Flâner entre le rêve et le poème… Ouvrir la cage aux arpèges… Se noyer dans un mot… S'évaporer dans les ciels d'un tableau… Prendre plaisir ou parfois en souffrir… Sentir et ressentir… Et puis le dire – S'enivrer de beauté pour se forcer à croire !
Auteur : Lelius
La musique et la poésie : des voies vers les êtres... Un chemin vers soi !
Si, comme moi, pour la fête de la « musique » de ce soir, vous rêvez d’être sourd, ne fermez pas vos pavillons sans vous être accordé auparavant un dernier formidable plaisir, une sorte de cigarette du condamné : cinq prodigieuses minutes de MUSIQUE… jouées par une bande de jeunes comme on aimerait en trouver beaucoup au coin de nos rues chaque 21 juin !
Final de la 2ème Symphonie de Gustav Mahler – « Résurrection »
Simón Bolívar Symphony Orchestra of Venezuela
Gustavo Dudamel – Direction
Miah Persson – Soprano
Anna Larsson – Mezzo-soprano
National Youth Choir of Great Britain
Si je prends un violon dans mes mains, je crois tenir une vie.
Edgar Bundy (1862-1922) – Antonio Stradivari
Le violon est le roi du chant. Il a tous les tons et une portée immense : de la joie à la douleur, de l’ivresse à la méditation, de la profonde gravité à la légèreté angélique, il parcourt tout l’espace du sentiment. L’allégresse sereine ne lui est pas plus étrangère que la brûlante volupté ; le râle du cœur et le babil des sources, tout lui est propre ; et il passe sans effort de la langueur des rêves à la vive action de la danse. […]
Qu’il est beau, ce violon, de couleur et de forme. Ses lignes sont un poème de grâce : elles tiennent de la femme et de l’amphore ; elles sont courbes, comme la vie. Et tant de grâce exprime l’équilibre de toutes les parties, la fleur de la force.
Dans un violon, tout est vivant. Si je prends un violon dans mes mains, je crois tenir une vie. Tout est d’un bois vibrant et plastique, aux ondes pressées : ainsi l’arbre, le violon brut de la forêt, rend en vibrations tous les souffles du ciel et toutes les harmonies de l’eau.
Dans le violon, l’orchestre a trouvé sa voix, plus qu’humaine.
Certes, ils sont sacrés aux musiciens, ces héros de Crémone (Amati, Stradivarius, Guarneri del Gésu).
O divins violons, bruns enfants de Crémone, Plus beaux que l’or du soir, vous êtes faits de sang Et de chair et d’amour et de tout ce qui sent La passion qui chante et follement raisonne.
André Suarès (extraits de « Voyage du Condottière » – XII – La page des violons)
Allez ! Il faut bien le reconnaître, sans pour autant écorner l’admiration que nous portons à ces prodigieuses étoiles de la danse classique, leurs sourires — quand, bien sûr les rôles les commandent — sur les scènes de ballets d’où l’éclat de leurs talents nous extasie, sont bien souvent trop convenus, voire parfois figés, au risque, lors de nombreuses représentations, de cantonner quelque peu nos émotions à leur seule virtuosité.
Il faudrait, pour leur en tenir rigueur, ignorer combien la danse est exigeante, quelle discipline, quels efforts extrêmes elle impose sans relâche au petit rat comme au danseur étoile pour un flirt avec l’excellence. Et comme parfois — la plupart du temps — le corps doit taire ses douleurs…
Alors oui, le sourire est toujours un peu crispé, certes, quand chaque pas doit flotter dans des œufs à la neige, quand chaque saut doit être vol d’aigle ou de papillon, et chaque geste, jusque dans ses plus infimes articulations, une grâce.
Don Quixote – Carlos Acosta & Marinela Nunez – Royal Opera House 2014-2015 (Photo Dave Morgan)
Mais le miracle n’est pas exclu et notre bonheur de spectateur alors atteint son apogée. Dans ces rares moments, le talent, le brio, la maîtrise et la grâce, se rehaussent d’inattendues qualités : la spontanéité de l’instant, la joie de jouer, de danser ensemble, la sincérité d’un moment d’exaltation partagée. La circonstance n’oblige plus le sourire, elle le provoque, vraiment, réellement. La discipline se fait amusement, la technique, badinage.
Le ballet tout entier se dégèle enfin ! Le spectateur exulte !
Bouderions-nous ce plaisir exquis au prétexte qu’il est inhabituel, « hors normes » ? Certes non ! Mille fois non, quand demeure intacte l’âme du ballet !
Ce plaisir peu commun nous le devons au talent de deux formidables danseurs et de toute la troupe du Royal Ballet sur la scène du Royal Opera House, fin 2014 – début 2015. Ils dansent Don Quichotte, ballet de Maurice Petipa, indéniablement attaché au répertoire classique du XIXème siècle, et inspiré par l’œuvre célèbre de Cervantès. Un ballet de comédies et de feux d’artifice techniques.
