Flâner entre le rêve et le poème… Ouvrir la cage aux arpèges… Se noyer dans un mot… S'évaporer dans les ciels d'un tableau… Prendre plaisir ou parfois en souffrir… Sentir et ressentir… Et puis le dire – S'enivrer de beauté pour se forcer à croire !
Il ne s’agit pas d’être le feu, mais de se faire un peu de feu Quand on a froid et que l’humide veut régner sur nous peu à peu, II ne s’agit pas d’aller toujours sur une grand-route prévue Mais de pouvoir flâner un peu comme fait même l’âne qui broute, II ne s’agit pas d’être partout mais de choisir un petit coin, Appelez-le arbre, maison ou femme ou bien morceau de pain, Un jour je t’expliquerai ce que sont le ciel, les étoiles Et ce que tu es toi-même, avec ton or innocent, Je te ferai quelques croquis sur le tableau noir de la nuit, Mais si tu veux y voir clair, il faut venir tous feux éteints.
Tu inventes la balance où rien d’impur ne survit et quel juste partage est fait dans l’équilibre du monde,
Entre huit grains de poussière et deux plumes de mésange !
Le funambule
Un sentier de fil tendu et si mince qu’un ange n’y pourrait cheminer que les ailes ouvertes ;
Rien que l’espace alentour -, très bas et très haut l’espace charmeur et mortel.
Ô funambule, il n’est pas de solitude comparable à la tienne et tu n’as d’autre compagnon
Que cette mort toujours te parlant à l’oreille et te pressant de lui céder.
Ah ! quelle danse étrange où le moindre faux pas punit de mort le danseur !
Quelle fidélité où le moindre mensonge immole le menteur.
De ton pied intelligent, tu choisis le nombre d’or entre cent nombres perfides — et chacun de tes orteils est vainqueur de cent énigmes.
Tandis que tes bras levés et tes paumes bien ouvertes semblent toucher une rampe de vent ou calmer les sirènes du vide.
Une grâce vigoureuse dicte la foi forte et chaste à tes genoux, à ta nuque.
Et tu poursuis un voyage dans la pure vérité.
Tu marches ; plus rien en toi ne peut dormir ou rêver. Ô justice, ô vigilance.
Et tu es comme l’avare qui perdrait tout son trésor en perdant un seul denier.
L’oiseau des cimes t’admire en ta haute pauvreté. Il a dans l’air vaste et nu mille soutiens transparents :
Toi, tu n’as pour seul appui qu’un fil nié par les yeux, le plus frêle fil du monde entre deux bords de cristal.
Tu inventes la balance où rien d’impur ne survit et quel juste partage est fait dans l’équilibre du monde,
Entre huit grains de poussière et deux plumes de mésange !
Si ta main va s’emparer de quelque invisible pêche, tu sais la fondre en toi-même et goûter son jus profond de la lèvre au bout des pieds.
Ô prince du suspens, ô maître de l’audace, chaque pas que tu fais engendre des musiques en des lieux bercés hors du temps ;
Et la terre envieuse et l’abîme dompté ne pouvant t’engloutir, ont pris parti de t’adorer.
Règne donc dans un tourment aux figures de délice ; caresse d’une main savante les grands fauves endormis,
Puisque tu vois danser ton âme à la distance d’un seul pas et que ta main va l’atteindre.
Ô solitaire, ô lucide, risque à chaque instant de perdre un séjour obéissant, un empire de saisons pour gagner un pas de plus.
Cette fête du corps, devant nos âmes, offre lumière et joie.
Pour que chacune et chacun reçoive à travers cette citation, empruntée à Paul Valéry à propos de la danse, la sincère expression de mes vœux de lumière et de joie à l’occasion de la nouvelle année, il me fallait nécessairement offrir à vos âmes cette fête du corps.
Alors en voici une des plus belles : Aurore, Marianela Nunez, recevant l’hommage de ses prétendants dans le « Grand adage à la rose » du ballet de Marius Petipa, « La Belle au Bois Dormant ».
Puissent la grâce, l’équilibre, l’énergie, la légèreté et le sourire de cette merveilleuse étoile inspirer votre année 2021 !
Plus ou moins zéro, c’est, dans la gradation Celsius des températures, le point de rencontre du solide et du liquide, ce point d’échange particulier où la terre ferme devient fine pellicule de glace, comme au Groenland, par exemple. A ce point, le quotidien est tenaillé entre conditions naturelles extrêmes et isolement social, limite ténue où la vie et la mort ne tiennent qu’à la simple mutation du signe.
N’est-ce pas également à cette subtile inversion de sens que tient le fragile équilibre de la relation du couple ? Oscillation continue du point de convergence de deux solitudes entre un plus fusionnel et un moins fissionnel.
Car le poète est un four à brûler le réel. De toutes les émotions brutes qu’il reçoit, il sort parfois un léger diamant d’une eau et d’un éclat incomparables. Voilà toute une vie comprimée dans quelques images et quelques phrases. Pierre Reverdy