Flâner entre le rêve et le poème… Ouvrir la cage aux arpèges… Se noyer dans un mot… S'évaporer dans les ciels d'un tableau… Prendre plaisir ou parfois en souffrir… Sentir et ressentir… Et puis le dire – S'enivrer de beauté pour se forcer à croire !
J’ai composé un chœur grec, mais un chœur qui serait pour ainsi dire chanté par l’orchestre.
Richard Wagner 1813-1883
.
A propos de la Marche funèbre de Siegfried dans Götterdämmerung.
Henry de Groux – Mort de Siegfried – 1899 Baumann, gendre du peintre, décrit ainsi la scène en 1936 : « les filles du Rhin, les bras tendus, désespérées, jaillissant des vagues, ces belles vagues vertes que de Groux modelait comme des chairs de femme, mais impuissantes à sauver le héros vaincu, renversé […] tandis que Wotan assène en son flanc la lance de mort. » (Extrait du catalogue ARCURIAL – Vente « Éloge du symbolisme » – 26/09/2017)
§
Götterdämmerung - Acte II : Le parjureLa manigance du traître Hagen est parvenue à son comble : non seulement Gunther, mais surtout Brünnhilde demandent vengeance et souhaitent la mort de Siegfried, mais encore, c'est de Brunnhilde elle-même que le manipulateur va apprendre que la seule manière d'atteindre Siegfried qui fait toujours face est de le frapper dans le dos.Le rideau tombe pendant que les futurs époux, Siegfried et Gutrune, qui ne se doutent en rien de la supercherie, entrent en scène.Götterdämmerung - Acte III : La mort Alors que Siegfried raconte sa jeunesse et ses aventures, Hagen l'interrompt, détourne son attention vers deux corbeaux passant au dessus d'eux et lui plante sa lance dans le dos.Dans son agonie, Siegfried continue son récit plein des meilleurs sentiments pour sa bienaimée Brünnhilde qu'il a trahie sans le vouloir, ni le savoir. Le héros s'éteint souriant, heureux.
Moment musical paroxystique partagé entre la sidération provoquée par la mort du héros et la solennité recueillie de la marche qui accompagne sa dépouille au bûcher.
C’est par cet intermède symphonique poignant, une « marche au néant », appuyé sur les riches et puissantes sonorités des cuivres et des percussions, citant, comme autant d’allusions rétrospectives, divers leitmotive de l’œuvre, que Wagner introduit la tragédie finale du drame complexe du « Ring » : l’immolation volontaire de Brünnhilde et la disparition des dieux dans les flammes du bûcher qui s’empareront du Walhalla pendant que les filles du Rhin se réjouiront d’avoir reconquis l’anneau.
Évocation. Incantation. Un « chœur grec joué par l’orchestre ».
Klaus Tennstedt dirige le London Philharmonic
au Suntory Hall de Tokyo le 18/10/1988 : « Siegfrieds Tod und Trauermarsch »
Wade in the Water, wade in the water children.
Wade in the Water. God’s gonna trouble the water.
Pataugez dans l’eau, pataugez dans l’eau les enfants ! Pataugez dans l’eau ! Dieu y brouillera vos traces.
Chant de reconnaissance, chant de fraternité, chant de travail aussi pour partager collectivement, au milieu des immenses plantations, courage et patience face aux humiliations et aux sévices infligés par les esclavagistes, chant spirituel également, souvent inspiré du Livre de l'Exode de l'Ancien Testament qui relate, exemple envié à imiter, la fuite du peuple hébreu opprimé par le pharaon, voilà quelques différents aspects du Negro Spiritual au XIXème siècle dans le Sud des États Unis.
Mais s'en tenir à cet inventaire serait omettre la fonction secrète du Negro Spiritual en ces temps d'extrême danger pour ces esclaves afro-américains dont le salut était réduit au seul succès de leur fuite vers le nord. Ces chants avaient acquis un rôle de code : par les choix qu'ils exerçaient, par leur manière de les interpréter, les passeurs informaient discrètement, à distance, les fugitifs de l'approche de poursuivants ou leur indiquaient des comportements à adopter pour se protéger dans certaines situations.