Le vieux chevalier romantique Don Quichotte invente des histoires pour accomplir son besoin d’aventures chevaleresques. Il rencontre les jeunes amoureux Kitri et Basilio, séparés par le père de Kitri, qui veut la marier à un riche propriétaire.Don Quichotte décide de leur venir en aide.
Extrait 1 : A la fin de l’acte I, Basilio et Kitri, sa bien aimée, dansent sur la place du village avant de s’échapper à la faveur de la grande animation qui y règne…
Extrait 2 : Entre braises et ombre, Kitri et Basilio dansent leur célèbre pas de deux. L’amour et la grâce se sont invités… le sourire aussi.
Ma mère, vous vous penchiez sur nous, sur ce départ d’anges et pour que le voyage soit paisible, pour que rien n’agitât nos rêves, vous effaciez du drap ce pli, cette ombre, cette houle…
Antoine de Saint-Exupéry – « Lettres à sa mère » – Éditions Gallimard
Amour de ma mère, à nul autre pareil. Elle perdait tout jugement quand il s’agissait de son fils. Elle acceptait tout de moi, possédée du génie divin qui divinise l’aimé, le pauvre aimé si peu divin.
Albert Cohen – « Le livre de ma mère » – Éditions Gallimard
Aucun être au monde, exceptée celle qui des fils de sa chair a tissé notre chair, ne pourrait abriter en son sein telle incommensurable et imprescriptible vocation à nous aimer. Alors, qui, lorsque sur nous s’abat l’ombre de l’infortune ou le glaive du malheur, serait davantage que notre mère elle-même submergé par cette indomptable montée des larmes ?
Fallait-il que Maître Haendel, composant, en ces jours de 1723, son « Giulio Cesare in Egitto », eût été particulièrement inspiré par cette intemporelle image de l’amour maternel pour que naquît de sa plume sensible un aussi magnifique et poignant duettino pour contralto et soprano, « Son nata a lagrimar » (Je suis née pour pleurer).
Dialogue lyrique entre une mère et son fils accablés par un injuste sort et réunis pour un ultime instant d’affection partagée ; pathétique duo d’amour, véritable chant de séparation où se mêlent avec pudeur et dignité, à travers les subtiles palpitations des cordes psalmodiant un plaintif continuo en mi mineur, les lamentations désespérées d’une mère éplorée et l’infinie tendresse de son enfant.
Un des plus beaux duos qui se puissent entendre sur une scène d’opéra.
— Le superlatif n’est pas usurpé…
… l’hommage à toutes nos mères n’en sera que plus grand !
Ω
Sextus, fils de Cornélie, a défié le roi d’Égypte, Ptolémée, qui, croyant ainsi plaire à César, vient d’assassiner Pompée, leur père et époux. Le jeune homme est sur le point d’être emmené par la garde royale qui l’a interpelé. Avant que ne tombe le rideau sur l’incarcération de son enfant et sur le premier acte, Cornélie est autorisée à retrouver une dernière fois ce fils infortuné.
Son nata/o a lagrimar/sospirar,
e il dolce mio conforto,
ah, sempre piangerò.
Se il fato ci tradì,
sereno e lieto dì
mai più sperar potrò.
.
Je suis né/e pour pleurer/soupirer,
et toujours je regretterai
mon doux réconfort.
Si le destin nous a trahis,
plus jamais je ne pourrai espérer
un jour serein ou gai.
.
Ω
Cornélie : Randi Stene (contralto)
Sextus : Tuva Semmingsen (soprano)
Royal Danish Opera – 2005
Ω
Mais, quel que soit le sort qui t’attend dans la lutte,
La palme ou le cyprès, le triomphe ou la chute,
Souviens-toi qu’en ce monde il est du moins un cœur
Qui t’aimera vaincu tout autant que vainqueur,
Et, contre tous les coups d’une fortune amère,
Que toujours, mon enfant, il te reste ta mère !
Auguste Lacaussade – « Vocation » in « Poèmes et paysages » (1897)
Inaltérable plaisir de lire et de relire, d’entendre et de ré-entendre, un texte dans lequel vibrent à l’unisson, confondus dans la densité de l’instant, l’émoi du poète, l’humanité d’un regard, l’humilité du sage, et l’empathie du sachant.
Inoubliable Laurent Terzieff !
Immortel Rainer-Maria Rilke !
« Pour écrire un seul vers… »
Pour écrire un seul vers, il faut avoir vu beaucoup de villes, d’hommes et de choses, il faut connaître les animaux, il faut sentir comment volent les oiseaux et savoir quel mouvement font les petites fleurs en s’ouvrant le matin.
Il faut pouvoir repenser à des chemins dans des régions inconnues, à des rencontres inattendues, à des départs que l’on voyait longtemps approcher, à des jours d’enfance dont le mystère ne s’est pas encore éclairci, à ses parents qu’il fallait qu’on froissât lorsqu’ils vous apportaient une joie et qu’on ne la comprenait pas (c’était une joie faite pour un autre), à des maladies d’enfance qui commençaient si singulièrement, par tant de profondes et graves transformations, à des jours passés dans des chambres calmes et contenues, à des matins au bord de la mer, à la mer elle-même, à des mers, à des nuits de voyage qui frémissaient très haut et volaient avec toutes les étoiles – et il ne suffit même pas de savoir penser à tout cela.
