Le mauvais temps du coeur !

Il pleure dans mon cœur
Comme il pleut sur la ville…

‘Stormy Weather’

Je ne sais pas pourquoi il n’y a pas de soleil dans le ciel
Sale temps
Puisque mon homme et moi sommes séparés
Il pleut tout le temps
La vie est nue, sombre et malheureuse partout
Sale temps
Je ne peux juste pas me ressaisir,
Je suis tout le temps fatiguée
Si fatiguée tout le temps
Quand il est parti, le blues est entré en moi et s’est installé
S’il ne revient pas, la vieille chaise à bascule aura ma peau
Tout ce que je fais, c’est prier le Seigneur d’en haut qu’il me laisse marcher une fois de plus au soleil.
Je ne peux pas continuer, j’ai perdu tout ce que j’avais
Sale temps
Depuis que mon homme et moi sommes séparés,
La pluie ne cesse de tomber

Don’t know why there’s no sun up in the sky
Stormy weather
Since my man and I ain’t together,
Keeps rainin’ all the time
Life is bare, gloom and mis’ry everywhere
Stormy weather
Just can’t get my poorself together,
I’m weary all the time
So weary all the time
When he went away the blues walked in and met me.
If he stays away old rockin’ chair will get me.
All I do is pray the Lord above will let me walk in the sun once more.
Can’t go on, ev’ry thing I had is gone
Stormy weather
Since my man and I ain’t together,
Keeps rainin’ all the time

Mais vieillir… ! – 26 – ‘Ne laisse pas le vieil homme entrer !’

Je puis maintenant dire aux rapides années :
– Passez ! passez toujours ! je n’ai plus à vieillir !
– Allez-vous-en avec vos fleurs toutes fanées ;
– J’ai dans l’âme une fleur que nul ne peut cueillir !

Victor Hugo – Les chants du crépuscule

Toby Keith, légende américaine de la musique country, disparu il y a quelques mois à l’âge de 62 ans, n’aura pas eu le temps de résister à la vieillesse comme le suggèrent les paroles de sagesse de sa chanson.

En 2018, à l’occasion d’une rencontre avec Clint Eastwood, jeune homme de 88 ans, Toby est particulièrement touché par une phrase du réalisateur : « je ne laisse pas entrer le vieil homme ».
Il en fait une chanson :

‘Don’t let the old man in’

Ne laisse pas le vieil homme entrer
Je veux vivre encore un peu
Je ne veux pas m’en remettre à lui
Il frappe à ma porte
Je savais depuis le début de ma vie
Qu’un jour elle se terminerait
Lève-toi et sors
Ne laisse pas le vieil homme entrer
J’ai vécu de nombreuses lunes
Mon corps est usé par le temps
Demande-toi ce que tu serais
Si tu ne savais pas le jour de ta naissance
Essaie d’aimer ta femme
Et reste proche de tes amis
Fête d’un verre de vin chaque coucher de soleil 
Et ne laisse pas entrer le vieil homme
J’ai vécu de nombreuses lunes
Mon corps est usé par le temps
Demande-toi quel âge tu aurais
Si tu ne savais pas le jour de ta naissance
Quand il enfourche son cheval
Et que tu sens souffler ce vent froid et amer
Regarde par la fenêtre et souris
Et ne laisse pas le vieil homme entrer

Toby Keith 1961-2024

« He mirat aquesta terra »

Reprise d’un billet du 1/02/2014 sur « Perles d’Orphée » :
« J’ai regardé cette terre »

En 2013, année du centenaire de la naissance du poète Salvador Espriu, la Catalogne a rendu un puissant hommage à celui qui a été un symbole de la résistance contre le franquisme.
Pour la circonstance Silvia Pérez Cruz, accompagnée à la guitare par Toti Soler, chantait avec une profonde et intense émotion ce beau poème que Salvador Espriu composa à la gloire de sa terre aimée.