Ainsi par exemple, quand Harriet Tubman - surnommée "Moïse noir" tant elle a aidé de compagnons, esclaves comme elle, à retrouver la liberté, sans en perdre un seul - entonnait le mythique "Wade in the water" à leur intention sur les routes clandestines c'était pour les exhorter à abandonner les sentiers et continuer leur progression dans le lit des rivières et des ruisseaux où les chiens lâchés à leurs basques perdaient toute trace olfactive de leurs proies humaines.
Qui se serait méfié d'une "pauvre esclave noire" chantant au bord du chemin ?
Harriet Tubman 1821-1913 – statue par Wesley Wofford (détail)
Every great dream begins with a dreamer. Always remember, you have within you the strength, the patience, and the passion to reach for the stars to change the world. –
Chaque grand rêve commence par un rêveur. Rappelez-vous toujours que vous avez en vous la force, la patience et la passion d’atteindre les étoiles pour changer le monde.
C’est dans la rêverie que nous sommes des hommes libres.
Gaston Bachelard (La poétique de la rêverie)
Alors le rêveur est tout fondu en sa rêverie. Sa rêverie est sa vie silencieuse. C’est cette paix silencieuse que veut nous communiquer le poète.
Heureux qui connaît, heureux même qui se souvient de ces veillées silencieuses où le silence même était le signe de la communion des âmes !
Avec quelle tendresse, se souvenant de ces heures, Francis Jammes pouvait écrire : ……… « Je te disais tais-toi quand tu ne disais rien. »
Gaston Bachelard (La poétique de la rêverie – PUF – 1960/68 / p. 52)
§
Stefanie Jones joue un arrangement de « The Sound of Silence »
de Simon & Garfunkel
Le ragtime est la musique sur laquelle Dieu danse quand personne ne le regarde.
Alessandro Barrico (‘Novecento : pianiste‘)
… Never play ragtime fast at any time.
Scott Joplin
Mais oui, tu connais la musique de Scott Joplin, le ragtime ! Un montage photo bidouillé à la hâte et quelques notes de piano à rouleau et ta mémoire fera le reste :
≈
Ce que tu ne sais peut-être pas, c’est que le célébrissime Royal Ballet de Londres a dansé et danse encore sur les thèmes joyeusement syncopés du ragtime de Scott Joplin et de quelques-uns de ses contemporains du début du XXème siècle.
Kenneth MacMillan 1929-1992
C’est Kenneth MacMillan, alors directeur artistique de la Compagnie depuis 1970, qui, en 1974, réalise ce court spectacle haut en couleur, Elite Syncopations, sortant la troupe des conventions traditionnelles du ballet classique où elle excelle.
Pas d’intrigue véritablement, mais une succession de tableaux aux couleurs vives que l’on pourrait volontiers situer dans un bar douteux du delta du Mississippi au début du siècle dernier. Les personnages, en tenues flamboyantes, flirtent, se toisent, s’observent les uns les autres et dansent crânement à tour de rôle, chacun montrant à ses rivaux la hauteur de son talent.
Le talent, la scène du Covent Garden en regorgeait déjà le 7 octobre 1974 pour la première…
Le temps ne lui a rien fait perdre :
Juges-en par cette lente et superbe « rag-waltz » dansée il n’y a pas si longtemps par la divine Sarah Lamb et le sémillant Valeri Hristov, « Bethena, a Concert Waltz », morceau écrit par Scott Joplin en 1905.
≈
Et plein écran, bien sûr, pour un grand salut radieux à toute la Compagnie :
La mélodie française va tout droit, sans convulsions et sans frénésie, au rare, à l’exquis, à l’inattendu.
Vladimir Jankélévitch
La mélodie française, sans doute la voie la plus suave et la plus raffinée pour accéder à la saveur des profondeurs de l’intime.
