Flâner entre le rêve et le poème… Ouvrir la cage aux arpèges… Se noyer dans un mot… S'évaporer dans les ciels d'un tableau… Prendre plaisir ou parfois en souffrir… Sentir et ressentir… Et puis le dire – S'enivrer de beauté pour se forcer à croire !
On y cause en argomuche
Et Pantin se dit Pant’ruche
Ménilmontant, Ménil’muche
Et le temps n’y change rien.
Jean-Roger Caussimon – « Paris jadis », 1977
Willy Ronis – Ménilmontant-Belleville – 1959
Ménilmontant par Edouard Boubat (1956)
Je suis pas poète
Mais je suis ému
Et dans ma tête
Y a des souvenirs jamais perdus
Charles Trénet (1913-2001) « Ménilmontant » – 1938
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Voix et guitare : Marion Lenfant-Preus
Guitare : Joscho Stephan
Basse : Volker Kamp
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Mais l’éternelle version originale par « le fou chantant » :
Ménilmontant est un ancien faubourg de Paris. Il est un des hameaux annexés par la capitale en 1860 sous l’impulsion du baron Haussmann dans le cadre des grands travaux de transformation de la ville.
Sa position géographique élevée en fit longtemps un point d'alimentation en eau de la ville de Paris.
Le quartier demeuré très populaire est aujourd'hui l'un des plus cosmopolites de la capitale. Associé inséparablement avec le quartier voisin, Belleville, il en constitue le 20ème arrondissement.
Mourir, oui, mais ne pas être agressés par la mort. Mourir persuadés qu’il n’y a pas de plus beau voyage. Et en cet ultime instant être joyeux comme quand on compte les minutes à l’horloge de la gare et que chacune dure un siècle. Puisque la mort est l’épouse fidèle qui succède à l’amante perfide nous ne la recevrons pas comme une intruse, ni ne fuirons avec elle. Trop de fois nous sommes partis sans un salut ! Au moment de dépasser en un instant les limites du temps, tandis que même la mémoire de ce que nous avons été s’effacera, permets-nous, ô Mort, de dire adieu au monde, accorde-nous encore un délai. Que l’immense pas ne soit pas précipité. À la pensée d’une mort soudaine, mon sang se glace. Mort, ne viens pas me saisir mais de loin, fais-moi signe et telle une amie, emporte-moi comme la dernière de mes habitudes.
Vincenzo Cardarelli – Poésies / 1942
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En italien, dit, recueilli, par Luigi-Maria Corsanico :
Alla morte
Morire sì, non essere aggrediti dalla morte. Morire persuasi che un siffatto viaggio sia il migliore. E in quell’ultimo istante essere allegri come quando si contano i minuti dell’orologio della stazione e ognuno vale un secolo. Poi che la morte è la sposa fedele che subentra all’amante traditrice, non vogliamo riceverla da intrusa, né fuggire con lei. Troppo volte partimmo senza commiato! Sul punto di varcare in un attimo il tempo, quando pur la memoria di noi s’involerà, lasciaci, o Morte, dire al mondo addio, concedici ancora un indugio. L’immane passo non sia precipitoso. Al pensier della morte repentina il sangue mi si gela. Morte non mi ghermire ma da lontano annùnciati e da amica mi prendi come l’estrema delle mie abitudini.
Eppan, petite commune de 15 000 âmes, sur la route des vins, au Tyrol du Sud, à quelques kilomètres de Bolzano.
Tout l’après-midi le vif soleil de juin avait accompagné chacun de nos pas. Aucun de ses rayons n’avaient manqué à l’appel des coteaux et des vignes, indolents sous sa caresse. Saoulés d’air léger et de nature embaumée, nous rassemblions nos derniers efforts pour atteindre enfin la Résidence Reinsberg où nous attendaient quelques verres de vin frais.
