Flâner entre le rêve et le poème… Ouvrir la cage aux arpèges… Se noyer dans un mot… S'évaporer dans les ciels d'un tableau… Prendre plaisir ou parfois en souffrir… Sentir et ressentir… Et puis le dire – S'enivrer de beauté pour se forcer à croire !
… parce que j’ai le culte de la ligne mélodique et que je préfère Mozart à tous les autres musiciens.
Francis Poulenc
Et quel plaisir, toujours renouvelé, d’apporter la preuve d’un tel propos, par l’exemple, avec le deuxième mouvement « Larghetto » du « Concerto pour deux pianos » en Ré mineur, que Poupoule, comme l’appelaient ses intimes, écrit en 1932 à la demande de la princesse Edmond de Polignac.
Francis Poulenc (1899-1963)
Pour nous envelopper de toute la tendresse qu’exprime ce Larghetto, Poulenc, brillant compositeur et talentueux pianiste de 33 ans, n’hésite pas, par trois fois au cours d’un mouvement de quelques minutes, à puiser son inspiration chez son prodigieux aîné qu’il admire. Mozart !
Nulle peine pour les amoureux d’Amadeus à identifier les lumineuses allusions à ses concertos N° 26, K537, dit « Du Couronnement », N° 20, K466 (Mvt II – Romance), et N° 21, K467.
Mais qu’on ne s’y trompe pas, c’est bien Poulenc qui fait chanter la musique, avec cet indescriptible chic à la française qu’il incarne tant.
« Larghetto » du « Concerto pour deux pianos » de Francis Poulenc
Pianos : Lucas & Arthur Jussen Orchestre Royal du Concertgebouw Direction : Stéphane Denève Enregistré en live le 19 octobre 2016 au Concertgebouw d’Amsterdam
L’enthousiasme, certes, ne devrait jamais faire oublier toute la réserve que l’on doit à l’emploi du superlatif. Mais parfois… !
… Après cette vidéo, chacun choisira le sien.
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Tout le « Concerto pour deux pianos » est un enchantement, parsemé d’autres heureux clins d’œil à Bach, à Ravel (le « Concerto en sol » n’est jamais loin), à Rachmaninov et à Stravinsky.
C’est justement dans une lettre à Stravinsky que Poulenc confiait les prouesses de caméléon qu’il avait développées en l’écrivant :
« Voulez-vous savoir ce que j’avais sur mon piano pendant les deux mois de gestation du concerto ?Les concertos de Mozart, ceux de Liszt, celui de Ravel et votre Partita. »
Mais c’est bien du Poulenc qu’il avait composé. Et, à juste titre, il n’en aurait pas douté une seule seconde, lui qui, à la même époque, écrivait au chef d’orchestre belge, Paul Collaer, d’une plume si naïvement immodeste :
« Vous verrez par vous-même que c’est un énorme pas sur mes œuvres précédentes et que j’entre vraiment dans ma grande période. »
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Par bonheur Youtube propose l'intégrale vidéo de cette interprétation par les frères Jussen du "Concerto pour deux pianos". Une aussi belle version ne pouvait mériter qu'une remarquable réalisation : la réussite est totale.
Je ne saurais trop en recommander la fréquentation sans modération.
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Hommage :
Francis Poulenc et son ami et complice de toujours, le méticuleux pianiste Jacques Février, interprètent le « Larghetto » avec l’Orchestre de la RTF sous la baguette du sémillant Georges Prêtre.
Tenture de l’Apocalypse – Angers XIVème – Ange montrant la Jérusalem céleste
Je vis un ange plein de force, descendant le ciel, revêtu d’une nuée, ayant un arc-en-ciel sur la tête. Son visage était comme le soleil, ses pieds comme des colonnes de feu. Il posa son pied droit sur la mer, son pied gauche sur la terre, et, se tenant debout sur la mer et la terre, il leva la main vers le Ciel et jura par celui qui vit dans les siècles des siècles, disant : il n’y aura plus de temps ; mais au jour de la trompette du septième ange, le mystère de Dieu se consommera.
Apocalypse de Jean – Chapitre X
C’est la citation tirée du « Livre de la Révélation » que Messiaen met en exergue de sa préface tant l’Apocalypse de Jean a inspiré sa composition. (Apocalypse étant reçue ici, comme il se doit, dans son acception originelle de révélation).
Inspiration biblique jusque dans la constitution de l’œuvre en 8 mouvements. Messiaen l’explique ainsi :
Sept est le nombre parfait, la création de 6 jours sanctifiée par le sabbat divin ; le 7 de ce repos se prolonge dans l’éternité et devient le 8 de la lumière indéfectible, de l’inaltérable paix.
Ces 8 parties ne se ressemblent guère, ni par leur durée, ni par leur caractère, ni même par leur instrumentation ; si cette hétérogénéité reflète la difficulté de composition qui a dû faire autant appel à des reprises qu’à des créations pures, elle traduit aussi ce balancement du compositeur, chercheur lucide d’absolu, entre langage classique et innovation, cet « éclectisme » de Messiaen, comme dit Pierre Boulez.
En outre, les musiciens ne jouent tous les quatre ensemble que deux mouvements dans leur intégralité, certains mouvements ne demandant la présence que de un ou deux instruments.
Messiaen précise que le langage musical de cette pièce est « essentiellement immatériel, spirituel, catholique. » Et, délicieuse ironie de l’histoire, les trois autres musiciens qui vont servir avec lui l’œuvre pour la première fois, au stalag, mus et émus par la communion que l’on suppose, ne partagent pas les convictions religieuses du compositeur, Akoka est juif, Pasquier est agnostique et Le Boulaire athée…
Par les modes musicaux qu’il utilise dans ce quatuor, Olivier Messiaen propose à l’auditeur un voyage hors du temps, vers un éternel infini qui prive la temporalité de toute signifiance : « La fin du temps » !
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« Quatuor pour la fin du temps »
Guidés par les seuls commentaires du compositeur, laissons-nous, par l’écoute, transporter vers « la lumière indéfectible de l’inaltérable paix » !
