Flâner entre le rêve et le poème… Ouvrir la cage aux arpèges… Se noyer dans un mot… S'évaporer dans les ciels d'un tableau… Prendre plaisir ou parfois en souffrir… Sentir et ressentir… Et puis le dire – S'enivrer de beauté pour se forcer à croire !
Comme des fronts de morts nos fronts avaient pâli,
Et, muet, me penchant vers elle, je pus lire
Ce mot fatal écrit dans ses grands yeux : l’oubli.
Le temps des lilas et le temps des roses
Ne reviendra plus à ce printemps-ci ;
Maurice Bouchor (1855-1929) – Poème de la mer et de l’amour (La mort de l’amour)
Quand les lilas refleuriront
Pour tous ces baisers qui s’égrènent
Que de blessures saigneront…
Georges Auriol – 1890 (poète, chansonnier, journaliste)
« Confiture exquise aux bons poètes », le lilas, dans les pastels de son odorante et précoce floraison, infaillible annonciatrice du retour longtemps attendu de la douceur des jours, est devenu depuis des lustres le symbole des amours de jeunesse. Blason du printemps retrouvé, sa seule évocation enchante les sourires et gonfle les espoirs. Et chacun, çà et là, chante son optimisme.
Mais quand l’amour est mort et que le cœur sanglote, plus rien ne fleurit au fond des meurtrissures ; la rose n’est plus offerte, et le temps du lilas ne veut pas revenir. A sa place désormais une cicatrice encore fraîche inévitablement promise à la douloureuse gangrène des souvenirs heureux.
Si brèves soient les amours de la jeunesse, si fugitif le printemps d’une vie, demeure, comme une empreinte de leur furtif passage, l’immense et profonde beauté du poème. Celui, peut-être, drapé dans les ondulations élégiaques d’une mélodie marine qu’un alizé lyrique ramène vers le rivage, le soir, à l’heure solitaire où l’âme caresse ses hiers.
Et la mer et l’amour ont l’amer pour partage…
Pierre de Marbeuf (1596-1645
Cette mélodie, "Le temps des lilas", désormais légendaire, conclut le long et délicieux "Poème de l'amour et de la mer" écrit par Ernest Chausson entre l'été 1882 et le printemps 1890.
Née au confluent des courants impressionniste, symboliste et de l’Art décadent, de la fin du XIXème, cette adaptation et mise en musique des "Poèmes de la mer et de l'amour" de Maurice Bouchor, par le compositeur, est le parfait reflet de la conscience exacerbée des artistes de l'époque : Face au caractère éphémère de toute chose, saisir pleinement la volupté de l'instant.
Nature hypersensible et volontiers pessimiste, Chausson ne pouvait que ressentir profondément, non sans une certaine angoisse métaphysique - plutôt généreusement partagée à l'époque -, la fugacité de la vie. C'est sans doute à cette émotivité particulière que l'ont doit l'extrême délicatesse et la tendre pudeur qu'il offre pour écrin aux vers de son ami poète.
Ernest Chausson (1855-1899)
Le temps des lilas et le temps des roses Ne reviendra plus à ce printemps-ci ; Le temps des lilas et le temps des roses Est passé ; le temps des œillets aussi.
Le vent a changé, les cieux sont moroses, Et nous n’irons plus courir, et cueillir Les lilas en fleur et les belles roses ; Le printemps est triste et ne peut fleurir.
Oh ! joyeux et doux printemps de l’année, Qui vins, l’an passé, nous ensoleiller, Notre fleur d’amour est si bien fanée, Las ! que ton baiser ne peut l’éveiller !
Et toi, que fais-tu ? pas de fleurs écloses, Point de gai soleil ni d’ombrages frais ; Le temps des lilas et le temps des roses Avec notre amour est mort à jamais.
Maurice Bouchor
Que passent les ans, qu’avancent les siècles, le temps du lilas est toujours fidèle… à ses infidélités. Pour parler de lui le ton peut changer, les mots rajeunir et se renouveler, il n’oublie jamais de foutre le camp le temps du lilas, le temps de la rose offerte.
Dis, si tu le vois, ramène-le moi,
Le joli temps du lilas !
J’écris des morceaux de piano dans mes moments de loisirs … en fait, le piano ne m’intéresse pas parce qu’il ne peut pas chanter.
Jean Sibélius (1865-1957)
Qui, après avoir écouté l’œuvre de Jean Sibelius pour le piano, pourrait accorder quelque crédit à ce propos tenu par le grand compositeur finlandais lui-même à son élève Bengt von Törne à la fin des années 1930 ? Sans doute était-ce pour lui une manière ironique de donner du grain à moudre à ceux de ses pairs et autres critiques qui voulaient le tenir enfermé dans la composition des grandes pièces orchestrales et de ses symphonies. — Aucun d’eux, bien sûr, ne prenant en considération le plaisir simple pour un compositeur de composer, ni, également, les nécessités alimentaires du Maître auxquelles, très probablement, ses miniatures devaient apporter réponse.
Sibelius n’a jamais écrit contre le grain du clavier … Dans la musique pour piano de Sibelius tout fonctionne, tout chante – mais selon ses propres termes.
Glenn Gould
« Tout chante. » N’en doutons pas ! Et surtout le piano… infiniment !
Les pianistes, et pas les moindres, ont reconnu chez Sibélius, à travers, certes, l’originalité de ses pièces pour piano, sa réelle qualité d’écriture pour l’instrument et sa maîtrise du clavier. — Qu’on se souvienne que son instrument de prédilection était le violon pour lequel il a composé l’un des plus beaux concertos du répertoire.
