Flâner entre le rêve et le poème… Ouvrir la cage aux arpèges… Se noyer dans un mot… S'évaporer dans les ciels d'un tableau… Prendre plaisir ou parfois en souffrir… Sentir et ressentir… Et puis le dire – S'enivrer de beauté pour se forcer à croire !
Auteur : Lelius
La musique et la poésie : des voies vers les êtres... Un chemin vers soi !
Mémorial du 11/09/2001 – World Trade Center – New York
Oh, little child, see how the flower You plucked bleeds on the iron ground; Bend down, your ears may catch its voice, A passionless low sobbing sound.
Oh, Man, put up your sword and see The brother that you dig to death; There is no hatred in his eye, No curses crackle in his breath.
Henry Treece (poète anglais – 1911-1966)
Oh, petit enfant, vois comme la fleur
Que tu cueilles saigne sur la terre de fer
Penche-toi, tes oreilles peuvent capter sa voix
Un flot de sanglots bas et sans passion
Oh, homme, relève ton épée et vois Le frère que tu as fait mourir Il n’y a pas de haine dans ses yeux Aucune malédiction n’exhale de son souffle
≅
No man is an island, entire of itself; every man is a piece of the continent, a part of the main. If a clod be washed away by the sea, Europe is the less, as well as if a promontory were, as well as if a manor of thy friend’s or of thine own were: any man’s death diminishes me, because I am involved in mankind, and therefore never send to know for whom the bell tolls; it tolls for thee.
John Donne – Meditation #17 ‘Devotions upon Emergent Occasions’ (1623)
« Nul homme n’est une île, un tout en soi ; chaque homme est part du continent, part du large ; si une parcelle de terre est emportée par les flots, pour l’Europe c’est une perte égale à celle d’un promontoire, autant que pour toi celle d’un manoir de tes amis ou même du tien. La mort de tout homme me diminue parce que je suis membre du genre humain. Aussi n’envoie jamais demander pour qui sonne le glas : il sonne pour toi. »
Dans le malheur, l’amour devient plus grand et plus noble.
Gabriel Garcia-Marquez
(« L’amour au temps du choléra » – 1985)
May all your storms be weathered
And all that’s good get better *
Shirley Horn – « Here’s to life »
* Puisses-tu surmonter toutes tes tempêtes Et embellir tous tes bonheurs
En 2011, vision prémonitoire pour le moins, David Mackenzie réalise un film, « PERFECT SENSE », dont le synopsis est le suivant :
Le monde des humains est frappé par une étrange épidémie qui détruit progressivement les cinq sens des personnes atteintes par le virus. Le monde perd ses repères, ses équilibres. Au cœur de cette tragédie un cuisinier, que la pandémie prive d’une large part de son activité, et une brillante infectiologue, aussi engagée que perplexe, tombent amoureux…
Une voix off conduit le récit entre effroi et romantisme jusqu’à une scène finale particulièrement poignante.
Un youtubeur dont je ne connais que la signature, OS. BEND, a eu, il y a peu, la belle idée de réaliser un montage de quelques images du film sur un standard du Jazz vocal, aussi cher à mes oreilles qu’à mon cœur, – qui, précision importante, n’est pas la musique originale du film, composée par Max Richter. Cette judicieuse bande son de substitution c’est « Here’s To Life », de et par Shirley Horn dans la superbe version qu’elle enregistra aux studios Verve en 1992.
Ce talentueux mixage, par l’harmonie qu’il entretient entre les images choisies, la grâce naturelle des deux acteurs, Eva Green et Edward McGregor, qui les enlumine, et la voix magique de Shirley Horn, si simplement romantique, ajoute au souvenir de ce film un très émouvant supplément de poésie.
L’amour, comme un sixième sens que la catastrophe n’atteint pas…
No complaints and no regrets I still believe in chasing dreams and placing bets But I had learn that all you give is all you get So give it all you got
.
I had my share I drank my fill And even though I’m satisfied I’m hungry still To see what’s down another road beyond the hill And do it all again
.
So here’s to life And every joy it brings So here’s to life To dreamers and their dreams
.
Funny how the time just flies How love can go from warm hellos To sad goodbyes And leave you with the memories you’ve memorized To keep your winters warm
.
