« Mon meilleur moi ! »

Mein guter Geist, mein bess’res Ich!

Clara et Robert Schumann

Widmung

Du meine Seele, du mein Herz,
Du meine Wonn’, o du mein Schmerz,
Du meine Welt, in der ich lebe,
Mein Himmel du, darein ich schwebe,
O du mein Grab, in das hinab
Ich ewig meinen Kummer gab!

Du bist die Ruh, du bist der Frieden,
Du bist vom Himmel mir beschieden.
Dass du mich liebst, macht mich mir wert,
Dein Blick hat mich vor mir verklärt,
Du hebst mich liebend über mich,
Mein guter Geist, mein bess’res Ich!

Friedrich Rückert (1788-1866)

Amy Broadbent (soprano) – Schumann : Widmung (Myrthen op.25)

Dédicace

Toi mon âme, toi mon cœur,
Toi ma joie de vivre, ô toi ma douleur,
Toi mon monde, dans lequel je vis,
Mon ciel c’est toi, auquel je suis suspendu
Ô toi mon tombeau, dans lequel
Je déposerai pour toujours mon chagrin.

Tu es la tranquillité, tu es la paix,
Tu es le ciel qui m’est échu.
Que tu m’aimes me rend digne de moi,
Ton regard est la lumière de mes yeux,
Ton amour m’élève au-dessus de moi-même,
Mon bon esprit, mon meilleur moi !

Tant d’amour !
Procès gagné contre Friedrich Wieck, le père de Clara, terriblement réfractaire à l’union de sa fille prodige avec Robert Schumann, ces deux jeunes musiciens d’exception, profondément épris l’un de l’autre, peuvent enfin célébrer leur mariage.

A quelques heures de ce moment tant désiré, ce 12 septembre 1840, Robert dépose dans la corbeille de sa future épouse, le plus précieux cadeau qu’il pouvait lui offrir en témoignage de son inextinguible amour, un exemplaire finement relié de « Myrthen », 26 lieder qu’il a composés pour deux voix sur des poèmes de Rückert, Goethe, Heine, Lord Byron, Thomas Moore et quelques autres poètes.

Clara Wieck-Schumann 1819-1896

Autant par le choix des poèmes que par les infinies nuances des compositions musicales qui les accompagnent, Schumann, « poète du piano », qui vient de découvrir combien « il est merveilleux d’écrire pour la voix », s’y dévoile totalement : fragile mais brave ; tendre, inquiet, mais déterminé et lucide. Tantôt Florestan, vif et confiant, tantôt Eusebius, contemplatif et tourmenté. Mais toujours, malgré cette dualité qui agite sans cesse ses émotions entre douceur, doute et désespoir, infiniment constant dans sa dévotion à la femme qu’il aime, son « meilleur moi ».

Widmung (dédicace) introduit ce florilège de lieder. Composé sur un poème que Friedrich Rückert avait écrit vingt ans plus tôt en hommage à sa propre épouse, ce lied contient assurément l’expression musicale la plus passionnée et les sentiments les plus sincères du futur époux.
Après leur répétition anaphorique les mots se taisent, « la voix poétique démissionne ; au piano de se faire chant de l’inexprimable »*, à l’instar de l’évidente citation de l’Ave Maria de Schubert que Robert insère dans le postlude, fervente révérence à Clara.

Franz Liszt (1858)

La sensibilité exacerbée de Liszt pouvait-elle rester indifférente au souffle exalté de ce chant d’amour ? Non, bien sûr ! Aussi, fidèle à son goût immodéré pour la transcription, le grand pianiste virtuose s’attacha-t-il dans l’arrangement qu’il en fit en 1848 à sublimer cette mélodie intimiste en une ardente confession, passionnée, partagée entre tendresse et déchirement.

C’est sans doute pour que son écriture musicale exprime fidèlement sa propre perception de l’essor dramatique du poème, que Liszt avait pris soin, dans sa partition autographe, d’en écrire le texte au-dessus de la mélodie. Ainsi pouvait-il s’assurer en particulier d’une parfaite coïncidence entre le point paroxystique de son arrangement pour piano et le dernier vers emblématique du lied, «Mein guter Geist, mein bess’res Ich» (mon bon esprit, mon meilleur moi).

*M. Beaufils, Le Lied romantique allemand – Gallimard, 1956

Evgeny Kissin : Schumann/Liszt – Widmung

Âme, te souvient-il…?

