Parlez-moi d’amour – 8 – Amour refusé

N’oublie jamais l’enfant aux racines gorgées des sucs
mystérieux des pavots de la nuit, déchiré par la peur
de quitter son domaine, n’oublie jamais l’enfant,
visage de ma peine.

Car il est tant de voix sous la soie de ma gorge,
tant d’oiseaux, de vautours, de pies et de mésanges
que je ne sais jamais si le champ que je forge
m’est dicté par le fer, le feu ou le silence.

Pourtant mes fleurs voraces font patte de velours
aux inconnus qui passent, des larmes dans les yeux.
Pouvais-je me donner alors à un amour
qui n’aurait frissonné que sous mes mains humaines ?

Ma petite clé d’or, mon pain, ma glace bleue,
col de cygne, tête vide, épuisant Sahara,
je veux faire de toi une étonnante vigne où je pourrais cueillir
ton âme grain à grain.

Amour, entends pleurer sur toi les fruits mortels d’un désarroi
plus grand encore d’être sans cause.
Je n’ai plus rien à dire.
Mes plaies crient sous le sel.
Les questions sont pour l’homme,
les ciseaux pour les roses.

. / .

L’herbe écoute (15) – Papillons / X

Dans notre France en bascule entre XIXème et XXème siècles, les courants musicaux passent et se métamorphosent, les sensibilités mutent, l’esthétique des formes se renouvelle, se modernise. Demeurent les thématiques et les symboles : Amour, Beauté, Mort. Ne les dit-on pas éternels ? Nul donc ne s’étonnerait de retrouver encore, insouciant philosophe, notre papillon virevoltant autour du piano de Debussy ou butinant un Si bémol sur une portée de Gabriel Fauré.

Une fleur déclare au papillon son amour et lui confie ses tourments. Qui se ressemble s’assemble, mais…

Et nous nous ressemblons, et l’on dit que nous sommes
Fleurs tous deux !

Cette petite pièce est commandée à Fauré par son éditeur qui souhaitait qu’elle fût brillante, virtuose, difficile mais lyrique. Fauré s’exécuta, la pièce fut enregistrée au catalogue en septembre 1884. Mais le compositeur et l’éditeur ne pouvant s’accorder sur le titre, l’œuvrette resta dans un tiroir. Ce n’est qu’en 1898 que Gabriel Fauré en permit la publication sous le titre « Papillon ».

Le musicologue Jean-Michel Nectoux rapporte que Fauré accompagna son approbation de cette phrase à destination de l’éditeur : « Papillon ou mouche à m…, mettez ce que vous voulez ! » 

D’aucuns auraient peut-être choisi « Vol du bourdon », non sans préciser – rigueur musico-entomologique oblige – « à la française ».  Comparaison n’est pas raison, mais…

Le court poème « Les papillons », extrait de « La comédie de la mort », recueil publié en 1838 par Théophile Gauthier, aura reçu les faveurs musicales d’Ernest Chausson et de Claude Debussy. La « Mélodie Française » pouvait-elle être mieux servie ?

L’herbe écoute (11) – Papillons / VI

A l’évidence la délicatesse, la légèreté et la fragilité du papillon ont particulièrement enchanté les compositeurs italiens pour qu’ils nous enchantent eux-mêmes à leur tour. Baroques ou romantiques c’est au cristal de la voix de soprano qu’ils ont confié l’évocation sonore du gracieux insecte, ou, à défaut, à l’aérienne agilité de la flûte.