Il faut avoir des souvenirs de beaucoup de nuits d’amour, dont aucune ne ressemblait à l’autre, de cris de femmes hurlant en mal d’enfant, et de légères, de blanches, de dormantes accouchées qui se refermaient.
Il faut encore avoir été auprès de mourants, être resté assis auprès de morts, dans la chambre, avec la fenêtre ouverte et les bruits qui venaient par à-coups.
Et il ne suffit même pas d’avoir des souvenirs. Il faut savoir les oublier quand ils sont nombreux, et il faut avoir la grande patience d’attendre qu’ils reviennent. Car les souvenirs ne sont pas encore cela. Ce n’est que lorsqu’ils deviennent en nous sang, regard, geste, lorsqu’ils n’ont plus de nom et ne se distinguent plus de nous, ce n’est qu’alors qu’il peut arriver qu’en une heure très rare, du milieu d’eux, se lève le premier mot d’un vers.
Rainer-Maria Rilke (1875-1926)
Extrait de
« Les Cahiers de Malte Laurids Brigge » (1910)
Si vous aimez ce texte — peut-on ne pas l’aimer ? — vous prendrez également grand plaisir à l’interprétation tout en douceur et tendresse qu’en donne Christine Mattei, illustrant avec bonheur musicalement et photographiquement les mots de Rilke.
En janvier 2013, je publiais sa vidéo sur « Perles d’Orphée » :
… Mais quelle douceur
vient jusqu’à nous avec les ombres qui s’allongent
à partir du couchant où notre cœur s’incline.
Une gloire accompagne le oui de l’adieu.
Les derniers pas portent la louange aux collines.
Jean Mambrino – « La saison du monde » – « Ensemble »
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Magique !!! György et Márta Kurtág interprètent quelques transcriptions de Jean-Sébastien Bach écrites par György. Ils ont 90 ans chacun…!
A deux, humblement vers l’infini…
… et nous dans la lumière de leurs pas !
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Quelques mots à voix très basse pour rappeler que György Kurtág est l’un des plus importants compositeurs contemporains en activité. Né en 1926 en Hongrie et découvert tardivement par le monde occidental. Bien que n’appartenant à aucun système, il ne masque pas l’influence que Bartok a exercée sur lui dans ses jeunes années, ni celle de Webern, ensuite, à qui il emprunte le style miniaturiste qui caractérise sa musique.
La force émotionnelle de ses compositions, privilégiant l’allusif au descriptif ou au narratif, ne perd rien à ce dépouillement ; elle y gagne en vigueur et en précision. Avec Kurtág, associer émotion et musique contemporaine n’est pas un oxymore.
Très proche de Jean-Sébastien Bach, György Kurtág a réalisé de nombreuses transcriptions des œuvres du Cantor. Il a coutume, lorsqu’il se produit en public avec son épouse Márta, à quatre mains ou à deux pianos, de clairsemer la programmation de ses propres compositions de quelques-unes de ses transcriptions.
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Leur récital à la Cité de la Musique à Paris en 2012 :
Cette femme majestueuse et tranquille, dès que plus personne ne la tenait dans les bras, se sentait oppressée par le mépris de soi-même qu’engendraient les mensonges et les dégradations auxquels elle s’exposait pour être tenue dans des bras.
Robert Musil – « L’homme sans qualités » Tome 1
Que celui qui ne lui a jamais ouvert grand ses bras me jette la première pierre !
… Mais avant de la lancer, qu’il s’assure que ce n’est pas celle sur laquelle il a gravé, l’œil humide, ce cœur transpercé par une flèche…
Dans le bref espace d’un lied, Schubert fait de nous les spectateurs de conflits rapides et mortels. (Franz Liszt)
La musique est ce qui nous aide à être un peu mieux malheureux. (Cioran)
Non ! Je ne connais pas meilleure manière d’échapper à l’abrutissement de l’incessant tumulte politico-médiatique qui, chaque minute, entraînant chacun de nous dans les affres labyrinthiques de la parole dévoyée, nous étouffe, tels des suppliciés de Dante, sous des vagues de fange, onde nauséabonde pulsée par la force dévastatrice d’intérêts particuliers et d’égos hypertrophiés, que de se livrer, corps et âme, le temps d’un lied, à la grâce d’une poésie simple ondoyant langoureusement sur le rythme fluide d’une mélodie de Schubert.
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Et le choix est immense, n’est-ce pas, quand on sait que ce jeune homme, mort à 31 ans, a composé, outre ses symphonies, ses messes, ses pièces immortelles pour le piano et son admirable musique de chambre, plus de 600 lieder…
Tous, certes, ne connaissent pas la même gloire ou le même engouement que les célébrissimes Der Hirt auf dem Felsen (Le pâtre sur le rocher), Gretchen am Spinnrade (Marguerite au rouet) ou les merveilles du cycle Winterreise (Le voyage d’hiver).
