‘ L’ouvrage des jours ‘

Le beau c’est la splendeur du vrai. (Platon)

Claude Monet – Les Nymphéas

Le 2 juin dernier, Barbara Auzou publiait sur son blog, ‘Lire dit-elle’, cette petite miniature poétique, « L’ouvrage des jours ». Après m’en être délecté une bonne dizaine de fois jusqu’à « m’approprier » ce poème, je finissais par lui adresser ce commentaire tout à la fois badin et sincère :

S’il te plaît, Barbara, dis que ces mots sont de moi ! Plaisanterie ! j’aimerais tellement les avoir écrits… Mais, les dire, ça je le pourrais… Avec ton accord je le ferai sans doute bientôt.

Alors avec son accord (pour le plaisir, une fois de plus)…

Et pourtant, infiniment… il chante !

J’écris des morceaux de piano dans mes moments de loisirs … en fait, le piano ne m’intéresse pas parce qu’il ne peut pas chanter.

Jean Sibélius (1865-1957)

Qui, après avoir écouté l’œuvre de Jean Sibelius pour le piano, pourrait accorder quelque crédit à ce propos tenu par le grand compositeur finlandais lui-même à son élève Bengt von Törne à la fin des années 1930 ? Sans doute était-ce pour lui une manière ironique de donner du grain à moudre à ceux de ses pairs et autres critiques qui voulaient le tenir enfermé dans la composition des grandes pièces orchestrales et de ses symphonies. — Aucun d’eux, bien sûr, ne prenant en considération le plaisir simple pour un compositeur de composer, ni, également, les nécessités alimentaires du Maître auxquelles, très probablement, ses miniatures devaient apporter réponse.

Sibelius n’a jamais écrit contre le grain du clavier … Dans la musique pour piano de Sibelius tout fonctionne, tout chante – mais selon ses propres termes.

Glenn Gould

« Tout chante. » N’en doutons pas ! Et surtout le piano… infiniment !

Les pianistes, et pas les moindres, ont reconnu chez Sibélius, à travers, certes, l’originalité de ses pièces pour piano, sa réelle qualité d’écriture pour l’instrument et sa maîtrise du clavier. — Qu’on se souvienne que son instrument de prédilection était le violon pour lequel il a composé l’un des plus beaux concertos du répertoire.

Et pour écouter le piano du Maestro chanter, par exemple entre les gouttes d’une fontaine que Liszt, jadis, aurait pu contempler, admiratif, depuis une fenêtre de sa chambre des roses à la Villa d’Este, écoutons l’ Impromptu N°5 sous les doigts du très inspiré pianiste norvégien Leif Ove Andsnes.

Voilà qui devrait faire écho, ô combien favorable, à cet autre propos que confia un jour Sibélius à son secrétaire :

Mes pièces pour piano devraient avoir un bel avenir ; qui sait si elles ne pourraient pas être, un jour, aussi recherchées que celles de Schumann ?

Le récent et superbe CD que Leif Ove Andsnes consacre à la musique pour piano de Sibélius n’en constitue-t-il pas un sérieux commencement de preuve ?