Il possédait le seul antidote contre le venin de la vieillesse, il savait lire.
Luis Sepúlveda
Le Vieux qui lisait des romans d’amour
Il possédait le seul antidote contre le venin de la vieillesse, il savait lire.
Luis Sepúlveda
Le Vieux qui lisait des romans d’amour
On a dit avec raison que le but de la musique, c’était l’émotion. Aucun autre art ne réveillera d’une manière aussi sublime le sentiment humain dans les entrailles de l’homme ; aucun autre art ne peindra aux yeux de l’âme, et les splendeurs de la nature, et les délices de la contemplation, et le caractère des peuples, et le tumulte de leurs passions, et les langueurs de leurs souffrances.
George Sand – Consuelo
Mais de tous ces enchantements,
N’y a-t-il rien de plus charmant
Que le sourire de tendresse
D’une âme oubliant sa détresse.
Fiodor Tiouchev
∞
Sergueï RACHMANINOV (1873-1943)
« 12 Romances » – Op.21
N° 7 – « Zdes’ khorosho » (Здесь хорошо)
Poème de Glafira Adol’fovna Galina (1873-1942)
| Zdes’ khorosho… Vzgljani, vdali Ognjom gorit reka; Cvetnym kovrom luga legli, Belejut oblaka. Zdes’ net ljudej… Zdes’ tishina… Zdes’ tol’ko Bog da ja. Cvety, da staraja sosna, Da ty, mechta moja! |
Ici il fait bon vivre… Regarde, au loin La rivière est en feu ; Les prairies sont des tapis de couleurs, Les nuages sont blancs. Ici il n’y a personne… Ici c’est le silence… Ici il n’y a que Dieu et moi, Les fleurs, le vieux pin, Et toi, mon rêve ! |
Ici, c’est bien ! Mais à chacune, à chacun, sa manière de l’exprimer !
Romantique… contemplation mélancolique :
Ilona Domnich accompagnée au piano par Marc Verter
Romantique… langoureux mais non sans passion :
Aida Garifullina · RSO – Wien · Direction : Cornelius Meister
Romantique… l’âme russe jusqu’au bout des doigts :
Irina Lankova – Salle Gaveau – Paris (octobre 2021)
Romantique… l’archet pleure… mais en famille :
Sheku Kanneh-Mason (violoncelle) et Isata Kanneh-Mason (piano)
Y te vas hacia allá como en sueños
Dormida, Alfonsina, vestida de mar*
Paroles de la chanson « Alfonsina y el mar »
*Et tu t’en vas là-bas, comme dans un rêve,
Endormie, Alfonsina, et toute vêtue de mer

Depuis sa création par Mercedes Sosa, en 1969, cette chanson de Ariel Ramirez et Félix Luna, « Alfonsina y el mar », inspirée par le triste destin de la poétesse argentine Alfonsina Storni, nous a charmés et émus à travers bien des interprétations, pourtant très différentes les unes des autres.
En voici une nouvelle, aussi originale qu’inattendue, elle aussi pleine de charme, de poésie et d’émotion… et plus encore. Elle nous est offerte par l’iconique bassiste de jazz, Richard Bona et son complice, le pianiste cubain Alfredo Rodriguez, depuis le Festival de Jazz de Vienne (Isère) en juillet 2021.
Un enchantement, le trait d’humour en plus !
Les très jeunes « Perles d’Orphée », en décembre 2012, avaient consacré un billet à cette douce chanson et à l’histoire de cette « Ophélie » argentine dont le destin tragique inspira la délicate sensibilité des auteur et compositeur :
https://perlesdorphee.wordpress.com/2012/12/14/alfonsina-y-el-mar/
Nous terminions à peine l’une des dernières mini bouteilles du non moins mini réfrigérateur quand, sans se départir de son charmant sourire qui m’aurait fait me damner, Nicki m’annonça qu’elle devait rentrer.
Aux fallacieux arguments qu’elle invoquait – la colère de son père, l’inquiétude de sa sa mère, les soupçons de sa sœur, les cancans des voisins… – je ne trouvais, pour la retenir, qu’un seul argument, bien banal : « Chérie, il fait froid dehors ! »
Et, alors qu’à mon grand désespoir j’étais prêt à abdiquer, je décidais, stratégie ultime, de dire, à mon tour, que je devais partir…
Elle n’a pas voulu que j’attrape froid.