Antonio Vivaldi (1678-1741)
« La farfaletta s’aggira al lume » – RV 660
Cantate pour soprano – Aria I
Arianna Vendittelli (soprano)
Andrea Buccarella dirige l’Abchordis Ensemble

Antonio Vivaldi (1678-1741)
« La farfalletta audace »
Aria pour voix et basse continue d’un opéra non identifié. RV 749.6
Simone Kermes (soprano) 
Venice Baroque Orchestra – Direction Andrea Marcon

Vincenzo Bellini (1801-1835)
« La Farfalletta » 
Mélodie extraite des Composizioni da camera
Juliette Mey (soprano) – Payaka Niwano (piano)

Parlez-moi d’amour – 0 – Envoi

Cette minuscule anthologie-souvenir pour introduire une série de billets à venir dont l’unique mission sera de « parler d’amour »… Un peu plus directement peut-être que ne l’auront fait les centaines de leurs prédécesseurs sur ces pages, mais toujours au travers de la sensibilité des experts du thème : les artistes.

Ne serait-ce pas le moins que puisse faire un ancêtre, en souvenir d’un ancêtre, par ces temps difficiles où le mot « GUERRE », que l’on imaginait réservé aux seuls livres d’histoire choisit d’occuper tout l’espace de la jeunesse ?

Chevaucher, chevaucher…

Cornette par Horace Vernet – Rainer Maria Rilke 1875-1926
Rubens (détail)

Thomas Quasthoff (récitant)
Orchestre Philharmonique Tchèque
Semyon Bychkov (direction)

Dimanche chez Emmet…

Vive la mariée… facétieuse !

Exécutée par des voix surprenantes, voilà une chose prodigieuse ; je pourrais presque en pleurer, si le don des larmes ne m’avait été enlevé.

Gioacchino Rossini 1792-1868

Malena Ernman (soprano colorature)

sur la scène du MusikTheater an der Wien, en août 2012

ORF Orchestre Symphonique de la Radio de Vienne

Chœur Arnold Schoenberg (dir. Erwin Ortner)

Direction musicale : Leo Hussain

Mise en scène : Christof Loy

Elena:
Tanti affetti in tal momento
mi si fanno al core intorno,
che l’immenso mio contento
io non posso a te spiegar.
Deh! Il silenzio sia loquace…
Tutto dica un tronco accento…
Ah, Signor! La bella pace
tu sapesti a me donar.

Coro:
Ah sì… Torni in te la pace,
puoi contenta respirar!

Elena:
Fra il padre e fra l’amante…
Oh, qual beato istante!
Ah! Chi sperar potea
tanta felicità?!

Coro:
Cessi di stella rea
la fiera avversità…

Elena:
Ah! chi sperar potea
tanta felicità!

Fra il padre e fra l’amante…
Oh, qual beato istante!
Ah! Chi sperar potea
tanta felicità?!

Elena :
Tant d’émotions en cet instant
assiègent mon cœur
que je ne puis t’exposer
mon infini plaisir.
Allons, sois éloquent silence…
Qu’une voix enfin dise tout…
Ah, Seigneur! vous avez daigné
m’accorder une si belle paix !

Chœur :
Ah, oui !… Retrouve la paix,
respire ton bonheur !

Elena :
Entre mon père et mon amant…
Oh, quel instant bienheureux !
Ah ! Qui pouvait espérer
pareille félicité.

Chœur :
Que cesse la cruelle influence
d’une mauvaise étoile…

Elena :
Ah ! qui peut espérer
un tel bonheur ?

Entre mon père et mon aimé
Quel merveilleux moment !
Ah ! qui peut espérer
un tel bonheur ?

Larmes en beauté

Il faut des torrents de sang pour effacer nos fautes aux yeux des hommes, une seule larme suffit à Dieu.

On ne pourra pas dire que Chateaubriand aura emprunté cette image au Livre des Lamentations de Jérémie. Prophète dévasté par la réalisation de sa prophétie, la Destruction du Temple de Jérusalem, qui dans le texte biblique se plaint, lui, de ne pas avoir assez de larmes dans son corps pour pleurer ses pêchés et implorer le pardon divin. Chacun façonne le protocole de sa foi…

Johann Christoph Bach – cousin germain du père du grand Johann-Sebastian – compose sur les paroles éplorées de l’oracle un déchirant « lamento » pour voix d’alto et violon qui, une fois entendu, imprime à jamais nos émotions musicales et s’impose définitivement à notre mémoire.