« He mirat aquesta terra »

Quan la llum pujada des del fons del mar
a llevant comença just a tremolar,
he mirat aquesta terra,
he mirat aquesta terra….

J’ai regardé cette terre

Quand la lumière montée du fond de la mer
au levant commence juste à trembler,
j’ai regardé cette terre,
j’ai regardé cette terre.

Quand dans la montagne qui ferme le ponant
le faucon emporte la clarté du ciel,
j’ai regardé cette terre,
j’ai regardé cette terre.

Tandis que râle l’air malade de la nuit
et que des bouches d’ombre se pressent aux chemins,
j’ai regardé cette terre,
j’ai regardé cette terre.

Quand la pluie porte l’odeur de la poussière
des feuilles âcres des lointains poivriers,
j’ai regardé cette terre,
j’ai regardé cette terre.

Quand le vent se parle dans la solitude
de mes morts qui rient d’être toujours ensemble,
j’ai regardé cette terre,
j’ai regardé cette terre.

Tandis que je vieillis dans le long effort
de passer le soc sur les souvenirs,
j’ai regardé cette terre,
j’ai regardé cette terre.

Quand l’été couche sur toute la campagne
endormie l’ample silence qu’étendent les grillons,
j’ai regardé cette terre,
j’ai regardé cette terre.

Tandis que des sages doigts d’aveugle comprennent
comment l’hiver dépouille le sommeil des sarments,
j’ai regardé cette terre,
j’ai regardé cette terre.

Quand la force effrénée des chevaux
de l’averse descend soudain les ruisseaux,
j’ai regardé cette terre,
j’ai regardé cette terre.

1980

Salvador Espriu
Salvador Espriu 1913-1985
Un poète de la Méditerranée : Salvador Espriu.

Jusqu'à la guerre civile espagnole, son expression est d'abord celle du dramaturge et du romancier ; en témoigne la publication de ses nouvelles Laia, 1932, ; Aspects, 1934 ; Ariane dans le labyrinthe grotesque et Mirage à Cythère, 1935.

Inspiré par le désastre de la guerre enfin terminée et les espérances qu'engendre le retour de la paix, l'écrivain se déclare poète. Entre 1949 et 1960 on peut trouver au rayon poésie des librairies ses recueils comme "Chansons d'Ariane", "les Heures et Mrs. Death", "Celui qui marche et le mur", "Fin du labyrinthe", "Livre de Sinera", "Formes et paroles".

En 1960, avec "La Peau de taureau", Espriu publie son œuvre la plus connue qui servira de référence au mouvement catalan dit de "la poésie civile". À cette période l'écrivain est fort engagé dans le combat des autonomistes catalans.

Outre la poésie et le roman, Espriu, profondément épris de culture antique et de références hébraïques, fasciné par la mort, écrit aussi pour la scène : "Antígone", 1939, "Première Histoire d'Esther", 1948, "Une autre Phèdre", 1978.

J’ai habité un pays…

La poésie, c’est l’art de nous rapprocher de ce qui nous dépasse.

Odysseas Elytis

J’ai habité un pays surgissant de l’autre, le vrai, comme le rêve surgit des événements de notre vie. Je l’ai aussi appelé Grèce et j’en ai tracé la forme sur le papier pour le regarder. Il semblait si petit, si insaisissable.

Le temps passant, je le mettais sans cesse à l’épreuve : tantôt avec de brusques tremblements de terre, tantôt avec de vieilles tempêtes de bonne race. Je changeais les choses de place pour les débarrasser de toute valeur. J’étudiais la Vigilance et l’Érémitique pour pouvoir façonner de brunes collines, de petits monastères, des fontaines. J’ai même réussi à faire naître un verger rempli d’agrumes qui sentait Héraclite et Archiloque. Mais il embaumait tant que j’ai pris peur. Alors je me suis mis petit à petit à enchâsser des mots comme des pierres précieuses pour couvrir le pays que j’aimais. De peur que quelqu’un ne voie sa beauté ou qu’il ne soupçonne que, peut-être, il n’existe pas.

