Un cœur en automne /2 : Live at Blues Alley

A quelques exceptions près, tous les musiciens qui ont compté dans l’histoire du jazz depuis l’ouverture du Blues Alley Jazz Club en 1965 se sont produits sur sa scène légendaire.
Il faudrait faire ouvrir les archives du club pour n’oublier personne, mais d’un trait de mémoire rapide on peut citer quelques noms dont la notoriété s’est échappée depuis belle lurette de l’univers feutré des aficionados du jazz :
Ainsi, Oscar Peterson, Charlie Mingus, Stanley Jordan, Dizzy Gillepsie, Stan Getz, Max Roach, Ella Fitzgerald, Sarah Vaughan, Nancy Wilson, Rachelle Ferrell et tant d’autres Dave Brubeck ou Sonny Rollins, tous ces géants du jazz, sont-ils venus briller, en leur temps, dans cette étroite ruelle du très charmant quartier de Georgetown à Washington D.C., au 1073 Wisconsin Avenue.

Blues Alley Jazz ClubGeorgetown section of Washington DC

Ce mercredi 3 janvier 1996, celle qui vient de brancher sa guitare électrique sur la scène n’est pas connue, ou si peu, et le plus souvent par ses collègues musiciens.

Eva Cassidy sur le seuil du Blues Alley – janvier 1996

Elle a rassemblé ses économies pour louer un car-régie afin d’enregistrer en « live », depuis ce lieu mythique, son premier CD.
Elle avait envisagé de mener son enregistrement public sur deux jours, mais le travail de la veille n’a pu être conservé. Elle n’en gardera que très peu de choses.
Ce mercredi elle ne doit absolument pas se louper. Alors elle fera fi du rhume qui par instant dérange sa voix, et le gracieux ange blond fera son entrée vêtue d’une chaude veste d’homme trop large pour elle, de bas épais et d’une paire de bottines.

Et puis elle a chanté. Blues, soul, gospel, folk : époustouflant éclectisme vocal !
On n’aura pas à consulter les archives du Blues Alley pour se souvenir de son nom.

L’album « Live at Blues Alley » est sorti le 20 mai 1996. Le succès l’attendait.
Dans les mois qui suivirent Eva développa un mélanome foudroyant qui a eu raison de son courage. Le 2 novembre, la maladie emportait un ange blond de 34 ans qui n’aurait sacrifié pour aucun award une longue balade en vélo.

Il souffle toujours dans la région du cœur un triste vent froid de fin d’automne quand on écoute Eva Cassidy.

Autumn leaves

You’ve changed

Tu as changé :
Cette étincelle dans ton œil a disparu
Ton sourire est devenu un rictus insouciant.
Tu me brises le cœur.
Tu as changé.

Tu as changé :
Tes baisers sont si indifférents,
Tu t’ennuies toujours avec moi,
Je ne comprends pas.

Tu as changé :
Tu as oublié les « Je t’aime »

Et tous nos tendres souvenirs,
Tu ignores toutes les étoiles qui nous regardent.
Comment imaginer que tu les aies une fois contemplées ?

Tu as changé :
Tu n’es plus l’ange que j’ai un jour connu.
Inutile de me dire qu’on est passé à côté.
C’est fini maintenant.

Tu as changé :
Tu ne sais plus dire « Je t’aime »
Tu as effacé tous nos moments heureux.
Tu ignores chaque étoile qui nous regarde
si une fois tu les as contemplées.

Tu as changé :
Tu n’es plus l’ange que j’ai connu
Pas besoin de me dire qu’on est passé à côté
Tout est fini maintenant.
Tu as changé !

En mai 2014, un hommage à Eva Cassidy sur "Perles d'Orphée" : 
"I miss you Eva !"

Saule, pleure pour elle ! … Etta James (Blues – Face 2)

« Etta James n’avait qu’à poser sa voix sur une musique pour y imprégner sa marque unique. Une de ces voix puissantes dont le moindre cri ou tremblement n’avait rien d’une prouesse technique, d’un effet recherché : le chant d’Etta James n’était que l’expression d’une vie de souffrance sans cesse surmontée, celui d’une authentique survivante. »   Hugo Cassavetti (Télérama – 19/01/2012)

Elle pouvait tout chanter, tout, et bien qu’elle n’eût jamais écrit la moindre parole de ses chansons, on entrait toujours de plain pied dans l’émotion qu’elle voulait nous transmettre… On y entre encore, ô combien ! et de la même manière. Et c’est si bon qu’assurément deux titres c’est vraiment trop peu pour nous combler.