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Mais qu’il est bon de sortir des sentiers battus, fussent-ils d’une incontestable beauté, pour découvrir ou redécouvrir d’autres mélodies moins familières et pourtant aussi parfaites invites à la rêverie romantique.
Dans le frémissement du lied de Schubert, le présent est toujours nostalgique tant la conscience de l’impermanence des choses de la vie s’impose à l’âme sensible.
En créant cette atmosphère musicale particulière autour du poème, Schubert confère aux mots une part supplémentaire de profondeur et de mystère qui les élèvent parfois jusqu’au sublime.
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Pour une fois ne fermons pas les yeux ! Si, à l’évidence, la voix chaude de Matthias Goerne et le piano tout en subtiles et scintillantes ondulations de Elisabeth Leonskaja, suffisent, par leur délicate complicité, à nous emporter loin, bien loin, les yeux clos, ne privons pas notre regard de la magie du voyage. Il devrait trouver, lui aussi, plaisir à se perdre dans les pâles reflets des crépuscules et des clairs de lune immortalisés par quelques peintres du XIXème siècle — pas très connus non plus, pour la plupart, à l’instar de ce lied.
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Rainer Maria Rilke, n’affirmait-il pas au jeune poète Kappus, son correspondant d’un temps, que le crépuscule du soir était l’heure de tous les accomplissements ?
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L’amour heureux du pêcheur
Là-bas brille À travers la prairie Et fait vers moi des signes Depuis la chambre De ma bien-aimée, Une lueur Aux pâles rayons.
Elle virevolte Comme un feu follet Et balance Doucement, Son reflet Dans les cercles Du lac qui ondule.
Je plonge Mon regard nostalgique Dans le bleu Des vagues, Et caresse Le rayon Brillant réfracté.
Alors je saute Sur l’aviron, Et mène Le bateau Là-bas Vers le chemin Plat et cristallin.
Ma belle bien-aimée Se glisse discrètement Hors de Sa chambre Et d’une enjambée Se précipite Vers moi dans la barque.
Tendrement alors Le vent Nous pousse À nouveau Vers le lac Loin des lilas De la rive.
La brume pâle Étend son voile De nuit Pour nous protéger Des regards qui espionneraient Notre silencieux Et innocent badinage.
Et nous échangeons Des baisers Tandis que les vagues En montant et En descendant, Murmurent, Pour narguer ceux qui écoutent.
Seules les étoiles Nous épient De loin Et inondent Profondément Le chemin Du bateau qui glisse.
Ainsi flottons-nous Bienheureux Enveloppés Par l’obscurité, Là-haut, Scintillent Les étoiles.
Et nous pleurons Et nous rions, Et nous nous imaginons Détachés De la terre, Déjà là-haut, Déjà dans l’autre monde.
Sir William Blake Richmond – Orphée revenant des Enfers – 1885
Orphée
… Je compose en esprit, sous les myrtes, Orphée L’Admirable !… le feu, des cirques purs descend ; Il change le mont chauve en auguste trophée D’où s’exhale d’un dieu l’acte retentissant.
Si le dieu chante, il rompt le site tout-puissant ; Le soleil voit l’horreur du mouvement des pierres ; Une plainte inouïe appelle éblouissants Les hauts murs d’or harmonieux d’un sanctuaire.
Il chante, assis au bord du ciel splendide, Orphée ! Le roc marche, et trébuche ; et chaque pierre fée Se sent un poids nouveau qui vers l’azur délire !
D’un Temple à demi nu le soir baigne l’essor, Et soi-même il s’assemble et s’ordonne dans l’or À l’âme immense du grand hymne sur la lyre !
Antonello de Messine – Christ à la colonne – vers 1478
Qu’elle pénètre en nous par la voie religieuse qu’ouvre notre quête spirituelle ou qu’elle s’impose à la sensibilité de notre âme profane par la seule force de son humanité, l’émotion née de la musique sacrée de Jean Sébastien Bach trouve et trouvera toujours, inéluctablement, le chemin de notre cœur.
Il y a 290 ans, le vendredi saint, 7 avril 1727, dans l’église Saint-Thomas de Leipzig, dont il est le Kappelmeister, Jean Sébastien Bach donne son tout dernier oratorio, la Passion selon Saint-Matthieu (Matthäus-Passion).
Le Cantor, à travers ce chef d’œuvre absolu, accompagne et illustre la parole de Matthieu, l’évangéliste, relatant le drame à la fois intime et collectif, et théâtral tout autant, du sort réservé à Jésus, trahi et condamné aux plus atroces souffrances.
Roméo Castellucci, brillant homme de théâtre, parfois contesté — mais, n’est-ce pas le sort des grands créatifs et des avant-gardistes ? —, et le très apprécié chef d’orchestre Kent Nagano ont proposé, l’année dernière, à l’Opéra de Hambourg une version de la Matthäus-Passion particulièrement inspirée. Et dans une mise en scène pour le moins originale. La chaîne Arte l’a diffusée il y a quelques jours.