For there’s no yes in yesterday And who knows what tomorrow brings or takes away As long as I’m still in the game I want to play For laughs for life for love
.
So here’s to life And every joy it brings Here’s to life For dreamers and their dreams May all your storms be weathered And all that’s good get better
Here’s to life Here’s to love Here’s to you May all your storms be weathered And all that’s good get better
. Here’s to life Here’s to love Here’s to you
— ¤ —
En décembre 2020, un billet publié sur « De Braises et d’Ombre » :
Le temps est la substance dont je suis fait.
Le temps est un fleuve qui m’emporte, mais je suis le fleuve ;
c’est un tigre qui me déchire, mais je suis le tigre ;
c’est un feu qui me consume, mais je suis ce feu.
Jorge-Luis Borges – « Nouvelle réfutation du temps » (1947)
τ
Par indécision, par négligence ou pour d’autres raisons, je ne me suis pas marié et maintenant je vis seul. Je ne souffre pas de la solitude ; il est déjà suffisamment difficile de se supporter soi-même et ses manies. Je constate que je vieillis ; un signe qui ne trompe pas est le fait que les nouveautés ne m’intéressent pas ni ne me surprennent, peut-être parce que je me rends compte qu’il n’y a rien d’essentiellement nouveau en elles et qu’elles ne sont tout au plus que de timides variantes.
Jorge-Luis Borges – « Le livre de sable »
τ
Je vous propose une citation de Saint-Augustin. Elle me paraît très appropriée. Il a écrit : …. — « Qu’est-ce que le temps ? Si l’on ne me pose pas la question, je sais ce qu’est le temps. Si l’on me pose la question, je ne le sais plus. »
J’éprouve un sentiment identique en ce qui concerne la poésie.
Jorge-Luis Borges (« L’Art de la poésie »)
Borges (1899-1986) Photo by Ulf Andersen / Getty Images
Ferdinand Hodler (Suisse 1853-1918) – Vieil homme lisant
À la taverne de la mer (1897)
À la taverne de la mer est assis un vieil homme aux cheveux blancs, la tête inclinée sur un journal étalé devant lui, car personne ne lui tient compagnie.
Il sait tout le mépris que les regards ont pour son corps, il sait que le temps a passé sans plaisir aucun, et qu’il ne peut plus offrir l’antique fraîcheur de sa beauté passée.
Il est vieux, il ne le sait que trop, il est vieux, il ne le voit que trop, il est vieux, il ne le ressent que trop à chaque fois qu’il pleure, il est vieux, et il a le temps, trop de temps pour le voir.
C’était, c’était quand, c’était hier, encore. Et il se souvient du « bon sens », ce menteur ! et comment le fameux « bon sens » lui a préparé cet enfer lorsqu’à chaque désir il répondait : « Demain, demain il sera temps encore ! ».
Et il se souvient du plaisir retenu, de chaque aube de jouissance refusée, de chaque instant perdu qui se rit maintenant de son corps labouré par les ans.
À la taverne de la mer est assis un vieil homme qui, à force de penser, à force de rêver, s’est endormi sur la table…
Constantin Cavafy 1863-1933
Traduction en français depuis une réinterprétation du poème en chanson par Lluis Llach, en catalan. (Texte cité par Gil Pressnitzer sur le site "Esprits Nomades" - "Constantin Cavafy".)
∑
Cavafy a peur de devenir ce petit vieux attablé à la taverne de la mer, et qui voit sa jeunesse enfuie et son dernier visage resté collé dans ses mains boursouflées, et qui ne pourront plus caresser un corps d’éphèbe que contre monnaie. Cette hantise de l’homosexuel vieillissant il l’aura porté très tôt. De bars louches en bars louches, là où se trouvent ses jeunes matelots d’une vingtaine d’années au plus, il part en fait plus à la recherche de sa jeunesse que d’un nouveau corps à habiter, à posséder.
Gil Pressnitzer
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Lluis Llach chante (en catalan) sa version du poème de Cavafy :
En vieillissant, je sens que tout s’en va… et j’aime tout plus passionnément. (Émile Zola)
ψ
Jean de La Fontaine
— Je crois qu’on est vieux la première fois…
Le rossignol
— Qu’on aime ?