« Ach, dass ich Wassers gnug hätte »
(Ah, que n’ai-je assez d’eau)

Christopher Lowrey (contre-ténor)
Ensemble Voices Of Music (San-Francisco)

Et par une voix de contralto :

Delphine Galou
Les Musiciens Du Louvre

Coup d’envoi – Kick off

Pour lancer ce premier billet de 2025 je me suis dit que si je voulais accumuler une énergie suffisante pour aller au bout de l’année il me faudrait prendre beaucoup d’élan, quitte à bousculer (mais sans violence) mes critères esthétiques habituels.

J’ai donc reculé, reculé, reculé, pour donner toute sa puissance à mon coup d’envoi. Jusqu’à Londres, à Abbey Road, au studio mythique que les Beatles ont rendu célèbre.
Là j’ai rencontré Katie Kadan. Elle  rendait hommage à Janis Joplin en enregistrant le dernier titre que la « Mama Cosmique » avait gravé la veille de son overdose mortelle le 4 octobre 1970 :

« Me and Bobby McGee ».

Voilà l’énergie qu’il me fallait, avec en prime, sur de belles images noir et blanc, la voix, le talent, et de formidables musiciens qui, pour certains… ont été jeunes en même temps que moi !

2025, let’s go !

Un clin d’oeil au modèle du passé :

Joyeux Noël 2024

Stella Cole – « Christmas Dreaming »

&

Et sur ‘Perles d’Orphée’ :
Jon Batiste depuis son piano chante

« Silent night » . . . !

Voix du temps – Voix du tango

Yo habré muerto y seguirás
orillando nuestra vida.
Buenos Aires no te olvida,
tango que fuiste y serás.*

BorgesAlguien le dice al tango 

*Je serai mort, tu resteras
Coulant au bord de notre vie.
Pour Buenos Aires pas d’oubli,
Tango tu fus et tu seras.

Carlos Gardel

Cuesta abajo

Si arrastré por este mundo
la vergüenza de haber sido
y el dolor de ya no ser,
bajo el ala del sombrero,
cuántas veces, embozada,
una lágrima asomada
yo no pude contener.
.
Si vagué por los caminos
como un paria que el destino

se empeñó en deshacer.
Si fui flojo, si fui ciego,
sólo quiero que comprendan
el valor que representa
el coraje de querer.

.Era para mí la vida entera
como un sol de primavera,
mi esperanza y mi pasión.
Sabía que en el mundo no cabía
toda la humilde alegría
de mi pobre corazón.
.
Ahora, cuesta abajo en mi rodada
las ilusiones pasadas
ya no las puedo arrancar.
Sueño, con el pasado que añoro,
el tiempo viejo que lloro
y que nunca volverá.
.
Por seguir tras de su huella
yo bebí incansablemente
en mi copa de dolor.
Pero nadie comprendía
que si todo yo lo daba,
en cada vuelta dejaba
pedazos de corazón.
.
Ahora triste en la pendiente,
solitario y ya vencido,
yo me quiero confesar.
Si aquella boca mentía,
el amor que me ofrecía,
por aquellos ojos brujos
yo habría dado siempre más.
Alfredo Le Pera & Carlos Gardel
.
.
‘Cuesta Abajo’
.
Inès Cuello  La Grela Quinteto de Tango
.