A la musique de Bach, hautement servie par des interprètes d’une remarquable qualité conduits par le chef Kent Nagano, font écho, visuel et symbolique, des illustrations scéniques empruntées à notre vie quotidienne ou au monde scientifique. Le tout dans un univers blanc pur, intemporel, pouvant évoquer, selon la sensibilité de chacun, la froideur d’un centre hospitalier de film fantastique aussi bien qu’un imaginaire paradis séraphique.
La Passion selon Saint-Matthieu ne manque jamais, à chaque écoute et quelles qu’en soient les conditions, de nous transporter, mon incroyance et moi, vers le plus beau des cieux. Cette version, théâtralisée par Castellucci, nous aura fait faire le voyage vers la Lumière dans une Larme infiniment spirituelle nourrie de beauté, mais aussi, étrangement, de surprise et d’actualité.
L’usage et les conventions veulent que le début de l’année soit LA période des grandes résolutions. Ces fameux engagements importantissimes que l’on prend avec soi-même, et avec détermination, pour se prouver douze mois plus tard que l’on a été assez fort et assez libre pour ne pas s’être laissé dominer par leur dictature. N’est-ce pas ?
Non conformiste, je préfère les résolutions de printemps. C’est aussi un commencement, après tout ! Et pour ne pas bousculer ma piètre volonté vis à vis de laquelle j’ai décidé d’appliquer la plus grande clémence, j’ai préféré limiter ma « todo list » à une seule proposition. Simple, naturelle, éprouvée… et tellement agréable que la suivre n’est qu’une merveilleuse exaltation !
Quand vous la connaîtrez, je gage que vous l’adopterez aussi.
Allez « Let’s do it ! Let’s fall in love ! »
Louis Armstrong – Composition de Cole Porter (1928) – Audio
When the little bluebird Who has never said a word Starts to sing « Spring – Spring » When the little bluebell At the bottom of the dell Starts to ring « Ding – Ding » When the little blue clerk In the middle of his work Starts a tune to the moon up above It is nature that is all Simply telling us to fall in love…
And that’s why :
Birds do it, bees do it Even educated fleas do it Let’s do it, let’s fall in love
In Spain, the best upper sets do it Lithuanians and Letts do it Let’s do it, let’s fall in love
The Dutch in old Amsterdam do it Not to mention the Finns Folks in Siam do it – think of Siamese twins
Some Argentines, without means, do it People say in Boston even beans do it Let’s do it, let’s fall in love
Romantic sponges, they say, do it Oysters down in Oyster Bay do it Let’s do it, let’s fall in love
Cold Cape Cod clams, ‘gainst their wish, do it Even lazy jellyfish, do it Let’s do it, let’s fall in love
Electric eels I might add do it Though it shocks ’em I know Why ask if shad do it – Waiter bring me « shad roe »
In shallow shoals English soles do it Goldfish in the privacy of bowls do it Let’s do it, let’s fall in love…
Dragonflies in the reeds do it, Sentimental centipedes do it, Let’s do it, let’s fall in love !
……
Mosquitoes, heaven forbid, do it, So does every katydid do it, Let’s do it, let’s fall in love !
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The most refined ladybugs do it, When a gentleman calls, Moths in your rugs do it, What’s the use of moth balls ?
Locusts in trees do it, Bees do it, Even overeducated fleas do it, Let’s do it, let’s fall in love !
The chimpanzees in the zoos do it, Some courageous kangaroos do it, Let’s do it, let’s fall in love !
I’m sure the giraffes on the sly do it
Heavy hippopotami do it
Let’s do it, let’s fall in love !
Sloths who hang down from the twigs do it, Though the effort is great Sweet guinea pigs do it, Buy a couple and wait !
The world admits bears in the pits do it, Even Pekingeses in the Ritz do it, Let’s do it, let’s fall in love !
♥ ♥ ♥
Et si avec la traduction, vous préférez une voix plus douce… O combien !
Ella Fitzgerald et l’Orchestre de Duke Ellington (1956) – Audio
Quand le petit oiseau bleu Qui n’a jamais dit un mot Commence à chanter : « Printemps – Printemps »
Quand la petite cloche bleue Au fond de la combe Commence à sonner « Ding – Ding »
Quand le petit employé de bureau bleu, Au milieu de son travail, Entonne une mélodie à la lune au-dessus de lui
C’est la nature qui est tout, Et qui nous invite simplement à tomber amoureux.
Et c’est pourquoi…
Les oiseaux le font, les abeilles le font ! Même les puces savantes le font ! Alors faisons-le, tombons amoureux !
En Espagne, les plus hauts seigneurs le font, Les Lituaniens et les Lettons le font, Faisons-le, tombons amoureux !
…..
Les Hollandais dans le vieil Amsterdam le font, Inutile de mentionner les Finnois, Tous au Siam le font – pensez aux jumeaux siamois !
….