Odysseas Elytis 1911-1996 Prix Nobel de Littérature 1979

 

In « Le petit navigateur »

 

 

 

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Télérama du 8/07/2021: 

Angélique Ionatos vivait aux Lilas, en lisière de Paris, où elle s’est éteinte, mercredi 7 juillet [2021], à 67 ans. Elle habitait non loin du Triton, salle dont elle était la marraine et où elle chanta souvent. Son directeur, Jean-Pierre Vivante, fut le premier à annoncer, sur les réseaux, la disparition de « l’immense artiste, l’incroyable chanteuse, guitariste, musicienne, compositrice, la femme libre, lumineuse, drôle et grave ». Beaucoup de qualités sont énoncées... Et sont aussi suggérés les contrastes – la douceur et la colère, le lyrique et le tragique, la clarté et les ténèbres – qui peignaient d’un clair-obscur les mots des poètes mis en musique tout au long de sa carrière étirée sur un demi-siècle.

Rachael Price ! What else ?

Les voisins pourraient bien demander de monter le son…

À moins qu’ils ne s’invitent sans tarder !

Sur le chemin aux ailes…

Je regardais depuis l’autel
Le long chemin aux ailes.

Faut-il avoir quelques gènes slaves pour se complaire à cette légendaire nostalgie indéfinissable de l’âme russe ?
Il n’est pas indispensable que le grand Est ait pris quelque part à sa généalogie personnelle pour qu’on aime à se prélasser dans la rêverie mélancolique des mélodies russes où flotte souvent un parfum de fataliste résignation à son propre sort. Un romantisme qui n’a pas besoin d’être à la mode pour exister, et dont il ne faudrait pas qu’on l’appelât ‘ tristesse ‘, tant il porte en lui cette merveilleuse capacité de se métamorphoser, d’un coup, en rires tonitruants et généreux.

Elena Frolova

De cette vidéo déjà ancienne qui m’enchante toujours je ne sais presque rien, sauf que la guitare et la voix appartiennent à Elena Frolova, et que le poème est de Joseph Brodsky, écrivain russe, prix Nobel de Littérature 1987… au grand dam de l’Union Soviétique.
Brodsky disant de lui-même, avec humour : « Je suis un poète russe, un romancier anglais, et un citoyen américain ; merveilleux mélange ! ». Peut-on oublier qu’avec lui se clôt, en quelque sorte, « L’Age d’argent » des philosophes et poètes russes dont faisaient, entre autres, partie ces poétesses « maudites » que nous aimons tant, Anna Akhmatova et Marina Tsvétaëva,  et qu’il admirait infiniment.

Chez nous l’heure n’est pas encore à la neige ; pour ma part, elle n’est plus au mariage… ou alors avec une gouvernante extrêmement dévouée. Cela nous priverait-il d’une bien jolie balade – avec un « l » ou deux – sur ce « chemin aux ailes », un jour de noces ?

Noces d’hiver

Je me suis mariée
En plein janvier.
De l’église perchée sur la colline
La cloche sonnait longue et divine.
Je regardais depuis l’autel
Le long chemin aux ailes.
J’y envoyais mon regard
Qui est parti sans retard
Sur cette route ailée.
Ne pouvais plus le rappeler.
La cloche sonnait, sonnait,
Le marié me fixait,
Les cierges clignotaient,
Je les comptais.

Joseph Brodsky                Saint-Pétersbourg 1940 –       New-York 1996

 

La Voix – L’Esprit – La Voix

Viens-tu du ciel profond ou sors-tu de l’abîme, ô Beauté ?

Charles Baudelaire – Hymne à la beauté

Abel Selaocoe (voix et violoncelle)
« Voix du Bantou »

La lettre écrite m’a enseigné à écouter la voix humaine, tout comme les grandes attitudes immobiles des statues m’ont appris à apprécier les gestes.

