lorsque tu me liras, je te regarderai dans le pare-brise, Tu viendras à moi, tout entière, comme la route, Lorsque tu me liras, la maison sera silencieuse, Et mon silence à moi te remplira tout entière aussi.
Avec toi, dans toi, je ne suis jamais silencieux, C’est une musique très douce que je t’apporte… Quant à toi, tu verses au plus profond de ma solitude, cette joie triste d’être, Cet amour que, jour après jour, nous bâtissons, en dépit des autres, En dépit de cette prison où nous nous sommes mis, En dépit des larmes que nous pleurons chacun dans notre coin, Mais présents l’un à l’autre…
Je te voyais, ces jours ci, dans la lande, là-bas, où tu sais… Je t’y voyais bouger, à peine te pencher vers cette terre que nous aimons bien tous les deux, Et tu te prosternais à demi, comme une madone, Et je n’étais pas là… ni toi… Ce que je voyais c’était mon rêve…
Ne pas te voir plus que je ne te vois… Je me demande la dette qu’on me fait ainsi payer. Pourquoi ?
L’amour est triste, bien sûr, mais c’est difficile,
Au bout du compte, difficile…
Dans mes bras, quand tu t’en vas longtemps vers les étoiles et que tu me demandes de t’y laisser encore… encore… Je suis bien ; c’est le printemps, tout recommence, tout fleurit,
Et tu fleuriras aussi de moi, je te le promets.
La patience, c’est notre grande vertu, c’est notre drame aussi. Un jour nous ne serons plus patients. Alors, tout s’éclairera, et nous dormirons longtemps,
Et nous jouirons comme des enfants. Tu m’as refait enfant ; j’ai devant moi des tas de projets de bonheur… Mais maintenant, tout est arrêté dans ma prison. J’attends que l’heure sonne… Je me perds dans toi, tout à fait.
Tango où chaque note tombe lourdement, comme par dépit, sous la main qui se voue plutôt à saisir un manche de couteau,
Tango tragique dont la mélodie joue sur un thème de dispute,
[…]
Tango d’amour et de mort
Ricardo Güiraldes (Cencerro de cristal – 1915)
∞
"Maria de Buenos Aires" Opéra-tango ("Tango operita") en deux parties, sur un livret d’Horacio Ferrer et sur une musique d’Astor Piazzolla, créé en mai 1968 à Sala Planeta, Buenos Aires, comme un hommage au tango.
Une légende urbaine du début du XXème siècle inspire l'histoire de cet opéra qui retrace le parcours d'une jeune femme, Maria, ouvrière dans une usine des faubourgs de Buenos Aires.
La première partie relate son ascension vers le succès alors qu'elle est devenue chanteuse admirée dans les bordels et cabarets de la ville.
La seconde raconte son déclin et sa mort.
Le décor planté, Maria se présente sur un air de tango envoûtant : "Yo soy María".
Après une succession nocturne de péripéties oniriques, surréalistes, alors que son fantôme, comme un air de tango réincarné, traverse les rues de la ville, Maria recevra la révélation de sa fécondité.
A l'aube, certains auront cette vision surnaturelle de Maria accouchant.
Tout est-il fini ? Est-ce un recommencement ? La réponse restera cachée dans les plis énigmatiques du rideau qui emporte loin de la scène les dernières notes du tango réinventé.
Dans un clip vidéo récent, Fatma Saïd – trop angélique peut-être pour refléter l’arrogance et la morgue d’un tel personnage – n’en demeure pas moins une troublante Maria :
Yo soy María de Buenos Aires! De Buenos Aires María ¿no ven quién soy yo? María tango, María del arrabal! María noche, María pasión fatal! María del amor! De Buenos Aires soy yo!
Yo soy María de Buenos Aires si en este barrio la gente pregunta quién soy, pronto muy bien lo sabrán las hembras que me envidiarán, y cada macho a mis pies como un ratón en mi trampa ha de caer!
Yo soy María de Buenos Aires! Soy la más bruja cantando y amando también! Si el bandoneón me provoca… Tiará, tatá! Le muerdo fuerte la boca… Tiará, tatá! Con diez espasmos en flor que yo tengo en mi ser!