 
Âme, te souvient-il, au fond du paradis,
De la gare d’Auteuil et des trains de jadis
T’amenant chaque jour, venus de La Chapelle ?
Jadis déjà ! Combien pourtant je me rappelle
Mes stations au bas du rapide escalier
Dans l’attente de toi, sans pouvoir oublier
Ta grâce en descendant les marches, mince et leste
Comme un ange le long de l’échelle céleste.
Ton sourire amical ensemble et filial,
Ton serrement de main cordial et loyal.
Ni tes yeux d’innocent, doux mais vifs, clairs et sombres
Qui m’allaient droit au cœur et pénétraient mes ombres.
Après les premiers mots de bonjour et d’accueil,
Mon vieux bras dans le tien, nous quittions cet Auteuil,
Et sous les arbres pleins d’une gente musique,
Notre entretien était souvent métaphysique.
Ô tes forts arguments, ta foi du charbonnier !
Non sans quelque tendance, ô si franche ! à nier,
Mais si vite quittée au premier pas du doute !
Et puis nous rentrions, plus que lents, par la route

Un peu des écoliers, chez moi, chez nous plutôt,
Y déjeuner de rien, fumailler vite et tôt,
Et dépêcher longtemps une vague besogne.

Mon pauvre enfant, ta voix dans le bois de Boulogne !

Paul Verlaine
(Amour, 1888 Lucien Létinois XVIII)

Verlaine, de retour d'Angleterre, fait la rentrée 1877 comme répétiteur au pensionnat Notre-Dame de Rethel. 
Il y accorde une attention toute particulière à l'un de ses élèves, Lucien Létinois, auquel il s'attache. Relation ambivalente, amoureuse et/ou filiale, avec ce garçon de 17 ans...

Quand, en août 1878, son contrat n'est pas renouvelé, Verlaine repart pour l'Angleterre accompagné de son jeune ami. Ils y enseigneront dans des villes différentes jusqu'à leur retour en France, fin 1879.
En 1880, Lucien est enrôlé comme artilleur à Reims. Paul, soucieux de ne pas être éloigné de son jeune compagnon réussit à trouver dans cette même ville un poste de surveillant général.

En 1882, après avoir vendu la ferme de Juniville dans les Ardennes, récemment acquise et vite déficitaire, Verlaine rentre à Paris, impatient de retrouver la vie littéraire. Lucien s'installe avec ses parents à Ivry-sur-Seine.

Le 7  avril 1883, Lucien, 23 ans, meurt brusquement de la fièvre typhoïde. Verlaine est profondément affligé par la disparition de celui qu'il considérait comme son "fils adoptif". Il achète une concession au cimetière d’Ivry, et revient habiter chez sa mère, rue de la Roquette à Paris.

En 1888, Paul consacre les 25 derniers poèmes de son recueil "Amour" à Lucien Létinois.
Ce profond chagrin n'est sans doute pas étranger à la déchéance du poète.
Christine Sèvres, comédienne et chanteuse avait depuis les années 1970 rangé ses merveilleuses interprétations dans la maison d'Antraigues-sur-Volane, en Ardèche, à l'ombre des innombrables succès de son époux, Jean Ferrat.
Le 1er novembre 1981 le cancer l'emportait. Elle avait à peine 50 ans.

Et Cendrillon chante…

Les contes de fées c’est comme ça.
Un matin on se réveille.
On dit : « Ce n’était qu’un conte de fées… »
On sourit de soi.
Mais au fond on ne sourit guère.
On sait bien que les contes de fées
c’est la seule vérité de la vie.

Antoine de Saint-Exupéry (« Lettres à l’inconnue » – Gallimard 2008)

Una volta c’era un re,
Che a star solo,
Che a star solo s’annoiò;
Cerca, cerca, ritrovò :
Ma il volean sposare in tre.
Cosa fa?
Sprezzò il fastom e la beltà ,
E all fin scelse per sè
L’innocenza, e la bontà
Là là là là …

Il était une fois un roi
Qui était seul,
Qui s’ennuyait d’être seul.
Il chercha, chercha encore
Et c’est trois femmes qu’il trouva…
Trois femmes qui voulaient toutes l’épouser.
Que faire ?
Il méprisa la pompe et la beauté,
Et finalement, pour lui-même, choisit
L’innocence et la vertu.
La la la…

Wallis Giunta - mezzo soprano 

"Una volta c'era un re" : 
Chanson extraite de l'opéra "La Cenerentola" de Gioachino Rossini

Des voix vers le Seigneur

Les voies du Seigneur sont impénétrables…

Pénétrantes, les voix vers Lui.

Icône de Christ, attribuée à Andreï Roublev – XVème siècle

« Blagoslovi, dushe moya »  / Bénis le Seigneur, ô mon âme !
(Psaume 103)

2ème mouvement des « Vêpres » de Sergei Rachmaninov (1915)

Bénis le Seigneur, ô mon âme ;
Seigneur mon Dieu, tu es si grand !
Revêtu de magnificence,
Tu as pour manteau la lumière !

Tu as donné son assise à la terre :
qu’elle reste inébranlable au cours des temps.
Tu l’as vêtue de l’abîme des mers :
les eaux couvraient même les montagnes.

Quelle profusion dans tes œuvres, Seigneur !
Tout cela, ta sagesse l’a fait ;
la terre s’emplit de tes biens.
Bénis le Seigneur, ô mon âme !