Voilà qui oblige l’interprète à posséder les talents du conteur, et son pianiste accompagnateur à se faire orchestre… à moins que le compositeur, dans son extrême élégance, n’ait déjà prévu d’y pourvoir.
Ernest Chausson 1855-1899
Ainsi en 1899, le grand mélodiste, Ernest Chausson, composant « La Chanson Perpétuelle » sur douze des seize tercets du poème « Nocturne » de son contemporain Charles Cros, choisit-il de faire accompagner par un piano et un quatuor à cordes les états d’âme d’une jeune femme abandonnée par son amant.
Au souvenir des brefs instants de bonheur, succèdent, dans une atmosphère où la douleur croît, l’attente, l’espoir, la mélancolie et, tel celui d’Ophélie, le désir de mort dans les eaux de « l’étang, parmi les fleurs sous le flot endormi ».
Connivence des mots et de la musique dans le désenchantement de l’heure crépusculaire où Éros rejoint Thanatos.
Le Quatuor Elmire, Sarah Ristorcelli (piano) et Victoire Bunel (mezzo-soprano) interprètent Chanson perpétuelle op. 37
Bois frissonnants, ciel étoilé Mon bien-aimé s’en est allé Emportant mon cœur désolé.
Vents, que vos plaintives rumeurs, Que vos chants, rossignols charmeurs, Aillent lui dire que je meurs.
Le premier soir qu’il vint ici, Mon âme fut à sa merci ; De fierté je n’eus plus souci.
Mes regards étaient pleins d’aveux. Il me prit dans ses bras nerveux Et me baisa près des cheveux.
J’en eus un grand frémissement. Et puis je ne sais plus comment Il est devenu mon amant.
Je lui disais: « Tu m’aimeras Aussi longtemps que tu pourras. » Je ne dormais bien qu’en ses bras.
Mais lui, sentant son cœur éteint, S’en est allé l’autre matin Sans moi, dans un pays lointain.
Puisque je n’ai plus mon ami, Je mourrai dans l’étang, parmi Les fleurs sous le flot endormi.
Sur le bord arrivée, au vent Je dirai son nom, en rêvant Que là je l’attendis souvent.
Et comme en un linceul doré, Dans mes cheveux défaits, au gré Du vent je m’abandonnerai.
Les bonheurs passés verseront Leur douce lueur sur mon front, Et les joncs verts m’enlaceront.
Et mon sein croira, frémissant Sous l’enlacement caressant, Subir l’étreinte de l’absent.
Charles Cros (‘Nocturne‘)
Et, pour le plaisir de quelques amateurs inconditionnels, comme moi, de Dame Felicity Lott dans le répertoire français :
Quant à la poésie, elle est la parole de la parole. Elle est à la pointe du langage, cette énergie qui refait notre vocabulaire et le place en situation de récréation vitale. C’est un outre-dit, une expérience qui poursuit un objectif. La poésie est réponse à une question qui ne fut pas posée. Il faut inventer, réinventer la transparence comme une fenêtre ouverte pour respirer.
La poésie est ainsi délaissée. Mais je pense qu’elle resurgira de sa retraite le moment venu parce que les êtres humains ont besoin d’elle pour voir à nouveau le monde, vivre vraiment leur vie, et enfin respirer. Il y aura une aube nouvelle pour la parole de poésie, ce cante jondo, ce chant profond.
Salah Stétié (1929-20/05/2020)
Textes cités par Jinane Chaker Sultani Milelli, dans un article du journal libanais Libnanews en date du 21/05/2020, intitulé : ‘Lettre d’adieu post-mortem de Salah Stétié à ses ami.e.s’
&
Poètes français de demain, nouveaux dinosaures, chers pauvres dinosaures, vous seuls gardez au seuil de la caverne désertée notre or imaginaire et le peu d’eau resté disponible. N’espérez rien, cependant, au-delà de l’honneur que constitue cette garde.