Et pour écouter le piano du Maestro chanter, par exemple entre les gouttes d’une fontaine que Liszt, jadis, aurait pu contempler, admiratif, depuis une fenêtre de sa chambre des roses à la Villa d’Este, écoutons l’ Impromptu N°5 sous les doigts du très inspiré pianiste norvégien Leif Ove Andsnes.
Voilà qui devrait faire écho, ô combien favorable, à cet autre propos que confia un jour Sibélius à son secrétaire :
Mes pièces pour piano devraient avoir un bel avenir ; qui sait si elles ne pourraient pas être, un jour, aussi recherchées que celles de Schumann ?
Le récent et superbe CD que Leif Ove Andsnes consacre à la musique pour piano de Sibélius n’en constitue-t-il pas un sérieux commencement de preuve ?
A Satan reviennent toujours les chants les plus beaux. (Dicton)
§
D’Œdipe à Hamlet et à Don Quichotte, tous les grands mythes littéraires connurent certes des avatars musicaux. Mais Faust est un cas particulier. Pas simplement par le grand nombre des œuvres qu’il a suscitées. Il est l’une des rares figures, parmi les plus prisées des compositeurs, que rien ne prédestinait à priori à un devenir musical.
[…]
Et pourtant, il n’y eut qu’un Don Giovanni alors que les grands Faust furent pléthore.
Emmanuel Reibel
« Faust – La musique au défi du mythe » (Fayard 2008)
Sont-elles nombreuses, et polymorphes souvent, les silhouettes du Docteur Faust qui ont depuis le XVIème siècle, traversé la culture populaire, la littérature et, étonnamment, la musique, jusqu’à apparaître dans nos miroirs d’aujourd’hui comme notre propre reflet, peut-être le plus incontestable et le plus vrai.
Depuis qu’en 1593 le dramaturge élisabéthain, Christopher Marlowe, — « The Tragical History of Doctor Faustus » — s’est emparé de la traduction anglaise d’un texte anonyme, — « Volksbuch » — publié en 1587 à Francfort-sur-le-Main, inspiré, peu ou prou, de la vie de cet astrologue et alchimiste allemand de la Renaissance, Johann Georg Faust, dont on disait qu’il possédait d’étranges pouvoirs magiques, le mythe du quêteur de la connaissance universelle et du plaisir absolu, épris d’un inextinguible désir d’infini, prêt à tout pour atteindre ses buts, jusqu’à offrir son âme à Méphistophélès, l’envoyé du Diable, n’a cessé de nourrir les créations des plus illustres écrivains et des plus fameux compositeurs.
Si dans la deuxième moitié du XXème siècle le mythe de Faust s’évapore quelque peu au-dessus des encriers des écrivains, il continue d’enfiévrer sur les portées les plumes des compositeurs.
Faust et Mephisto – image extraite du film de Murnau – 1926
A l’instar de leurs illustres prédécesseurs du XIXème, tels que Berlioz, Schumann, Liszt, Gounod et tant d’autres, et dans le sillage de Busoni en 1925, les musiciens contemporains comme Georges Aperghis, John Adams ou Pascal Dusapin, pour ne citer qu’eux — trop proches de nous sans doute pour que leurs noms nous soient familiers — vont encore chercher leur inspiration dans la complexité des relations croisées du trio mythique, Faust – Méphistophélès – Marguerite.
Et s’il faut désigner le catalyseur de ce regain d’intérêt moderne, c’est sur le passionnant et magistral roman que publie Thomas Mann en 1947, « Doktor Faustus », que sans hésiter nous dirigerons notre projecteur. D’une part en raison de la question philosophico-historique qu’il soulève à l’heure où plus personne au monde ne peut ignorer ou prétendre ignorer l’horreur des camps nazis, et d’autre part parce que le Faust qu’il met en scène n’est autre qu’un musicien moderne hanté par le désir de devenir le génie de la musique sérielle au point d’en mourir de folie.
Alfred Schnittke (1934-1998)
« Faust est le thème de toute ma vie, et j’en ai déjà peur. Je ne pense pas que je l’achèverai jamais. »
Figure notable de la musique en cette fin de XXème siècle, par l’étendue et la multiplicité de son œuvre autant que par son « polystylisme », comme il définit lui-même son écriture musicale, le compositeur russe Alfred Schnittke, fasciné par le personnage de Faust, décide dès 1980 de lui consacrer un opéra, « Historia von D. Johan Fausten ».
L’opéra est donné à Hambourg en 1995, quelques années avant la disparition de Schnittke. Des soucis de santé doublés d’un accident vasculaire cérébral ainsi que la complexité des voyages à l’époque entre la Russie et le reste de l’Europe ont pénalisé le projet d’une dizaine d’années. Mais déjà en 1983 le compositeur en avait esquissé les grandes lignes dans sa « Faust Cantata » (« Seid nüchtern und wachet » – Sois sobre et veille).
Rencontre entre le Diable et Docteur Faustus – 1825 Crédit : Wellcome Library, London. Wellcome Images
Bien que, comme ses confrères, très imprégné de l’œuvre de Thomas Mann, c’est dans le « Volksbuch » original de 1587 que Schnittke va puiser toute l’énergie dramatique qui anime cette pièce. C’est sans doute ce qui en fait l’une des œuvres les plus palpitantes du compositeur laissant, plus qu’ailleurs peut-être, apparaître la face la plus noire de son inconditionnel pessimisme.
Point culminant de cette cantate, l’évocation de la mort épouvantable du Docteur Faust, son contrat avec Méphistophélès expiré. C’est par la voix d’un diable gouailleur, exprimant son cynisme depuis les hauteurs d’une tessiture de contralto sur les rythmes dédaigneux d’un tango ironique et arrogant que nous apprenons l’effroyable horreur de la tragédie, avec les mots mêmes, ou presque, du « Volksbuch ».