Marguerite Yourcenar – Mémoires d’Hadrien – 1951

Abel Selaocoe (voix et violoncelle)
« Qhawe » (héros en Zoulou)
Incantation dédiée au désert et à l’apaisement procuré par la pluie.

Corde de violoncelle ou corde vocale, Abel Selaocoe excelle dans l'art de les faire chanter. 
Avec un exceptionnel talent et une sensibilité exacerbée, il réunit musique baroque et chants traditionnels de sa terre natale, l'Afrique du Sud.

Abel est né et a grandi dans les townships de Johannesburg, bercé par les rythmes des chants traditionnels et religieux.

Très tôt intégré dans une formation musicale destinée à éviter à la jeunesse de se perdre dans le désœuvrement, il fait preuve de véritables qualités qui lui valent une bourse pour les meilleures écoles de musique dont le Royal Northern College of Music à Manchester. 
.
Ainsi peut-il mener conjointement l'apprentissage du grand répertoire et une recherche approfondie des musiques de ses origines. 
Encouragé par ses maîtres, il réussit à concilier les deux univers musicaux qui le constituent, et construit, au confluent de ces deux cultures, le sien propre, fait d'interprétations classiques mais aussi de compositions et d'improvisations.   

Mes tueuses bienaimées…

La femme est un danger quand on n’en aime qu’une.

Alors, prudent et sage, j’ai décidé d’en aimer deux !
Une brune Velma Kelly, et une blonde, évidemment. Roxie Hart.
Toutes les deux accusées d’homicides, qui condamnera ma bigamie ?
Criminelles, certes, mais tout de même, les victimes avaient bien « mérité » leur sort : un mari qui vous trompe avec votre propre sœur… Un amant qui fait de fausses promesses à vos ambitions pour profiter de vous…

Dans les yeux des cinéastes, les femmes de faits divers se transforment en muses, sitôt érigées sur la pellicule en figures mythologiques semblant défier l’ordre, tantôt bourgeois, patriarcal, sociétal.

Lucille Quillet (journaliste – Les femmes et le crime)

Catherine Zeta-Jones (Velma Kelly) – Renée Zellweger (Roxie Hart)           CHICAGO –  Film 2002

Avant de devenir muses, Velma et Roxie, « mes » femmes de pellicule, étaient femmes de faits divers :
Deux criminelles, Beulah Annan et Belva Gaertner, avaient en effet, en 1924, défrayé la chronique judiciaire du Chicago du temps de la prohibition et du jazz triomphant. Leur détermination sans bornes à échapper à la peine de mort et à, retrouver pour l’une, et trouver pour l’autre, la gloire des scènes de cabaret avait inspiré une pièce de théâtre, « Chicago », à une journaliste de l’époque qui couvrait abondamment l’évènement.
Les personnages de Velma et Roxie étaient nés, qui vivraient désormais, à travers la célèbre comédie musicale américaine de Bob Fosse, en 1975, et sa très appréciée adaptation cinématographique par Rob Marshall, en 2002, une vie de danse, de chants et de paillettes, au rythme du Jazz des Années Folles, sur fond de justice pénale et de corruption.

Pouvait-on mieux flatter notre plaisir ?

Catherine Zeta-Jones (Velma Kelly)

Ramène-toi
la ville nous tend les bras
Moi, faut qu’ça jazze !

J’ai fardé mes genoux
et déroulé mes bas
Moi, faut qu’ça jazze !

Bouge ta caisse,
j’connais un coin dément
où le gin coule à flots
sur un piano brûlant,
et chaque soir
dans ce sacré boxon
ça se termine en baston,
Moi, faut qu’ça jazze !

Plaque ta mèche
et mets tes pompes vernies
Moi, faut qu’ça jazze !

J’entends dire
que le vieux Dip
balance du blues à fond
Moi, faut qu’ça jazze !

Viens chéri, on va s’faire des câlins
j’ai acheté de l’Aspirine
à la pharmacie du coin
si tu ne tiens pas l’coup
s’il faut que tu redémarres
Moi, faut qu’ça jazze !