Jean de La Fontaine
— Ah ! Non. La première fois qu’on cesse d’aimer.
Sacha Guitry – « Jean de La Fontaine » (1916)
ψ
Ils n’ont plus vingt ans depuis un moment déjà. Chacun chez soi. Seul. Convaincu, chacun, que c’est bien mieux comme ça. Mais avec un zeste de frustration inavouée et des kyrielles de souvenirs capricieux. Avec encore le désir d’aimer. Un autre désir, nouveau certes. Un autre amour, différent, évidemment.
Pourquoi ne se voient-ils plus ? Même pas un texto depuis la dernière fois. Et si avec l’âge l’idée même d’un bonheur partagé devenait effrayante ? Chacun ne peut s’en prendre qu’à lui-même, après tout, il y a deux bouts à une ligne téléphonique.
A propos c’était quand déjà, la dernière fois ? Oh, un bail ! C’était bien pourtant : tant de rêves en commun, tant d’œillades complices, tant de plaisirs échangés, tellement de légèreté sous autant de pudeur. Un étrange retour d’adolescence : le cœur en cavale, le souffle engoncé, l’émotion coincée dans la gorge. Et ce terrible effort pour dompter ce satané feu qui ne demande qu’à embraser les joues. Et les larmes, si proches…
Ils ont passé l’âge, tout de même ! Et pourtant…
DANCE :
∼ Elle : Susan Sarandon (La Louise de « Thelma et Louise » de Ridley Scott en 1991) ∼ Lui : Danny Glover
(Albert dans « La couleur pourpre » de Spielberg, en 1986) ∼ La musique et la voix : Julia Stone
(… née en 1984 !)
Encore…! Mais Julia Stone chante en français, cette fois-ci :
Julia Stone (auteure-compositrice-interprète folk australienne et multi-instrumentiste)
Je suis né un 23 août historique. J’ai désormais le recul suffisant pour affirmer que ma naissance n’aura pas eu plus d’influence sur l’Histoire tout court que sur l‘histoire du jour.
Philippe Geluck
Avez-vous remarqué que ce n’est qu’à partir d’un certain âge – un âge certain, qu’il appartient à chacun de définir ou de ressentir – que l’on ose employer le verbe « vieillir » pour évoquer à son propre égard les effets du temps qui passe ?
Les plus jeunes générations, avec cynisme et parfois compassion, mais non toutefois sans une certaine pudeur, semblent choisir, pour évoquer les atteintes des années, un tout autre vocabulaire, puisé au rayon des synonymes. Comme si dans leurs bouches « vieux », à l’instar de quelques infamies qui se font trop souvent entendre, devait prendre la forme d’une insolence, d’une insulte, d’une offense. Comme si, peut-être, le mot faisait résonner dans leur inconscient l’alerte d’un inquiétant futur.
James Bond lui-même… Sean Connery 1930-2020
Les « anciens », pour leur part, n’ont généralement ni scrupules ni tabous à conjuguer en toutes occasions le verbe « vieillir ». Le plus souvent au présent, ou mieux, au passé composé, et pour cause… Témoignage, en tout cas pour la plupart d’entre eux, de leur degré de lucidité, et pour certains autres, bienheureux – Alléluia ! –, de leur esprit et de leur humour. – Comment vieillir longtemps privé de ces vitamines essentielles ?
Jane Fonda
C’est donc muni de mon « passe-vieux », et partant, sans tabous et sans scrupules, que j’ai choisi d’ouvrir, aujourd’hui précisément, cette série de billets sur la « vieillesse », en demandant, selon mon habitude, au talent des artistes que j’aime et qui m’émeuvent, jeunes ou moins jeunes, vivants ou disparus, de traduire, en musique, en poésie, en chanson, en images ou, tout simplement, en mots bien sentis, mon regard sur cette envahissante compagne qui, depuis son entrée dans ma vie, il y a un certain temps déjà, a décidé de ne plus me quitter. Il en fallait bien une…!
Puissent mes choix faire honneur à ceux-là de mes congénères dont je vantais plus haut l’humour et l’esprit !