Et comme je m’apprêtais à lui servir un verre de Limoncello, pour mieux encore continuer ce doux tête-à-tête qu’aucun de nous deux, au vrai, ne souhaitait interrompre, je reçus violemment en plein visage le bouchon d’une bouteille de champagne ouverte avec trop d’enthousiasme par un maladroit Père Noël qui s’agitait au milieu d’une publicité télévisée.
Quel réveil !… Quel rêve !
Ma journée avait été épuisante. Cavaler depuis le matin à travers New-York, la veille de Noël, sous la neige, au milieu d’une foule plus affairée que jamais se pressant en tous sens entre les flashs aguicheurs des enseignes, les explosions lumineuses des publicités, et les clignotements incessants des guirlandes enroulées autour des sapins, avait usé mon énergie jusqu’à la corde.
Quel bonheur, lorsque de retour dans le calme de ma luxueuse chambre d’hôtel, à deux pas du Whitney Museum, je me suis jeté dans les bras de la bien accueillante bergère en velours rouge qui n’attendait que mon corps éreinté.
Le temps d’un clic sur la télécommande et déjà d’autres bras m’emportaient…
Vers dix-neuf heures trente, comme je descendais du « yellow cab » qui, après une vingtaine de minutes de trajet, venait de me déposer à Madison, devant le « Shangaï Jazz Restaurant », je perçus les premiers échos de la voix de Nicki Parrot, bassiste de grand talent et chanteuse de jazz à la voix si enjôleuse. Rossano Sportiello l’accompagnait au piano. A l’évidence ma soirée new-yorkaise commençait sous les meilleurs auspices.
A peine avais-je passé la commande de mon dîner chinois que je sentis se poser sur moi un regard doux et gracieux. Nicki, embrassant sa contrebasse, venait d’entonner à mon intention, par quelques scats rythmés « East of the sun, West of the moon », une chanson composée dans les années 1930 par un jeune étudiant de l’Université de Princeton, et devenue depuis un standard du jazz vocal.
D’un coup, la salle s’était vidée. Nicki ne chantait que pour moi. Folle déclaration d’amour, invite au bonheur partagé, loin du monde.
Just you and I, forever and a day
Love will never die because we’ll keep it that way
Up among the stars we’ll find a harmony of life to a lovely tune
East of the sun and west of the moon *
M’étais-je jamais senti aussi léger ?
Incapable de choisir entre les expressions de son regard tant il se partageait entre charme et humour, amabilité et passion, je m’y noyais. Ses paroles coulaient en moi comme le miel le plus doux. Nous embarquions heureux, et en rythme, vers l’Est du soleil, vers l’Ouest de la lune, pour toujours et un jour…
Non sans passer prendre un dernier verre à l’hôtel, dans ma chambre…
* Juste toi et moi pour toujours et un jour. Notre amour ne mourra jamais car c'est ainsi que nous le construisons, cachés dans un chant harmonieux au milieu des étoiles, à l'est du soleil, à l'ouest de la lune.
Le petit garçon qui jette des cailloux dans la rivière et regarde les ronds formés à la surface de l’eau admire en eux une œuvre, qui lui donne à voir ce qui est sien. Ce besoin passe par les manifestations les plus variées et les figures les plus diverses avant d’aboutir à ce mode de production de soi-même dans les choses extérieures tel qu’il se manifeste dans l’œuvre d’art.
Friedrich Hegel – Cours d’esthétique (1818-1829)
When you knew that it was over you were suddenly aware
That the autumn leaves were turning to the color of her hair!
Quand tu as su que c'était fini tu t'es soudain rendu compte
Que les feuilles de l'automne prenaient la couleur de ses cheveux!
Sinne Eeg – The Windmills Of Your Mind
Piano : Jacob Christoffersen
Batterie : Morten Lund
Basse : Morten Ramsbøl
Festival de Jazz d’Orange – 2012
Round like a circle in a spiral, like a wheel within a wheel
Never ending or beginning on an ever-spinning reel
Like a snowball down a mountain, or a carnival balloon
Like a carousel that’s turning running rings around the moon
Like a clock whose hands are sweeping past the minutes of its face
And the world is like an apple whirling silently in space
Like the circles that you find in the windmills of your mind!