[…]

Renée Zellweger (Roxie Hart) 

Le nom sur toutes les lèvres
Ce sera Roxie
La dame qui balance les jetons
Ce sera Roxie

Je vais être une célébrité
Cela signifie que tout le monde me reconnaîtra
Ils reconnaîtront mes yeux
Mes cheveux, mes dents, mes seins, mon nez

Pour ne pas juste être la femme
D’un quelconque mécanicien

Je vais être Roxie
Qui dit que le meurtre n’est pas un art ?

Et qui, si elle n’est pas pendue,
Dira que tout commença par un Bang ?
Foxy Roxie Hart !

"Chicago" - Film 2002 / Synopsis :

Velma Kelly attise les foules, chaque soir, au cabaret. Roxie Hart n'a qu'un rêve, monter sur scène et ressembler à son idole. Mais arrêtées l'une et l'autre pour leurs crimes respectifs, c'est à la prison qu'elles se rencontrent.
Billy Flynn, leur avocat, retors, rusé et maître ès corruptions, dont elles se disputent les services, charmé par Roxie, va réussir à convaincre le public et la justice que sa protégée est le vivant symbole de la naïveté abusée. Elle deviendra la femme la plus populaire de Chicago...  Velma détrônée essaiera, pour rattraper son succès passé, de la convaincre de former un duo...

Palingénésie jubilatoire

N’oublie jamais ceci : jouer du jazz, c’est comme raconter une histoire. Une fois la musique envolée et le morceau terminé, il ne doit rester que du bonheur… Sinon ça ne sert à rien. Strictement à rien !

Maxence Fermine (romancier)

Alors ce billet – je l’affirme – va servir à quelque chose !
Si tu n’arrives pas à perdre ta mauvaise humeur… Écoute !
Tes oreilles ne suffiront pas :
……………le jazz, quand il swingue comme ça, il s’écoute avec les pieds.

Samara Joy
« Can’t Get Out Of This Mood »

Ben Paterson (piano)
David Wong (basse)
Kenny Washington (batterie)

Allez ! Avoue ! Quand tu fermais les yeux, ostensiblement sous le charme, tu pensais un peu à Ella Fitzgerald ou à Sarah Vaughan ?
Tu n’es pas le seul à retrouver en Samara la grande classe des Divas du jazz qui chauffaient, à coups de 45 tours, l’ambiance de nos « boums » :

– En 2019, Samara remportait la « Sarah Vaughan International Jazz Vocal Competition » puis, en 2021, était nommée « Meilleure Nouvelle Artiste » par le magazine JazzTimes.

– Il y a une poignée de semaines, elle remportait le Grammy Award du meilleur nouvel artiste, – toutes catégories confondues – et celui du Meilleur album de jazz vocal.

Ah ! J’oubliais de te dire qu’elle ne chante le jazz que depuis cinq ans… et qu’elle a 23 ans !

Ella Fitzgerald 1917-1996

Depuis quand n’as-tu pas écouté « Lady be good », ce standard extrait de l’opéra éponyme des Gershwin, qui avait fait les premières gloires d’Ella dans ses interprétations uniques ?
Tiens, comme un cadeau, voici Samara, en dilettante, incarnant la First Lady of Swing, lors d’un « boeuf » avec Emmet Cohen et son trio (Russell Hall à la contrebasse et Kyle Poole à la batterie).

Alléluia ! Notre jazz est bien vivant !

.

Je pourrais dire du jazz que c’est un mélange d’élégance et de souplesse, que c’est la magie de l’instant, comment dire ? un léger détachement, un équilibre fragile et émouvant…Quelque chose comme ça.