Merci à tous mes généreux prêteurs de leur contribution (dont le plus souvent ils ne savent rien) ! J’exhorte ma mémoire à ne pas m’abandonner trop vite, je voudrais tant préserver la fidélité que je leur voue.
∞
Mourir, cela n’est rien ; Mourir, la belle affaire. Mais vieillir… O vieillir !
Mourir en rougissant Suivant la guerre qu’il fait, Du fait des Allemands A cause des Anglais.
Mourir baiseur intègre Entre les seins d’une grosse, Contre les os d’une maigre, Dans un cul-de-basse-fosse.
Mourir de frissonner, Mourir de se dissoudre, De se racrapoter, Mourir de se découdre,
Ou terminer sa course La nuit de ses cent ans, Vieillard tonitruant Soulevé par quelques femmes, Cloué à la Grande Ourse, Cracher sa dernière dent En chantant « Amsterdam ».
Mourir cela n’est rien ; Mourir la belle affaire. Mais vieillir… ô vieillir !
Mourir, mourir de rire C’est possiblement vrai, D’ailleurs la preuve en est Qu’ils n’osent plus trop rire.
Mourir de faire le pitre Pour dérider l’ désert, Mourir face au cancer Par arrêt de l’arbitre.
Mourir sous le manteau, Tellement anonyme, Tellement incognito, Que meurt un synonyme.
Ou terminer sa course La nuit de ses cent ans, Vieillard tonitruant Soulevé par quelques femmes, Cloué à la Grande Ourse, Cracher sa dernière dent En chantant « Amsterdam ».
Mourir cela n’est rien ; Mourir la belle affaire. Mais vieillir… ô vieillir !
Mourir couvert d’honneur Et ruisselant d’argent, Asphyxié sous les fleurs Mourir en monument.
Mourir au bout d’une blonde, Là où rien ne se passe, Où le temps nous dépasse, Où le lit tombe en tombe.
Mourir insignifiant Au fond d’une tisane Entre un médicament Et un fruit qui se fane.
Ou terminer sa course La nuit de ses mille ans Vieillard tonitruant Soulevé par quelques femmes Cloué à la Grande Ourse, Cracher sa dernière dent En chantant « Amsterdam ».
Mourir cela n’est rien ; Mourir la belle affaire. Mais vieillir… ô vieillir !
Celui qui cherche la paix doit être sourd, aveugle et muet.
De ce vieux proverbe turc, incitation à calquer nos comportements sur ceux des trois célèbres singes dits « de la sagesse », je ne peux décidément recevoir qu’une seule affirmation, la dernière, que je relaie bien volontiers et bien sincèrement à travers cette remarque que Montherlant avait justement choisi de noter dans ses « Carnets » :
Rares sont les mots qui valent mieux que le silence.
Pour réfuter les deux autres, cécité et surdité, prétendument indispensables au succès du chercheur de paix, je propose – sourire aux lèvres – cette évidente démonstration du contraire, visuelle et sonore, bien sûr :
Yuja Wang (piano) et le London Symphony Orchestra
dirigé par Michael Tilson Thomas :
Deuxième mouvement, « Andante »
du Concerto pour piano N°2 de Chostakovitch
Alors, s’il s’avère vraiment que pour atteindre la paix il nous faille également devenir aveugles et sourds, que cela soit !
Mais, de grâce, dans cet ordre et pas avant… un bis !
Et tout d’un coup le souvenir m’est apparu. Ce goût c’était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin, à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l’heure de la messe), quand j’allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m’offrait après l’avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul.
[…]
Mais, quand d’un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l’édifice immense du souvenir.
Marcel Proust (« Du côté de chez Swann »)
Ψ
Sont-ils nombreux les chemins qui mènent au souvenir des êtres chers disparus : prière chuchotée à la flamme tremblotante d’une bougie, pierre blanche déposée sur le marbre défraîchi d’une tombe, fleur séchée retrouvée entre les vers surannés d’un vieux poème, arôme proustien d’un dernier café ensemble partagé…
Seul, retiré dans la paisible indolence d’un temple de nature, l’excellent guitariste mexicain Pablo Garibay fait tendrement frissonner les cordes de son instrument aux harmonies aromatiques du souvenir d’un dernier café qu’ils burent ensemble, son père et lui.
