Sérénades / 4 – ‘ À table ! ‘

« À table ! » C’est la triviale invitation qu’aurait pu nous lancer Léonard Bernstein en 1954 pour nous convier avec humour à la première d’une de ses œuvres les plus lyriques. Dramatique et philosophique, certes, mais des plus lyriques :
« Sérénade pour violon, orchestre à cordes, harpe et percussions ».

Cette pièce est en effet directement structurée autour d’un diner particulier, autour de la table d’un Banquet célèbre – ô combien ! -, celui imaginé par Platon dans les années 380 avant JC, afin de réunir dans ses pages, la fine fleur des penseurs, poètes et philosophes athéniens.

Platon (428 av JC – 348 av JC)

Car c’est bien ce célébrissime Συμπόσιον (Sumpósion) du maître de la philosophie grecque, ce fameux « Banquet de Platon », qu’a musicalement reconstitué notre génial compositeur à travers cette pièce concertante qui confie au violon solo le rôle central. Celui de porter la voix des commensaux philosophes choisis pour leur belle aptitude au débat.

Ainsi apparaissent au milieu de la scène sonore, à tour de rôle sous leur représentation musicale, les célèbres orateurs chargés de discourir sur la très sérieuse question de l’Amour. Éros, l’amour, le désir, telle est la thématique que Platon a décidé de soumettre à ces rhéteurs. 
Le violon virtuose, soutenu par les instruments d’un orchestre resserré, se charge de brosser le portrait musical de chaque intervenant. Traduisant en accords et harmonies les savants monologues ; il rend à qui de droit, d’un glissando, d’un mosso ou autre sforzando, sa faconde, ses dithyrambes et ses arguties.

La musique est aussi, pour l’harmonie et le rythme, une science des mouvements amoureux.

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Lelius

La musique et la poésie : des voies vers les êtres... Un chemin vers soi !

6 commentaires sur “Sérénades / 4 – ‘ À table ! ‘”

    1. Eh ! Eh ! Mais personne n’a prétendu que Platon manquait d’humour, ni que Bernstein ne l’avait pas relevé. La part, sinon comique, du moins ironique, chez le philosophe grec, est d’une grande importance : c’est ce sourire qui lui permet au fond de souligner habilement la complexité de la vérité… Avec un poil d’audace je dirais, pour outrepasser la vision scolaire, que « Le Banquet » est une comédie grinçante. – Que les puristes veuillent ne pas me blâmer !

      Quant à Bernstein, je ne pense pas qu’il se prenne au sérieux dans cette « big party ». Les formes de sa musique, la théâtralité qu’il lui affecte, la liberté de ton que tu as justement perçue, tout atteste qu’il peut pousser loin l’excentrique sans jamais être irrévérencieux.

      Conclusion : tu analyses bien la musique !

      Signé Professeur Nimbus

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