I – Liturgie de cristal
« Entre trois et quatre heures du matin, le réveil des oiseaux : un merle ou un rossignol improvise en solo, entouré par un chatoiement de sons, d’un halo de trilles perdus très haut dans les arbres. Transposer cela sur un plan religieux et vous avez le silence harmonieux du Ciel. »
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II – Vocalise pour l’ange qui annonce la fin du temps
« La 1ère et la 3ème partie (très courtes) évoquent la puissance de cet ange fort, coiffé d’un arc en ciel et revêtu de nuée, qui pose un pied sur la mer et un pied sur la terre. Le « milieu », ce sont les harmonies impalpables du ciel. Au piano, cascades douces d’accords bleu-orange, entourant de leur carillon lointain la mélopée quasi plain-chantesque des violon et violoncelle. »
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III – Abîme des oiseaux
« L’abîme, c’est le Temps, avec ses tristesses, ses lassitudes. Les oiseaux, c’est le contraire du Temps : c’est notre désir de lumière, d’étoiles, d’arc en ciel et de jubilantes vocalises ! »
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IV – Intermède
« Scherzo, de caractère plus extérieur que les autres mouvements, mais rattaché à eux, cependant, par quelques « rappels » mélodiques. »
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V – Louange à l’Éternité de Jésus
« […] une grande phrase, infiniment lente, du violoncelle, magnifie avec amour et révérence l’éternité de ce verbe puissant et doux « dont les années ne s’épuiseront point ». Majestueusement, la mélodie s’étale, en une sorte de lointain et tendre souverain […]. »
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VI – Danse de la fureur, pour les sept trompettes
« Rythmiquement, le morceau le plus caractéristique de la série. Les quatre instruments à l’unisson affectent des allures de gongs et trompettes (les six premières trompettes de l’Apocalypse suivies de catastrophes diverses, la trompette du septième ange annonçant consommation du mystère de Dieu) […]. Musique de pierre, formidable granit sonore ; irrésistible mouvement d’acier, d’énormes blocs de fureur pourpre, d’ivresse glacée. »
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VII – Fouillis d’arcs-en-ciel pour l’ange qui annonce la fin du temps
« Reviennent ici certains passages du second mouvement. L’Ange plein de force apparaît, et surtout l’arc-en-ciel qui le couvre (l’arc-en-ciel, symbole de paix, de sagesse et de toute vibration lumineuse et sonore). — Dans mes rêves, j’entends et vois accords et mélodies classés, couleurs et formes connues ; puis, après ce stade transitoire, je passe dans l’irréel et subis avec extase un tournoiement, une compénétration giratoire de sons et couleurs surhumains. Ces épées de feu, ces coulées de lave bleu-orange, ces brusques étoiles : voilà le fouillis, voilà les arcs-en-ciel ! »
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VIII – Louange à l’immortalité de Jésus
« Large solo de violon, faisant pendant au solo de violoncelle du 5ème mouvement. Pourquoi cette 2ième louange ? Elle s’adresse plus spécialement au second aspect de Jésus, à Jésus-homme, au Verbe fait chair, ressuscité immortel pour nous communiquer sa vie. Elle est tout amour. Sa lente montée vers l’extrême aigu, c’est l’ascension de l’homme vers son Dieu, de l’enfant de Dieu vers son père, de la créature divinisée vers le Paradis. »
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Interprétation : Playground Ensemble
Sarah Johnson : violon Richard von Foerster : violoncelle Brian Ebert : clarinette Heidi Leathwood : piano
Merci à ces formidables musiciens en résidence à la Metro State University de Denver (Colorado) qui ont eu la bonne idée de découper par mouvement la vidéo de leur interprétation. Cette option didactique s’inscrit complètement dans leur mission qu’ils définissent ainsi :
« Faire la promotion de la musique de notre temps par le biais de la performance, de nouvelles commandes de musique, de l’éducation et de la sensibilisation de la communauté. Notre objectif est de fournir des performances stimulantes, d’élargir les perceptions communes de la musique contemporaine et de l’ensemble de chambre et de nourrir une communauté autour de cette musique que nous aimons. »
Ils ont toutes les qualités et plus encore pour la réussir brillamment.
Bonne chance à eux !
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Pour que les amateurs retrouvent l’atmosphère recueillie du concert, une magnifique version, très spirituelle, captée en 2016 au Festival de Solsberg, interprétée par de formidables virtuoses de réputation internationale et mieux connus de nous :
Antje Weithaas : Violon Sol Gabetta : Violoncelle Sabine Meyer : Clarinette Bertrand Chamayou : Piano
Ce double billet – ainsi que quelques autres de la même période – avait initialement été publié en octobre 2013 sur un blog ami, à la demande convaincante de son créateur.
Je l’annonçais ainsi sur « Perles d’Orphée » : « Un arc-en-ciel en enfer »
Depuis, les choix éditoriaux dudit blog ont changé et cette évolution a conduit à la suppression, légitime certes, mais trop « confidentielle » à mon goût, de l’ensemble des billets que je lui avais destinés, dont celui-ci, évidemment. Mon profond attachement au « Quatuor pour la fin du temps » d’Olivier Messiaen m’a donné envie d’offrir une nouvelle vie à cette modeste publication… en la rafraîchissant quelque peu, et en me remémorant ce bon vieux dicton : « un petit chez soi vaut mieux qu’un grand chez les autres. »
Görlitz – 15 janvier 1941, quelques minutes après 17 heures.
Comme chaque soir de l’hiver la nuit glacée a enseveli les baraquements hagards du camp sous un lourd linceul de poix épaisse. Quelques bulles de lumière blanchâtre et mouillée suspendues au sommet des piquets de clôture révèlent à peine les ornières d’ombre boueuse des travées. Les hommes épuisés par les rudesses impitoyables du travail forcé ont enfin rejoint leurs paillasses sur lesquelles ne tarderont pas à s’abîmer, pour un trop court moment de répit, rêves déçus et espoirs vaincus.
Ainsi va, terriblement étirée entre sordide et morbide, oubliée dans la vaste plaine de Silésie, la vie du camp de prisonniers de Görlitz. Et tout, ce soir comme tous les autres soirs, devrait se fondre dans l’invariable désolation du temps.
Pourtant, au Stalag VIII A, un rossignol posé sur le point le plus haut d’un arc-en-ciel déployé par deux anges de l’Apocalypse et enjambant cette parcelle de l’enfer, se met à chanter, comme un appel à la réunion des âmes :
Tapisserie de l’Apocalypse – Angers – XIVième siècle
Quatre prisonniers chaussés de sabots de bois et vêtus de vieux uniformes rapiécés, confisqués par leurs gardiens à des soldats tchèques, se préparent à interpréter, devant un improbable auditoire de quelques centaines de personnes, composé d’autres prisonniers, d’officiers allemands et de voisins du camp, une œuvre musicale inédite dont l’écriture est à peine terminée.
Lequel d’entre eux pourrait imaginer qu’il assiste à la première d’une exceptionnelle œuvre musicale qui bientôt s’imposera comme la pièce maîtresse de la musique de chambre du XXème siècle contribuant à l’immense renommée mondiale de son compositeur : le « Quatuor pour la fin du temps » ?
Captif comme ses trois compagnons musiciens, Olivier Messiaen, auteur de la partition, s’installe au piano.
Après un concert d’une cinquantaine de minutes de musique venue du Ciel, l’enthousiasme des applaudissements et des bravos ne réussit pas à masquer les émotions entremêlées des prisonniers et des gardiens. Peu, sans doute, avaient « compris » cette musique, mais tous étaient heureux. En enfer, mais heureux !
Quelques temps auparavant, peu après l’arrivée du prisonnier Messiaen au Stalag VIII A, les circonstances favorables s’étaient conjuguées pour qu’eût lieu cet incroyable évènement, sans que personne, jamais, ne pût même en formuler l’augure. D’abord, un officier allemand, amateur de musique, proposait au compositeur de lui fournir papier à musique et crayons. Une aubaine. Il s’arrangeait également pour réduire ses corvées afin de le laisser se réfugier tranquillement aux latrines pour composer. Parmi ses compagnons de captivité, d’autre part, Messiaen retrouvait le clarinettiste Henri Akoka et le violoncelliste Étienne Pasquier – fondateur avec ses deux frères du célèbre trio Pasquier. Le violoniste Jean Le Boulaire, également détenu, rejoignait le groupe.
Alors, j’ai écrit pour eux et pour moi-même, qui devais tenir la partie de piano, ce quatuor pour violon, clarinette, violoncelle et piano. C’était les gens que j’avais à côté de moi. Mais je l’ai écrit absolument sans instrument, n’ayant absolument aucun moyen de vérification, uniquement par l’audition intérieure.
