Un cœur en automne /4 : La mélancolie

Léopoldine Hugo par Morignot ( Musée Victor Hugo)

La Mélancolie
C’est revoir Garbo
Dans la Reine Christine
C’est Victor Hugo
Et Léopoldine

La Mélancolie
C’est une rue barrée

C’est c’qu’on peut pas dire
C’est dix ans d’purée
Dans un souvenir
C’est ce qu’on voudrait
Sans devoir choisir

La Mélancolie
C’est un chat perdu
Qu’on croit retrouvé
C’est un chien de plus
Dans le mond’ qu’on sait
C’est un nom de rue
Où l’on va jamais

La Mélancolie
C’est se r’trouver seul
Place de l’Opéra
Quand le flic t’engueule
Et qu’il ne sait pas
Que tu le dégueules
En rentrant chez toi

C’est décontracté
Ouvrir la télé
Et r’garder distrait
Un Zitron’ pressé
T’parler du tiercé
Que tu n’a pas joué
La Mélancolie

La Mélancolie
C’est voir un mendiant
Chez l’conseil fiscal
C’est voir deux amants
Qui lisent le journal
C’est voir sa maman
Chaqu’ fois qu’on s’voit mal

La Mélancolie
C’est revoir Garbo
Dans la Reine Christine
C’est revoir Charlot
A l’âge de Chaplin
C’est Victor Hugo
Et Léopoldine

La Mélancolie
C’est sous la teinture
Avoir les ch’veux blancs
Et sous la parure
Fair’ la part des ans
C’est sous la blessure
Voir passer le temps

C’est un chimpanzé
Au zoo d’Anvers
Qui meurt à moitié
Qui meurt à l’envers
Qui donn’rait ses pieds
Pour un revolver
La Mélancolie

La Mélancolie
C’est les yeux des chiens
Quand il pleut des os
C’est les bras du Bien
Quand le Mal est beau
C’est quelquefois rien
C’est quelquefois trop

La Mélancolie
C’est voir dans la pluie
Le sourir’ du vent
Et dans l’éclaircie
La gueul’ du printemps
C’est dans les soucis
Voir qu’la fleur des champs

La Mélancolie
C’est regarder l’eau
D’un dernier regard
Et faire la peau
Au divin hasard
Et rentrer penaud
Et rentrer peinard

C’est avoir le noir
Sans savoir très bien
Ce qu’il faudrait voir
Entre loup et chien
C’est un désespoir
Qu’a pas les moyens
La Mélancolie

¤ —

Beau…! Simple…! Triste…!

La mélancolie est un crépuscule. La souffrance s’y fond dans une sombre joie. *

Beau, comme un poème de Verlaine !

Simple, comme une histoire d’amour !

Triste, comme une chanson de Ferré !

La mélancolie, c’est le bonheur d’être triste.*

* Victor Hugo (in « Les travailleurs de la mer »)