Francis Dannemark (romancier et poète belge)

‘Social call’

C’est une langue si délicate le Scat
vaut mieux défaire sa cravate
pour le Scat
c’est pas le Magnificat
c’est plus facile qu’une cantate
mais faut la langue acrobate
pour le Scat

Michel Jonasz – chanson « Le Scat »

Nul besoin de téléphone portable pour un « social call ». Croyons donc les traducteurs, c’est d’une visite dont il est question. Amicale au demeurant, amoureuse, pourquoi pas ? – On n’a pas trouver plus intime que le tête à tête pour communiquer dans ces cas-là…

Oh ! On échangera bien quelques reproches au milieu des heureux souvenirs…

Mais avec un sourire jazzy, à l’ancienne, un poil de swing, un zeste de scat et du groove plein la voix, autour d’un bon vieux standard des années 1950, les choses pourraient bien ressembler aux retrouvailles de Benny Benack et Veronica Swift devant leur micro.

Pas mal, non ? Jazz is back !

I’ll wait for you tonight !  🎶 Doo be doya bop dee dee !!! 🎶

Benny

Happened to pass your doorway
Gave you a buzz, that’s all
Lately, I’ve thought lots about you
So I thought I’d pay a social call

Veronica

Do you recall the old days?
We used to have a ball

Benny

Not that I’m lonesome without you
I just thought I’d pay a social call

Veronica

I thought I’d say
Things are just swell
But to tell the truth
I haven’t been so well
And if you should try to kiss me

I promise that I won’t stall

Benny

Maybe we’ll get back together

Benny & Veronica

Starting from this incidental
Elemental
Simple social call

Benny

Do you remember all the good times that we had my baby girl?
I’ll never forget you’ve got the greatest smile in the world
Oh, my sugarplum fairy, don’t hold a grudge
I simply had to say hello once more

And am I insane
Or do I really see a world where you and I could be together, forever
When, buttercup, don’t slam the door in my face
Unless you really wanna spill my heart all over the place

Oh, I guess we’re going to spend a lot of time hanging out like this
I’m tryna break my habit of you
But, since we weren’t back together I suppose we should start anew
Dear, what do you say?

Oh! I can’t take it
My! Heart is breaking
I’m laying it on the line

If you can find it in your mind that there just a little
Itsy, bitsy, chance that you might miss me
Let’s give it a whirl

Veronica

Baby, we’ve played this game a thousand million times
I should throw your heart in jail for all of its crimes
You say that you love me and I think that it’s true
But why should I just sit at home awaiting for you

When we’re together, it’s always stormy weather
And I really feel like sittin’ on a beach, with you out of reach
Whenever you smirk, I get weak in the knees
But if you’re a jerk, I’ll tune out all of your pleas

Well I suppose just one drink couldn’t hurt
But just one, nothing more
I’m onto all of your tricks
But if you slip up, I’ll show you the door

I must be crazy, but I’m coming around
But if you do me wrong, I’ll run you out of this town
I guess that I could give you one more chance now
To prove you’re the man who can love me everyday

And never leave my side ever again

Benny & Veronica
(Scatting)

Veronica

If you should try to kiss me baby
I promise I won’t stall

Benny

Maybe we’ll get back together

Benny & Veronica

Starting from this incidental
Elemental
Simple social call

Mais vieillir… ! – 20 – ‘Yesterday’

Oh, yesterday came suddenly

Oh, I believe in yesterday  

Paul McCartney

« Yesterday »

Madame Shirley Horn

Why he had to go I don’t know he wouldn’t say
I said something wrong, now I long for yesterday

Yesterday
All my troubles seemed so far away
Now it looks as though they’re here to stay
Oh, I believe in yesterday

Suddenly
I’m not half the girl I used to be
There’s a shadow hanging over me
Oh, yesterday came suddenly

Why he had to go I don’t know he wouldn’t say
I said something wrong, now I long for yesterday

Yesterday
Love was such an easy game to play
Now I need a place to hide away
Oh, I believe in yesterday

Why he had to go I don’t know he wouldn’t say
I said something wrong, now I long for yesterday

Yesterday
Love was such an easy game to play
Now I need a place to hide away
Oh, I believe in yesterday

Too many musicians rush through everything with too many notes. A ballad should be a ballad. It’s important to understand what the song is saying, and learn how to tell the story. It takes time. I can’t rush it. I really can’t rush it.