Quand il fut jour/ les étudiants/ qui n’avaient pas dormi de toute la nuit/ entrèrent dans la salle/ où avait été le docteur Faustus/ et ils ne virent pas Faustus/ rien que la pièce éclaboussée de sang/ la cervelle collée aux murs/ car le diable l’avait lancé d’un mur à l’autre. Ils trouvèrent des yeux et quelques dents/ spectacle affreux et épouvantable. Alors les étudiants se prirent à pleurer et lamenter/ et toujours ils le cherchaient/ Enfin ils trouvèrent son corps à l’extérieur près du fumier/ horrible à voir/ tête ballante et membres roués.
L’Histoire de Faustus suivie de La Tragédie de Faustus par Christopher Marlowe, édition de Jean-Louis Backès, Imprimerie Nationale Éditions - 2001 (Cité par Dominique Hoizey in "Petite histoire littéraire et musicale de Faust" - Le Chat Murr 2016)
Deux interprétations diaboliquement fascinantes !
Et choisir n’est certes pas vertu du Diable !
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Inger Blom (mezzo-soprano) – Malmö Symph. Orch. – James DePreist (Direction)
Iva Bittova (voix) – Hradec Kràlové Philharmonic Peter Vrabel (direction)
Ψ
« Seid nüchtern und wachet… »
Sois sobre et veille : ton adversaire, le diable, comme un lion rugissant, rôde, cherchant qui dévorer.
Résiste-lui avec la force de la foi, car tu sais que tous tes frères, de par le monde, sont en butte aux mêmes souffrances.
Frédéric Chopin par Henri Lehmann – Paris avril 1847
J’ai qualifié les Préludes de remarquables. J’avoue que je me les figurais autres et traités comme ses Études, dans le grand style. C’est presque le contraire : ce sont des esquisses, des commencements d’études ou, si l’on veut, des ruines, des plumes d’aigle détachées de toutes les couleurs sauvagement agencées. Mais chaque morceau présente la carte de visite d’une fine écriture perlée : « de Frédéric Chopin » ; on le reconnaît à sa respiration haletante. Il est et demeure le plus pur esprit poétique du temps. Ce cahier contient aussi du morbide, du fiévreux, du repoussant. Que chacun y cherche ce qui lui convient et que le Philistin se tienne à l’écart.
Robert Schumann (1839)
Yuja Wang en récital à La Fenice de Venise le 3 avril 2017
— Sur YouTube il est possible de faire une écoute sélective —
Chaque note décisive n’est atteinte qu’on ne l’ait d’abord circonvenue, par une approche exquise qui la fait espérer et qui la laisse attendre. J’aime que ces premières mesures de découverte soient quelque peu hésitantes encore, et comme de qui n’ose oser, puis s’abandonne à cette effusion charmante où la surabondante joie se mêle à la mélancolie ; puis tout se fond dans la caresse pour un amoureux abandon.
André Gide – « Notes sur Chopin » (Prélude en sol bémol majeur) – L’Arche éditeur. Page 110 – [vidéo : 15’05]
∞
Chacun d’eux prélude à une méditation ; ce ne sont rien moins que des morceaux de concert ; nulle part Chopin ne s’est montré plus intime. Chacun d’eux, ou presque (et certains sont extrêmement courts), crée une atmosphère particulière, pose un décor sentimental, puis,
s’éteint comme un oiseau se pose. Tout se tait.
Ibid – Pages 28-29
Décidément, le piano ne devrait pas quitter la chambre !
Une semaine plus tôt, le 27 mars 2017, Yuja donnait ce même récital dans la grande salle Pierre Boulez (2400 places)* de « La Philharmonie » à Paris. J’y étais, et installé à une place de premier choix (à en croire sa catégorie et son prix), réservée longtemps à l’avance. — Quand on aime...
Mais mon bonheur, hélas, ce soir-là, n’atteignit pas les sommets qui lui étaient promis : jamais, même du temps où, étudiant, les salles de concert ne m'ouvraient que leurs étages supérieurs, le piano ne m’était apparu aussi peu impressionnant, l'interprète aussi minuscule, ses doigts, pour ce que je pouvais en apercevoir, aussi petits ; quant aux expressions de son visage et aux mouvements de son corps... L'imagination n'est jamais aussi féconde que lorsque nous fermons les yeux.
Jamais le son du piano, bien que l'acoustique ne manquât pas de qualité, ne m'avait semblé parvenir d’aussi loin jusqu’à mon fauteuil. Par chance, la salle était recueillie.
Le piano seul, nolens volens, est fait pour la « chambre », comme ses complices, le violon et le violoncelle d’ailleurs, quand ils choisissent d'être solitaires ; pas pour le « stade », fût-il construit à prix d’or par les plus qualifiés des architectes-acousticiens.
Et si les Préludes de Chopin sont au programme...!
Confidents et intimes, ils appellent l'auditeur à une telle proximité avec le couple instrument/interprète que sortir ce tandem de son salon pourrait bien passer déjà pour une forme d'hérésie.
Pourquoi donc ne pas réserver plutôt ces grandes salles modernes aux tonitruances magnifiques des Carmina Burana, à la générosité mystique des chœurs brucknériens, ou encore aux infinités symphoniques d'un Beethoven emporté, l'espace leur convient si bien ?
Alors merci au Teatro La Fenice qui a partagé cette vidéo sur la toile.
— "Musique restituée n'est pas musique vivante !" me dira alors, avec raison, une moue un rien dédaigneuse.
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— "Certes ! Mais...Plaisir restitué vaut autrement plus qu'attente déçue ou trompée !", lui répondra mon large sourire ému et satisfait !