Suave méditation !
« El último café juntos »
(Notre dernier café ensemble)
Compositeur Simone Iannarelli
(Professeur de guitare né à Rome, enseignant à l’université de Colima, au Mexique)
– Comment donc ! s’écria don Quichotte, envoie-t-on aussi les musiciens et les chanteurs aux galères ?
– Oui, seigneur, répondit le forçat ; il n’y a rien de pire au monde que de chanter dans le tourment.
– Mais, au contraire, reprit don Quichotte ; j’avais toujours entendu dire, avec le proverbe : « qui chante ses maux enchante ».
Miguel Cervantès – Don Quichotte – Tome I – Chapitre XXII
∞
José Van Dam chante « La mort de Don Quichotte » de Jacques Ibert
Piano: Maciej Pikulski
Ne pleure pas Sancho, ne pleure pas, mon bon, Ton maître n’est pas mort, il n’est pas loin de toi. Il vit dans une île heureuse Où tout est pur et sans mensonges. Dans l’île enfin trouvée où tu viendras un jour, Dans l’île désirée, O mon ami Sancho ! Les livres sont brûlés et font un tas de cendres. Si tous les livres m’ont tué il suffit d’un pour que je vive. Fantôme dans la vie, et réel dans la mort Tel est l’étrange sort du pauvre Don Quichotte.
Mike Davis – trompette …Ricky Alexander – clarinette ……Jim Fryer – trombone ………Jay Lepley – batterie …………Nick Russo – guitare ……………Terry Waldo – piano (Maître incontesté du Ragtime)
« Take a picture of the moon »
Ω
La mode se démode, le style jamais.(Coco Chanel)
Do you ever get a disappointment Just because the moon don’t shine Do you ever sit around and mope Groan a little bit and give up hope There’s a way to keep a love appointment Even though the moon don’t shine Should yours be a case like this Try this plan of mine: Take a picture of the moon above In May or June Then you could make love Morning night or noon By the light of the same old moon
Take a picture of the moon in high When it’s inside Then you could be dry on the rainy night When you feel like you are to spoon You have the proper atmosphere When you’re cuddlin someone Take up little photograph You can love and laugh At the blazing sun Take a picture of the moon above In May or June Then you could make love Morning night or noon By the light of the same old moon
Albert Gyorgy – Mélancolie (Rotonde du Mont Blanc à Genève)
Les rêves morts
Je voudrais pour aimer avoir un cœur nouveau
Qui n’eût jamais connu les heures de détresse,
Un cœur qui n’eût battu qu’au spectacle du beau
Et qui fût vierge encor de toute autre tendresse ;
.
Mais je porte en moi-même un horrible tombeau,
Où gît un songe mort, loin de la multitude :
J’en ai scellé la porte et seul un noir corbeau
Du sépulcre maudit trouble la solitude !
.
Cet oiseau de malheur, c’est l’âpre souvenir,
C’est le regret des jours vécus dans la souffrance,
Qui ronge jusqu’aux os mes rêves d’avenir,
Beaux rêves glorieux, morts de désespérance.
.
Sans cesse l’aile sombre au fond de moi s’ébat,
Son grand vol tournoyant fait comme la rafale,
Qui siffle en accourant vers la fleur qu’elle abat
Et disperse les nids, dans sa course fatale.
.
Pourtant, d’un port lointain, si le vent, quelquefois,
M’apporte la chanson d’un ami sur la route,
À l’émoi de mon cœur je reconnais sa voix,
Car il cesse de battre, et tout mon être écoute.
.
Gaëtane de Montreuil (Québec 1867-1951)
Extrait musical : « Mélancolie » de Francis Poulenc (composition : 1940)
— ¤ —
Gaëtane de Montreuil
Biographie résumée sur le site "lesvoixdelapoésie.com" :
Gaétane de Montreuil est le pseudonyme principal de Géorgina Bélanger (1867-1951), poète, conseillère, journaliste, bibliothécaire et professeure québécoise. Elle en emploiera d’autres: Clemencia, Aimée Patrie, Julia Patrie et Zig Zag.