Like a tunnel that you follow to a tunnel of its own
Down a hollow to a cavern where the sun has never shone
Like a door that keeps revolving in a half-forgotten dream
Or the ripples from a pebble someone tosses in a stream
Like a clock whose hands are sweeping past the minutes of its face
And the world is like an apple whirling silently in space
Like the circles that you find in the windmills of your mind!
Keys that jingle in your pocket, words that jangle in your head
Why did summer go so quickly, was it something that you said?
Lovers walking along a shore and leave their footprints in the sand
Is the sound of distant drumming just the fingers of your hand?
Pictures hanging in a hallway and the fragment of a song
Half remembered names and faces, but to whom do they belong?
When you knew that it was over you were suddenly aware
That the autumn leaves were turning to the color of her hair!
Like a circle in a spiral, like a wheel within a wheel
Never ending or beginning on an ever-spinning reel
As the images unwind, like the circles that you find
In the windmills of your mind!
Quand vous serez bien vieille, au soir, à la chandelle,
Assise auprès du feu, dévidant et filant,
Direz, chantant mes vers, en vous émerveillant :
Ronsard me célébrait du temps que j’étais belle.
Pierre de Ronsard – Sonnets pour Hélène – 1578
§

When you are old
Quand vous serez vieille et grise et pleine de sommeil,
Et dodelinerez près du feu, prenez ce livre,
Et lisez lentement, et rêvez au regard doux
Qu’avaient jadis vos yeux, et à leur ombre profonde ;
Combien ont aimé vos moments de grâce bienheureuse,
Et aimèrent votre beauté, d’un amour vrai ou feint,
Mais un seul homme a aimé en vous l’âme voyageuse,
Et aimé la tristesse sur votre visage changeant ;
Et inclinée vers la grille rougeoyante,
Murmurez, un peu triste, comment l’amour a fui
Et a enjambé les montagnes au-dessus de nos têtes
Et caché son visage parmi une multitude d’étoiles.
Traduction Pierre Mahé
§
Gretchen Peters, auteure et compositrice américaine de musique « country » et « folk« , est reconnue aux États-Unis comme une référence dans ce style de musique. Les récompenses et les nominations pleuvent depuis son premier album en 1996. Ce n’est évidemment pas sans raison qu’elle a écrit pour Ann Murray, Etta James ou Neil Diamond, entre autres.
C’est justement à l’occasion de son premier disque qu’elle compose et chante une superbe mélodie très inspirée du célèbre poème de Yeats.
En hommage au grand poète irlandais, elle en conserve le titre :
« When you are old ».
Dans le malheur, l’amour devient plus grand et plus noble.
Gabriel Garcia-Marquez
(« L’amour au temps du choléra » – 1985)
May all your storms be weathered
And all that’s good get better *
Shirley Horn – « Here’s to life »
* Puisses-tu surmonter toutes tes tempêtes
Et embellir tous tes bonheurs
En 2011, vision prémonitoire pour le moins, David Mackenzie réalise un film, « PERFECT SENSE », dont le synopsis est le suivant :
Le monde des humains est frappé par une étrange épidémie qui détruit progressivement les cinq sens des personnes atteintes par le virus. Le monde perd ses repères, ses équilibres. Au cœur de cette tragédie un cuisinier, que la pandémie prive d’une large part de son activité, et une brillante infectiologue, aussi engagée que perplexe, tombent amoureux…
Une voix off conduit le récit entre effroi et romantisme jusqu’à une scène finale particulièrement poignante.
Un youtubeur dont je ne connais que la signature, OS. BEND, a eu, il y a peu, la belle idée de réaliser un montage de quelques images du film sur un standard du Jazz vocal, aussi cher à mes oreilles qu’à mon cœur, – qui, précision importante, n’est pas la musique originale du film, composée par Max Richter. Cette judicieuse bande son de substitution c’est « Here’s To Life », de et par Shirley Horn dans la superbe version qu’elle enregistra aux studios Verve en 1992.
Ce talentueux mixage, par l’harmonie qu’il entretient entre les images choisies, la grâce naturelle des deux acteurs, Eva Green et Edward McGregor, qui les enlumine, et la voix magique de Shirley Horn, si simplement romantique, ajoute au souvenir de ce film un très émouvant supplément de poésie.