To-morrow, and to-morrow, and to-morrow,
Creeps in this petty pace from day to day,
To the last syllable of recorded time;
And all our yesterdays have lighted fools
The way to dusty death.
William Shakespeare – Macbeth (Acte V – Scène 5)
Demain, et puis demain, et puis demain, Glissent à petits pas d’un jour à l’autre Jusqu’à la dernière syllabe du registre des temps ; Et tous nos hiers n’ont fait qu’éclairer pour des fous La route de la mort poussiéreuse.
Cette fête du corps, devant nos âmes, offre lumière et joie.
Pour que chacune et chacun reçoive à travers cette citation, empruntée à Paul Valéry à propos de la danse, la sincère expression de mes vœux de lumière et de joie à l’occasion de la nouvelle année, il me fallait nécessairement offrir à vos âmes cette fête du corps.
Alors en voici une des plus belles : Aurore, Marianela Nunez, recevant l’hommage de ses prétendants dans le « Grand adage à la rose » du ballet de Marius Petipa, « La Belle au Bois Dormant ».
Puissent la grâce, l’équilibre, l’énergie, la légèreté et le sourire de cette merveilleuse étoile inspirer votre année 2021 !
Quel plus formidable ensorceleur pour exorciser 2020 et balayer enfin les derniers soubresauts maléfiques de l’an mauvais dans un impétueux tourbillon de musique, que le grand sorcier lui-même, né il y a 250 ans et quelques jours : Ludwig van Beethoven ?
Le frisson des quatuors de Beethoven vient en partie de la combinaison d’une difficulté virtuose et d’une intensité émotionnelle. Prescience de magicien, le Maître n’aurait-il pas écrit à dessein le dernier mouvement, « Allegro molto », de son Quatuor à cordes n°9 en Ut majeur, Op.59 ?
Pour le plaisir d’y croire :
– L’écoute du sémillant Quatuor ÉBÈNE :
– L’analyse de Laurent Mazliak, chercheur-musicien du Laboratoire de Probabilités, Statistique et Modélisation (hé oui !), rencontré au hasard d’une balade sur la toile :
C’est à l’alto que revient alors l’honneur de lancer le tourbillon qui vient. Ce thème impétueux,reprenant deux fois son souffle comme pour mieux concentrer ses forces se libère finalement de toutes ses entraves, et fonce droit devant lui, balayant tout sur son passage, repris en fugato par le second violon, puis le violoncelle et enfin le premier violon qui l’amène à un paroxysme où il va rester et culminer pendant quelques mesures avant de redescendre, de remonter en suivant un prodigieux échange des quatre instruments montant un thème sur une seule corde. Réexposition, il redescend encore, et il remonte pour ce qui semble être la dernière fois sur un bruissement sémillant du premier violon, alors que le second énonce un magnifique contre-chant. Le tout s’effondre dans un point d’orgue. Et ce n’est pas fini ! Relançant la machine toujours plus haut,toujours plus vite, transformant quatre musiciens en huit ou douze, le joyeux fracas est porté au sommet de son incandescence sur de bouillonnants arpèges d’ut majeur à l’unisson.
Have yourself a merry little Christmas Let your heart be light Next year, all our troubles will be out of sight Have yourself a merry little Christmas Make the Yuletide gay Next year, all our troubles will be miles away
Once again as in olden days Happy golden days of yore Faithful friends who are dear to us Will be near to us once more
Someday soon, we all will be together If the fates allow Until then we have to muddle through somehow So have yourself a merry little Christmas now
Tu n’es pas tout à fait la misère,
Car les lèvres les plus pauvres te dénoncent
Par un sourire.
Paul Eluard
Ψ
Triste é viver na solidão Na dor cruel de uma paixão Triste é saber que ninguém Pode viver de ilusão Que nunca vai ser, nunca vai dar O sonhador tem que acordar
Sua beleza é um avião Demais p’rum pobre coração Que para pra te ver passar Só pra me maltratar Triste é viver na solidão.