Ainsi s’exprimait Olivier Messiaen lors d’une interview diffusée par Radio-Canada en 1988, expliquant du même coup pourquoi la formation instrumentale de ce quatuor, fruit des circonstances, est si peu habituelle.
Messiaen poursuivait son récit :
Mais je ne l’ai pas entendu, sauf trois jours avant ma libération : les officiers allemands ont décidé, puisque j’avais fait cette œuvre en captivité, qu’on allait la donner pour les camarades de captivité. Alors, on a réuni, dans un immense bloc, malgré le froid intense et tout, on a réuni, je ne sais pas, moi ! des milliers de personnes de toutes les classes de la société, des ouvriers, des prêtres, des médecins, des directeurs d’usine, des professeurs de lycée, enfin des gens de tous genres et de tout poil, et on a donné pour eux ce quatuor – très mal, c’était horrible. Moi, j’avais un piano droit dont les touches s’enfonçaient et ne voulaient pas se relever. Quand j’avais fait un trille, il fallait que je reprenne les touches à la main pour qu’elles remarchent. Le pauvre Akoka avait une clarinette dont une des clefs avait fondu à côté d’un poêle, et le pauvre Pasquier jouait sur un violoncelle à trois cordes. Heureusement, il avait l’Ut grave. Sans cela il n’aurait pas pu jouer du tout. Eh bien ! Malgré ces circonstances abominables, nous avons joué, et je ne sais pas si le public a compris, parce que ce n’était pas des connaisseurs en musique, mais c’était des gens malheureux comme nous. Ils ont été tout de même touchés parce qu’ils étaient malheureux et que nous étions aussi malheureux et que c’était une œuvre faite par un compagnon de captivité, et ça a été, je crois, le plus beau concert de toute mon existence.
(Les citations sont empruntées à : Lucie Renaud / 1 avril 2002 – La Scena Musicale, vol. 7 n°7)
Quelques bémols à ce récit toutefois pour tempérer la coquetterie un tantinet affabulatrice de la mémoire de Messiaen, – on ne saurait lui en tenir rigueur. C’est Étienne Pasquier, le violoncelliste, âgé de 90 ans en 1995, peu de temps avant sa disparition, qui les ajoute à l’occasion d’un entretien.
Sur bien des points son discours rejoint celui du compositeur, évidemment, toutefois quand Messiaen dit n’avoir entendu son quatuor que peu de temps avant la représentation, Pasquier précise que de fréquentes séances de répétition avaient lieu le soir, après le travail et jusqu’à l’extinction des feux, dans la baraque du théâtre qui avait été mise à la disposition du compositeur. S’il confirme, en effet, les terribles difficultés que présentait le piano dont les touches restaient enfoncées, il rappelle que le violoncelle qu’il jouait le soir de la représentation avait bien toutes ses cordes. Étienne Pasquier avait même, précise-t-il, obtenu quelque temps auparavant la permission de se rendre en ville pour acheter son modeste instrument. « On ne peut venir à bout d’un morceau aussi difficile que le ‘ Quatuor pour la fin du temps ‘ avec trois cordes seulement » conclut-il.*
Olivier Messiaen (1908-1992)
Enfin, si dans l’enthousiasme du souvenir Messiaen avait gardé l’image de milliers d’auditeurs, Pasquier, plus prosaïquement, se souvient qu’ils n’étaient que quelques centaines, tout au plus 500. Un seul, me semble-t-il, aurait suffi pour que fût accompli le miracle.*
*Ces informations tirées de l’interview d’Étienne Pasquier sont extraites du livret du CD Deutsche Grammophon – version Chung – Shaham – Meyer – Wang.
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Miracle de la musique, encore. Quelques semaines après ce concert extraordinaire, des officiers allemands vinrent dire à Messiaen que les membres du quatuor seraient bientôt rapatriés vers Paris, c’est à dire libérés. A l’étonnement du compositeur, l’un d’eux répondit par un argument aussi fallacieux que sympathique : les « soldats-musiciens » ne portant pas d’armes, leur détention est sans objet.
En juin 1941, le « Quatuor pour la fin du temps » a été joué à Paris avec Olivier Messiaen au piano, Étienne Pasquier au violoncelle, comme à Görlitz, mais le violoniste, ayant depuis choisi l’art dramatique, fut remplacé par un des frères Pasquier, ainsi que fut aussi remplacé le clarinettiste Jean Akoka qui était juif et devait rester caché.
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Deux mots (très insuffisants) à propos du compositeur
Olivier Messiaen (1908-1992)
Pas toujours compris, mais très admiré, Olivier Messiaen a consacré sa vie à la composition et à la pédagogie. Parmi les disciples qu’il révéla Boulez, Xenakis, Stockhausen, dont les partitions révèlent souvent les traces de l’influence du maître.
Les thématiques chez Messiaen se combinent autour de trois ordres :
– l’amour humain dont le modèle serait Tristan et Yseult ;
– la nature, source permanente à laquelle il s’abreuve continuellement, les chants d’oiseaux en constituant une représentation majeure ;
– et sa foi catholique profonde qui l’habitera jusqu’à sa dernière heure en avril 1992. Il aimait à dire qu’il était né croyant.
Il se voulait d’ailleurs plus théologique que mystique, et ne manquait pas une occasion de se référer, de commenter ou de citer avec force précision les grands textes chrétiens. Ainsi, fait-il précéder ce quatuor d’une citation de l’Apocalypse de Jean, inspiration centrale de l’œuvre.
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Le « Quatuor pour la fin du temps » et la musique du XXème siècle
L’importance inestimable de ce joyau de la musique de chambre dépasse largement la séduction de l’auditeur, par la place historique qu’il occupe : c’est d’une part la première fois que les chants d’oiseaux entrent dans le monde de la musique, et c’est par le truchement de cette composition, d’autre part, que Messiaen s’exprime largement sur ses conceptions rythmiques, proposant un horizon nouveau à l’écriture musicale.
Chagall – Triomphe de la musique – Panneaux du Metropolitan Opera
Par ailleurs, plus encore que Scriabine ou Schoenberg, Messiaen a approfondi la recherche des liens entre la musique et les couleurs. Possédait-il le don – ou l’anomalie pathologique – de synopsie, lui permettant d’associer spontanément une couleur à chaque note ? La question reste posée, mais dans ce quatuor et particulièrement au 7ème mouvement « Fouillis d’arcs-en-ciel, pour l’Ange qui annonce la fin du Temps », sa volonté de faire éclater les couleurs au milieu des sonorités ne saurait se dissimuler.
A partir de cette composition, née en situation de crise, l’écriture de Messiaen ne sera plus vraiment la même. « Catalogue d’oiseaux » (1956-1958) ou « Chronochromie » (1960) doivent sans doute beaucoup à la composition du quatuor qui marque peut-être le temps d’un dernier passage du compositeur dans le monde de la tonalité.
Jean Delville – Tristan et Iseult (Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles)
Mes bras ouverts tout grands vers toi en un geste de croix
pour y crucifier ton âme en baiser sur la mienne :
doux calvaire de la chair où la douce géhenne
confondra le râle de mort et d’amour en nos voix.
Jean Delville (extrait du très wagnérien poème « Le Désir Suprême » in « Les Horizons Hantés » – Bruxelles, Éditions Lacomblez – 1891)
Tristan – Veux-tu me suivre au pays où le soleil ne luit point ? Veux-tu suivre Tristan ?