N’écoutant que ma curiosité et, peut-être guidé par mon instinct, je décidai de me désolidariser un instant de mes camarades et m’échappai discrètement à droite, vers l’autre extrémité du bâtiment, pour rejoindre la petite chapelle que j’avais, malgré la modestie de son apparence, remarquée dès notre arrivée.
J’entrai. Je venais d’ouvrir un charmant petit écrin baroque. Un frais voile de lumière apaisée me recouvrit soudain. Et j’eus la compendieuse sensation d’entendre murmurer Paul Claudel : « En un instant mon cœur fut touché et je crus. » Le mystère, d’un soupir, rappelait à mon incorrigible incroyance que sa grandeur ne se mesurait pas à l’aune des jauges architecturales.
Ut majeur ! Fin de cette brève méditation ! Les premières notes d’une toccata légère et souriante, sonnant bon le XVIIème siècle, jaillissaient d’un orgue positif, en forme de retable, placé contre un mur, et occupaient désormais tout le volume.
L’organiste, Peter Waldner, s’imaginait peut-être ne jouer que pour le Ciel. Il ignorait que pour un bref et heureux moment j’avais pris place, en toute imposture, à la droite du Seigneur.
L’aveu de mon forfait l’incita tout de même à me donner le nom du compositeur de la toccata, Bartholomäus Weisthoma (1639-1721), illustre inconnu dont je ne sus rien de plus, et celui du facteur du positif, Martin Jungkhans (1682), qui ne fit pas d’avantage reculer mon ignorance.
Voilà en tout cas une fugue (si j’ose dire) dont le récit totalement imaginé, me permettrait de faire briller un instant les yeux de mes amis aussitôt retrouvés autour de bonnes bouteilles déjà bien entamées… !
Ah ! La vidéo ? Ce n’est pas une preuve, non ! Juste un témoignage (réel) de la simplicité sereine des lieux et du talent de l’organiste, emprunté, pour le plaisir, à la chaîne YouTube : Südtirol in concert.
Vieillir c’est organiser sa jeunesse au cours des ans.
Paul Eluard – Poésie ininterrompue
Poésie ininterrompue – extrait –
Hier c’est la jeunesse hier c’est la promesse
Pour qu’un seul baiser la retienne Pour que l’entoure le plaisir Comme un été blanc bleu et blanc Pour qu’il lui soit règle d’or pur Pour que sa gorge bouge douce Sous la chaleur tirant la chair Vers une caresse infinie Pour qu’elle soit comme une plaine Nue et visible de partout Pour qu’elle soit comme une pluie Miraculeuse sans nuage Comme une pluie entre deux feux Comme une larme entre deux rires Pour qu’elle soit neige bénie Sous l’aile tiède d’un oiseau Lorsque le sang coule plus vite Dans les veines du vent nouveau Pour que ses paupières ouvertes Approfondissent la lumière Parfum total à son image Pour que sa bouche et le silence Intelligibles se comprennent Pour que ses mains posent leur paume Sur chaque tête qui s’éveille Pour que les lignes de ses mains Se continuent dans d’autres mains Distances à passer le temps
On a dit avec raison que le but de la musique, c’était l’émotion. Aucun autre art ne réveillera d’une manière aussi sublime le sentiment humain dans les entrailles de l’homme ; aucun autre art ne peindra aux yeux de l’âme, et les splendeurs de la nature, et les délices de la contemplation, et le caractère des peuples, et le tumulte de leurs passions, et les langueurs de leurs souffrances.
George Sand – Consuelo
Mais de tous ces enchantements,
N’y a-t-il rien de plus charmant
Que le sourire de tendresse
D’une âme oubliant sa détresse.
Zdes’ khorosho… Vzgljani, vdali Ognjom gorit reka; Cvetnym kovrom luga legli, Belejut oblaka. Zdes’ net ljudej… Zdes’ tishina… Zdes’ tol’ko Bog da ja. Cvety, da staraja sosna, Da ty, mechta moja!