Certains Argentins, sans le savoir, le font ! On dit que les haricots de Boston le font ! Faisons-le, tombons amoureux !
….
Les éponges romantiques, dit-on, le font, Les huîtres, au fond d’Oyster Bay, le font, Faisons-le, tombons amoureux !
…
Les palourdes du froid Cape Cod, malgré elles, le font, Même les méduses paresseuses le font, Faisons-le, tombons amoureux !
Les anguilles électriques, dois-je ajouter, le font,
Même si ça les choque, je le sais,
Pourquoi demander si l’alose le fait ? – le serveur m’en apporte les « œufs » !
Dans les bas-fonds les bancs de soles anglaises le font, Les poissons rouges dans l’intimité de leur bocal le font, Faisons-le, tombons amoureux !
….
Les libellules des roseaux le font, Les mille-pattes sentimentaux le font, Faisons-le, tombons amoureux !
…
Les moustiques, privés du paradis, le font, Ainsi que chaque cricket, Faisons-le, tombons amoureux !
Les coccinelles les plus raffinées le font Quand un gentleman appelle, Les mites de vos tapis le font, – A quoi servent les boules anti-mites ?
Les sauterelles dans les arbres le font, Les abeilles le font, Même les puces super dressées le font, Faisons-le, tombons amoureux !
Les Chimpanzés dans les zoos le font, Quelques courageux Kangourous le font, Faisons-le, tombons amoureux !
…
Je suis sûr que les girafes, en douce, le font, Les lourds hippopotames le font, Faisons-le, tombons amoureux !
Les paresseux pendus aux branches le font, Même si l’effort est énorme, les doux cobayes le font, Achetez-en un couple et attendez !
Tous admettent que les ours dans les fossés le font, Même les pékinois du Ritz le font, Alors faisons-le, tombons amoureux !
Habré de levantar la vasta vida que aún ahora es tu espejo: cada mañana habré de reconstruirla. Desde que te alejaste, cuántos lugares se han tornado vanos y sin sentido, iguales a luces en el día. Tardes que fueron nicho de tu imagen, músicas en que siempre me aguardabas, palabras de aquel tiempo, yo tendré que quebrarlas con mis manos. ¿En qué hondonada esconderé mi alma para que no vea tu ausencia que como un sol terrible, sin ocaso, brilla definitiva y despiadada? Tu ausencia me rodea como la cuerda a la garganta, el mar al que se hunde.
Jorge Luis Borgès (1899-1986)
Edward Munch – Jappe sur la plage (1891) – Oslo
Absence
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Il me faudra soulever la vaste vie
qui est encore ton miroir :
Il me faudra la reconstruire chaque matin.
Depuis que tu es partie
combien d’endroits sont-ils devenus vains
et dénués de sens, pareils
à des lumières dans le jour.
Soirs qui furent abri pour ton image,
musiques où toujours tu m’attendais,
paroles de ces temps-là,
il me faudra les briser avec mes mains.
Dans quel creux cacherai-je mon âme
pour ne pas voir ton absence
qui, comme un soleil terrible, sans couchant,
brille définitive et impitoyable ?
Ton absence m’entoure
comme la corde autour de la gorge.
La mer où elle se noie.
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In « Ferveur de Buenos Aires » (1923)
traduit de l’espagnol par Silvia Baron Supervielle
Ainsi parle le Seigneur Dieu : Je viens chercher moi-même mon troupeau pour en prendre soin… Je le ferai paître dans un bon pâturage, son herbage sera sur les montagnes du haut pays d’Israël. Moi-même je ferai paître mon troupeau, moi-même le ferai reposer – oracle du Seigneur Dieu. ……………………………………………………
.Ézéchiel – chapitre 34
Je suis le bon pasteur … Je connais mes brebis et elles me connaissent… Mes brebis entendent ma voix ; je les connais et elles me suivent.
…………………………………………. Jean – chapitre 10
En guise d’écho à ces paroles bibliques, et pour répondre à une commande passée à l’occasion de l’anniversaire du Duc Christian de Saxe Weissenfels, Jean-Sébastien Bach compose en 1713, une cantate profane — sa première cantate profane, semble-t-il — : « Was mir behagt, ist nur die muntre Jagd »(Ce qui me plaît par dessus tout, c’est la chasse !). Le poète Salomon Franck en a écrit le texte, inspiré par la mythologie antique.
Léocharès (IVéme av JC) – Diane de Versailles ou Artémis à la biche (détail) – Louvre
C’est à Diane — qui d’autre ? — qu’en sont confiés les premiers mots. Elle proclame d’entrée son amour immodéré de la chasse joyeuse, juste avant que cors et cordes ne viennent la rejoindre pour affirmer avec elle que la chasse est le plaisir des Dieux. S’ensuit un double hommage lyrique, à la nature et au Duc Christian, rendu par les dieux et les déesses invités, empressés d’adresser dignement leurs vœux de bon anniversaire à ce héros de Saxe :
Endymion (Ténor), roi du pays d’Élide où se trouve, près d’Olympie, l’Autel de Zeus sur lequel tant de bœufs furent sacrifiés que l’on donna — non sans un certain humour — au monarque le surnom de roi berger.