L’une des premières canadiennes à devenir journaliste, elle s’engage à faire avancer la cause féminine dans un monde résistant à l’épanouissement intellectuel de la femme.
Épouse du poète et peintre Charles Gill, elle ouvre une école laïque et crée une place littéraire au féminin.
Ses vers sont souples, descriptifs et pleins d’une sonorité unique, portant vers le romantisme.
Elle fait d’autre part connaître les poètes de l’École littéraire de Montréal.
Tu donnes des rêves à mes nuits, des chansons à mes matins, des buts à mes jours et des désirs solaires à mes rouges crépuscules. Tu donnes sans fin… Je suis tout ce que tu veux. Et je serai esclave ou roi selon que tu t’irrites ou souris. Mais ce qui me fait exister c’est toi.
Rainer Maria Rilke (« Lettres à Lou Andreas-Salomé »)
Ah ! nos nuits d’amour, Lucienne ! L’union des corps et des cœurs. L’instant, l’instant unique où on ne sait plus si c’est la chair ou si c’est l’âme qui palpite…
Jean Anouilh (« Eurydice »)
∞
Il n’y a jamais que dans la tendre passion des chansons d’amour que les nuits refusent de finir. Quand l’heure vient de les chanter c’est le souvenir et son cortège d’émotions rétrospectives qui nous en soufflent les paroles. La nuit se rappelle alors qu’elle abrite le rêve. Et le rêve, la vie le dévore.
Il n’empêche que la caresse d’un moment de nostalgie amoureuse flatte toujours le frisson.
Imma Cuesta, accompagnée par le guitariste et compositeur Javier Limón, chante « Una de esas noches sin final » ainsi qu’ils l’interprètent dans la bande originale du film « Todos lo saben » (Tout le monde le sait) du talentueux réalisateur iranien Asghar Farhadi, en 2018.
Una de esas noches sin final Me trae tu voz cada mañana Y otra vez me vuelve a despertar suave rumor de tus palabras Son tus labios dulces como un mar de leche y miel, canela y cielo Y en tus ojos cada amanecer parecer arder mi piel de fuego
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No puedo pensar vivir sin el ancho De tu espalda sobre mi sábana inquieta Mirándote sonreír cuando tu boca se escapa para que yo me la beba Cuando vuelva amanecer otra vez te escucharé decir mi nombre sin miedo Y otra vez te besaré como besa esta mujer antes de decir te quiero
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Pasarán los siglos y quizá seremos más lentos amando Seguro tardaremos más en inventar nuevos abrazos Y el relieve sobre nuestra piel será cruel desobediente Pero al alba yo te cantaré la misma copla de amor valiente
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No puedo pensar vivir sin el ancho De tus espalda sobre mi sábana inquieta Mirándote sonreír cuando tu boca se escapa para que yo me la beba Cuando vuelva amanecer otra vez te escucharé decir mi nombre sin miedo Y otra vez te besaré como besa esta mujer antes de decir te quiero.
Première évocation dans un billet publié le 27/12/2013 sur le blog « Perles d’Orphée » sous le titre « L’Art de perdre »
Few women write major poetry. . . . Only four stand with our best men: Emily Dickinson, Marianne Moore, Elizabeth Bishop and Sylvia Plath.
Robert Lowell
I’d rather be called ‘the 16th poet’ with no reference to my sex, than one of 4 women—even if the other three are pretty good.
Elizabeth Bishop
Elizabeth Bishop 1911-1979
L’art de perdre
Dans l’art de perdre il n’est pas dur de passer maître ; tant de choses semblent si pleines d’envie d’être perdues que leur perte n’est pas un désastre.
Perds chaque jour quelque chose. L’affolement de perdre tes clés, accepte-le, et l’heure gâchée qui suit. Dans l’art de perdre il n’est pas dur de passer maître.
Puis entraîne toi, va plus vite, il faut étendre tes pertes : aux endroits, aux noms, au lieu où tu fis le projet d’aller. Rien là qui soit un désastre.
J’ai perdu la montre de ma mère. La dernière ou l’avant-dernière de trois maisons aimées : partie ! Dans l’art de perdre il n’est pas dur de passer maître.