Ici il fait bon vivre… Regarde, au loin La rivière est en feu ; Les prairies sont des tapis de couleurs, Les nuages sont blancs. Ici il n’y a personne… Ici c’est le silence… Ici il n’y a que Dieu et moi, Les fleurs, le vieux pin, Et toi, mon rêve !
Ici, c’est bien ! Mais à chacune, à chacun, sa manière de l’exprimer !
Romantique… contemplation mélancolique : Ilona Domnich accompagnée au piano par Marc Verter
Romantique… langoureux mais non sans passion : Aida Garifullina · RSO – Wien · Direction : Cornelius Meister
Romantique… l’âme russe jusqu’au bout des doigts : Irina Lankova – Salle Gaveau – Paris (octobre 2021)
Romantique… l’archet pleure… mais en famille : Sheku Kanneh-Mason (violoncelle) et Isata Kanneh-Mason (piano)
Y te vas hacia allá como en sueños
Dormida, Alfonsina, vestida de mar*
Paroles de la chanson « Alfonsina y el mar »
*Et tu t’en vas là-bas, comme dans un rêve, Endormie, Alfonsina, et toute vêtue de mer
Stèle d’Alfonsina Storni à Mar del Plata
Depuis sa création par Mercedes Sosa, en 1969, cette chanson de Ariel Ramirez et Félix Luna, « Alfonsina y el mar », inspirée par le triste destin de la poétesse argentine Alfonsina Storni, nous a charmés et émus à travers bien des interprétations, pourtant très différentes les unes des autres.
En voici une nouvelle, aussi originale qu’inattendue, elle aussi pleine de charme, de poésie et d’émotion… et plus encore. Elle nous est offerte par l’iconique bassiste de jazz, Richard Bona et son complice, le pianiste cubain Alfredo Rodriguez, depuis le Festival de Jazz de Vienne (Isère) en juillet 2021.
Un enchantement, le trait d’humour en plus !
Les très jeunes « Perles d’Orphée », en décembre 2012, avaient consacré un billet à cette douce chanson et à l’histoire de cette « Ophélie » argentine dont le destin tragique inspira la délicate sensibilité des auteur et compositeur :
Je me laissais glisser vers l’hiver tout me semblait facile je n’étais qu’un mendiant dessous les porches verts jamais tu n’aurais dû t’asseoir si près de moi Je sais bien tu as froid je le savais déjà à regarder tes yeux à deviner ta vie que tu le veuilles ou non que je le veuille ou non tu danses dans mes nuits mes jours deviennent nuits pour rêver plus longtemps et je nage éveillé dans ton visage-pluie Je ne dirai plus rien et pas même ton nom mais ne va pas trop loin surtout ne dis pas non et reste donc pour moi comme un printemps fragile Sur ta poitrine douce des saisons impossibles jamais sur ton épaule ne s’useront mes lèvres jamais je ne prendrai ton regard dans mes mains Une feuille de neige cicatrise ton ventre je déchire les jours pour t’en faire un manteau
A. Barrios (1885-1944) – M. Cardozo Ocampo (1907-1982) – A. Piazzola (1921-1992)
Agustin Barrios Mangoré – 1934
Paraguayen, Pinchi Cardozo Ocampo, à l’instar de tous ses compatriotes, nourrissait une totale considération pour l’immense compositeur et guitariste classique qu’était Agustin Barrios, légende nationale, qui, ayant adopté le nom de « Mangoré » – chef des indiens guaranis lors de la résistance contre les espagnols – n’hésitait pas à apparaître parfois sur scène en tenue traditionnelle de sa tribu.
Musicien émérite lui-même, pleinement dévoué au folklore musical de son pays, et devenu la référence de la musique populaire paraguayenne, Cardozo Ocampo éprouvait également une profonde admiration pour son confrère argentin, maître du tango et du bandonéon, Astor Piazzola.