Siempre me digo « Dale María! » cuando un misterio me viene trepando en la voz! Y canto un tango que nadie jamás cantó y sueño un sueño que nadie jamás soñó, porque el mañana es hoy con el ayer después, che!
Yo soy María de Buenos Aires! De Buenos Aires María yo soy, mi ciudad! María tango, María del arrabal! María noche, María pasión fatal! María del amor! De Buenos Aires soy yo
∞
Je suis Maria de Buenos Aires ! De Buenos Aires Maria Ne voyez-vous pas qui je suis ? Maria tango, Maria de la banlieue ! Maria nuit, Maria passion fatale ! Maria de l’Amour ! De Buenos Aires je suis !
Je suis Maria de Buenos Aires si dans ce quartier les gens se demandent qui je suis, ils connaîtront bientôt la réponse les femelles m’envieront, et chaque mec à mes pieds tombera dons mon piège comme un rat.
Je suis Maria de Buenos Aires ! Je suis la plus salope quand je chante et quand je baise aussi ! Si le bandonéon me provoque… Tiará, tatá ! Je lui mords la bouche avec force… Tiará, tatá ! Avec les dix spasmes en fleur que je porte en moi !
Je me dis toujours : « Vas-y Maria ! » quand un mystère me saute à la gorge ! Et je chante un tango que personne n’a jamais chanté Et je rêve un rêve que personne n’a jamais rêvé Car demain c’est aujourd’hui et hier bien après, hein !
Je suis Maria de Buenos Aires ! De Buenos Aires, ma ville ! Maria tango, Maria de la banlieue ! Maria nuit, Maria passion fatale ! Maria de l’Amour ! Maria de Buenos Aires… C’est moi !
Initialement publié sur « Perles d’Orphée » le 8/09/2015 sous le titre « Depuis ‘la chambre des roses' »
Villa d’Este – Fontana Ovato
Et sangloter d’extase les jets d’eau, Les grands jets d’eau sveltes parmi les marbres.
Verlaine (« Clair de lune » in « Les fêtes galantes »)
Sed aqua quam ego dabo ei, fiet in eo fons aquæ salientis in vitam æternam.
L’eau que je lui donnerai deviendra en lui une fontaine qui rejaillira jusque dans la vie éternelle.
Jésus à La Samaritaine (Évangile de Jean IV.14)
Monpiano,pour moi,est aussi important quele navirepour le marin, quele coursierpour l’arabe, peut-être mêmeplus encore ;disons que monpiano,jusqu’à présent, estma parole, ma vie [...]En lui se rassemblent tous mes désirs, mes souvenirs, mesjoies ettoutesmes peines.
Franz Liszt (1839 – Lettre à Adolphe Pictet)
Franz Liszt (1811-1886)
Il n’est pas très grand l’appartement que le cardinal Hoenlohe, protecteur des artistes et fervent admirateur de Franz Liszt a réservé au pianiste-compositeur, en cet été 1865, dans sa superbe demeure, à quelques galops de la ville éternelle – LaVilla d’Este – où il l’invite pour la première fois.
C’est un « colombier » sous les toits de ce majestueux édifice du XVème siècle, depuis lequel le regard survole la vaste plaine pour aller caresser les frontons des palais romains. Un « colombier » niché au-dessus de jardins parsemés d’une myriade de fontaines aux mille jets bavards.
Villa d’Este – Tivoli – Roma
Parmi les trois pièces modestes, mais luxueusement meublées, qui le composent – l’une pour dormir, une autre pour les repas, et une toute petite pour y faire de la musique –, Franz a jeté son dévolu sur ce simple salon qui héberge le piano, et sur les murs duquel s’est figée une douce farandole florale, qui explicite son surnom : « la chambre des roses ».
C’est là, inspiré par la paix ondoyante des lieux, en réponse à cette nature qui lui « parle », qu’il compose, au cours de ses nombreuses villégiatures estivales, quelques uns de ses plus précieux trésors musicaux comme « les variations sur un thème de Bach », les quatre « Méphisto valses », les deux « Légendes », entre autres, et, en 1877, le joyau souverain du cycle des « Années de pèlerinage », représentation sonore de la féérie liquide qui, chaque jour, égaye sa promenade : les « Jeux d’eau de la Villa d’Este » en Fa dièse majeur.