Pente descendante

Si j’ai traîné par le monde
la honte d’avoir été
et la douleur de ne plus être,
sous le rebord de mon chapeau
combien de fois, cachée,
une larme a roulé
que je n’ai pu retenir.
.
Si j’ai erré par les chemins
comme un paria que le destin
s’acharnait à détruire
Si j’ai été lâche, et aveugle,
comprenez seulement
la valeur que représente
le courage d’aimer.
.
Elle, elle était pour moi toute la vie
comme un soleil printanier,
mon espérance et ma passion.
Je savais que le monde ne ferait pas place
à l’humble bonheur
de mon pauvre cœur.
.
Maintenant, sur la pente descendante
les illusions passées
je ne puis les rejeter.
Je rêve, avec le passé que je pleure
le temps passé que je regrette
et qui jamais ne reviendra.
.
Pour suivre ses traces
j’ai bu inlassablement
la coupe de ma douleur.
Mais personne n’a compris
que si j’avais tout donné
à chaque fois j’y laissais
un morceau de mon cœur
.
Désormais triste sur la pente descendante
solitaire et déjà vaincu,
je voudrais confesser
que si jamais cette bouche m’a menti
en m’offrant son amour,
pour ces yeux ensorcelants
j’aurais donné toujours plus
.

Vent de grâce

Ce billet sera republié automatiquement le 5 décembre 2257

Wolfgang Amadeus Mozart 27 janvier 1756 – 5 décembre 1791

5 décembre 1791 — 5 décembre 2024

233 ans plus tard :
le vent, plus suave que jamais…
la grâce, toujours au coin du pupitre !

‘Soave sia il vento’

Terzettino entre Fiordiligi, Dorabella et Don Alfonso
extrait de Così fan tutte’

Soave sia il vento
Tranquilla sia l’onda
Ed ogni elemento
Benigno risponda
Ai nostri desir

Suave soit le vent,
Tranquille soit l’onde,
Puissent tous les éléments
Favorablement répondre
À nos désirs.

Samantha Clarke (Fiordiligi)
Anna Dowsley
(Dorabella)
Shaun Brown
(Don Alfonso)

Zoe Zeniodi dirige le ‘Queensland Symphony Orchestra’

Le désespoir d’un Roi

Giuseppe Verdi (1813-1901)

Philippe II d’Espagne est au comble du désespoir. Trahi et humilié. Il vient de trouver une correspondance secrète entre son fils Don Carlos et son épouse Elisabeth de Valois qui ne laisse aucun doute sur la profondeur de leurs sentiments réciproques.

Rongé par la jalousie il doute que sa jeune épouse française ait eu un jour quelque sentiment pour le vieux monarque qu’il est. Persuadé qu’elle ne l’a jamais aimé, il ronge son malheur dans la solitude de son bureau.

Giuseppe Verdi, au quatrième acte de son grand opéra à la française, Don Carlo – écrit à partir de la pièce éponyme de Schiller –, confie à la noble autorité d’une voix de basse le désespoir du Roi, qu’il introduit par un profond préambule dramatique au violoncelle.

Un des plus émouvants monologues masculins des scènes d’opéra !

« Ella giammai m’amò… »

Michele Pertusi (Basse)

Direction : Juraj Valčuha
Teatro SAN CARLO de Naples

Acte IV – Scène 1

Philippe II – Roi d’Espagne

Elle ne m’a jamais aimé !
Non, son cœur m’est fermé,
elle n’a aucun amour pour moi !

Je la revois encore, toisant en silence mes cheveux blancs,
le jour qu’elle arriva de France.
Non, elle n’a aucun amour pour moi !

Où suis-je ?
Ces flambeaux sont consumés…
L’aurore blanchit ma fenêtre. Voici déjà le jour !
Je vois ma vie lentement s’écouler.
Le sommeil, ô Dieu, a fui ma paupière épuisée !

Je ne pourrai dormir dans mon manteau royal, qu’à mon dernier instant,
alors je dormirai seul sous les voûtes noires des caveaux de l’Escurial !

Si la couronne royale me donnait le pouvoir de lire au fond des cœurs
où Dieu seul peut tout voir !

Quand le prince dort, le traître veille ; la couronne perd le Roi et l’époux son honneur !

Je ne pourrai dormir dans mon manteau royal…

Ah ! Si la royauté nous donnait le pouvoir de lire au fond des cœurs !