Shirley Horn

Trop de musiciens se précipitent à travers tout avec trop de notes. Une ballade doit être une ballade. Il est important de comprendre ce que dit la chanson et d'apprendre à raconter l'histoire. Ça prend du temps. Je ne peux pas me précipiter. Je ne peux vraiment pas me précipiter.

‘Calling me home’

— It’s a good day to die !

Old Lodge Skins (Chef Cheyenne)
In « Little Big Man » (film de Arthur Penn – 1970)

Certaines personnes savent si bien puiser dans une tradition et une émotion, et si profondément, que leurs compositions qui en sont inspirées semblent avoir existé de toute éternité.

Rhiannon Giddens à propos d’Alice Gerrard, légende de la « folk music » et compositrice (en 2002) de « Calling me home » 

« … Mais toute âme a un chant », affirme le poète.

Qui en douterait frissonnant encore aux accents d’éternité de cette complainte du dernier voyage venue du folklore américain à travers la voix envoûtante de Rhiannon Giddens ?

Un vieil ami était allongé sur son lit de mort
J’ai posé ma main sur sa maigre poitrine
Et, pendant que je me penchais, dans un souffle il murmura :
Oh, ils m’appellent à la maison,
Ils m’appellent à la maison.

Mon temps est venu de partir.
Je sais que tu aimerais me voir rester,
Mais mes amis d’hier me manquent.
Oh, ils m’appellent à la maison,
Ils m’appellent à la maison.

Je sais que tu te souviendras de moi quand je serai parti.
Souviens-toi de mes histoires, chante encor mes chansons,
Je les laisserai sur Terre, douces empreintes d’or.
Oh, ils m’appellent à la maison,
Ils m’appellent à la maison.

Alors, amis, rassemblez-vous et dites-moi adieu.
Mon corps est enchainé mais mon âme peut voler.
Ma petite lumière brille déjà dans le ciel.
Oh, ils m’appellent à la maison,
Ils m’appellent à la maison.

Mon temps est venu d’embarquer.
Je sais que tu voudrais me voir rester.
Mais mes amis d’hier me manquent.
Oh, ils m’appellent à la maison,
Ils m’appellent à la maison.

Bis ! Pour faire durer le plaisir du voyage…
Pour rester encore un peu en vol !

Mais en « live » !

Hallelujah ! Joyeux Noël !

 Jean Baylor accompagnée au piano par Emmet Cohen :

‘Hallelujah !’

Et aussi sur ‘Perles d’Orphée

avec
Laurence Equilbey et l’ensemble Accentus :

Dietrich Buxtehude :

Alleluia ! Joyeux Noël

De l’amour le doux tourment

Suis-je amoureux ? – Oui, puisque j’attends.

Roland Barthes – ‘Fragments d’un discours amoureux’ (Seuil – 1977)

E benedetto il primo dolce affanno
Ch’i’ ebbi ad esser con Amor congiunto,
E l’arco e la saette ond’ i’ fui punto,
E le piaghe, ch’infino al cor mi vanno.

Et bénis soient aussi le premier doux tourment
Que je sentis à être avec Amour lié,
Et son arc et ses traits, dont je fus transpercé,
Et la plaie qui pénètre au-dedans de mon cœur.
Pétrarque, Canzoniere (1374), sonnet LXI – trad. A. Rochon
(Gallimard 1994)

Claudio Monteverdi
(Cremona 15 mai 1567 – Venezia 29 novembre 1643)

Ah ! le doux tourment de l’amour !

Témoignage irrécusable de la contradiction constitutive de notre psyché, cet oxymore, que le temps n’a affecté d’aucune ride, aura parcouru les âges, jusqu’à notre propre cœur, à travers les soupirs des amants, certes, entre les lignes des romanciers et les répliques des dramaturges, sur les vers des poètes, et, naturellement, à travers les refrains et les ritournelles d’amour aux accents métissés de rires et de larmes.