Un véritable poème symphonique pianistique comme Richard Strauss, des années plus tard, en composera pour l’orchestre, avec le bonheur que l’on sait. Ici, la virtuosité du pianiste, si elle est exigée pour insuffler vie à ce tableau sonore, n’est jamais l’objet de l’écriture musicale, et doit simplement ne demeurer qu’un moyen au service de la représentation picturale. « Le modèle de l’eau, ainsi que l’affirme le philosophe Michaël Lévinas, n’est-il pas déjà en soi une écriture de la virtuosité » ?
Légers comme les gouttes cristallines qui tantôt bondissent et clapotent, tantôt glissent et ruissellent, prestes jacasseuses en rangs serrés sur le reflet paresseux d’un bassin où se mire un soleil, les doigts coulent sur les aigus du clavier à la poursuite des perles d’eau frémissante. Ils nous plongent dans le chœur vibrant de ces polyphonies « éthérées » retranscrites par celui qui aura « entendu et contemplé la transparence de l’eau, ses bruissements troubles, multiples, modulés par les espaces acoustiques réverbérés par les loggias et les vasques ».
Comme pour nous asperger l’âme des embruns mystiques d’un printemps gonflé d’espérances, flânons ensemble sous ce soleil romain qui déjà, jadis, réchauffait les marbres d’Hadrien. Là, sous les verts treillis que les cyprès protègent, dans les jardins de Tivoli, recueillons-nous un instant sur le rebord d’un bassin. Après que les cascades tumultueuses auront éclaboussé de lumière nos prunelles ébahies, nous immergerons une fois encore nos regards dans l’ombre reposante de l’onde un temps calmée au pied d’un dieu de pierre. Puis nous lèverons les yeux vers un vieux « colombier » d’où s’écouleront vers nous, arpèges irisés et tierces jaillissantes, les harmonies subtiles d’un vieux piano.
De la « chambre des roses » descendue, nous entendrons la transparence.
Si seulement Dieu avait fait notre monde aussi parfait que Bach a fait le sien divin !
Cioran – Le livre des leurres (1936)
Jean Sébastien Bach
« Die Seele ruht in Jesu Händen » – Cantate BWV 127
Marie Louise Werneburg – Soprano
Bach-Collegium Berlin
Achim Zimmermann – Direction
Die Seele ruht in Jesu Haenden, Wenn Erde diesen Leib bedeckt. Ach ruft mich bald, ihr Sterbeglocken, Ich, bin zum Sterben unerschrocken, Weil mich mein Jesus wieder weckt.
Mon âme repose dans les mains de Jésus, Bien que la terre recouvre ce corps. Ah, appelez-moi bientôt, cloches funèbres, Je ne suis pas terrifié de mourir Puisque mon Jésus me réveillera à nouveau.
∑
Nous sommes ceux qui viennent après. Nous savons désormais qu’un homme peut lire Goethe ou Rilke, jouer des passages de Bach ou de Schubert, et le lendemain matin vaquer à son travail quotidien, à Auschwitz.
George Steiner – « Langage et silence » – 1969
Jean Sébastien Bach
« Die Seele ruht in Jesu Händen » – Cantate BWV 127 Transcription pour piano : Harold Bauer (1873-1951)
Oh ! vivre et vivre et vivre et se sentir meilleur
A mesure que bout plus fermement le cœur.
Émile Verhaeren Les visages de la vie – L’action
.
Vous m’avez dit, tel soir, des paroles si belles Que sans doute les fleurs, qui se penchaient vers nous, Soudain nous ont aimés et que l’une d’entre elles, Pour nous toucher tous deux, tomba sur nos genoux. Vous me parliez des temps prochains où nos années, Comme des fruits trop mûrs, se laisseraient cueillir ; Comment éclaterait le glas des destinées, Comment on s’aimerait, en se sentant vieillir. Votre voix m’enlaçait comme une chère étreinte, Et votre cœur brûlait si tranquillement beau Qu’en ce moment, j’aurais pu voir s’ouvrir sans crainte Les tortueux chemins qui vont vers le tombeau.