Isolde – Au pays dont il parle, Isolde suivra Tristan…
θ
Waltraud Meier (Isolde) – Festival de Bayreuth – 1999. « Liebestod »
Doux et serein, comme il sourit Comme il ouvre les yeux d’un bel air avenant, Le voyez-vous, amis ? Ne le verriez-vous pas ? Lumière toujours plus éclatante Qui va se fixer là-haut Au rang des étoiles resplendissantes ! Ne le voyez-vous pas ? Son cœur se soulève si fièrement Et palpite en une si noble plénitude, De ses lèvres s’exhale, frais et doux, Un souffle d’une tendre suavité, Amis ! Voyez ! Ne le sentez-vous pas ? Ne le voyez-vous pas ? Entendrais-je seule ce murmure Qui m’envahit si merveilleusement, Si paisiblement, si délicieusement dolente, Aveu total, doux recommencements Dont il est source qui me pénètre, s’élève, M’emplissant de sa volupté, de ses nappes de son. Plus claires maintenant et ondoyant autour de moi. Sont-ce des courants de molles brises ? Sont-ce des vagues d’enivrantes senteurs ? Comme elles s’enflent en une houle qui m’enrobe ! Dois-je respirer ? Dois-je écouter ? Dois-je inhaler et me fondre ? Dois-je livrer mon souffle à ces exquisités ? Dans ces flots ondulants, Dans ces modulations d’harmonies, Dans l’esprit qui palpite en un seul battement, Se noyer, sombrer, inconsciente… Joie suprême !
Si l’on me donnait le choix entre la beauté et la douceur d’une femme, je préfèrerais la seconde, mais que j’aimerais tant avoir l’une et l’autre réunies !
Sylvain Maréchal – Le dictionnaire d’amour (1788)
∴
Oyez, oyez, braves gens,
tendres damoiselles et nobles damoiseaux,
dames de cour et preux chevaliers !
Dans cette modeste chapelle,
pas de chapelet, point de missel.
Des tréteaux pour les baladins,
les chanteurs et les comédiens.
Du rire, de l’amour et des larmes,
des passions et surtout du charme !
Venez entendre la triste histoire,
venez écouter les déboires,
de Cecilia, la soprano
tant éprise de Peppino
si injustement enfermé,
prête à tout pour sauver l’aimé.
Entrez, laissez-vous enchanter
par Francesca Aspromonte !
La Canzone di Cecilia Ensemble « Cappella Mediterranea » dirigé par Leonardo García Alarcón
Extrait de Amore Siciliano enregistré à Ambronay le 12 septembre 2014
Ne croyez pas les mains sans gants plus robustes que les autres.
Gustave Flaubert – « Par les champs et par les grèves »
¤
Il n’y a guère que Mickey qui aujourd’hui porte ses gants blancs à longueur de journée.
Aussi, si vous affirmez que pour vous, porter des gants blancs s’inscrit dans la banalité des actions régulières de votre vie, ne soyez pas étonné(e) que, sans vous connaître, et certain que vous n’êtes pas Mickey Mouse, l’on vous donne du « Mon Général » ou du « Maître d’hôtel » ; ou encore, que l’on guette attentivement le lapin ou l’as de trèfle que vous cachez fort adroitement dans votre manche. A moins que vous ne soyez Huissier au Sénat ? Conservatrice responsable des incunables à la Bibliothèque Nationale ? Déménageur de tableaux au Louvre ?…
Ou, pourquoi pas, cet initié, tapi dans sa réserve légendaire, qui, certains soirs, symbolique oblige, enfile rituellement ses gants de lumière en fraternelle compagnie…?
A y bien regarder, les opportunités de porter des gants blancs ne sont en vérité pas aussi rares qu’on le penserait au premier abord, et pas nécessairement liées d’ailleurs à un protocole d’apparat.
Mais quel pervers faudrait-il être pour demander à une pianiste de faire chanter son instrument, les doigts ainsi embastillés, avec la virtuosité et la délicatesse de toucher qu’exige le meilleur du jazz ?
A l’impossible nul ne peut être tenu !
Et pourtant :
Quelques fascinantes minutes sous le vent froid et la pluie d’un vieux 15 août, avec la géniale Diva du jazz, Shirley Horn, au festival de Newport, et la démonstration du contraire devient imparable.
En gants blancs, la Diva ! Et quelle Diva !
Les gants blancs peuvent accessoirement protéger du froid…
Pour applaudir, assurément, ils ne sont sont d’aucune utilité.
Just in time
I found you just in time Before you came my time Was running low
. I was lost
The losing dice were tossed My bridges all were crossed
. Nowhere to go
Now you’re here And now I know just where I’m going No more doubt or fear
I found my way
.
For love came just in time You found me just in time And saved my lonely life That lovely day
[…] Les insectes sont nés du soleil qui les nourrit. Ils sont les baisers du soleil, comme ma dixième Sonate qui est une sonate d’insectes. […] Je les éparpille aujourd’hui comme j’éparpille mes caresses. […] Si nous percevons les choses ainsi, le monde nous apparait comme un être vivant.
Alexandre Scriabine (Extrait d’une lettre adressée au musicologue russe Sabaneïev)
Alexander Scriabine (1872-1915)
Les génies sont toujours un peu fous, ou, pour le moins jugés tels. Surtout si, comme le pianiste et compositeur russe Alexandre Scriabine, ils ont très précocement nourri à partir d’une imagination d’une rare fécondité, une nette tendance à l’illumination mystique, une certaine excentricité créative, souvent visionnaire, et parfois mégalomane.
Alexandre Scriabine, qui partagea avec son ami Sergeï Rachmaninov – son antithèse musicale – les cours de composition d’Anton Arenski au conservatoire de Moscou à la fin du XIXème siècle, a toujours, par conséquent, été tenu à la marge de la musique russe…
Ses profondes affinités avec les univers respectifs de Chopin, de Liszt ou de Wagner n’ont pas contribué à faire entrer Scriabine dans un quelconque courant musical ; il est demeuré, sa vie durant, une personnalité musicale à part, atypique et inclassable.
Il a entretenu sans cesse son ambition suprême, et utopique, d’atteindre par sa musique à une œuvre d’ « Art Total » qui réunirait ses auditeurs dans une « extase collective », où se répondraient sons, couleurs, parfums et sensations tactiles.
« Toute la vie de Scriabine semble ainsi comme une tentative de vaste prélude à un dépassement et un au-delà de la musique par la musique elle-même. » (Jean-Yves Clément – Alexandre Scriabine – Actes Sud Classica – P. 34)
C’est surtout au piano, par la composition de pièces courtes, de miniatures, de poèmes, qu’il aura sans doute le mieux exprimé ses visions prométhéennes. Partie centrale de son œuvre : les sonates, au travers desquelles Scriabine souhaitait à la fois poursuivre et surpasser la tradition dont Beethoven demeurait le garant ultime.
Sa dernière sonate, N°10 – Opus 70, composée à l’été 2013, apparaît comme une des plus remarquables illustrations de cet élan vers la lumière qui a toujours animé la puissance créatrice et visionnaire de ce génie de la musique, trop longtemps laissé dans l’ombre ?
♬
La Sonate n° 10 est placée sous le signe de la luminosité. […] Toute en frémissements scintillants, d’une sensualité aussi subtile qu’ardente, la partition abonde en éclaboussures sonores, trilles et trémolos, et sa partie conclusive s’apparente à une véritable toile pointilliste, en touches rapides, précises et acérées.