* La Fenice : 1000 places
La simplicité véritable allie la bonté à la beauté.
Platon – La République
La simplicité ! De combien de nos émotions est-elle la mère ?
Par exemple :
Une guitare qui déborde de souvenirs, des doigts que les ans ont décharnés, torturés d’avoir caresser tant de cordes, la voix, douce par-delà la fatigue, d’un vieil homme qui se retourne sur son histoire et chante simplement la nostalgique mélodie d’un Rimbaud de son siècle, compagnon de sa jeunesse, Bob Dylan : il n’en faut pas plus pour donner à nos larmes un goût de liberté.
Il est long le chemin pour demain !
John Winn, après avoir séduit avec sa guitare ses compagnons d'armes de l'US Army au milieu des années 1950, commence à New-York, en 1960, une encourageante carrière de chanteur "folk" dans les cafés branchés de Lower West Village qui lui vaut même de se produire sur les scènes célèbres du Carnegie Hall et du Town Hall.
C'est l'époque où il rencontre Bob Dylan avec qui il noue une belle relation amicale et professionnelle.
John raconte comment Bob composa alors cette chanson, "Tomorrow is a long time" :Très attristée par le départ, vraisemblablement sans retour, de son amie Suzy pour l'Italie, Dylan confie sa peine à John et lui annonce qu'il va aussitôt l'exprimer dans une chanson.
Qui aurait pu prévoir son succès planétaire et le nombre incalculable de ses reprises dont le temps n'a toujours pas arrêté le décompte ?
Tomorrow is a long time
Demain est si loin
If today was not an endless highway,
If tonight was not a crooked trail,
If tomorrow wasn’t such a long time,
Then lonesome would mean nothing to you at all.
Yes, and only if my own true love was waitin’,
Yes, and if I could hear her heart a-softly poundin’,
Only if she was lyin’ by me,
Then I’d lie in my bed once again.
Si ce jour n’était pas une route infinie
Si ce soir n’était pas un sentier tortueux
Si demain n’était pas un jour si lointain,
Alors solitaire ne voudrait rien dire à tes yeux.
Oui, et seulement si ma bien-aimée attendait,
Si je pouvais entendre son cœur battre doucement,
Si elle était allongée là, à mes côtés,
Alors je pourrais me coucher à nouveau.
I can’t see my reflection in the waters,
I can’t speak the sounds that show no pain,
I can’t hear the echo of my footsteps,
Or can’t remember the sound of my own name.
Yes, and only if my own true love was waitin’,
Yes, and if I could hear her heart a-softly poundin’,
Only if she was lyin’ by me,
Then I’d lie in my bed once again.
Je ne peux voir mon reflet sur l’eau
Je ne peux émettre de son qui ne traduise de douleur
Je ne peux entendre mes pas résonner
Ni me souvenir du son de mon propre nom.
Oui, et seulement si ma bien-aimée attendait,
Si je pouvais entendre son cœur battre doucement,
Si elle était allongée là, à mes côtés,
Alors je pourrais me coucher à nouveau.
There’s beauty in the silver, singin’ river,
There’s beauty in the sunrise in the sky,
But none of these and nothing else can touch the beauty
That I remember in my true love’s eyes.
Yes, and only if my own true love was waitin’,
Yes, and if I could hear her heart a-softly poundin’,
Only if she was lyin’ by me,
Then I’d lie in my bed once again.
Il y a quelque chose de beau dans cette rivière d’argent qui chante,
Il y a quelque chose de beau dans le ciel quand le soleil se lève,
Mais rien de cela ni rien d’autre ne vaut la beauté
Qui émanait des yeux de ma bien-aimée.
Oui, seulement si ma bien-aimée attendait,
Si je pouvais entendre son cœur battre doucement,
Si elle était allongée là, à mes côtés,
Alors je pourrais me coucher à nouveau.
Traduction de Valérie Charlez publiée sur le site bobdylan-fr.com
# agréés ou « sauvages », # insupportables faiseurs de bruit qui ne connaissez et ne respectez qu’un son, celui de la pièce dans la sébile, # ou véritables maestros, ignorés ou en devenir, # joueurs de guimbarde, de komabue, de mandoloncelle ou autre accordéon gorgé de l’humidité des voyages lointains, # aussi nombreux et différents que vous soyez, par vos origines, vos cultures musicales ou vos instruments de tous poils,
Chaque jour, tous autant que vous êtes, vous m’obligez à écouter les mille versions, plus ou moins heureuses, et sur tous les tons, de la superbe deuxième valse de la Suite Jazz N°2 de Chostakovitch, avec laquelle vous tenez absolument à accompagner mes voyages, croyant que sa mélodie reconnaissable entre toutes suffira seule à me convaincre de vous accorder mon aumône.
Mise à la mode, il y a près de vingt-cinq ans, par le succès d’un clip publicitaire vantant les vertus d’une compagnie d’assurances, cette valse, composée bien plus tôt par un musicien de génie, vous en avez fait — opportunité « marketing » plutôt que choix artistique — la signature universelle des musiciens de rue. Et, partant, vous ne cessez de la servir en boucle, mouvement perpétuel d’une ritournelle assurément aguicheuse, aux voyageurs aussi distraits que pressés, pièce unique parfois de votre répertoire.
Parce que j’aime la musique et que les musiciens me fascinent, j’écoute toujours vos interprétations, (vous ne me laissez aucun autre choix, en vérité), ravi parfois et agacé souvent — surtout quand un amplificateur nasillard relaie une boîte à rythmes mal bricolée — et toujours je demeure respectueux de votre détresse et attentif à votre talent, quand vous l’exprimez.