1915. Rachmaninov ne fréquente plus les églises depuis bien longtemps. Il reste cependant très attaché aux souvenirs sonores de son enfance, au temps où sa grand-mère l'emmenait à la messe. Comme il le dit lui-même, les cloches de ses jeunes années n'ont pourtant jamais quitté ses tympans, ni son cœur. 

Avec "Les Vêpres", ou plus exactement "Les Vigiles Nocturnes"- opus 37, composées en quelques semaines cette année-là, il offre à l'Église orthodoxe russe l'une des plus grandes œuvres musicales qui lui aient jamais été destinées.
Cette splendide fresque chorale totalement a cappella exige des interprètes une bravoure sans borne pour soutenir des polyphonies superposant parfois jusqu'à 11 parties. Les basses quant à elles doivent quelquefois chercher la note dans les profondeurs extrêmes de la tessiture. 
 
La décision du régime soviétique mis en place après la Révolution de 1917 interdisant toute interprétation publique d'œuvres religieuses aura, de fait, érigé cette sublime composition a cappella pour chœur mixte en symbole de la fin d'un monde.   

La seule condition requise pour recevoir le message de Rachmaninov est la sincérité ; la sincérité et l’absence de tout pédantisme ; la sincérité et le consentement à l’ivresse qui nous emporte. Rachmaninov était le dernier des grands poètes russes du piano, le dernier des musiciens inspirés – car en ce temps-là le mot inspiration avait un sens.

Vladimir Jankélévitch

Poor Butterfly !

Dans le blues, dans le jazz, l’obscurité est toujours déjà présente, tout comme le chagrin. La catastrophe est un éternel compagnon. Mais jamais vous ne laissez l’obscurité et le chagrin avoir le dernier mot. Jamais.

Cornel West (Philosophe américain)
in « Philosophie Magazine » (11/2012)

Oh ! Oui ! Même si l’on n’est pas un(e) grand(e) aficionad(a) d’opéra, on a tous un jour croisé le chemin de cette attendrissante Madame Butterfly dont Maître Puccini raconte l’histoire dans une de ses plus belles œuvres, l’opéra éponyme de 1904, l’un des plus joués dans le monde.

Qui n’a pas un jour senti son cœur se serrer devant le triste désarroi de cette jeune et jolie japonaise, naïve, séduite, abandonnée et trahie par un officier américain ?
Qui n’a pas essuyé une larme lorsque fière et courageuse au sommet de son désespoir elle fait en scène ses adieux à son enfant chéri avant de se donner le seppuku ?
Qui aurait pu imaginer que ce thème inspirerait, en 1916, deux compositeurs de Broadway, Raymond Hubbel et John L. Golden qui écriraient la chanson « Poor Butterfly » ?
Qui, alors, aurait pu prédire que son succès du moment ferait d’elle, dans les années 1950, un « standard » du jazz, au programme des musiciens et des voix les plus emblématiques du genre, et au point de figurer dans le répertoire de la grande Sarah Vaughan comme titre signature ?

Questions sans réponse… Qu’importe !
Le flambeau continue de se transmettre. Alléluia !

A cappella ou en formation avec Andrea Motis et son quintet, Cécile McLorin Salvant en témoigne superbement :

Poor Butterfly

There’s a story told of a little Japanese.
Sitting demurely ‘neath the cherry blossom trees.
Miss Butterfly’s her name.
A sweet little innocent child was she
‘Till a fine young American from the sea
To her garden came.

They met ‘neath the cherry blossoms everyday.
And he taught her how to love the American way.
To love with her soul t’was easy to learn.
Then he sailed away with a promise to return.

Poor Butterfly
‘Neath the blossoms waiting.
Poor Butterfly
For she loved him so.

The moments pass into hours.
The hours pass into years.
And while she smiles through her tears,
She murmurs low:

The moon and I know that he’ll be faithful
I’m sure he’ll come to me by and by.
But if he won’t come back I won’t I’ll never sigh or cry,
I just must die.
Poor Butterfly!

Pauvre Butterfly !

Voici l’histoire que l’on raconte
à propos d’une petite japonaise
assise délicatement
sous les cerisiers en fleurs.
Son nom : Miss Butterfly.

C’était une douce petite enfant,
innocente,
jusqu’à ce qu’un beau jeune homme
venu de la mer
apparaisse dans son jardin.

Chaque jour ils se sont vus
sous les fleurs des cerisiers.
Il lui a appris à aimer
la vie à l’américaine.
– Apprend vite l’âme qui aime.
Puis il est parti,
promettant de revenir.

Pauvre Butterfly
patiente sous les fleurs.
Pauvre Butterfly
qui l’aimait tellement.

Les instants devinrent
des heures,
et les heures des années.
Tandis qu’elle souriait
à travers ses larmes,
elle murmurait tout bas :

‘Nous savons, la Lune et moi
qu’il me restera fidèle.
Je suis sûre qu’il reviendra
me voir de temps en temps.
Mais s’il ne revenait pas,
sans un pleur, sans un soupir,
je devrai juste mourir.’
Pauvre Butterfly !