Voici une douce ballade que j’aurais volontiers chantée au Paris que j’ai tant aimé jadis, lorsque cette bien jolie touriste n’était encore que le projet de ses parents et la caméra super 8 vintage qu’elle utilise aujourd’hui une formidable nouveauté technologique.
Sauver Paris, c’est plus que sauver la France, c’est sauver le monde.
… Moi qui chaque jour, depuis des années, sur les marches de la Butte Montmartre, glisse mes pas sur les traces qu’ont laissées tant de vos illustres pairs, je dois vous dire, cher Victor Hugo, que si votre remarque est avérée, je crains fort pour le sort du monde.
Puissent ses transformations ne s’inspirer jamais de notre Paris d’aujourd’hui… !
O tempora, o mores !
∑
Passenger chante
« The Way That I Love You »
The Way That I Love You
How many times can I tell you You’re lovely just the way you are Don’t let the world come and change you Don’t let life break your heart
.
Don’t put on their mask, don’t wear their disguise Don’t let them dim the light that shines in your eyes If only you could love yourself the way that I love you
.
How many times can I say You don’t have to change a thing Don’t let the tide wash you away Don’t let worry ever clip your wings
.
Discard what is fake, keep what is real Pursue what you love, embrace how you feel If only you could love yourself the way that I love you
.
And if you ever choose a road that leads nowhere All alone and you can’t see right from wrong And if you ever lose yourself out there Come on home and I’ll sing you this song
.
So how many times can I tell you You’re lovely just the way you are Don’t let the world come and change you Don’t let life break your heart
.
— ¤ —
.
Ma manière de t’aimer
Combien de fois dois-je te le dire Tu es adorable telle que tu es Ne laisse pas le monde te transformer Ne laisse pas la vie briser ton cœur
Ne mets pas leur masque, ne porte pas leur déguisement Ne les laisse pas voiler la lumière qui brille dans tes yeux Si seulement tu pouvais t’aimer comme je t’aime
Combien de fois dois-je te le dire Tu n’as rien à changer Ne laisse pas la marée t’emporter Ne laisse jamais l’inquiétude te couper les ailes
Préserve-toi du faux, encourage le vrai Poursuis ce que tu aimes, rassemble ce que tu ressens Si seulement tu pouvais t’aimer comme je t’aime
Et si jamais tu choisissais une route qui ne mène nulle part Toute seule sans distinguer le bon grain de l’ivraie Et si jamais tu te perdais toi-même là-bas Viens à la maison et je te chanterai cette chanson
Alors combien de fois dois-je te le dire Tu es adorable telle que tu es Ne laisse pas le monde te transformer Ne laisse pas la vie briser ton cœur
Y así pasan los días
Y yo desesperando
Y tu, tu contestando
Quizás, quizás, quizás
Et passent les jours Et je me désespère Et toi tu me dis Peut-être, peut-être, peut-être
Dialogue de vieux couple, peut-être !
Mais pourtant, cet inoubliable boléro qui depuis 1947 a traversé le temps à travers mille interprétations sans prendre une ride, est né d’un compositeur cubain d’une quarantaine d’années, Osvaldo Farrés inspiré par une jeune femme d’à peine plus de vingt ans, Mary Tarrero-Serrano, épouse de celui qui n’allait pas tarder à devenir le 11ème Président de Cuba, Carlos Prío Socarrás.
Pour la petite histoire, Osvaldo Farrés, compositeur aux nombreux succès internationaux, ne savait, dit-on, ni lire, ni écrire la musique.
Quant à sa relation avec la Première Dame… Quizas, quizas, quizas ?
Ibrahim Ferrer (1927-2005) & Omara Portuondo (91 ans) deux légendes de la musique cubaine accompagnées au piano par Roberto Fonseca
Siempre que te pregunto Que cómo, cuándo y dónde Tu siempre me respondes Quizás, quizás, quizás
.
Y así pasan los días Y yo desesperando Y tu, tu contestando Quizás, quizás, quizás
.
Estas perdiendo el tiempo Pensando, pensando Por lo que mas tu quieras Hasta cuándo, hasta cuándo
.
Y así pasan los días Y yo desesperando Y tu, tu contestando Quizás, quizás, quizás
.
