Flâner entre le rêve et le poème… Ouvrir la cage aux arpèges… Se noyer dans un mot… S'évaporer dans les ciels d'un tableau… Prendre plaisir ou parfois en souffrir… Sentir et ressentir… Et puis le dire – S'enivrer de beauté pour se forcer à croire !
Pour Paul, pour Léo, et pour Arthur qui attend sur le quai…
Pour ce Paris d’hier qu’ils chantaient à mon goût…
Pour le choix des images et ce très heureux montage…
Pour le souvenir qui me fréquente encore…
Pour le plaisir qui s’accroche, qui s’accroche… !
Âme, te souvient-il, au fond du paradis De le gare d’Auteuil et des trains de jadis T’amenant chaque jour, venus de la Chapelle Jadis déjà, combien pourtant je me rappelle.
Après les premiers mots de bonjour et d’accueil Mon vieux bras dans le tien, nous quittions cet Auteuil Et, sous les arbres pleins d’une gente musique Notre entretien était souvent métaphysique.
Ô tes forts arguments, ta foi du charbonnier, Non sans quelque tendance, ô si franche à nier, Mais si vite quittée au premier pas du doute. Et puis nous rentrions, plus que lents, par la route, Un peu des écoliers, chez moi, chez nous plutôt, Y déjeuner de rien, fumailler vite et tôt Et dépêcher longtemps une vague besogne.
Mon pauvre enfant, ta voix dans le bois de Boulogne.
Paul Verlaine (Amour, 1888 –Lucien Létinois XVIII)
Why he had to go I don’t know he wouldn’t say I said something wrong, now I long for yesterday
Yesterday All my troubles seemed so far away Now it looks as though they’re here to stay Oh, I believe in yesterday
Suddenly I’m not half the girl I used to be There’s a shadow hanging over me Oh, yesterday came suddenly
Why he had to go I don’t know he wouldn’t say I said something wrong, now I long for yesterday
Yesterday Love was such an easy game to play Now I need a place to hide away Oh, I believe in yesterday
Why he had to go I don’t know he wouldn’t say I said something wrong, now I long for yesterday
Yesterday Love was such an easy game to play Now I need a place to hide away Oh, I believe in yesterday
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Too many musicians rush through everything with too many notes. A ballad should be a ballad. It’s important to understand what the song is saying, and learn how to tell the story. It takes time. I can’t rush it. I really can’t rush it.
Shirley Horn
Trop de musiciens se précipitent à travers tout avec trop de notes. Une ballade doit être une ballade. Il est important de comprendre ce que dit la chanson et d'apprendre à raconter l'histoire. Ça prend du temps. Je ne peux pas me précipiter. Je ne peux vraiment pas me précipiter.
Vieillir c’est organiser sa jeunesse au cours des ans.
Paul Eluard – Poésie ininterrompue
Poésie ininterrompue – extrait –
Hier c’est la jeunesse hier c’est la promesse
Pour qu’un seul baiser la retienne Pour que l’entoure le plaisir Comme un été blanc bleu et blanc Pour qu’il lui soit règle d’or pur Pour que sa gorge bouge douce Sous la chaleur tirant la chair Vers une caresse infinie Pour qu’elle soit comme une plaine Nue et visible de partout Pour qu’elle soit comme une pluie Miraculeuse sans nuage Comme une pluie entre deux feux Comme une larme entre deux rires Pour qu’elle soit neige bénie Sous l’aile tiède d’un oiseau Lorsque le sang coule plus vite Dans les veines du vent nouveau Pour que ses paupières ouvertes Approfondissent la lumière Parfum total à son image Pour que sa bouche et le silence Intelligibles se comprennent Pour que ses mains posent leur paume Sur chaque tête qui s’éveille Pour que les lignes de ses mains Se continuent dans d’autres mains Distances à passer le temps
To-morrow, and to-morrow, and to-morrow,
Creeps in this petty pace from day to day,
To the last syllable of recorded time;
And all our yesterdays have lighted fools
The way to dusty death.
William Shakespeare – Macbeth (Acte V – Scène 5)
Demain, et puis demain, et puis demain, Glissent à petits pas d’un jour à l’autre Jusqu’à la dernière syllabe du registre des temps ; Et tous nos hiers n’ont fait qu’éclairer pour des fous La route de la mort poussiéreuse.
Un livre, qu’on le lise ou qu’on l’écrive, doit être soluble dans la vie. On doit pouvoir à chaque page lever les yeux sur le monde ou se pencher sur un souvenir pour vérifier le texte.
Jean Grosjean 1912-2006
(cité par Patrick Kéchichian dans un article du journal Le Monde du 13/04/2006, à l’occasion de la mort du poète.)
La Liseuse, Charles von Steuben – Musée des Beaux Arts, Nantes
ω
Hier
Assis sur mes talons entre les murs je suis livré à la nuit anonyme et je me tais, mais je l’entends m’entendre. Il faut, dis-tu, marcher d’un mur à l’autre.
Rien, des essors d’oiseaux, l’herbe au soleil, l’odeur du sol, l’azur dans l’abreuvoir et l’envol des instants. Hier n’est plus, ne te retourne pas sur un abîme.