J’ai perdu deux villes, de jolies villes. Et, plus vastes, des royaumes que j’avais, deux rivières, tout un pays. Ils me manquent, mais il n’y eut pas là de désastre.
Même en te perdant (la voix qui plaisante, un geste que j’aime) je n’aurai pas menti. A l’évidence, oui, dans l’art de perdre il n’est pas trop dur d’être maître même si il y a là comme (écris–le !) comme un désastre.
« Géographie III », traduction de Alix Cléo Roubaud, Linda Orr et Claude Mouchard (Circé, 1991, p. 58 et 59.)
§
Le cinéaste brésilien Bruno Barreto (« 4 jours en septembre » , « Dona Flor et ses deux maris »), a réalisé en 2012, sous le titre brésilien « Flores Raras », ou américain, « Reaching for the moon » (Atteindre la lune), un film retraçant un épisode important de la vie d’Elizabeth Bishop. Film émouvant, à la fois sensuel et poétique, sur la période brésilienne d’Elizabeth Bishop dans les années 1950-60.
Miranda Otto lit dans cet extrait du film le poème « One Art » :
One art
The art of losing isn’t hard to master ; so many things seem filled with the intent to be lost that their loss is no disaster.
Lose something every day. Accept the fluster of lost door keys, the hour badly spent. The art of losing isn’t hard to master.
Then practice losing farther, losing faster : places, and names, and where it was you meant to travel. None of these will bring disaster.
I lost my mother’s watch. And look ! my last, or next-to-last, of three loved houses went. The art of losing isn’t hard to master.
I lost two cities, lovely ones. And, vaster, some realms I owned, two rivers, a continent. I miss them, but it wasn’t a disaster.
– Even losing you (the joking voice, a gesture I love) I shan’t have lied. It’s evident the art of losing’s not too hard to master though it may look (Write it !) like disaster.
Nous sommes faits d’un étrange mélange d’acides nucléiques et de souvenirs, de rêves et de protéines, de cellules et de mots.
Pr. François Jacob (Prix Nobel de Médecine 1965) Extrait du discours de réception à l’Académie Française – 1997
∞
Ce n’était pas le meilleur Hitchcock, en effet, mais nous étions si jeunes… Il y a plus de soixante ans (le nombre est moins impressionnant écrit en lettres).
Pouvions-nous résister à la beauté sensuelle de Grace Kelly et au charme élégant de Cary Grant ? L’intrigue était certes bien faible, mais le couple si beau dans le décor de carte postale de la Côte d’Azur des années 1950. Quel adolescent de l’époque ne s’y serait pas laissé prendre ?
Alors si vous rencontrez Alfred, ne lui dites pas qu’on a découvert l’internaute qui, après toutes ces années, a rembobiné le film, choisi quelques plans et refait un montage plaisir-souvenir.
Ne lui dites surtout pas qu’elle a poussé le bouchon jusqu’à mixer une nouvelle bande son de 1970 : Ray Charles et Mary Ann Fisher chantant « Sweet memories » – musique de circonstances, n’est-ce pas ? Un enchantement !
Pour ma part, un vrai régal entre souvenir et rêve… L’effet vieillesse, sans doute !
Après avoir visionné la vidéo en boucle 1392 fois, ou un peu plus peut-être, il était temps que je la partage…
Doux souvenirs
Mon monde est comme une rivière aussi sombre que profonde Nuit après nuit, le passé s’infiltre et traverse tous mes sommeils Mes jours ne sont pour moi qu’un flux de vide interminable Traversés seulement par les éclairs fugaces du souvenir d’elle.
Doux souvenirs ! Doux souvenirs !
Elle s’est encore glissée dans le silence de mes rêves la nuit dernière Errant de pièce en pièce, elle allume chaque lumière Son rire coule comme l’eau de la rivière à la mer Et la tristesse m’emporte alors que je m’accroche à mes souvenirs.
Car le poète est un four à brûler le réel. De toutes les émotions brutes qu’il reçoit, il sort parfois un léger diamant d’une eau et d’un éclat incomparables. Voilà toute une vie comprimée dans quelques images et quelques phrases. Pierre Reverdy