Elle ne m’a jamais aimé ! non !
Son cœur m’est fermé, elle ne m’a jamais aimé !

Fulgurances – XXX – Louanges

Barbara Strozzi (Venise 1619 – Padoue 1677)

 

 

O Maria, quam pulchra es,
quam suavis, quam decora.
 
Tegit terram sicut nebula,
lumen ortum indeficiens,
flamma ignis, Arca federis,
inter spinas ortum lilium,
tronum [S]ion in Altissimis
in columna nubis positum.
 
O Maria…
 
Ante sæcula creata
girum cœli circuivit sola,
profundum abissi penetravit.
Et in fluctibus maris ambulavit,
omnium corda virtute calcavit,
et in hereditate Domini morata est.
 
Tegit terram…
O Maria…
 
Alleluia.
Ô Marie, que tu es belle,
que tu es douce, que tu es avenante.
 
Elle enveloppe la terre tel un nuage,
une lumière s’élève infaillible,
une flamme, un feu, l’Arche d’Alliance,
un lys poussé parmi les épines,
le trône de Sion placé au plus haut
dans une colonne de nuée.
 
Ô Marie…
 
Avant la création des siècles,
elle a parcouru les confins du ciel,
et a pénétré les profondeurs de l’abîme.
Elle a marché sur les flots de la mer,
foulé avec vertu le cœur de tous,
et persévéré dans l’héritage du Seigneur.
 
Elle enveloppe la terre…
Ô Maria…
 
Alléluia.

*Petit commentaire sur Perles d’Orphée

 

Musiques à l’ombre – 17 – Bonheur !

J-S. Bach 1685-1750

Weichet nur, betrübte Schatten (Dissipez-vous, ombres lugubres !)

Tout droit sortie d’une cantate de Jean-Sébastien Bach, on s’attendrait à ce que pareille injonction soit chantée par la voix unifiée et profonde d’un choeur nombreux et enthousiaste, et pourtant… C’est à une seule voix de soprano, juvénile et fraîche, que le Cantor a confié cet appel déterminé au bonheur.

Ni sa modestie, ni son inspiration profane, n’entament la beauté de cette cantate BWV 202, l’une des plus populaires du Maître, écrite pour soprano soliste avec hautbois, cordes et continuo.
Comme le texte l’indique, elle a été écrite pour la célébration d’un mariage. Et si son style a laissé penser aux historiens qu’elle fut composée dans les années 1717-1723, lorsque Bach était à Cöthen, les recherches récentes la situeraient plutôt à une période plus ancienne, quand notre jeune compositeur était employé comme organiste à Weimar.

Le chef d’orchestre américain, directeur musical du Boston Baroque, Martin Pearlman, résume si justement l’atmosphère heureuse de cette cantate qu’il serait dommage, avant de se laisser aller au plaisir de la musique,  de ne pas lui donner un instant la parole :

La cantate s’ouvre au milieu d’« ombres sombres, de givre et de vents », tandis que des arpèges ascendants des cordes créent une atmosphère brumeuse et que le hautbois et la soprano solos tissent un contrepoint tortueux et harmoniquement changeant.
Alors que l’atmosphère s’éclaircit et que le monde renaît, la cantate se tourne vers des pensées de printemps et d’amour, et la musique devient plus simple et plus dansante.
L’œuvre se termine par une véritable danse, une joyeuse gavotte, dans laquelle la soprano ne chante que dans la section médiane, où elle orne l’air de la danse :
« Dans le contentement, puissiez-vous voir mille jours lumineux de bonheur. »

Cantate BWV 202 
Weichet nur, betrübte Schatten
Dissipez-vous, ombres lugubres

Netherlands Bach Society
Sayuri Yamagata, violon & direction
Julia Doyle, soprano

1.       Aria

Weichet nur, betrübte Schatten,
Dissipez-vous, ombres lugubres,
Frost und Winde, geht zur Ruh!
Gel et vent, reposez-vous !
Florens Lust
Le plaisir de Flora
Will der Brust
Accordera à nos cœurs
Nichts als frohes Glück verstatten,
Rien d’autre qu’un joyeux bonheur,
Denn sie träget Blumen zu.
Car elle arrive en portant des fleurs.