Pour la nostalgie :

Pour l’Histoire :

Ange-gardien

L’ange est le musicien du silence de Dieu

Dominique Ponnau
(Directeur honoraire de l’École du Louvre)

Qui, si je criais, m’entendrait donc, d’entre
les ordres des anges ? et supposé même que l’un d’eux
me prît soudain contre son cœur, je périrais
de son trop de présence.
Car le beau n’est rien
que ce commencement du Terrible que nous supportons encore,
et si nous l’admirons, c’est qu’il dédaigne, indifférent,
de nous détruire. Tout ange est terrifiant.

R. M. Rilke, « Les élégies de Duino »,
traduction de Philippe Jaccottet (La Dogana, 2008, p. 9)

Ange-gardien (« Entidade »)*

Il vient de loin, Il vient toujours, Il vient
D’on ne sait quel monde.
Profonde est sa connaissance car elle vient de l’au-delà.

Son temps ne se compte pas en secondes,
Pour lui le temps n’existe pas ;
À y penser plus profondément
Son temps n’est le temps de personne.

Il vient de très loin, Il vient
Et demeure toujours à tes côtés.
Le passé lui appartient
Et l’avenir aussi.
Qu’est la vertu ?
Qu’est le péché ?
Il ne les définit ni ne s’en mêle
Car bon ou mauvais
Le temps de chacun est sacré.

C’est une présence étrange,
Invisible, qui t’accompagne,
Mais, crois-moi,
Où que tu te tournes,
Toujours Il te voit.

Ton chemin
Il en décide,
Il te guide et te protège
Même quand par tes  moqueries
Tu te refuses à y croire.

Il est ombre, spectre, figure,
Et c’est pour rester caché
Qu’Il fait ainsi les choses,
Ainsi qu’elles sont censées être.

Ne commets pas l’erreur
De vouloir changer le destin,
Il le connaît, depuis le tout début
Et jusqu’après la fin.

*La traduction, très libre, a été réalisée par l’auteur de ce billet.

Le magistral guitariste et compositeur brésilien Yamandu Costa a beaucoup collaboré avec son grand aîné le poète contemporain Paulo Cesar Pinheiro. Leurs réussites communes sont nombreuses et heureuses.  

Cette mélodie "Entidade" est un des titres du récent album de Yamandu, "Vento sul"(Vent du sud), un régal de chansons brésiliennes accompagnées par l'incomparable musicalité de la guitare à 7 cordes du compositeur virtuose.
Le titre est particulièrement évocateur de cette présence invisible qui est supposée nous accompagner tout au long de notre chemin de vie... Yamandu a choisi les lumières méditatives, pâles et ombreuses, de ses cordes pour en préserver le mystère. Douce et suave, comme le chant rassurant d'une maman, la voix de Mônica Salmaso, chanteuse populaire brésilienne, distille une apaisante envie d'y croire.


Les pénibles jours d'isolement dûs à l'épidémie ont inspiré la générosité de Mônica : elle a réalisé à distance, chacun restant chez soi, avec un grand nombre d'artistes brésiliens, une série de vidéos musicales pour réconforter et égayer les tristes jours de ses compatriotes. Un vrai bonheur pour les amoureux de la chanson et des rythmes de ce pays.

Cette vidéo fait partie de cette série, "Ô de Casas", superbe, à la fois par les talents qui s'y produisent et la sincérité qui s'en dégage.

À la maison… Tout simplement !

Joyce DiDonato chante depuis le piano de son salon une des plus belles mélodies françaises, « À Chloris »

Poème de Théophile de Viau – Musique de Reynaldo Hahn
 

À Chloris
 
S’il est vrai, Chloris, que tu m’aimes,
Mais j’entends, que tu m’aimes bien,
Je ne crois point que les rois mêmes
Aient un bonheur pareil au mien.
 
Que la mort serait importune
De venir changer ma fortune
A la félicité des cieux !
 
Tout ce qu’on dit de l’ambroisie
Ne touche point ma fantaisie
Au prix des grâces de tes yeux.
 

Demain

Jusqu’à ce qu’un jour dire demain n’ait plus de sens

Primo Levi – « Si c’est un homme »

Morgen

Und morgen wird die Sonne wieder scheinen
und auf dem Wege, den ich gehen werde,
wird uns, die Glücklichen sie wieder einen
inmitten dieser sonnenatmenden Erde…
und zu dem Strand, dem weiten, wogenblauen,
werden wir still und langsam niedersteigen,
stumm werden wir uns in die Augen schauen,
und auf uns sinkt des Glückes stummes Schweigen.

Poème de John Henry Mackay

 

Richard Strauss 1864-1949

 

Demain

Et demain le soleil brillera à nouveau,
Et sur les chemins que j’emprunterai,
Il nous réunira, nous les bienheureux,
Au sein de cette terre gorgée de soleil,
Et sur la plage, vaste, aux vagues d’azur,
Nous descendrons calmement et lentement,
Silencieux nos regards se mélangeront,
Et sur nous se posera le silence feutré du bonheur.