Mais, il en va de la musique comme de la gastronomie : le caviar c’est délicieux ! Tous les jours de l’année, et à dose massive, c’est trop ! Beaucoup trop ! Et quand, de surcroît, huit boîtes sur dix sont frelatées… ça devient nocif, indigeste, atroce, mortel. Il faut varier les plats, changer de régime !
Alors aujourd’hui, écoutez donc ma courte prière :
Changez d’air, par pitié !
Changez l’air de votre valse !
Échangez donc la valse de Chostakovitch contre la « Valse aux adieux » de Alfred Schnittke, compositeur russe, lui aussi, et dont la musique « polystylistique » difficilement classable, n’a pas échappé, à l’instar de celle de son grand aîné et modèle, à la critique politique.
Je ne sache pas que la publicité l’ait adoptée, et pourtant… Écoutez-la ! Cette valse débute par les sonorités gracieuses que laisserait entendre une boîte à musique dont on soulève à plaisir le couvercle pour admirer, le temps de quelques mesures, le tourbillon fragile d’une petite danseuse en porcelaine, allégorie de notre nostalgie. Puis, comme le ferait notre imagination, la mélodie, élargissant son mouvement, se déploie pour accompagner le pas tournant du biscuit devenu princesse, avant qu’au dernier temps de la valse le couvercle doucement ne se referme sur notre rêverie.
Apprêtez-vous à être bissés, trissés…!
Moi, je prépare déjà mes pièces de monnaie…
Alfred Schnittke (1934-1998)
Cette valse est extraite de la musique composée par Schnittke en 1976 pour le film d'un metteur en scène russe oublié, Alexandre Zarkhi : "Histoire d'un acteur inconnu".
Lorsqu’on s’apprête à fermer le énième tome d’un long roman dont on est soi-même et le « héros », et « l’auteur », on a du mal, et pour cause, à réfréner son œil curieux de découvrir les premières pages du volume suivant.
Mais, dans tous les livres, les pages succèdent aux pages dans leur ordre inéluctable. Et parfois, par besoin, par plaisir, ou pour satisfaire ces deux tyrans, la lecture doit-elle s’imposer une courte pause avant de poursuivre son chemin.
La dernière phrase lue, le marque-page désormais inutile, posé, en instance, sur la table toute proche, bientôt nous refermerons l’ouvrage. Mais sans doute ne le reposerons-nous pas sans l’avoir maintenu une fois encore quelques minutes entre nos doigts, les yeux au ciel, peut-être clos pour y mieux voir. Par l’échange de cette ultime et sensuelle caresse entre deux amis qui se séparent, notre mémoire servira de dernier théâtre aux images et aux émotions qui les auront un temps réunis, pour le meilleur et pour le pire.
Le titre : « 2017 » ! Dernier paragraphe. Déjà se pressent les souvenirs : tel passage surligné… telle phrase annotée… ce fou rire, au troisième chapitre, je crois… cette tache indélébile page 124, une larme… ce regard complice quand tout semblait si sombre, affectueux peut-être… cet étrange déjeuner sous la pluie… et la triste nouvelle… et… et… et, une année qui s’achève !
… Et, pour la retenir encore un peu dans un écho réminiscent, j’écoute, béat d’admiration, un jeune homme vêtu de noir qui me ressemble comme un frère, et qui m’aide d’une main légère à tourner la dernière page.
Allons, éternels enfants aux yeux inondés de lumière que résolument nous ne voulons cesser d’être, suivons, en cette nuit de Noël, la tendre voix de l’étoile !
Extasiés par la beauté, glissons dans l’impesanteur des cieux à travers les arcanes de l’imaginaire jusqu’aux rivages du merveilleux.
Puissent nos oreilles, nos yeux et nos cœurs, communier dans le bonheur astral de l’instant !
Aria "Mi par sentir la bella..." extraite de l'opéra "Gianguir"
de Geminiano Giacomelli (1692-1740)
Montage vidéo de Jeffrey Stivers
Images de Christian Schloe Digital Artwork
J’ai l’impression d’entendre ma belle
et douce étoile, mon guide,
me dire affectueusement
« partons, mon chéri ».
La récompense pour ma victoire
sera la couronne et une fiancée,
et déjà je me prépare à ce que la main de gloire
sertisse mon front de lauriers et de myrtes.
L’attention, à son plus haut degré, est la même chose que la prière. Elle suppose la foi et l’amour.
Il s’y trouve lié une autre liberté que celle du choix. À savoir la grâce.
Simone Weil – « La Pesanteur et la grâce »
φ
Dans le domaine de l’intelligence, la vertu d’humilité n’est pas autre chose que le pouvoir d’attention.
Simone Weil – « La Pesanteur et la grâce »
Le grand Maître du sitar Pandit Ravi Shankar fait répéter sur scène sa fille Anoushka, prodige de l'instrument. Quelques temps après, âgé de 92 ans, il quitte cette vie pour poursuivre son karma ; pour nous le virtuose du "raga" qu'il était avait déjà atteint l'immortalité.
φ
L’oreille est le sens préféré de l’attention. Elle garde, en quelque sorte, la frontière du côté où la vue ne voit pas.
Il trouvait ouvert sur son piano quelques-uns des morceaux qu’elle préférait : la Valse des Roses ou Pauvre Fou de Tagliafico (qu’on devait, selon sa volonté écrite, faire exécuter à son enterrement), il lui demandait de jouer à la place la petite phrase de la sonate de Vinteuil, bien qu’Odette jouât fort mal, mais la vision la plus belle d’une œuvre est souvent celle qui s’élève au-dessus des sons faux tirés par des doigts malhabiles, d’un piano désaccordé. La petite phrase continuait de s’associer pour Swann à l’amour qu’il avait pour Odette.