Pan (Basse), protecteur des troupeaux et des bergers, mi-homme mi-bouc, et sans doute demi-dieu seulement, n’étant, dit-on, pas immortel.
Palès (Soprano), déesse des bergers que ceux-ci avaient coutume de célébrer avec une fougue particulière dès le printemps venu, temps des premiers pâturages, pour l’exhorter à veiller plus assidûment encore sur les troupeaux désormais exposés à la convoitise des loups.
C’est justement la voix de Palès, chantant l’aria « Schafe können sicher weiden » (Les moutons peuvent paître en paix ou, en anglais, « Sheep may safely graze »), qui servira de signature pour la postérité à cette cantate BWV 208, dite « Cantate de la chasse ».
Quelle plus douce musique pour exprimer le calme et la paix bucoliques d’un éden terrestre ? Porté à travers le vert pâturage par le courant régulier d’une basse continue, on surprend, çà et là, égayés dans l’herbe fraîche que lèche un clair ruisseau, les agneaux bondissant d’insouciance ; sur leur duvet frissonnant glisse, en subtiles et sensuelles risées, la brise caresseuse d’un enchanteur après-midi d’avril, et leurs cœurs — et les nôtres — n’en finissent pas de s’abreuver, jusqu’à l’ivresse, au calice de la béatitude.
Schafe können sicher weiden, Wo ein guter Hirte wacht. Wo Regenten wohl regieren, Kann man Ruh und Friede spüren Und was Länder glücklich macht.
L’ensemble San Francisco Early Music et Susanne Rydén, soprano.
Les moutons peuvent paître en sécurité Là où un bon berger veille. Là où les souverains gouvernent avec sagesse, On peut goûter le calme et la paix Qui rendent un pays heureux.
— … Tant que le loup n’y est pas !
Il est toujours agréable de partager l’émotion, mais quand celle-ci se double d’un profond sentiment de paix — ne durerait-il que l’instant d’un salut de papillon — le plaisir touche volontiers à l’extase.
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Un bon berger pour lui-même sera un bon berger d’hommes. ………………………………………..Talmud de Babylone – Sota 36b
Quel musicien pourrait-il prétendre n’avoir jamais rêvé de transcrire une œuvre du Cantor ? La séduction particulière exercée par cette aria ne pouvait qu’attiser encore ce désir, chaque joaillier du contrepoint ayant à cœur de s’approprier un tel joyau pour le tailler à sa manière.
Egon Petri – pianiste (1881-1962)
Ainsi fleurirent au cours du XXème siècle les transcriptions de cette pièce, comme, par exemple, pour l’orchestre symphonique, celles de grands chefs tels que Sir John Barbiroli ou Léopold Stokoswski, ou d’arrangeurs moins connus comme l’américain Alfred Reed. Transcriptions également de tant d’autres arrangeurs pour de nombreux instruments : orgue, guitare, violoncelle… Mais surtout, transcriptions nombreuses pour le piano, avec pour références les partitions de Dinu Lipatti, exceptionnel pianiste roumain trop tôt emporté par la maladie en 1950, d’Ignaz Friedman, virtuose polonais mort à 65 ans sur sa terre d’accueil, l’Australie, en 1948, ou encore de Mary Howe, compositrice américaine disparue en 1964, sans oublier — à supposer que la chose fût possible — les pages écrites par Egon Petri, incontestable serviteur de J.S. Bach, pianiste néerlandais qui n’a jamais vécu aux Pays Bas, et qui repose depuis 1962 dans un cimetière californien près de Berkeley.
Inoubliable version pour le piano que celle d’Egon Petri, disais-je ? Doublement inoubliable quand on l’aura écoutée par l’un des derniers géants du piano juste après qu’il eut retrouvé l’usage de sa main droite restée paralysée de très longues années.
Chaque expérience de beauté, si brève dans le temps, tout en transcendant le temps, nous restitue chaque fois la fraîcheur du matin du monde.
François Cheng — « Cinq méditations sur la beauté »
Et si nous profitions de l’arrivée imminente du printemps pour échapper un instant à l’insipide ennui et au pessimiste patent de nos temps incertains et nous offrir une petite récréation. Joyeuse, colorée, fraîche et gracieuse… Pas moins !
Elle est si lumineuse notre Swanilda (Natalia Osipova). Et coquine aussi ! Son fiancé s’est épris de Coppélia, la dernière création du vieux Coppélius, fabriquant passionné d’automates qui espère toujours donner une âme à chacune de ses créatures. Jalouse, elle prendra la place de sa rivale mécanique afin de surprendre Frantz, son naïf bienaimé, venu faire sa cour à Coppelia qu’il croit bien vivante.
Tout se terminera dans la bonne humeur, par un mariage évidemment !