Traduction libre

Richard Strauss termine la composition des "quatre lieder" - opus 27, le 9 septembre 1894, la veille de son mariage avec sa bienaimée, la soprano Pauline de Ahna. Juste à temps pour glisser ce délicieux bouquet dans le panier de la mariée.
Bouquet plutôt varié puisque Strauss a choisi de mettre en musique quatre poèmes de caractères et d'auteurs différents, passant de la recherche de la paix intérieure dans le premier lied à l'exubérance extravertie de l'amour dans le deuxième, de la séduction au milieu de la foule dans le troisième à l'émotion profondément personnelle exprimée dans le quatrième et dernier, "Morgen", dont les vers ont été écrits par le poète écossais d'expression allemande, John Henry Mackay, son contemporain.

On ne confondra pas ces très appréciés "Quatre lieder" - opus 27, œuvre d'un jeune et talentueux musicien de trente ans avec le célébrissime et si émouvant cycle des "Quatre derniers lieder" - opus 150, pour soprano et orchestre, de ce même Richard Strauss, alors au bout de son existence, gravant sur sa partition avec une sensibilité demeurée intacte l'inoubliable testament musical d'un inoubliable compositeur.

Baiser d’ange

De Satan ou de Dieu, qu’importe ? Ange ou Sirène,
Qu’importe, si tu rends, – fée aux yeux de velours,
Rythme, parfum, lueur, ô mon unique reine ! –
L’univers moins hideux et les instants moins lourds ?

Baudelaire – « Hymne à la beauté » (« Les Fleurs du Mal »)

La jeune et talentueuse soprano égyptienne Fatma Said, accompagnée au piano par l’excellent Roger Vignoles, chante une des « Canciones clásicas españolas » écrites par le compositeur catalan Fernando Obradors entre 1920 et 1940 :

Del cabello más sutil…

Del cabello más sutil
Que tienes en tu trenzado
He de hacer una cadena
Para traerte a mi lado.
.
Una alcarraza en tu casa,
Chiquilla, quisiera ser,
Para besarte en la boca,
Cuando fueras a beber.

Du cheveu le plus délicat…

Du cheveu le plus délicat
Qui se glisse dans ta tresse,
Je veux tramer une chaîne
Pour te ramener près de moi.
.
Une cruche dans ta maison,
Mon enfant, je voudrais être,
Pour t’embrasser sur la bouche
Lorsque tu y viendras boire.

Deux poupées sous le sapin…

Une poupée au pied du sapin. Formidable ! Mais deux !…
Une qui chante, et l’autre qui danse. Le comble du bonheur !
Merci cher Père Noël pour autant de générosité !
Avoir gardé si longtemps son âme d’enfant – élégant euphémisme pour « retomber en enfance » – mérite bien double récompense après tout.

Il ne me reste plus, comme le font tous les enfants, qu’à mettre en scène, sans tarder, mes histoires d’amour avec mes deux marionnettes.
Je vais m’inventer avec chacune d’elles une aventure que personne n’aura imaginée avant moi. – Hé ! Pas de mauvaise interprétation, je vous prie ! Don Juan est déjà mort depuis longtemps, à mon âge…

Si j’appelais celle qui chante Olympia ?
… Et celle qui danse Coppélia ? – Original, non ?

Alors on dirait d’abord… par exemple, qu’Olympia est la « fille » d’un certain Docteur Spalanzani, alchimiste aussi malicieux qu’ingénieux.
Qu’à l’occasion d’une soirée un peu arrosée, le fameux docteur me la présente, non sans m’avoir fait chausser auparavant de bien particulières lunettes. Si la conversation de la jeune fille n’a, certes, rien de fascinant, sa beauté m’éblouit ; et je ne tarde pas à être sous le charme de ses vocalises suraigües.
Me voilà amoureux.

L’écouter c’est l’aimer. Assurément ! La preuve !

Mais voilà, les lunettes auront servi à créer l’illusion, la belle jeune fille n’était qu’une poupée. Et moi un grand naïf.

Mais ne vous méprenez pas ! Si vous pensez à l’Olympia qui fit un jour tourner la tête du poète Hoffmann dont Offenbach se plaît à nous raconter l’histoire, soyez certains que ce n’est là qu’une incroyable coïncidence…
Car mon Olympia à moi n’est pas cassée en mille morceaux, elle chante encore au pied de mon sapin.

« Les oiseaux dans la charmille » (« Les Contes d’Hoffmann »)
Maria Aleida
(soprano)

∴  ∴  ∴

De celle qui danse, que j’ai nommée Coppélia, on dirait que c’est ma propre « fille ».
Je serais ainsi le vieux Coppélius, fabriquant d’automates et n’aurais qu’un seul désir, donner la vie à ma créature, la doter d’une âme.
J’aurais, à cet effet, décidé d’utiliser le flux vital de ce jeune curieux, Frantz, qui se serait introduit chez moi et que j’aurais endormi.
Oh ! Joie ! Mon stratagème magique marcherait. Ma Coppélia s’animerait enfin… Voyez comme on danse !