Estas perdiendo el tiempo Pensando, pensando Por lo que mas tu quieras Hasta cuándo, hasta cuándo
.
Estas perdiendo el tiempo Pensando, pensando Por lo que mas tu quieras Hasta cuándo, hasta cuándo
.
Y así pasan los días Y yo desesperando Y tu, tu contestando Quizás, quizás, quizás
Invano, invano lotto
per possedere i giorni
che mi travolgono rumorosi.
En vain, en vain je lutte pour m’emparer des jours qui bruyamment m’emportent.
Vincenzo Cardarelli : ‘A la dérive’
A la dérive
.
La vie, je l’ai châtiée en la vivant. Au plus loin où mon cœur m’a conduit, hardiment je suis allé. Maintenant ma journée n’est plus qu’une alternance stérile de désastreuses habitudes et je voudrais sortir du cercle noir. Quand je me retrouve à l’aube, un caprice me prend, un désir de ne pas dormir. Et je rêve de départs absurdes, d’impossibles délivrances. Hélas, tous mes remords enfouis et cuisants n’ont pas d’autre exutoire que le sommeil, s’il vient. En vain, en vain je lutte pour m’emparer des jours qui bruyamment m’emportent. Je me noie dans le temps.
∑
Version originale dite par Vittorio Gassman
et illustrée par des peintures de Edvard Munch
Alla deriva
La vita io l’ho castigata vivendola. Fin dove il cuore mi resse arditamente mi spinsi. Ora la mia giornata non è più che uno sterile avvicendarsi di rovinose abitudini e vorrei evadere dal nero cerchio. Quando all’alba mi riduco, un estro mi piglia, una smania di non dormire. E sogno partenze assurde, liberazioni impossibili. Oimè. Tutto il mio chiuso e cocente rimorso altro sfogo non ha fuor che il sonno, se viene. Invano, invano lotto per possedere i giorni che mi travolgono rumorosi. Io annego nel tempo.
Elle est retrouvée.
Quoi ? – Mon Éternité.
C’est la voix allée Avec le poème. *
Chanter Aragon après Léo Ferré et Catherine Sauvage : dangereuse aventure pour l’interprète d’aujourd’hui ! Quelques-uns, quelques-unes essayent encore, mais…
Rares, désormais, sont les tentatives. Plus rares encore les réussites. Mais le miracle n’est pas exclu :
« Est-ce ainsi que les hommes vivent ? »
Cécile McLorin Salvant accompagnée au piano par Sullivan Fortner
Nantes – mai 2019
* Pardon cher Arthur !
∞
Tout est affaire de décor Changer de lit changer de corps À quoi bon puisque c’est encore Moi qui moi–même me trahis Moi qui me traîne et m’éparpille Et mon ombre se déshabille Dans les bras semblables des filles Où j’ai cru trouver un pays.
Cœur léger, cœur changeant, cœur lourd Le temps de rêver est bien court Que faut–il faire de mes nuits Que faut–il faire de mes jours Je n’avais amour ni demeure Nulle part où je vive ou meure Je passais comme la rumeur Je m’endormais comme le bruit.
Est–ce ainsi que les hommes vivent ? Et leurs baisers au loin les suivent
C’était un temps déraisonnable On avait mis les morts à table On faisait des châteaux de sable On prenait les loups pour des chiens Tout changeait de pôle et d’épaule La pièce était–elle ou non drôle Moi si j’y tenais mal mon rôle C’était de n’y comprendre rien
Dans le quartier Hohenzollern Entre La Sarre et les casernes Comme les fleurs de la luzerne Fleurissaient les seins de Lola Elle avait un cœur d’hirondelle Sur le canapé du bordel Je venais m’allonger près d’elle Dans les hoquets du pianola.
Est–ce ainsi que les hommes vivent ? Et leurs baisers au loin les suivent
Le ciel était gris de nuages Il y volait des oies sauvages Qui criaient la mort au passage Au–dessus des maisons des quais Je les voyais par la fenêtre Leur chant triste entrait dans mon être Et je croyais y reconnaître Du Rainer Maria Rilke.
Elle était brune elle était blanche Ses cheveux tombaient sur ses hanches Et la semaine et le dimanche Elle ouvrait à tous ses bras nus Elle avait des yeux de faïence Elle travaillait avec vaillance Pour un artilleur de Mayence Qui n’en est jamais revenu.