Marcel Proust « Du côté de chez Swann »
§
Sibélius – Étude pour piano N°2 – Opus 76 par Denis Matsuev
§
On ne revient pas d’un dîner chez les Verdurin, d’une visite à Guermantes ou d’une après-midi d’amour chez Odette de Crécy, sans avoir « entendu » et « réentendu » jouer, entre les mots des longues périodes de Marcel Proust, l’énigmatique « petite phrase de Vinteuil » qui, bien que tout aussi imaginaire que son compositeur, trouve ses résonances plurielles dans les partitions de quelques musiciens célèbres, contemporains de « LaRecherche ».
Cette petite mélodie de cinq notes constitue dans l’œuvre de Marcel Proust ce trait d’union heureux entre actualité et souvenir, qui, par cette « brusque conjonctionentre une sensation du passé et un fragment du présent, nous sort du temps », comme le disait Roland Barthes à propos de « La Recherche… » elle-même, considérée dans sa totalité.
Cette « félicité », ajoutait-t-il sur le ton résolu de l’observateur littéraire attentif qu’il était, qui « réside dans la collusion du souvenir et du présent » devait être ressentie par Proust comme une « victoire sur la mort ».
William Arthur Chase – The Keynote (1915) – Tate Gallery
Mais, toute réminiscence, victoire sur l’oubli, n’est-elle pas, par l’émotion même qu’elle réveille dans notre actualité, victoire sur la mort ? Chaque œuvre, en vérité, scelle le constat de cette évidence dès lors qu’agit à travers elle la mécanique magique de ces « épiphanies » de la mémoire, mécanique dont les rouages sont d’autant plus fluides et efficients qu’ils doivent leur déclenchement à la part musicale qui la constitue.
Chacun de nous possède sa — ou plutôt ses — petite(s) phrase(s) de Vinteuil qui se rattache(nt) très intimement à sa propre culture musicale certes, mais qui, plus modestement et plus sûrement sans doute, trouve(nt) racine dans les singularités de sa sensibilité personnelle.
Lilla Cabot Perry (1848-1933) – Violoncelliste
James Carroll Beckwith (1852 – 1917) – Mélodie
Devenue mouvement de sonate pour violoncelle et guitare sous la plume de l’arrangeur Börje Sandquist, cette charmante pièce pour piano Opus 76-N°2 de Sibélius a trouvé sa juste place dans la liste, longue il est vrai, de mes petites phrases musicales « commémoratives ».
C’est un bonheur toujours renouvelé que de l’écouter, tant pour la douceur romantique et surannée de la mélodie qu’elle délivre que pour les images anciennes et touchantes qu’elle ne manque jamais de convoquer dans mon vieux boudoir aux souvenirs.
Métamorphose passagère de l’instant. Un temps retrouvé !
Cette fois il avait distingué nettement une phrase s’élevant pendant quelques instants au-dessus des ondes sonores. Elle lui avait proposé aussitôt des voluptés particulières, dont il n’avait jamais eu l’idée avant de l’entendre, dont il sentait que rien autre qu’elle ne pourrait les lui faire connaître, et il avait éprouvé pour elle comme un amour inconnu.
D’un rythme lent elle le dirigeait ici d’abord, puis là, puis ailleurs, vers un bonheur noble, inintelligible et précis.
L’homme croit que le Temps se repose Alors qu’il déploie secrètement ses ailes. Mais si ses coups sont cachés, Ses outrages sont ensuite évidents.
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Aria de la Désillusion – Trionfo del Tempo e del Disinganno (Haendel)
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Bellezza (Beauté) prend conscience qu’elle a trop laissé Plaisir conduire sa vie. Elle peste sur son fauteuil, furieuse, contre elle-même sans doute. Alors que Temps (impassible, sûr de lui et un rien dédaigneux derrière son cigare et ses lunettes à la mode) réunit dans cette salle de cinéma les fantômes, bien jeunes, de celles qui hier encore, étaient elles-même alors « Beauté », toutes inconditionnelles accros aux conseils de Plaisir, avant que la mort ne les emporte. Disinganno (Désillusion, mais autant dire Vérité) rappelle, sourire narquois au coin des lèvres, l’évidence dévastatrice : même depuis l’ombre où l’on veut parfois le tenir caché, le temps assène ses coups, inévitablement. Le velouté du contralto de Sara Mingardo est si caressant que la tragédie qu’il annonce n’en apparaît que plus effrayante encore.
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Cinq ans ! Cinq années déjà depuis la naïve publication de mon premier billet sur « Perles d’Orphée ». Cinq ans de partage avec vous — toujours plus nombreux, généreux et fidèles — des émotions, le plus souvent poétiques ou musicales, que j’ai pris, depuis, l’habitude de confier à ce journal intime ouvert à tous…
N’eût été le rappel rigoureux des horloges électroniques de l’hébergeur de ce blog et de son double puiné, « De braises etd’ombre « , j’aurais, moi aussi, continué de croire que le temps se reposait derrière leurs pages.
Mais illusion ! Il ne connaît pas de répit, le bougre. Il triomphe toujours. Et force est de reprendre ici pour mon propre compte la sagesse sarcastique de Disinganno raillant l’inconséquence de Bellezza désemparée.
Faut-il considérer mon oubli du temps comme l’effet du plaisir que j’ai ressenti, pendant toutes ces années, à composer chacun de ces modestes billets ? Assurément oui !
Benedetto Pamphili (1653-1730)
G.F. Haendel (1685-1759)
Le Cardinal Pamphili ne se trompait donc pas en affirmant par le livret très moralisateur qui devait donner naissance en 1707 au premier oratorio (étonnamment sans chœur) d’un jeune musicien prodige de 22 ans, Georg Friedrich Haendel — IlTrionfo del Tempo et del Disinganno —, que Plaisir, ce frère rebelle, était maître en l’art de faire oublier Temps, l’intraitable tyran.