Il est triste de vivre dans la solitude Dans la douleur cruelle d’une passion Il est triste de savoir que personne Ne peut vivre d’illusions Que cela ne sera jamais, ça ne marchera jamais Le rêveur doit se réveiller
Ta beauté est un avion Trop belle pour un pauvre cœur Qui s’arrête pour te voir passer Juste pour se flageller Il est triste de vivre dans la solitude.
Réjouis-toi ! J’ai enfin trouvé la perle rare dont tu rêvais. Tes tâches ménagères, pour lesquelles, comme nous le savons tous les deux, les fées ne t’ont doté d’aucun talent, vont désormais passer entre des mains expertes.
La jeune fille est charmante, pourrait-elle l’être plus ? Elle répond au délicat prénom d’Angelina que lui a donné son célèbre père d’opéra, Gioacchino Rossini. En vérité, elle s’appelle Isabel Léonard et affirme qu’elle est américaine et de mère argentine. Mais ne t’embarrasse pas de ces détails car elle prend aussi parfois des identités différentes, Dorabella, Zerlina, Charlotte ou encore Mélisande, entre autres. Rassure-toi, sa manie est sans danger, bien au contraire.
Les difficultés de son existence ne l’ont pas privée de son beau sourire, espiègle souvent, auquel, j’en suis persuadé, tu ne résisteras pas plus qu’à ses exubérances juvéniles. La vidéo que je joins à ce message devrait t’édifier sur ce point.
Ne te formalise pas des souillures de suie sur son tablier : la pauvre fille est astreinte à l’entretien de la cheminée familiale ; c’est d’ailleurs à travers les lueurs des flammes qu’elle fait voyager ses rêves. Ses sœurs, deux satanées chipies, l’ont même surnommée Cendrillon, ou plutôt, en italien, Cenerentola.
Comme tu le constateras, elle a pris l’habitude de chanter en travaillant. Et joliment, mon coquin, une superbe voix de mezzo. Certes son travail n’en souffre pas, mais les voisins ne résistent jamais au plaisir de venir l’écouter… Ça te fera de la visite, vieil ours !
Je me demande en rédigeant ces lignes si le Prince charmant qui sommeille en toi ne finirait pas par lui mettre la bague au doigt. Comble du paradoxe, c’est toi qui aurais ainsi trouvé chaussure à ton pied… (Facile ! Je sais.)
J’attends avec impatience tes impressions… peut-être un faire-part. – Belle occasion en tout cas pour qu’Angelina entonne encore – qui s’en plaindrait ? – cette joyeuse et virtuose aria, Non più mesta…
I have learned that all you give is all you get
So give it all you’ve got
Shirley Horn (1934-2005) – Photo 1991
Pour la voix « pleine de force et de majesté » de Shirley Horn
Pour les paroles empreintes de sage nostalgie ébauchées par Artie Butler qui dit avoir composé cette ballade à travers le regard mélancolique d’un vieil homme penché sur son passé, et qui aurait conservé intact son optimisme envers le temps qui reste.
Pour l’arrangement musical de Johnny Mandel qui a sans doute réalisé là le dernier grand standard du jazz américain, et le titre signature de Shirley Horn dont l’interprétation profonde et suave représente un legs majeur à l’histoire du jazz vocal déjà si bien représenté par ailleurs.
Pour la qualité de l’enregistrement de 1992, avec orchestre, en studio.
POUR LE PLAISIR ! POUR LE PLAISIR ! POUR LE PLAISIR !