En est-il un plus séduisant exemple musical que ce madrigal désormais célèbre, ‘Si dolce è’l tormento’, que composa en 1624 le génial Claudio Monteverdi sur les vers de Carlo Milanuzzi, son contemporain ?

— Aussi nous réjouissons-nous toujours à son écoute dans la tradition ‘baroque’, surtout quand est aussi belle son interprétation :

Mariana Florès (soprano)

Ensemble ‘Cappella Mediterranea’
Direction Leonardo García Alarcón

— Mais n’adorerions-nous pas nous laisser emporter, par une adaptation inattendue, dans les profondeurs de la voix d’une formidable chanteuse de ‘folk’ & ‘blues’ qu’escorteraient, bienveillants et graves, les arpèges d’un banjo ténor ?

Rhiannon Giddens

Francesco Turrisi (banjo)

Si doux est le tourment
dans ma poitrine
que je vis heureusement
pour une beauté cruelle.
Au paradis de la beauté,
que la cruauté grandisse
et que la miséricorde manque :
car ma foi sera toujours
comme un roc,
face à l’orgueil.
.
Que l’espoir trompeur
se détourne de moi,
que ni la joie ni la paix
ne descendent sur moi.
Et que la méchante fille
que j’adore
me prive du réconfort
de la douce miséricorde :
au milieu d’une douleur infinie,
au milieu d’un espoir trahi,
ma foi survivra.
.
Le cœur dur
qui m’a volé le mien
n’a jamais ressenti la flamme de l’amour.
La beauté cruelle
qui a charmé mon âme
refuse la miséricorde,
qu’il souffre donc,
repentant et languissant, et
qu’il soupire un jour pour moi.

C’est le désir d’être aimé, quand on aime, qui fait les grands tourments. Une âme qui serait assez pure et assez dévouée pour ne rien demander, que d’aimer, serait heureuse ; car aimer, c’est déjà le bonheur.

Duchesse Permon Junot d’Abrantès (1784-1838)

Le voyageur à la lune

Arkhip KUINDZHILe reflet de la Lune sur le Dniepr. 1880,
 

Der Wanderer an den Mond

Ich auf der Erd’, am Himmel du,
Wir wandern beide rüstig zu:
Ich ernst und trüb, du mild und rein,
Was mag der Unterschied wohl sein?
 
Ich wandre fremd von Land zu Land,
So heimatlos, so unbekannt;
Bergauf, bergab, Wald ein, Wald aus,
Doch bin ich nirgend, ach! zu Haus.
 
Du aber wanderst auf und ab
Aus Ostens Wieg’ in Westens Grab,
Wallst Länder ein und Länder aus,
Und bist doch, wo du bist, zu Haus.
 
Der Himmel, endlos ausgespannt,
Ist dein geliebtes Heimatland:
O glücklich, wer, wohin er geht,
Doch auf der Heimat Boden steht!
 

Benjamin Appl (baryton) chante Schubert :

« Der Wanderer an den Mond » D.870

Au piano : James Baillieu

Le voyageur à la lune

Moi sur la terre, toi dans le ciel,
nous suivons notre route d’un pas vif ;
moi grave et troublé, toi douce et pure,
quelle peut donc être cette différence ?

Étranger, je vais de pays en pays,
sans patrie, inconnu de tous ;
par monts et par vaux, par forêts et prairies,
mais nulle part, hélas, je ne suis chez moi.

Toi, en revanche, tu sillonnes le monde
du berceau du couchant au tombeau du levant,
tu flottes au firmament d’innombrables pays,
et tu es pourtant chez toi là où tu es.

Le ciel, qui s’étend à l’infini,
est ton foyer chéri :
heureux celui qui, quel que soit son but,
foule toujours le sol de sa patrie !