André Lischke
(Docteur en musicologie, spécialiste de la musique russe – Faculté d’Evry)
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Yuja Wang interprète la Sonate N°10 – Opus 70 d’Alexandre Scriabine
SonateN°10 - Opus 70
"L'œuvre débute par une grande introduction faite d'une phrase énigmatique et tendre ("très doux et pur"), chant de nuit qui s'anime peu à peu vers une aube naissante ("avec une ardeur profonde et voilée"); aube bientôt totalement passée au jour avec l'apparition du premier trille, sous forme d'appel, répété à plusieurs registres, les trilles ensuite se multipliant, célébrant le lever du jour et avec lui le bonheur et la plénitude de vivre ("lumineux, vibrant").
S'enchaîne l'Allegro qui portera toute la sonate et qui chante "avec émotion" cette joie d'exister. Elle s'exprime par une multitude de trilles qui surgissent comme autant de pousses impromptues (avec une "joyeuse exaltation") chantant cette béatitude de l'existence ("avec ravissement et tendresse").
Au tiers de l'œuvre, le motif d'introduction revient, puis tout s'anime progressivement pour parvenir à de nouvelles séries de trilles de plus en plus exultants ("avec une joie subite", "de plus en plus radieux"), atteignant un premier sommet avant le retour de l'Allegro et à nouveau du motif initial ("avec une douce ivresse"). La musique devient alors plus lyrique et passionnée, jusqu'à l'ivresse avant l'apogée de l'œuvre ("Puissant, radieux"), longue série de trilles en accords de plus en plus extravagants et fournis jusqu'à atteindre un sommet paroxystique et délirant.
L'exultation a connu son apogée et peut-être celle de l'œuvre pianistique de Scriabine. Sur les rappels des trilles de départ s'élance à nouveau l'Allegro suivi à nouveau d'une série de trilles ("avec élan, lumineux"). Après une nouvelle progression, la musique brusquement débouche sur un Piu vivo "frémissant, ailé", danse légère et pointilliste faite de battements d'ailes et de cris d'oiseaux. Puis elle s'éloigne "avec une douce langueur de plus en plus éteinte" jusqu'à l'ultime retour du motif initial. La partition s'éteint sur un do grave en octave laissant grande ouverte la porte du silence des sphères." (Pages 149 & 150)
♬
On ne joue pas du piano avec deux mains : on joue avec dix doigts. Chaque doigt doit être une voix qui chante.
La langue de pierres que parle cet art nouveau [l’art gothique] est à la fois clair et sublime. Aussi, elle parle à l’âme des plus humbles comme à celle des plus cultivés. Quelle langue pathétique que le gothique de pierres ! Une langue si pathétique, en effet, que les chants d’une Orlande de Lassus ou d’un Palestrina, les œuvres d’orgue d’un Haendel ou d’un Frescobaldi, l’orchestration d’un Beethoven ou d’un Cherubini, et, ce qui est plus grand que tout cela, le simple et sévère chant grégorien, le seul vrai chant peut-être, n’ajoutent que par surcroît aux émotions que la cathédrale cause par elle-même. Malheur à ceux qui n’aiment pas l’architecture gothique, ou, du moins, plaignons-les comme des déshérités du cœur.
J. F. Golfs – « La Filiation généalogique de toutes les Écoles gothiques. » (Baudry, 1884) – Cité par Fulcanelli in « Le Mystère des Cathédrales »
Grandes Orgues de Notre-Dame (photo Wikipedia)
On ne devrait jamais écouter les sonorités magnétiques des grandes orgues qu’au pied de leurs tuyaux. Aucun enregistrement, fût-il le plus abouti, ne saurait faire trembler notre corps et frissonner notre âme comme les réverbérations révérencieuses des résonances cosmiques tombées en écho des voûtes le long des froides colonnes de pierre pour assujettir les soupirs retenus de la nef.
Ce « surcroît d’émotion », la tragédie récente de Notre-Dame va devoir nous en priver, et pendant bien longtemps. Le Grand Orgue, semble-t-il, a échappé par extraordinaire, au désastre, comme c’est heureux !
Mais la Cathédrale…! Comment dissimulerait-elle derrière son universelle et incontestable majesté le visage de souffrance et de désolation dont l’a affublée pour longtemps l’incroyable, l’inexplicable incendie de sa toiture, il y a quelques jours à peine ?
La cathédrale gothique est une église laïque.
Édouard Herriot – in « Dans la forêt normande »
Paris, Notre-Dame en flammes – Lundi 15/04/2019 – (AP Photo/Michel Euler)
Durant les longues années de la délicate reconstruction de l’édifice, son grand orgue sera mis en apnée ; certes il ne sera pas seul réduit à ce mutisme imposé : le claquement des pas dans le déambulatoire, les chuchotements des badauds, les explications polyglottes des guides savants, les cris d’enfants et le murmure discret des prières devront également laisser place, d’abord au silence studieux des observations mathématiques aux odeurs de cendre, bientôt couvert lui-même par le bourdonnement des moteurs, le choc des matériaux et des outils, les apostrophes des compagnons…
Et le jour reviendra sans doute où, dans le partage de la foi, pour l’amour de l’art, ou tout simplement par curiosité, nous nous retrouverons, par delà la voussure des tympans habités, réunis dans la lumière des vitraux, frissonnant sous le souffle inspiré des sommiers.
ND de Paris – Les portails avant restauration
Pour l’heure nous n’entendrons plus le Grand Orgue « Cavaillé-Coll » de la Cathédrale qu’au travers des enregistrements des maîtres, bien peu nombreux et combien talentueux, aux soins desquels a toujours été confié le pupitre de l’instrument.
Tendant nos oreilles à l’imaginaire, nous ouvrirons notre cœur pour accueillir avec sagesse l’infortune du temps.
ND portrait-photo
Ainsi, comme une exhortation à une sereine patience, pourrions-nous recevoir de deux d’entre ces maîtres cette évocation tendrement romantique de Notre-Dame au « clair de lune ». Une mélodie paisible et recueillie extraite de la suite #2 des « 24 pièces de fantaisie » composées par Louis Vierne* en 1925 et interprétée au pupitre du Grand Orgue de Notre-Dame par Olivier Latry*.
* Olivier Latry, l'un des trois co-titulaires actuels de ce prestigieux pupitre, qu'occupèrent avant eux l'immense Pierre Cochereau de 1955 jusqu'à sa mort en 1984, Léonce de Saint-Martin de 1937 à 1954 et le compositeur Louis Vierne de 1900 à 1937.
Dieu serait-il autre chose que la tentative de combler mon infini besoin de Musique ?
Cioran – « Le crépuscule des pensées » VII
Quand vous écoutez Bach, vous voyez germer Dieu. Son œuvre est génératrice de divinité.
Après un oratorio, une cantate ou une « Passion », il faut qu’Il existe. Autrement toute l’œuvre du Cantor serait une illusion déchirante.
… Penser que tant de théologiens et de philosophes ont perdu des nuits et des jours à chercher des preuves de l’existence de Dieu, oubliant la seule…
Cioran – « Des larmes et des Saints »
Même si l’on sait pertinemment qu’il ne paiera pas sa dette, il est bon parfois de rappeler à celui qui doit tant, fût-il Dieu lui-même, de combien il est redevable… Peut-être alors…?