Aucune plainte et aucun regret Je crois toujours à la poursuite des rêves et aux paris Mais j’ai appris que tout ce qu’on donne est tout ce qu’on obtient Alors donne tout ce que tu as reçu
J’ai eu ma part, j’ai bu ma dose Et même si je m’en satisfais Je veux encore voir ce qu’il y a sur d’autres routes Là-bas, au-delà de la colline Et tout recommencer
Alors voilà, à la vie et à toutes les joies qu’elle procure À la vie, pour les rêveurs et leurs rêves
C’est drôle comme le temps passe vite Comment l’amour peut-il passer De la chaleur de l’enfer à la tristesse des adieux Et nous laisser avec nos souvenirs qu’on appelle Pour réchauffer nos hivers
Car hier est passé et qui sait ce que demain apporte Ou emporte Tant que je suis encore dans le jeu je veux jouer Pour rire, pour vivre, pour aimer
Alors à la vie et à toutes les joies qu’elle apporte À la vie, aux rêveurs et à leurs rêves
Puisses-tu surmonter tes tempêtes Et embellir tes bonheurs À la vie, à l’amour, à toi (bis)
Traduction personnelle
La reconnaissance, pour Shirley Horn, a été tardive mais à la différence de bien des musiciens qui attendent longtemps que leur heure survienne, la raison de ce retard est liée dans son cas à des choix personnels. Aussi, son retour au devant de la scène à l’âge mûr a-t-il révélé au grand public une chanteuse d’une rare authenticité, chez qui l’émotion la plus pure se conjuguait à une musicalité sans pareille dont témoignait son aura auprès des musiciens. Comme les grandes chanteuses de jazz, Shirley Horn possédait non seulement un timbre de voix inimitable mais surtout un art d’interpréter les chansons avec un sens consommé de la mise en scène, chanteuse du clair-obscur et de la note feutrée.
Vincent Bessières - Directeur de la revue "Jazz & People"
(Introduction d'un portrait de Shirley Horn publié sur le site de la Philharmonie de Paris)
… des oiseaux perdus dans la torpeur d’une forêt très sombre pendant les heures les plus chaudes de l’été. (Ravel – 1928)
N’y a-t-il pas dans cette magnifique interprétation, en kimono, des « Oiseaux tristes » de Ravel, ce petit supplément de justesse de ton et de méticulosité du regard, propre à l’approche extrême-orientale, qui, observé depuis les méandres de nos esprits occidentaux, semble toujours mieux éclairer les profondeurs de la méditation ?
Madoka Fukami interprète Miroirs(1904-1906) de Maurice Ravel :
II. Oiseaux tristes
Quelle satisfaction pour Maurice Ravel, âgé de 30 ans à peine, d'apprendre que son illustre aîné Claude Debussy vient d'exprimer son profond désir d'écrire une musique "improvisée, ... détachée d’un cahier d’esquisses" ! Et pour cause... il est lui-même tout à la transcription d'une impression sonore qu'il a ressentie lors d'une promenade en forêt de Fontainebleau, en entendant un merle chanter. Il compose "Oiseaux tristes".
Bien qu'il récuse régulièrement l'emploi de l'épithète "impressionniste" appliquée à la musique, préférant en abandonner l'usage à l'univers de la peinture, c'est bien dans un registre impressionniste, représentant des ambiances et des images, que Ravel choisit de composer, en ces années 1904-1906, les cinq pièces de "Miroirs".
"Oiseaux tristes", qui portera le numéro 2, en est sans doute l'illustration la plus significative : d'abord un chant d'oiseau solitaire, comme un appel, dans la tiède et humide atmosphère d'un épais sous-bois, suivi d'autres chants peut-être, d'autres vols, courts, tout aussi solitaires, sans relation établie. La partie centrale du mouvement plus dynamique et plus riche harmoniquement voudrait aider quelques rayons de lumière à traverser la canopée, mais l'humeur mélancolique finit désespérément par épouser la sombritude du lieu, faisant dire à quelque critique musical que le jeune compositeur avait écrit là son œuvre la plus sombre et la plus dépressive.
Sanctuaire de Kamishikimi Kumanoimasu – forêt de Takamori Machi (île de Kyushu – Japon)
Car le poète est un four à brûler le réel. De toutes les émotions brutes qu’il reçoit, il sort parfois un léger diamant d’une eau et d’un éclat incomparables. Voilà toute une vie comprimée dans quelques images et quelques phrases. Pierre Reverdy