Il s’était donc amusé à imaginer une improbable rencontre entre ces deux figures incontournables de la musique sud-américaine, et avait alors écrit, à partir du célèbre Prélude en Do mineur pour guitare d’Agustin Barrios, un arrangement pour guitare et bandonéon, mêlant ainsi en un duo intime leurs chants supposés.
Interprété il y a quelques mois, en pleine période de confinement, depuis son appartement de Boston, par la très grande guitariste paraguayenne, Berta Rojas, rejointe virtuellement pour l’occasion par la jeune et brillante bandonéoniste de Buenos-Aires, Milagros Caliva, ce prélude fait de l’auditeur le témoin ému d’une délicate confidence à deux voix.
A partir d’un certain degré l’émotion ne permet plus la conservation du secret…
𝄐
One runs out of superlatives when writing about Berta Rojas, it has all been said before, countless times.*
Classical Guitar Magazine
* On manque de superlatifs lorsqu’on écrit sur Berta Rojas, tout a déjà été dit, un nombre incalculable de fois.
𝄐
Pour prolonger le plaisir, l’intégralité de la « Home session » consacrée en 2020 par Berta Rojas au compositeur de sa vie, en compagnie de ses invités à distance :
J’aimerais assez cette critique de la poésie : la poésie est inutile comme la pluie.
René-Guy Cadou – Usage interne (1951)
Le temps perdu
Si tu traverses les forêts de mon visage Et les ronds-points de ma poitrine après minuit Si tu es pris d’un grand courage Et t’égares dans mes pays Au bercement des oies sauvages N’espère plus trouver ce qui t’avait conquis
Tous ceux que j’abritais tendrement sous mes lèvres Et qui me répondaient lorsque j’avais trop faim Les boisseaux de soleil qui coulaient de mes mains Les vents alcoolisés qui me donnaient la fièvre
Tous les arbres venus s’appuyer à mon cou Et les rouges cerviers du soir dans mes genoux L’odeur de mes vingt ans emportés par les lièvres Tout cela n’était rien puisque je vis encore
Il fallait me jeter sur le plancher du bord Dépouillé de mes biens terrestres de mes armes Peut-être aurais-je pu répondre de mes larmes
J’ai trop couru le monde à la suite des mers Et lorsque je reviens m’accouder à la table C’est pour trouver la même vague au fond du verre
René-Guy Cadou (1920-1951)
Musique Voix Guitare : Martine Caplanne Guitare : Philippe Ferrière
Les contes de fées c’est comme ça. Un matin on se réveille. On dit : « ce n’était qu’un conte de fées ». On sourit de soi. Mais au fond on ne sourit guère. On sait bien que les contes de fées c’est la seule vérité de la vie.
Saint-Exupéry – Lettres à l’inconnue
CENDRILLON
– Ma chère Fée, tu pourrais tout changer. Tu pourrais faire que tout arrive.
FÉE
– Non, mais tu pourrais tout changer. Tu pourrais faire que tout arrive.
∞
« Possible » : mot étendard pour ma nouvelle année.
Et si les fées décident d’intervenir, je promets… d’accepter leur aide !
Pour commencer, je reçois bien volontiers celles qui en « boostent » le démarrage :
Marie Oppert et Nathalie Dessay : enregistrement d’ « Impossible / It’s possible », air célèbre extrait de la comédie musicale « Cinderella », de Rodgers and Hammerstein, qui enchanta les téléspectateurs américains en 1957, avant d’être reprise sur les scènes de théâtre.
GODMOTHER Impossible For a plain yellow pumpkin To become a golden carriage!
Impossible For a plain country bumpkin And a prince to join in marriage,
And four white mice Will never be four white horses Such fol-de-rol and fiddledy dee dee Of course is Impossible!
But the world is full of zanies and fools Who don’t believe in sensible rules And won’t believe what sensible people say,
And because these daft and dewy-eyed dopes Keep building up impossible hopes Impossible things are happenning every day!
