
Il n’est que temps. Demain déjà
Pourrit dans la mémoire des vivants.
Un monde en agonie exhale ses ténèbres,
Il nous souffle à la face une haleine de mort.
Demain se tait, son silence nous gagne,
La terre dépérit sous le sel des moissons.
Nos lèvres ont perdu le goût
D’enfance des syllabes, nos voix
Sous la neige, des mots
Ne nous parviennent plus.
Il n’est que temps, vois, la dernière flamme
Vacille et va s’éteindre.
Ah ! tout ce qui nous reste à dire,
A voir, à vivre et à aimer, quoi, tout cela
Qui nous brûlait le cœur d’espoir et d’impatience,
Une pincée de cendres seulement ?
Une seconde encore, et tout serait changé peut-être,
S’il suffisait de croire à l’impossible,
Au miracle d’une parole
Sur notre âme en péril de froid.

Pierre Gabriel
1926-1994
extrait de « Le temps venu »
in « L’atelier imaginaire. Poésie »
Éditions l’Age d’Homme – Lausanne (Suisse) – 1990
Pierre Gabriel fut un poète discret qui, né à Bordeaux en 1926, vécut dans le Gers à Condom où il exerçait la profession de distillateur. Il ne fréquenta pas les cénacles, se rendit rarement à Paris, mais, fidèle à un esprit artisanal, publia des années durant une revue de poésie qu’il imprimait sur sa presse à bras : Haut Pays.
Site Recours au poème – 16/06/2012

d’une implacable justesse. Comme tout ce qui est simple. et ne fait pas du mot rare l’essence de la poésie.
Je ne connaissais pas.
Merci Lelius.
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Un bien attachant poète que je n’ai découvert que très récemment… avec bonheur.
Que serait ce monde pour moi sans la poésie et sans la musique ? Peut-être, au fond, les derniers liens qui m’attachent encore à lui…
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Parce ce que ce sont silence et langage d’avant le langage…et que c’est ça le réel…
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