Sauf que je ne tarderais pas à apprendre la supercherie : Swanilda, la fiancée jalouse du jeune Frantz, aurait pris la place de ma poupée chérie.

Inutile, bien sûr, de vous préciser que mon histoire n’a rien à voir avec un célèbre ballet classique où la pauvre Coppélia, ayant subi la colère de Swanilda, rejoint, brisée, en pièces détachées, l’atelier du brave Coppélius.
Regardez, assise au pied de mon sapin, ma Coppélia se repose.
Sa jambe ne vient-elle pas de bouger ?

« Coppélia » (Ballet – Acte II) – Carlos Acosta et Leanne Benjamin

∴  ∴  ∴

C’est bon de croire encore au Père Noël, si tard dans la vie ; ça développe l’imagination, n’est-ce pas ? Surtout un 25 décembre… quand est permis le mensonge enchanté.

Joyeux  Noël  à  tous !

Merry Christmas !

Un cœur en automne /12 : Tourments d’une Reine Indienne

La Pierre du Soleil (Musée National d’Anthropologie – Mexico) – Crédit Wikimedia

Touchante histoire que celle de Teculihuatzin, princesse maya du Mexique du XVIème siècle, la Reine Indienne : par amour, mais sans doute aussi par calcul politique, elle se convertit au catholicisme et prend alors le nom de Doña Luisa en devenant l’épouse du chef militaire Don Pedro de Alvarado dont elle attend qu’il l’intègre à la culture espagnole qu’elle juge supérieure à la sienne.

Se rendant ainsi complice de l’œuvre de conquête des troupes commandées par son époux, elle espère pouvoir atténuer la barbarie impitoyable des traitements infligés à son peuple.
Mais aucune de ses sincères espérances, amoureuse ou politique, ne connaîtra mieux que la trahison.

There’s joy in my grief and there’s freedom in chains.

Henry Purcell (1659-1695)

Émouvante Reine Indienne !
Héroïne de l’opéra que Purcell laisse inachevé à sa mort en 1695 et que Peter Sellars, metteur en scène de génie, fait remonter sur les tréteaux 320 années plus tard, pour lui offrir une histoire bien moins sucrée que celle proposée par le livret initial, le revisitant profondément et le modernisant. Complétant la partition originale du Maître anglais par d’autres mélodies empruntées à d’autres œuvres de sa composition, et clairsemant l’opéra nouveau de larges citations d’une romancière nicaraguayenne de notre temps.

Il « automne » beau dans le cœur saturnien de cette Indian Queen qui prend les traits et la voix de Julia Bullock.

Acte III – Scène 8 (Teculihuatzin/Dona Luisa : chez le chaman)
« I attempt from love’s sickness to fly in vain »
(Je tente en vain d’échapper aux maux de l’amour…)

Acte IV – Scène 2 (Dona Luisa & Chœurs)
« They tell us that your mighty powers above »
(On nous dit que vous, puissants pouvoirs célestes…)

On nous dit que vous, puissants pouvoirs célestes,
Savez rendre parfaits vos joies et vos plaisirs par l’amour.
Ah ! Comment pouvez-vous accepter les délices d’en haut
Et infliger au pauvre amoureux de tels tourments ici-bas ?

Et pourtant, bien que je souffre tant pour ma passion
Mon amour restera, comme le vôtre, constant et pur.
Souffrir pour lui apaise mes tourments ;
Il y a de la joie dans mon chagrin, et de la liberté dans mes chaînes.

Même si j’étais d’essence divine, il ne pourrait m’aimer davantage,
Et moi, en retour, j’adore mon adorateur.
Ô, de sa chère vie, dieux cléments, prenez donc soin,
Car je n’ai pas d’autre part à votre bénédiction.

They tell us that your mighty powers above

Make perfect your joys and your blessings by Love.

Ah! Why do you suffer the blessing that’s there

To give a poor lover such sad torments here?

 .

Yet though for my passion such grief I endure,

My love shall like yours still be constant and pure.

To suffer for him gives an ease to my pains

There’s joy in my grief and there’s freedom in chains;

 .

If I were divine he could love me no more

And I in return my adorer adore

O let his dear life the, kind Gods, be your care

For I in your blessings have no other share.

 

Cette Indian Queen singulière possède une indéniable puissance d'esprit et de manière, croisant les continents et les époques presque à la façon de Terra nostra de Fuentes. La partition inachevée de Purcell (1695), composée d'après la pièce de Sir Robert Howard et John Dryden (1664), se mêle à des extraits déclamés de "La Niña blanca y los pájaros sin pies" de la romancière nicaraguayenne Rosario Aguilar (1992). 
La Restauration anglaise de 1660, qui ré-ouvrait les théâtres après leur interdiction par le Puritain Cromwell, rencontre ainsi le récit de la Conquista et interroge ces « Indes » dont les saveurs avaient pénétré Londres mais cachaient derrière leur exotisme la fin d'un monde. Sellars vous invite donc à une nouvelle histoire bien différente de l'aimable fantaisie imaginée par Dryden : une partition enrichie d'autres pages de Purcell, une expérience scénique où les souples chorégraphies de Christopher Williams habitent les fresques fauves de l'artiste de rue chicano Gronk, couleurs jaillissantes et totémiques qui semblent braver un demi-millénaire d'impérialisme politique, culturel et intellectuel, jusqu'à un finale rouge sang - auquel fera écho la chemise de Sellars lors de saluts joyeux.