Impossible!
CINDERELLA Impossible!
GODMOTHER Impossible!
CINDERELLA Impossible!
ELLA Impossible!
CINDERELLA Impossible!
CINDERELLA & GODMOTHER Impossible!
CINDERELLA But if you want now my fairy godmother, Then anything is possible, right?
GODMOTHER I suppose so…
CINDERELLA You could change it all. You could make it all happen.
GODMOTHER No, but you could change it. You could make it all happen.
CINDERELLA Never. I couldn’t.
GODMOTHER You’re right. It’s all so…
Impossible For a plain yellow pumpkin To become a golden carriage
Impossible For a plain country bumpkin And a prince to join in marriage,
And four white mice Will never be four white horses – Such fol-de-rol and fiddledy dee Of course is Impossible!
CINDERELLA But the world is full of zanies and fools Who don’t believe in sensible rules And won’t believe what sensible people say,
CINDERELLA & GODMOTHER And because these daft and dewy-eyed dopes Keep building up impossible hopes Impossible things are happ’ning every day!
Et si le jour de l’an était, après tout, le premier jour du printemps ?
Oh, pas ce printemps que nous indiquent les météorologues et les calendriers, non. Ce printemps qu’évoque si poétiquement Christian Bobin dans sa folie d’optimisme et d’espérance.
Ce printemps qui peut surgir au plus noir de l’année, […] quelque chose qui peut venir à tout moment pour interrompre, briser – et au bout du compte, délivrer.
Ce « printemps », utopique et pourtant si possiblement réel, que sincèrement je vous souhaite – je nous souhaite – à l’occasion de la naissance de cette année, généreux porteur de paix et de véritable renouveau.
Enregistrement diffusé le 26/12/2012 sur "Perles d'Orphée" qui venait de prendre son envol : J'attends le printemps
Le crépuscule du soir, l’heure de tous les accomplissements.
Rainer Maria Rilke
Entre soyeux de la voix et moelleux du toucher, le lied dans sa plus belle expression harmonique.
Les palais ne sont pas seuls à avoir leurs grands crus…
L’oreille et l’âme ont aussi les leurs…
Elles ont également leurs « caves » de dégustation.
Richard Strauss – « Trois lieder op.29 » I / Traum durch die Dämmerung
Weite Wiesen im Dämmergrau; Die Sonne verglomm, die Sterne ziehn; Nun geh’ ich hin zu der schönsten Frau, Weit über Wiesen im Dämmergrau, Tief in den Busch von Jasmin.
Durch Dämmergrau in der Liebe Land; Ich gehe nicht schnell, ich eile nicht; Mich zieht ein weiches, sammtenes Band Durch Dämmergrau in der Liebe Land, In ein blaues, mildes Licht.
Otto Julius Bierbaum (1865-1910)
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De larges prairies dans le gris crépuscule ; Le soleil se consume, s’allument les étoiles, Alors je vais vers la plus belle des femmes Tout au bout des prairies et du gris crépuscule, Par-delà les buissons de jasmin.
Dans le gris crépuscule, au pays de l’amour ; J’avance lentement, je ne me presse pas ; Le velours d’un doux ruban me tire Dans le gris crépuscule, au pays de l’amour, A travers une douce lumière bleutée.
Barbara Auzou Publié le 29/11/2021 sur LIRE DIT-ELLE
La poésie de Barbara Auzou est toute imprégnée de nature et de bonheur d'être, de fragrances de vie que chaque souffle de vent, d'où qu'il vienne, pousse vers le cœur. La générosité de ses mots souvent trouve sa source dans l’œuvre d'autres artistes, peintres ou sculpteurs qui ont su toucher son âme. René Char et quelques autres de ses illustres prédécesseurs en poésie ont pris soin d'éclairer son chemin... Chaque entrée dans l'un de ses poèmes est le commencement d'un heureux voyage dans l'univers du sensible et du subtil.