Amis croyants, parce que vous savez, chacun, que « tout chez [lui] commence par les entrailles et finit par la formule », vous me pardonnerez, j’en suis sûr, mon inaltérable proximité avec Cioran.
J’ai l’outrecuidance de ne pas croire que Dieu rembourse ses dettes. Mais, à supposer qu’il y soit soudain enclin, comment s’acquitterait-il de celle qui l’engage, depuis et pour longtemps, vis à vis de Jean-Sébastien Bach, tant elle est immense, à la hauteur de l’incommensurable pouvoir qu’il exerça sur cet humble et zélé serviteur ?
Dieu, si l’on rejoint, une fois encore, l’observation cynique du philosophe insomniaque et solitaire, ne doit-il pas au génie dévoué du lumineux musicien de l’avoir promu bien au-delà de l’indigne qualification de « type de troisième ordre » ?
Tenir chacun, jusqu’à la fin du temps, dans la sereine équanimité de la musique du Cantor, serait assurément, de sa part, manière de justice magnanime… et, pourquoi pas, preuve tangible d’existence ?
Quelle âme douterait-elle encore quand la fragile suspension d’un soupir prend valeur d’éternité ?
Cantate BWV 127 : « Herr Jesu Christ, wahr’ Mensch und Gott » (Seigneur Jésus-Christ, véritable homme et dieu) 3éme mouvement : Aria
Orchestra of the J. S. Bach Foundation Rudolf Lutz : directeur Andreas Helm : hautbois – Julia Doyle : soprano
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Die Seele ruht in Jesu Händen,
Wenn Erde diesen Leib bedeckt.
Ach ruft mich bald, ihr Sterbeglocken,
Ich bin zum Sterben unerschrocken,
Weil mich mein Jesus wieder weckt.
L’âme repose entre les mains de Jésus
Lorsque la terre recouvre ce corps.
O glas funèbre, ne tarde pas à sonner pour moi,
Impavide je ne crains pas de mourir
Puisque mon Jésus me réveillera.
Jacquesson de la Chevreuse – Orphée aux enfers (1863) Musée des Augustins – Toulouse
Tandis qu’il unit ainsi, sa lyre aux accents de sa voix, les pâles ombres versent des larmes. Tantale cesse de poursuivre l’onde fugitive, la roue d’Ixion demeure immobile, les vautours ne déchirent plus les entrailles de Tityus, les filles de Bélus déposent leurs urnes, et toi, Sisyphe, tu t’assieds sur ton rocher. Alors, pour la première fois, des pleurs mouillèrent, dit-on, les joues des Euménides attendries par ses chants. Proserpine et le Dieu du sombre royaume ne peuvent résister à ses prières. Ils appellent Eurydice. Elle était parmi les ombres récemment descendues chez Pluton…
Ovide – « Les Métamorphoses » Livre X (Traduction française de Gros, refondue par M. Cabaret-Dupaty – 1866)
§
IVeme siecle – Peinture murale – Catacombes de Domitille, Rome
Quand cet homme fameux dont la Lyre et la voix
Attiraient après lui les Rochers et les Bois,
Suspendaient pour un temps le cours de la Nature,
Arrêtaient les Ruisseaux, empêchaient leur murmure,
Domptaient les Animaux d’un air impérieux,
Assuraient les craintifs, calmaient les furieux,
Et par une merveille inconnue à la Terre
Faisaient naître la paix où fut toujours la guerre.
[…]
Voilà comme en ce lieu de sauvages sujets
Se laissent captiver à d’aimables objets,
Et conservent entre eux un respect incroyable,
Ployant également sous un chant pitoyable
Et voilà comme Orphée allège un peu ses maux
Durant qu’il les partage à tous ces Animaux.
Tristan l’Hermite – « La Lyre » (1641) – Orphée A Monsieur Berthod Ordinaire de la Musique du Roi
§
« When Orpheus sang » – Henry Purcell Lucile Richardot (mezzo-soprano) & Ensemble « Correspondances »
Quand Orphée chantait, toute la Nature se réjouissait, les collines et les chênes se prosternaient au son de sa voix. Au pied de leur musicien les lions se vautraient, Et, charmés par l’écoute, les tigres en oubliaient leur proie. Sa douce lyre savait attendrir l’impitoyable Pluton. Le pouvoir de sa musique surpassait la puissance de Jupiter.
§
Franz von Stuck – 1891
Or, un arbre monta, pur élan, de lui-même. Orphée chante ! Quel arbre dans l’oreille ! Et tout se tut. Mais ce silence était lui-même un renouveau : signes, métamorphose…
Faits de silence, des animaux surgirent des gîtes et des nids de la claire forêt. Il apparut que ni la ruse ni la peur ne les rendaient silencieux ; c’était
à force d’écouter. Bramer, hurler, rugir, pour leur cœur c’eût été trop peu. Où tout à l’heure une hutte offrait à peine un pauvre abri,
— refuge fait du plus obscur désir, avec un seuil où tremblaient les portants, — tu leur dressas des temples dans l’ouïe.
Rainer-Maria Rilke – « Sonnets à Orphée » 1922 Traduction Maurice Betz (1942) – très proche ami du poète
§
« J’ai perdu mon Eurydice » (Orphée et Eurydice – Gluck) Juan Diego Florez (ténor) – The Royal Opera – automne 2015
§
* Il n’est Orphée que dans le chant, il ne peut avoir de rapport avec Eurydice qu’au sein de l’hymne, il n’a de vie et de vérité qu’après le poème et par lui, et Eurydice ne représente rien d’autre que cette dépendance magique qui hors du chant fait de lui une ombre et ne le rend libre, vivant et souverain que dans l’espace de la mesure orphique. Oui, cela est vrai : dans le chant seulement, Orphée a pouvoir sur Eurydice, mais, dans le chant aussi, Eurydice est déjà perdue et Orphée lui-même est dispersé, l’« infiniment mort » que la force du chant fait dès maintenant de lui.
Maurice Blanchot in « L’espace littéraire » – V.L’inspiration – II. Le regard d’Orphée (Gallimard – Folio essais – 1988)
J’ai à la fois le sens de l’irréductibilité de la contradiction et le sens de la complémentarité des contraires. C’est une singularité que j’ai vécue, d’abord subie, puis assumée, puis intégrée.
Edgar Morin in « Mes démons » (1994)
Ce qui sépare deux êtres établit souvent entre eux, par delà les temps, les lieux et les circonstances qui contribuent à les différencier, une forme de lien, par contraste. Si l’on veut bien se donner la peine d’échapper à l’illusion des apparences, on peut alors apercevoir distinctement la ligne de convergence de ces contraires que tout, à priori, présentait comme devant s’exclure mutuellement.
Ainsi en va-t-il des voix humaines ; elles aussi, les plus discordantes et que tout oppose – tessitures, timbres, styles, résonances – réussissent parfois, sans doute du fait de cette humanité qui les façonne, à entrer en confluence à ce point unique que représente la beauté qu’elles révèlent, chacune à sa manière, à l’auditeur dépouillé de tout préjugé, livré à la seule sensibilité de son émotion.
Ainsi vont également les voies contraires qui finissent, plus souvent qu’on ne le pense, par se retrouver dans cet espace indéfini de convergence, inimaginable depuis le point de leur origine et pourtant né de leur nécessaire, de leur ontologique complémentarité. Qu’elle est ténue, qu’elle est fragile, qu’elle est ondoyante, la ligne de partage du sacré et du profane ! Elle nous ressemble tellement.