Extrait de l'article de Chantal Cazaux publié le 11/03/2016 dans Avant Scène Opéra

Et quelques mots de Peter Sellars lui-même (en anglais) :

Un cœur en automne /11 : « Autumn in New York »

On était en octobre, le plus beau mois de l’année à New-York, et je prenais plaisir à étudier la lumière d’automne, à observer la clarté nouvelle dont elle semblait parée quand elle frappait en biais les immeubles de brique.

Paul Auster – « Moon Palace » (Actes Sud 04/1993)

Photo by William Gottlieb/Redferns

 

Billie Holiday chante
« Autumn in New York »
composée en 1934 par Vernon Duke

L’automne à New York

L’automne à New York, pourquoi est-ce si séduisant ?
L’automne à New York, c’est le frisson du premier soir.
Foules scintillantes et nuages éblouissants dans des canyons d’acier
Me rappellent que je suis chez moi.

L’automne à New York apporte la promesse d’un nouvel amour,
L’automne à New York est souvent mouillé de pleurs.
Les rêveurs aux mains vides peuvent imaginer des terres lointaines.
C’est l’automne à New-York,
C’est bon d’y vivre à nouveau.

L’automne à New York, les toits étincellent au couchant.
L’automne à New York, ça vous relève quand on vous laisse tomber.
Les libertins blasés et les joyeuses divorcées attablés au Ritz
Vous diront que c’est divin.

L’automne à New York transforme les bas-fonds en Mayfair.
L’automne à New York, plus besoin de châteaux en Espagne.
Les amoureux remercient la nuit
Sur les bancs de Central Park.
Salut l’automne à New York !
C’est bon d’y vivre à nouveau !

Un cœur en automne /7 : Séparation à deux voix

Rien n’est plus amer que la séparation lorsque l’amour n’a pas diminué de force, et la peine semble bien plus grande que le plaisir qui n’existe plus et dont l’impression est effacée.

Giacomo Casanova – « L’histoire de ma vie »

— ¤ —

L’une reste, l’autre part…
De son amour
chacune un jour
se sépare.

L’une chante, l’autre si peu !
La plus triste des deux
ne chante pas le mieux
son adieu.

Deux voix.
Une même tendresse.
Les grands émois
n’ont pas d’adresse.

Charlotte Gainsbourg : Elle reste et chante… si peu :

— ¤ —

Julia Lezhneva : Elle chante… mais ne reste pas :

MANON

Allons !… il le faut !
Pour lui-même !
Mon pauvre chevalier !
Oh ! Oui, c’est lui que j’aime !
Et pourtant, j’hésite aujourd’hui !
Non ! Non, je ne suis plus digne de lui !
J’entends cette voix qui m’entraîne
Contre ma volonté :
    « Manon, tu seras reine,
    « Reine par la beauté ! »

Je ne suis que faiblesse et que fragilité !
Ah ! malgré moi je sens couler mes larmes.

Devant ces rêves effacés !
L’avenir aura-t-il les charmes
De ces beaux jours déjà passés ?
Adieu, notre petite table
Qui nous réunit si souvent !
Adieu, notre petite table
Si grande pour nous cependant !
On tient, c’est inimaginable,
Si peu de place… en se serrant…
Adieu, notre petite table !
Un même verre était le nôtre,
Chacun de nous, quand il buvait,
Y cherchait les lèvres de l’autre…
Ah ! Pauvre ami, comme il m’aimait !
Adieu, notre petite table ! Adieu !

Un cœur en automne /2 : Live at Blues Alley

A quelques exceptions près, tous les musiciens qui ont compté dans l’histoire du jazz depuis l’ouverture du Blues Alley Jazz Club en 1965 se sont produits sur sa scène légendaire.
Il faudrait faire ouvrir les archives du club pour n’oublier personne, mais d’un trait de mémoire rapide on peut citer quelques noms dont la notoriété s’est échappée depuis belle lurette de l’univers feutré des aficionados du jazz :
Ainsi, Oscar Peterson, Charlie Mingus, Stanley Jordan, Dizzy Gillepsie, Stan Getz, Max Roach, Ella Fitzgerald, Sarah Vaughan, Nancy Wilson, Rachelle Ferrell et tant d’autres Dave Brubeck ou Sonny Rollins, tous ces géants du jazz, sont-ils venus briller, en leur temps, dans cette étroite ruelle du très charmant quartier de Georgetown à Washington D.C., au 1073 Wisconsin Avenue.