Pour l’heure, Swanilda danse quelques variations sur la célèbre valse composée par Léo Delibes pour le non moins célèbre ballet. Elle nargue de son charme et de sa grâce, Coppelia figée, et pour cause, dans l’infini de sa lecture…
Et si nous ne sommes pas pressés de retourner jouer, nous aussi, les automates figés devant la boucle perpétuelle et vaine des débats vulgaires et inutiles de nos politiques pendards et de nos journalistes charognards, nous n’hésiterons pas à rester pour le finale en fête de ce ballet.
Un feu d’artifice de fouettés, sauts, pirouettes et autres entrechats que les prodigieux virtuoses du Bolchoï, danseurs et danseuses, nous offrent avec une élégance rare et une sincère générosité — Ça nous change !
Tiens, tiens, on me dit que parfois, lorsque vous vous asseyez à votre piano pour faire plaisir à vos amis avides de découvrir vos nouveaux progrès, vous ressentez quelque difficulté à jouer. Que vos doigts se nouent comme racines de scrofulaires, que votre visage n’est que brasier, des pommettes jusqu’aux oreilles, que votre estomac ne sait que faire de l’enclume que vous avez avalée ou que le métronome déglingué qui a pris la place de votre cœur s’acharne à battre inextinguiblement un rythme diabolique qui ravage vos équilibres… Comme c’est étrange !
Steven Lamb – pianiste
Et c’est auprès de moi, adorateur inconditionnel du piano certes, qui joue tout avec bonheur… et surtout avec les doigts des autres — les meilleurs bien sûr —, qui ai eu l’immense sagesse, il y a bien longtemps, de m’épargner vos vaines souffrances d’aujourd’hui tout en regagnant l’estime de mes voisins, que vous venez prendre conseil ! Pourquoi pas, après tout ? Le salut ne pourrait-il pas naître du paradoxe ?
Je ne suis vraiment pas sûr que mes propositions vous aideront à maitriser vos angoisses, ni qu’elles contribueront à parfaire votre virtuosité, mais laissez-moi croire qu’elles vous offriront de bien belles minutes de piano… Et pour cause… J’ai demandé à la pianiste et compositrice vénézuélienne Gabriela Montero de bien vouloir illustrer mes trois « précieux et inestimables conseils »…
1er conseil : Interpréter
Pour commencer apprenez par cœur une partition — la crainte est plus légère quand on connaît bien sa musique. Choisissez-la, de préférence, « facile », le deuxième mouvement (Presto misterioso) de la première sonate de Ginastera, par exemple.
Avec un peu d’application et un sens aigu des nuances, vous rendrez assurément à ce mouvement le caractère mystérieux, nerveux et sombre, que le compositeur argentin a souhaité lui donner.
Si le résultat est proche de cette interprétation, n’hésitez plus à envoyer votre prestation enregistrée aux plus prestigieuses maisons de disques…! Ça devrait marcher pour vous !
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2ème conseil : Improviser
Vous avez des trous de mémoire. Le trac la taraude souvent, en effet. Vous ne vous souvenez plus que de quelques mesures du Bach que vous avez décidé d’interpréter : Laissez-vous aller ! Improvisez ! La plupart n’y verra que du feu, la preuve :
Si vous éprouvez certaine difficulté à faire mieux que Gabriela, pas d’inquiétude : l’imitation est vraiment très osée, Gabriela est habitée par le génie de l’improvisation !!!
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3ème Conseil : Inventer
Vous voudriez varier votre répertoire. Vous aimeriez bien jouer Mozart, Brahms, un compositeur sud-américain ou Pierre Boulez, mais vous ne connaissez qu’un petit bout d’une sonate de Mozart (qui n’est d’ailleurs pas forcément de Mozart). C’est simple ! Inventez ! Jouez vos quelques mesures connues en changeant de tonalité ou jouez-les dans le style de, à la manière de…
Vous pourriez, par exemple, raconter en musique un voyage imaginaire et improbable de Mozart à travers le temps, exprimer ses humeurs musicales en variant les tonalités, porter témoignage pianistique de ses incroyables rencontres mimétiques avec ses brillants successeurs… Essayez donc ! Tout est dans le clavier, n’est-ce pas ? Il suffit juste de l’en faire sortir…!
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Allez ! Au travail maintenant !
Si mes conseils vous ont profité, vous devriez sans doute faire partie de la prochaine programmation du Théâtre des Champs Élysées ou du Carnegie Hall. Je me ferai une joie de venir vous écouter. N’oubliez pas de me communiquer les dates de vos prochains récitaux ! Oh pardon ! récitals !!!
Si, comme la grande Martha Argerich — qui lui a toujours prodigué ses plus vifs encouragements —, vous avez apprécié le talent de Gabriela Montero, vous écouterez avec plaisir son dernier enregistrement du Concerto N°2 de Rachmaninov, et de sa composition personnelle pour piano et orchestre, « Ex Patria », par laquelle elle a voulu exprimer à la fois sa nostalgie du Venezuela de son enfance et sa colère envers ses dirigeants modernes qui ont conduit le pays au chaos et à la décomposition.