Rien n’est beau comme la voix humaine, quand elle est belle.
Laure Conan (romancière québécoise 1845 – 1924) in « À l’œuvre et à l’épreuve » – 1850
∞
♦ Voix séraphique et stratosphérique de la prière montant vers les cieux : voix de l’espoir et de la consolation :
Pitié pour moi, mon Dieu, dans Ton amour, selon ta grande miséricorde, efface mon péché. Lave-moi tout entier de ma faute, purifie-moi de mon offense. Oui, je connais mon péché, ma faute est toujours devant moi. Contre Toi, et Toi seul, j’ai péché, ce qui est mal à tes yeux, je l’ai fait. Ainsi, Tu peux parler et montrer Ta justice, être juge et montrer Ta victoire. Moi, je suis né dans la faute, j’étais pécheur dès le sein de ma mère. Mais Tu veux au fond de moi la vérité ; dans le secret, Tu m’apprends la sagesse. Purifie-moi avec l’hysope, et je serai pur ; lave-moi et je serai blanc, plus que la neige. Fais que j’entende les chants et la fête : ils danseront, les os que Tu broyais. Détourne Ta face de mes fautes, enlève tous mes péchés. Crée en moi un cœur pur, ô mon Dieu, renouvelle et raffermis au fond de moi mon esprit. Ne me chasse pas loin de Ta face, ne me reprends pas Ton Esprit Saint. Rends-moi la joie d’être sauvé ; que l’esprit généreux me soutienne. Aux pécheurs, j’enseignerai tes chemins ; vers toi, reviendront les égarés. Libère-moi du sang versé, Dieu, mon Dieu sauveur, et ma langue acclamera Ta justice. Seigneur, ouvre mes lèvres, et ma bouche annoncera Ta louange. Si j’offre un sacrifice, Tu n’en veux pas, Tu n’acceptes pas d’holocauste. Le sacrifice qui plaît à Dieu, c’est un esprit brisé ; Tu ne repousses pas, ô mon Dieu, un cœur brisé et broyé. Accorde à Sion le bonheur, relève les murs de Jérusalem. Alors Tu accepteras de justes sacrifices, oblations et holocaustes ; alors on offrira des taureaux sur Ton autel.
∞
Il y a, dans certaines voix, des nuances, des sortes de déchirures délicieuses, qui éveillent en moi une grande tendresse.
Paul Léautaud – Le journal littéraire (1968)
♦Voix rocailleuse burinée par l’alcool, accompagnant les errances du vagabond sur les chemins du désespoir au rythme valseur d’un baluchon baptisé pour toujours « Mathilda » :
Beurré à mort et blessé, c’est pas la lune qu’a fait ça.
J’en ai pour mon argent à présent.
À demain, mec. Hé, Frank, est-ce que j’peux
T’emprunter dix tunes, pour aller
Faire valser Mathilda*, valser Mathilda, viens faire valser Mathilda avec moi !
Je suis la victime innocente des fonds d’impasse
Et j’en ai assez de tous ces soldats ici.
Personne parle anglais, et tout est détruit.
Et mes Staceys** sont trempées jusqu’aux os
Pour aller faire valser Mathilda…
.
Voici que les chiens aboient
Et qu’un taxi se gare,
Peuvent rien pour moi ceux-là !
Je t’ai supplié de me suriner,
Tu m’as déchiré la chemise.
Et je suis sur les rotules ce soir
À tituber Bushmills***
T’as enfoncé ta dague dans ta silhouette
En contrejour de la fenêtre
Pour aller faire valser Mathilda…
.
J’ai perdu mon [médaillon] St-Christophe à présent
Maintenant que j’ai embrassé Mathilda
Et que la machine à sous est au courant
Et les chinetoques non-conformistes
Et les enseignes sans pitié
Et les filles qui sont aux séances de striptease là-bas
Vont aller faire valser Mathilda…
.
Non, je veux pas de ta sympathie !
Les fugitifs disent qu’on peut plus rêver dans les rues,
Rafles pour homicide involontaire
Et les fantômes qui vendent des souvenirs
Ils veulent pas être en reste.
N’empêche, tu vas faire valser Mathilda…
.
Et tu peux demander à n’importe quel marin
Et ses clés au geôlier
Mais les vieux dans leurs fauteuils roulants savent
Que Mathilda est l’accusée :
Elle en a tué une centaine
Et elle te suit partout où tu vas
Faire valser Mathilda…
.
Et c’est une valoche cabossée
Pour un hôtel quelque part
Et une blessure qui guérira jamais.
Pas de prima donna, le parfum provient
D’une liquette tachée de sang et de whisky.
Et bonne nuit aux balayeurs,
Gardiens de la flamme des veilleurs de nuit,
Et bonne nuit à Mathilda aussi !
.
* Mathilda : nom donné par les "swagmen", les vagabonds australiens, allant de ferme en ferme chercher un peu de travail, au baluchon ou à la besace qui ne les quittait jamais et qui ballottait sur leurs épaules au gré de leurs pas.
"Faire valser Mathilda" : arpenter le bush, partir sur les chemins.
** Stacey’s : marque de chaussures chic
*** Bushmills : marque de whisky irlandais
À mon ami Jacques T. Pour aider sa convalescence à trouver son tempo : « swingando » !
Si votre éducation musicale a été négligée, nul besoin de choisir une voie aride pour la refaire : l’évolution rapide du jazz vous mènera insensiblement de la musique la plus fraîche et la plus naturelle des parades et des orchestres de marches aux recherches les plus raffinées des arrangeurs actuels ; et le monde de la mélodie, de l’harmonie et du rythme vous sera définitivement ouvert.
Boris Vian in Derrière La Zizique. U.G.E. 10/18, Paris, 1976
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Ce jeune pianiste indonésien, Joey Alexander, est-il le messie que le Jazz attendait ? Il a aujourd’hui 15 ans et les plus grands « jazzmen » actuels se réjouissent et s’enorgueillissent de jouer avec lui. Un commentateur a dit de lui, fort pertinemment, qu’il avait en vérité 115 ans, l’âge du Jazz qu’il incarne si profondément et si naturellement.
Il avait 10 ans en 2013 lorsqu’il a enregistré dans un des studios du mythique Lincoln Center de New York cette pièce de sa composition :
Le voici à 13 ans, avec Ulysses Owens Jr. à la batterie (nouvelle référence des batteurs de jazz) et l’excellent Dan Chmielinski à la basse, interprétant « City lights » :
Le jazz est un style, non une composition. N’importe quelle musique peut être interprétée en jazz, du moment qu’on sait s’y prendre. Ce n’est pas ce que vous jouez qui compte mais la façon dont vous le jouez.
Jelly Roll Morton
Qui pourrait encore dire, devant un tel génie, doté d’une aussi précoce maturité et d’une aussi joyeuse liberté de jouer et d’inventer cette musique sur les traces des plus éminents musiciens de son histoire, que le jazz est mort ?
De gauche à droite : 1/ M. Petrucciani – B. Evans – J.R. Morton – M. Solal 2/ E.Garner – D. Ellington – O. Peterson – T. Monk
À l’évidence, hélas, après cent ans d’existence le jazz a émis bien plus d’avis de décès qu’il n’a reçu de faire-part de naissance. À ne considérer son histoire qu’au travers du prisme réducteur du piano, peut-on affirmer pour autant qu’il s’est définitivement évaporé dans les fumées lumineuses des dernières inventions sonores du grand Bill Evans ?