Est–ce ainsi que les hommes vivent ? Et leurs baisers au loin les suivent.
Il est d’autres soldats en ville Et la nuit montent les civils Remets du rimmel à tes cils Lola qui t’en iras bientôt Encore un verre de liqueur Ce fut en avril à cinq heures Au petit jour que dans ton cœur Un dragon plongea son couteau
C’est ainsi que les hommes vivent Et leurs baisers au loin les suivent.
Pour savoir qui est Cécile McLorin Salvant : Wikipedia
Elle est retrouvée.
Quoi ? – Mon Éternité.
C’est la voix allée
Avec le poème. *
Chanter Barbara après Barbara : terrible gageure !
Nombreuses s’y sont brûlé les ailes…
Alors revisiter « Ma plus belle histoire d’amour » longtemps après que la dame brune a abandonné à jamais sur le tabouret de son piano le fourreau noir qui épousait sa longue silhouette d’amoureuse… Folie ?
C’est l’apanage du talent, me semble-t-il, de minimiser l’influence de la comparaison, jusqu’à la faire oublier… Peut-être.
« Ma plus belle histoire d’amour »
Cécile McLorin Salvant accompagnée au piano par Sullivan Fortner
Nantes – mai 2019
* Pardon cher Arthur !
∞
Du plus loin, que me revienne L’ombre de mes amours anciennes Du plus loin, du premier rendez-vous Du temps des premières peines Lors, j’avais quinze ans, à peine Cœur tout blanc, et griffes aux genoux Que ce fut, j’étais précoce De tendres amours de gosse Les morsures d’un amour fou Du plus loin qu’il m’en souvienne Si depuis, j’ai dit « je t’aime » Ma plus belle histoire d’amour C’est vous
.
C’est vrai, je ne fus pas sage Et j’ai tourné bien des pages Sans les lire, blanches, et puis rien dessus, C’est vrai, je ne fus pas sage Et mes guerriers de passage À peine vus, déjà disparus
Mais à travers leur visage C’était déjà votre image C’était vous déjà et le cœur nu Je refaisais mes bagages Et je poursuivais mon mirage Ma plus belle histoire d’amour, c’est vous
.
Sur la longue route
Qui menait vers vous Sur la longue route J’allais le cœur fou Le vent de décembre Me gelait au cou Qu’importait décembre Si c’était pour vous
Elle fut longue la route Mais je l’ai faite, la route Celle-là, qui menait jusqu’à vous Et je ne suis pas parjure Si ce soir, je vous jure Que, pour vous, je l’eus faite à genoux Il en eut fallu bien d’autres Que quelques mauvais apôtres Que l’hiver ou la neige à mon cou Pour que je perde patience Et j’ai calmé ma violence Ma plus belle histoire d’amour, c’est vous
.
Mais tant d’hivers et d’automnes De nuit, de jour, et puis personne Vous n’étiez jamais au rendez-vous Et de vous, perdant courage, soudain Me prenait la rage Mon Dieu, que j’avais besoin de vous Que le Diable vous emporte D’autres m’ont ouvert leur porte Heureuse, je m’en allais loin de vous Oui, je vous fus infidèle Mais vous revenais quand même Ma plus belle histoire d’amour, c’est vous
.
J’ai pleuré mes larmes Mais qu’il me fut doux Oh, qu’il me fut doux Ce premier sourire de vous Et pour une larme qui venait de vous J’ai pleuré d’amour Vous souvenez-vous ?
Ce fut, un soir, en septembre Vous étiez venus m’attendre Ici même, vous en souvenez-vous ?
À vous regarder sourire À vous aimer, sans rien dire C’est là que j’ai compris, tout à coup J’avais fini mon voyage Et j’ai posé mes bagages Vous étiez venus Au rendez-vous
. Qu’importe ce qu’on peut en dire Je tenais à vous le dire Ce soir je vous remercie de vous
. Qu’importe ce qu’on peut en dire Je suis venue pour vous dire Ma plus belle histoire d’amour, c’est vous
.
Pour savoir qui est Cécile McLorin Salvant : Wikipedia