Barbara possède le don ultime que seuls les vrais poètes reçoivent, celui de nous aider à devenir voyants.
Nous terminions à peine l’une des dernières mini bouteilles du non moins mini réfrigérateur quand, sans se départir de son charmant sourire qui m’aurait fait me damner, Nicki m’annonça qu’elle devait rentrer.
Aux fallacieux arguments qu’elle invoquait – la colère de son père, l’inquiétude de sa sa mère, les soupçons de sa sœur, les cancans des voisins… – je ne trouvais, pour la retenir, qu’un seul argument, bien banal : « Chérie, il fait froid dehors ! »
Et, alors qu’à mon grand désespoir j’étais prêt à abdiquer, je décidais, stratégie ultime, de dire, à mon tour, que je devais partir…
Elle n’a pas voulu que j’attrape froid.
Et comme je m’apprêtais à lui servir un verre de Limoncello, pour mieux encore continuer ce doux tête-à-tête qu’aucun de nous deux, au vrai, ne souhaitait interrompre, je reçus violemment en plein visage le bouchon d’une bouteille de champagne ouverte avec trop d’enthousiasme par un maladroit Père Noël qui s’agitait au milieu d’une publicité télévisée.
Ma journée avait été épuisante. Cavaler depuis le matin à travers New-York, la veille de Noël, sous la neige, au milieu d’une foule plus affairée que jamais se pressant en tous sens entre les flashs aguicheurs des enseignes, les explosions lumineuses des publicités, et les clignotements incessants des guirlandes enroulées autour des sapins, avait usé mon énergie jusqu’à la corde.
Quel bonheur, lorsque de retour dans le calme de ma luxueuse chambre d’hôtel, à deux pas du Whitney Museum, je me suis jeté dans les bras de la bien accueillante bergère en velours rouge qui n’attendait que mon corps éreinté.
Le temps d’un clic sur la télécommande et déjà d’autres bras m’emportaient…
Vers dix-neuf heures trente, comme je descendais du « yellow cab » qui, après une vingtaine de minutes de trajet, venait de me déposer à Madison, devant le « Shangaï Jazz Restaurant », je perçus les premiers échos de la voix de Nicki Parrot, bassiste de grand talent et chanteuse de jazz à la voix si enjôleuse. Rossano Sportiello l’accompagnait au piano. A l’évidence ma soirée new-yorkaise commençait sous les meilleurs auspices.
A peine avais-je passé la commande de mon dîner chinois que je sentis se poser sur moi un regard doux et gracieux. Nicki, embrassant sa contrebasse, venait d’entonner à mon intention, par quelques scats rythmés « East of the sun, West of the moon », une chanson composée dans les années 1930 par un jeune étudiant de l’Université de Princeton, et devenue depuis un standard du jazz vocal.
D’un coup, la salle s’était vidée. Nicki ne chantait que pour moi. Folle déclaration d’amour, invite au bonheur partagé, loin du monde.
Just you and I, forever and a day
Love will never die because we’ll keep it that way
Up among the stars we’ll find a harmony of life to a lovely tune
East of the sun and west of the moon *
M’étais-je jamais senti aussi léger ?
Incapable de choisir entre les expressions de son regard tant il se partageait entre charme et humour, amabilité et passion, je m’y noyais. Ses paroles coulaient en moi comme le miel le plus doux. Nous embarquions heureux, et en rythme, vers l’Est du soleil, vers l’Ouest de la lune, pour toujours et un jour…
Non sans passer prendre un dernier verre à l’hôtel, dans ma chambre…
* Juste toi et moi pour toujours et un jour.Notre amour ne mourra jamais car c'est ainsi que nous le construisons,cachés dans un chant harmonieux au milieu des étoiles,à l'est du soleil, à l'ouest de la lune.