Ce serait faire fi de ses successeurs, les Chick Coréa, Keith Jarrett, Brad Mehldau, Hiromi Uehara ou Jacky Terrasson, pour ne citer qu’eux.
Question bien délicate en vérité que la mort d’un art ! Et forte est la tentation intellectuelle d’aller chercher des éléments de réponse dans les théories sur l’esthétique développées par Hegel, Nietzsche ou Heidegger — qui s’opposent et s’entrechoquent souvent — et ainsi finir par se perdre dans un sempiternel retour au cœur des méandres alambiqués d’une réflexion qu’alimentent, préludes obligés, les toujours vives interrogations : « Qu’est-ce que l’Art ? », « Qu’est-ce que le Jazz ? »
J’avoue me satisfaire, pour l’immédiat, de cette remarque de bon sens que publiait Michel Yves-Bonnet, en octobre 2014, répliquée dans une tribune récente de Citizenjazz.com :
Le jazz est-il mort ? Nouvelle question ? Certes non ! Trouble chez certains amateurs et professionnels, assurément oui ! Mais pourquoi se poser cette question ? Pourquoi ne pas simplement se laisser aller au jeu et à l’écoute ? Parce que cette musique est un Art majeur et qu’il nous interpelle.
Il faut simplement se placer devant cette alternative : ou bien le jazz est une Grande Musique, ou bien il n’a été qu’un moment musical, cadré, daté, répertorié, modélisé, pour employer un langage scientifique. Si tu choisis la première prémisse, alors le jazz est un art de création, de recherche et d’avenir. Musique éternelle, comme les autres arts de création. Dès son origine, le jazz est une musique métisse, ce qui lui donne toute sa beauté et son originalité. Il n’y a dès lors aucune raison – sauf à l’enfermer, crime hors de raison – qu’elle ne poursuive pas ses alliances et ses mariages. Certes, tu dois rester vestale de cet Art, en veillant à ce que l’improvisation soit toujours ontologiquement à l’œuvre.
Le risque mortifère tient dans la deuxième proposition : Si le jazz devient « définitivement » une musique de répertoire, alors il te suffira de relever tous les chorus des glorieux Anciens et de les répéter inlassablement.
Voilà, semble-t-il, posées avec simplicité, les conditions pour que le Jazz se survive à lui-même : demeurer une musique ouverte, métisse, arlequinée des cultures et des influences les plus diverses, conserver une fidélité sans faille à sa caractéristique fondamentale, l’improvisation, et, corollaire des propositions précédentes, continuer de s’ancrer à sa racine la plus profonde, tout à la fois la plus valorisante et la plus créative : la liberté.
Alléluia ! Ce XXIème siècle semble avoir entendu ce discours. Il a envoyé aux amateurs de jazz un nouveau messager porteur d’une espérance que certains n’attendaient peut-être plus, Joey Alexander.
Quelque chose me dit que les étagères « Jazz » de nos discothèques n’ont pas fini de s’allonger…
Le jazz est mon aventure. Je traque les nouveaux accords, les possibilités de syncope, les nouvelles figures, les nouvelles suites. Comment utiliser les notes différemment. Oui, c’est ça ! Juste une utilisation différente des notes.
Thelonious Monk
♬ ♬ ♬
Allez, pour remplacer les 6 ou 7 vidéos que je viens de désélectionner de ce billet, – parce que trop c’est trop et que les amateurs les retrouveront sans peine – juste un petit bis depuis le fond de la salle du « Jazz Standard » à New York, il y a trois ans.
Le petit bonhomme au cheveux longs, à gauche, assis devant le piano n’a que 12 ans, c’est Joey Alexander… qui conduit les musiciens de son Trio.
– Monsieur Armstrong, qu’est-ce que le swing ?
– Madame, si vous avez à le demander, vous ne le saurez jamais!
Comment, sans une dose certaine d’exagération, une pincée d’outrance, et un zeste d’angélisme, mes vœux pour ce début d’année résisteraient-ils à l’inéluctable érosion que ne manqueront pas d’infliger à leur réalisation les onze mois qui les suivent ? Aucun excès, en tout cas, ne saurait retrancher la moindre fraction à la sincérité qui les inspire.
Alors :
Ψ – Puissions-nous entonner chaque jour de notre nouvelle année, avec le même enthousiasme et le même gracieux sourire que ceux qu’affiche ici la très british Carolyn Sampson interprétant Sémélé, ce chant réjoui :
« Oh extase du bonheur…! »
— Et avec la même voix peut-être, qui sait ?… « Exagération », disions-nous ?
Et si, ce faisant, nous menaçaient de trop près les vanités du Narcisse, qu’un trait d’humour, aussitôt, vienne en chasser l’écho, fussions-nous, comme Sémélé elle-même, fille d’Harmonie, mère de Dionysos, et amante de Jupiter. (Quel C.V. !)
Aimons-nous donc nous-mêmes, nous n’en aimerons que mieux ceux qui nous entourent ! Mais gardons-nous de laisser le tain de notre miroir occulter l’issue de notre prison !
Haendel – SÉMÉLÉ – Acte III – Scène 3
Recitative
Oh, ecstasy of happiness! Celestial graces I discover in each feature!
Air
Myself I shall adore, If I persist in gazing. No object sure before Was ever half so pleasing. Myself. . . da capo
• • •
Récitatif
Oh extase du bonheur, grâces célestes que je découvre dans chacun de mes traits !
Aria
Je m’adorerai moi-même si je continue à me regarder. Nul objet il est sûr à ce jour n’a atteint ne serait-ce que la moitié de cette beauté. Je m’adorerai… da Capo
§
Ψ – Puisse cette nouvelle année, Mesdames, accroître encore, selon vos souhaits légitimes, vos droits dans nos sociétés vieillissantes !
Puisse le Ciel — il n’y aura plus que lui pour cela — nous protéger, Messieurs les pauvres hommes, des éventuels abus auxquels elles pourraient, par vengeance, par sadisme ou tout simplement par plaisir, être tentées de nous exposer… !
Quelques cas sérieux ont déjà été recensés… et certains disent — mauvaises langues, évidemment — que nous y avons pris goût :
§
Ψ – Enfin, et surtout, puissions-nous tous, chacun à sa manière et avec ses moyens, propulser nos énergies personnelles dans la seule direction qui vaille : celle qui conduit à la PAIX ! Tenterons-nous la magique utopie d’utiliser tous la même boussole ?
Mais, convenons-en, les mots ne savent pas tout dire. Surtout si c’est au cœur que l’on s’adresse. Seule la musique connaît le langage subtil de l’intime, de l’immatériel, de l’éternel. Laissons-la donc, avec une suave élégance, offrir à nos âmes, pour les convaincre s’il en était besoin, un avant-goût du bonheur simple dont la paix est porteuse.
Bill Evans (piano) – « Peace piece » (enregistrée en concert en 1958)
§ § §
Merci à tous de venir fidèlement sur « Perles d’Orphée » et « De Braises et d’Ombre », depuis tant d’années maintenant, partager avec moi un regard, une larme ou un sourire. Quel bel honneur vous me faites, quel formidable plaisir vous m’offrez, en ajoutant chaque jour un maillon nouveau à cette chaîne de l’émotion dont je ne pouvais imaginer en la créant qu’elle grandirait ainsi.