Mais maître pourtant bien spécieux, au pouvoir illusoire…!
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En un mot donc, c’est le cinquième anniversaire de ce « glorieux » moment de novembre 2012 qui a vu ma prétention l’emporter sur ma réserve. — Il est vrai que s’agissant de quinquennat, en politique du moins, l’attitude n’est pas des plus rares… Mais qui alors aurait parié sur une telle longévité qu’aucune institution, pour le coup, ne garantissait ?
Belle occasion en tout cas pour nous réunir autour d’un verre, autour d’une table. Et quelle table ! Allégories en scène et à la cène, mes extraordinaires invités du jour sont déjà installés : Beauté, Plaisir, Temps et Désillusion (que je préfère tellement appeler Vérité).
Étonnant quatuor ! N’est-ce pas ?
A peine réunis les voilà, enfants turbulents, qui se chamaillent à loisir. Un vrai repas de famille ! Beauté fait sa capricieuse, Plaisir l’invite à la suave délectation de l’instant, Temps brandit la menace de la mort tandis que, avertie et discrète, Désillusion tempère ardeurs et outrances sans perdre de sa convaincante lucidité.
Bellezza : C’est la magnifique Sabine Devieihle. Elle veut du temps pour réfléchir, et n’en veut pas. Se laisser séduire par les illusoires caprices du présent ou s’astreindre à la sagesse de penser au lendemain, la question l’irrite, la contrarie. Mais tant mieux ! Quelles sont belles les colères d’une soprano d’une telle qualité ! Surtout quand c’est le Maestro Haendel qui les dicte. La Beauté ainsi incarnée est si terriblement, mais si merveilleusement, humaine.
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Piacere : Ah, Plaisir ! D’une voix inégalable, le contre-ténor argentin Franco Fagioli, ne cesse de prodiguer à Bellezza ses conseils hédonistes et l’encourage avec insistance à céder aux caprices de l’instant. Tant de musicalité et de virtuosité pour séduire… On succomberait à moins.
Tempo : Fallait-il moins qu’un ténor doté d’une voix longue de plus de trois octaves pour incarner Temps ? Avec rondeur et puissance le ténor américain Michael Spyres, s’acharne à rappeler à Beauté l’implacable finitude de l’existence et l’exhorte à plus de raison. La tentation du bien en majesté.
Disinganno : Désillusion, enfin, qui sait le danger de céder aux leurres autant qu’elle connaît la fulgurance du temps, met en garde Beauté contre le risque des lendemains désenchantés. La soumission au plaisir ne saurait faire oublier combien sont illusoires et éphémères l’apparence, la jeunesse, les plaisirs stériles, la vie. Quand elle prend la voix de Sara Mingardo, la Vérité triomphe une seconde fois.
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Cinq ans !
Voilà un anniversaire qui mérite bien un aussi rare enchantement :
Le Quatuor vocal de « Il Trionfo del Tempo et del Disinganno » de Haendel.
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— Tous les repas de famille devraient être réglés par Haendel !
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L'oratorio a été métamorphosé en opéra par Krzysztof Warlikowski en 2016 (les vidéos insérées dans ce billet en sont extraites)Dans la fosse d'orchestre : Le Concert d'Astrée dirigé par Emmanuelle Haïm
Information en guise d’épilogue :
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A la fin de l’oratorio original, la Bellezza du Cardinal Pamphili, ralliant les arguments de Tempo et de Disinganno, décide de confier son destin à Dieu et prend le voile.
Dans la version éminemment moderne de Warlikowski, Beauté finit par céder au désespoir de la jeunesse actuelle. Comme beaucoup de jeunes gens de sa génération elle se laisse étourdir par les ivresses multiformes et les plaisirs à haut risque jusqu’au moment où, assaillie par la mort de son jeune ami à la suite d’une soirée chargée en produits divers, elle ne trouvera aucune autre issue à son mal être que le suicide.
« Dans le vrai rapport de la prière, ce n’est pas Dieu qui entend ce qu’on lui demande, mais celui qui prie, qui continue de prier jusqu’à être lui-même celui qui entend ce que Dieu veut. »
Émile Cioran (1911-1995)
« Il n’y a qu’un remède au désespoir : c’est la prière – la prière qui peut tout, qui peut même créer Dieu… »
in « Cahiers »
Albert-Marie Besnard* (1926-1978)
« Il y a des chants qui, lorsqu’ils se taisent, obligent à écouter un certain silence plus précieux qu’eux-mêmes. »
in « Propos intempestifs sur la prière »
*Directeur des Cahiers Saint-Dominique, prieur du couvent Saint-Dominique à Paris (1973)
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[Le tableau —« L’Occhio Occidentale » — illustrant la vidéo est du peintre italien né en 1977 – Nicola Samori]
« Etta James n’avait qu’à poser sa voix sur une musique pour y imprégner sa marque unique. Une de ces voix puissantes dont le moindre cri ou tremblement n’avait rien d’une prouesse technique, d’un effet recherché : le chant d’Etta James n’était que l’expression d’une vie de souffrance sans cesse surmontée, celui d’une authentique survivante. » Hugo Cassavetti (Télérama – 19/01/2012)
Elle pouvait tout chanter, tout, et bien qu’elle n’eût jamais écrit la moindre parole de ses chansons, on entrait toujours de plain pied dans l’émotion qu’elle voulait nous transmettre… On y entre encore, ô combien ! et de la même manière. Et c’est si bon qu’assurément deux titres c’est vraiment trop peu pour nous combler.