Alors faites comme moi, organisez-vous une soirée Etta James : quelques amis passionnés de musique, une bonne bouteille à partager, cinq ou six coussins moelleux jetés sur la moquette, un bout de canapé pour les moins souples… et surtout une belle pile de CD et de Vinyles.  « Enivrez-vous », comme le conseillait Baudelaire, de Jazz, de Soul ou de Blues, à votre guise, mais « Enivrez-vous » de plaisir avec la formidable Etta…!

Attention : dépendance très probable ! D’autres s’y sont fait prendre avant nous : six Grammy Awards et dix-sept Blues Music Awards au cours de sa carrière… A l’évidence, nous ne sommes pas seuls à aimer. Mais qu’importe, on aime !

« Willow weep for me »

Et on aime aussi les fabuleux musiciens qui l’accompagnent dans ce standard du jazz que l’auteure-compositrice Ann Ronell dédia à son idole George Gershwin :

Cedar Walton : Piano et arrangement
Herman Riley : Saxophone Ténor
John Clayton : Bass
Josh Sklair : Guitare
Kraig Kilby : Trombone
Paul Humphrey : Batterie
Ronnie Buttacavoli : Trompette

ƒƒƒƒ

Ô Lord !
Why did you send the darkness to me ?
And the shadows forever to be ?
Where’s the light I’m longing to see ?
Love once met me by the old willow tree.
Now you’ve gone and left nothing to me –
Nothing but a sweet memory.

Willow weep for me
Willow weep for me
Bend your branches green along the stream that runs to the sea
Listen to my plea
Hear me willow and weep for me

Gone my lovers dream
Lovely summer dream
Gone and left me here to weep my tears into the stream
Sad as I can be
Hear me willow and weep for me

Whisper to the wind and say that love has sinned
Let my heart a-breaking, and making a moan
Murmur to the night to hide its starry light
So none will see me sighing and crying all alone

Weeping willow tree
Weep in sympathy
Bend your branches down along the ground and cover me
When the shadows fall, hear me willow and weep for me

Oh, Weeping willow tree
Weep in sympathy
Bend your branches down along the ground and cover me
When the shadows fall, hear me willow and weep for me

Claude Monet – Saule pleureur 1919 – Colombus Museum of Art (E-U)
Oh ! Seigneur !
Pourquoi m’as-tu jetée dans les ténèbres ?
Et pourquoi me retiens-tu dans l’ombre pour toujours ?
Où est la lumière ? – J’ai hâte de la voir.
Un jour l’amour m’a rejointe près d’un vieux saule.
Maintenant tu m’as abandonnée sans rien me laisser.
Rien sauf un doux souvenir.
 .
Saule pleure pour moi !
Saule pleure pour moi !
Plie tes vertes branches le long du ruisseau qui coule vers la mer,
Écoute mon appel,
Entends-moi, saule, et pleure pour moi !
 .
Partis sont mes rêves d’amoureuse,
Jolis rêves d’été
Partis et m’ayant laissée seule pour verser mes larmes dans le ruisseau.
Je suis si triste,
Entends-moi saule et pleure pour moi !
 .
Chuchote dans le vent et dis que l’amour a pêché.
Laisse mon cœur brisé à ses gémissements,
Murmure dans la nuit pour cacher sa lumière étoilée,
Pour qu’aucun ne le surprenne seul dans sa peine et sa douleur.
 .
Saule pleureur
Pleure en sympathie
Plie tes branches jusqu’au sol et recouvre-moi.
Quand les ombres tomberont, entends-moi saule et pleure pour moi !
 .
Oh, Saule pleureur
Pleure en sympathie
Plie tes branches jusqu’au sol et recouvre moi
Quand les ombres tomberont, entends-moi saule et pleure pour moi !

Billet précédent…

S’il lui restait un brin de fierté… Etta James (Blues – Face 1)