2.       Récitatif

Die Welt wird wieder neu,
Le monde redevient nouveau encore,
Auf Bergen und in Gründen
Sur les collines et dans les vallées
Will sich die Anmut doppelt schön verbinden,
Le charme se joindra avec une beauté double,
Der Tag ist von der Kälte frei.
Le jour est libéré de toute fraîcheur. 

3.        Aria

Phoebus eilt mit schnellen Pferden
Phébus se hâte avec ses chevaux rapides
Durch die neugeborne Welt.
À travers le monde nouveau-né.
Ja, weil sie ihm wohlgefällt,
Oui, puisque ceci le charme tant,
Will er selbst ein Buhler werden.
Il veut lui-même devenir un amant.

4.        Récitatif

Drum sucht auch Amor sein Vergnügen,
Donc Amour cherche aussi son plaisir,
Wenn Purpur in den Wiesen lacht,
Quand la pourpre rit dans les prairies,
Wenn Florens Pracht sich herrlich macht,
Quand la splendeur de Flora devient glorieuse,
Und wenn in seinem Reich,
Et quand dans son royaume
Den schönen Blumen gleich,
Comme les fleurs magnifiques
Auch Herzen feurig siegen.
Les cœurs sont aussi victorieux dans leur ardeur.

5.        Aria

 Wenn die Frühlingslüfte streichen
Quand la brise du printemps passe
Und durch bunte Felder wehn,
Et souffle à travers les prairies colorées,
Pflegt auch Amor auszuschleichen,
Amour souvent a aussi l’habitude de s’esquiver,
Um nach seinem Schmuck zu sehn,
Pour voir ce qui est sa gloire
Welcher, glaubt man, dieser ist,
Et cela, on le sait, c’est
Dass ein Herz das andre küsst.
Qu’un cœur en embrasse un autre. 

6.        Récitatif

Und dieses ist das Glücke,
Et c’est le bonheur,
Dass durch ein hohes Gunstgeschicke
Quand grâce à un sort très favorable
Zwei Seelen einen Schmuck erlanget,
Deux âmes obtiennent un tel trésor,
An dem viel Heil und Segen pranget.
Qui resplendit de prospérité et de bénédiction.

7.        Aria

 Sich üben im Lieben,
S’exercer à l’amour,
In Scherzen sich herzen
Plaisanter tendrement,
Ist besser als Florens vergängliche Lust.
Est meilleur que les plaisirs qui se fanent de Flora.
Hier quellen die Wellen,
Ici les vagues coulent,
Hier lachen und wachen
Ici rient et veillent
Die siegenden Palmen auf Lippen und Brust.
Les palmes de la victoire sur les lèvres et les seins

8.        Récitatif

So sei das Band der keuschen Liebe,
Puisse le lien d’un chaste amour,
Verlobte Zwei,
Couple de fiancés,
Vom Unbestand des Wechsels frei!
Être libre de l’inconstance du changement !
Kein jäher Fall
Qu’aucun accident soudain
Noch Donnerknall
Ni de coup de tonnerre
Erschrecke die verliebten Triebe!
Ne troublent vos désirs amoureux !

9.        Aria (Gavotte)

 Sehet in Zufriedenheit
Voyez dans le contentement
Tausend helle Wohlfahrtstage,
Un millier de jours brillants et heureux,
Dass bald bei der Folgezeit
Pour que bientôt dans l’avenir
Eure Liebe Blumen trage!
Votre amour puisse porter un fruit !

Textes : Bach Cantatas Website