Blues Alley Jazz ClubGeorgetown section of Washington DC

Ce mercredi 3 janvier 1996, celle qui vient de brancher sa guitare électrique sur la scène n’est pas connue, ou si peu, et le plus souvent par ses collègues musiciens.

Eva Cassidy sur le seuil du Blues Alley – janvier 1996

Elle a rassemblé ses économies pour louer un car-régie afin d’enregistrer en « live », depuis ce lieu mythique, son premier CD.
Elle avait envisagé de mener son enregistrement public sur deux jours, mais le travail de la veille n’a pu être conservé. Elle n’en gardera que très peu de choses.
Ce mercredi elle ne doit absolument pas se louper. Alors elle fera fi du rhume qui par instant dérange sa voix, et le gracieux ange blond fera son entrée vêtue d’une chaude veste d’homme trop large pour elle, de bas épais et d’une paire de bottines.

Et puis elle a chanté. Blues, soul, gospel, folk : époustouflant éclectisme vocal !
On n’aura pas à consulter les archives du Blues Alley pour se souvenir de son nom.

L’album « Live at Blues Alley » est sorti le 20 mai 1996. Le succès l’attendait.
Dans les mois qui suivirent Eva développa un mélanome foudroyant qui a eu raison de son courage. Le 2 novembre, la maladie emportait un ange blond de 34 ans qui n’aurait sacrifié pour aucun award une longue balade en vélo.

Il souffle toujours dans la région du cœur un triste vent froid de fin d’automne quand on écoute Eva Cassidy.

Autumn leaves

You’ve changed

Tu as changé :
Cette étincelle dans ton œil a disparu
Ton sourire est devenu un rictus insouciant.
Tu me brises le cœur.
Tu as changé.

Tu as changé :
Tes baisers sont si indifférents,
Tu t’ennuies toujours avec moi,
Je ne comprends pas.

Tu as changé :
Tu as oublié les « Je t’aime »

Et tous nos tendres souvenirs,
Tu ignores toutes les étoiles qui nous regardent.
Comment imaginer que tu les aies une fois contemplées ?

Tu as changé :
Tu n’es plus l’ange que j’ai un jour connu.
Inutile de me dire qu’on est passé à côté.
C’est fini maintenant.

Tu as changé :
Tu ne sais plus dire « Je t’aime »
Tu as effacé tous nos moments heureux.
Tu ignores chaque étoile qui nous regarde
si une fois tu les as contemplées.

Tu as changé :
Tu n’es plus l’ange que j’ai connu
Pas besoin de me dire qu’on est passé à côté
Tout est fini maintenant.
Tu as changé !

En mai 2014, un hommage à Eva Cassidy sur "Perles d'Orphée" : 
"I miss you Eva !"

Liebestod

Jean DelvilleTristan et Iseult (Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles)

Mes bras ouverts tout grands vers toi en un geste de croix
pour y crucifier ton âme en baiser sur la mienne :
doux calvaire de la chair où la douce géhenne
confondra le râle de mort et d’amour en nos voix.

Jean Delville
(extrait du très wagnérien
poème « Le Désir Suprême » in « Les Horizons Hantés » – Bruxelles, Éditions Lacomblez – 1891)

Comme un écho au billet paru le 23 mai 2013 sur « Perles d’Orphée » :
Liebestod (La mort d’amour)

θ

Tristan
– Veux-tu me suivre au pays où le soleil ne luit point ? Veux-tu suivre Tristan ?

Isolde
– Au pays dont il parle, Isolde suivra Tristan…

θ

Waltraud Meier (Isolde) – Festival de Bayreuth – 1999.  « Liebestod »

Doux et serein, comme il sourit
Comme il ouvre les yeux d’un bel air avenant,
Le voyez-vous, amis ? Ne le verriez-vous pas ?
Lumière toujours plus éclatante
Qui va se fixer là-haut
Au rang des étoiles resplendissantes !
Ne le voyez-vous pas ?
Son cœur se soulève si fièrement
Et palpite en une si noble plénitude,
De ses lèvres s’exhale, frais et doux,
Un souffle d’une tendre suavité,
Amis ! Voyez !
Ne le sentez-vous pas ? Ne le voyez-vous pas ?
Entendrais-je seule ce murmure
Qui m’envahit si merveilleusement,
Si paisiblement, si délicieusement dolente,
Aveu total, doux recommencements
Dont il est source qui me pénètre, s’élève,
M’emplissant de sa volupté, de ses nappes de son.
Plus claires maintenant et ondoyant autour de moi.
Sont-ce des courants de molles brises ?
Sont-ce des vagues d’enivrantes senteurs ?
Comme elles s’enflent en une houle qui m’enrobe !
Dois-je respirer ? Dois-je écouter ?
Dois-je inhaler et me fondre ?
Dois-je livrer mon souffle à ces exquisités ?
Dans ces flots ondulants,
Dans ces modulations d’harmonies,
Dans l’esprit qui palpite en un seul battement,
Se noyer, sombrer, inconsciente…
Joie suprême !