Alors faites comme moi, organisez-vous une soirée Etta James : quelques amis passionnés de musique, une bonne bouteille à partager, cinq ou six coussins moelleux jetés sur la moquette, un bout de canapé pour les moins souples… et surtout une belle pile de CD et de Vinyles. « Enivrez-vous », comme le conseillait Baudelaire, de Jazz, de Soul ou de Blues, à votre guise, mais « Enivrez-vous » de plaisir avec la formidable Etta…!
Attention : dépendance très probable ! D’autres s’y sont fait prendre avant nous : six Grammy Awards et dix-sept Blues Music Awards au cours de sa carrière… A l’évidence, nous ne sommes pas seuls à aimer. Mais qu’importe, on aime !
« Willow weep for me »
Et on aime aussi les fabuleux musiciens qui l’accompagnent dans ce standard du jazz que l’auteure-compositrice Ann Ronell dédia à son idole George Gershwin :
Cedar Walton : Piano et arrangement
Herman Riley : Saxophone Ténor
John Clayton : Bass
Josh Sklair : Guitare
Kraig Kilby : Trombone
Paul Humphrey : Batterie
Ronnie Buttacavoli : Trompette
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Ô Lord ! Why did you send the darkness to me ? And the shadows forever to be ? Where’s the light I’m longing to see ? Love once met me by the old willow tree. Now you’ve gone and left nothing to me – Nothing but a sweet memory.
Willow weep for me Willow weep for me Bend your branches green along the stream that runs to the sea Listen to my plea Hear me willow and weep for me
Gone my lovers dream Lovely summer dream Gone and left me here to weep my tears into the stream Sad as I can be Hear me willow and weep for me
Whisper to the wind and say that love has sinned Let my heart a-breaking, and making a moan Murmur to the night to hide its starry light So none will see me sighing and crying all alone
Weeping willow tree Weep in sympathy Bend your branches down along the ground and cover me When the shadows fall, hear me willow and weep for me
Oh, Weeping willow tree Weep in sympathy Bend your branches down along the ground and cover me When the shadows fall, hear me willow and weep for me
Claude Monet – Saule pleureur 1919 – Colombus Museum of Art (E-U)
Oh ! Seigneur ! Pourquoi m’as-tu jetée dans les ténèbres ? Et pourquoi me retiens-tu dans l’ombre pour toujours ? Où est la lumière ? – J’ai hâte de la voir. Un jour l’amour m’a rejointe près d’un vieux saule. Maintenant tu m’as abandonnée sans rien me laisser. Rien sauf un doux souvenir.
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Saule pleure pour moi !
Saule pleure pour moi !
Plie tes vertes branches le long du ruisseau qui coule vers la mer,
Écoute mon appel,
Entends-moi, saule, et pleure pour moi !
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Partis sont mes rêves d’amoureuse,
Jolis rêves d’été
Partis et m’ayant laissée seule pour verser mes larmes dans le ruisseau.
Je suis si triste,
Entends-moi saule et pleure pour moi !
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Chuchote dans le vent et dis que l’amour a pêché.
Laisse mon cœur brisé à ses gémissements,
Murmure dans la nuit pour cacher sa lumière étoilée,
Pour qu’aucun ne le surprenne seul dans sa peine et sa douleur.
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Saule pleureur
Pleure en sympathie
Plie tes branches jusqu’au sol et recouvre-moi.
Quand les ombres tomberont, entends-moi saule et pleure pour moi !
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Oh, Saule pleureur
Pleure en sympathie
Plie tes branches jusqu’au sol et recouvre moi
Quand les ombres tomberont, entends-moi saule et pleure pour moi !
Elle ne compterait pas les moments où ils ont évoqué leurs lendemains Elle ne chantonnerait pas les paroles quand quelqu’un joue leur chanson Dans les nuits de solitude comme celle-ci, quand elle a besoin d’un ami, Il serait bien le dernier qu’elle appellerait, s’il lui restait un brin de fierté.
Elle ne chercherait pas une place idéale pour exposer sa photo Juste pour caresser son visage et l’imaginer dans ses bras Elle ne serait pas là en ce moment, plantée devant sa maison Prête à ramper sans honte, s’il lui restait un brin de fierté.
Seule une imbécile porterait encore cette bague Et sonnerait à sa porte
Elle ne laisserait pas son cœur s’enrouler autour de son doigt Elle ne s’effondrerait pas quand il ouvre la porte, Comme à chaque fois que leurs regards se sont croisés Ses larmes ne couleraient pas, s’il lui restait un brin de fierté.
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Mais comme nous serions punis si elle n’avait pas « craqué » ce jour-là sur cet air de country du répertoire de John Berry ! Elle, la grande Etta James, légende du blues — mais aussi diva du Soul Jazz, du Rythm & Blues et du Rock and Roll !
Etta James, au tempérament volcanique et à la voix ensorcelante, qui avait répondu à ceux qui prétendaient que le blues est triste :
Certains pensent que le blues est triste, mais ce n’est pas le blues que je chante. Quand je chante le blues, je chante la vie. Ceux qui ne peuvent supporter d’écouter le blues sont des hypocrites.
« If I had any pride left at all ! »
I wouldn’t count the times we talked about tomorrow I wouldn’t sing the lines when some one played our song On lonely nights like this when I need a friend You’d be the last one I’d call, if I had any pride left at all.
I wouldn’t keep a place just to set your picture Reach and touch your face and feel you in my arms I wouldn’t be here now, parked outside your house Not ashamed to crawl, if I had any pride left at all.
Only a fool would still be wearing this ring And ringing your front doorbell
I wouldn’t let my heart stay wrapped around your finger I wouldn’t fall apart when you open the door Like all the other times when your eyes met mine These teardrops wouldn’t fall, if I had any pride left at all.