L’amour, comme un sixième sens que la catastrophe n’atteint pas…
— ¤ —
En vieillissant, je sens que tout s’en va… et j’aime tout plus passionnément. (Émile Zola)
ψ
Jean de La Fontaine
— Je crois qu’on est vieux la première fois…Le rossignol
— Qu’on aime ?Jean de La Fontaine
— Ah ! Non. La première fois qu’on cesse d’aimer.
Sacha Guitry – « Jean de La Fontaine » (1916)
ψ
Ils n’ont plus vingt ans depuis un moment déjà. Chacun chez soi. Seul. Convaincu, chacun, que c’est bien mieux comme ça. Mais avec un zeste de frustration inavouée et des kyrielles de souvenirs capricieux. Avec encore le désir d’aimer. Un autre désir, nouveau certes. Un autre amour, différent, évidemment.
Pourquoi ne se voient-ils plus ? Même pas un texto depuis la dernière fois. Et si avec l’âge l’idée même d’un bonheur partagé devenait effrayante ? Chacun ne peut s’en prendre qu’à lui-même, après tout, il y a deux bouts à une ligne téléphonique.
A propos c’était quand déjà, la dernière fois ? Oh, un bail ! C’était bien pourtant : tant de rêves en commun, tant d’œillades complices, tant de plaisirs échangés, tellement de légèreté sous autant de pudeur. Un étrange retour d’adolescence : le cœur en cavale, le souffle engoncé, l’émotion coincée dans la gorge. Et ce terrible effort pour dompter ce satané feu qui ne demande qu’à embraser les joues. Et les larmes, si proches…
Ils ont passé l’âge, tout de même ! Et pourtant…
∼ Elle : Susan Sarandon
(La Louise de « Thelma et Louise » de Ridley Scott en 1991)
∼ Lui : Danny Glover
(Albert dans « La couleur pourpre » de Spielberg, en 1986)
∼ La musique et la voix : Julia Stone
(… née en 1984 !)
Encore…! Mais Julia Stone chante en français, cette fois-ci :

C’est en copiant qu’on invente. (Paul Valéry)
Tatiana Eva-Marie and the Gotham City Band :
Mike Davis – trompette
…Ricky Alexander – clarinette
……Jim Fryer – trombone
………Jay Lepley – batterie
…………Nick Russo – guitare
……………Terry Waldo – piano (Maître incontesté du Ragtime)
« Take a picture of the moon »
Ω
La mode se démode, le style jamais.(Coco Chanel)
Do you ever get a disappointment
Just because the moon don’t shine
Do you ever sit around and mope
Groan a little bit and give up hope
There’s a way to keep a love appointment
Even though the moon don’t shine
Should yours be a case like this
Try this plan of mine:
Take a picture of the moon above
In May or June
Then you could make love
Morning night or noon
By the light of the same old moon
Take a picture of the moon in high
When it’s inside
Then you could be dry on the rainy night
When you feel like you are to spoon
You have the proper atmosphere
When you’re cuddlin someone
Take up little photograph
You can love and laugh
At the blazing sun
Take a picture of the moon above
In May or June
Then you could make love
Morning night or noon
By the light of the same old moon
Tu donnes des rêves à mes nuits, des chansons à mes matins, des buts à mes jours et des désirs solaires à mes rouges crépuscules. Tu donnes sans fin… Je suis tout ce que tu veux. Et je serai esclave ou roi selon que tu t’irrites ou souris. Mais ce qui me fait exister c’est toi.
Rainer Maria Rilke (« Lettres à Lou Andreas-Salomé »)
Ah ! nos nuits d’amour, Lucienne ! L’union des corps et des cœurs. L’instant, l’instant unique où on ne sait plus si c’est la chair ou si c’est l’âme qui palpite…
Jean Anouilh (« Eurydice »)
∞
Il n’y a jamais que dans la tendre passion des chansons d’amour que les nuits refusent de finir. Quand l’heure vient de les chanter c’est le souvenir et son cortège d’émotions rétrospectives qui nous en soufflent les paroles. La nuit se rappelle alors qu’elle abrite le rêve. Et le rêve, la vie le dévore.
Il n’empêche que la caresse d’un moment de nostalgie amoureuse flatte toujours le frisson.
Imma Cuesta, accompagnée par le guitariste et compositeur Javier Limón, chante « Una de esas noches sin final » ainsi qu’ils l’interprètent dans la bande originale du film « Todos lo saben » (Tout le monde le sait) du talentueux réalisateur iranien Asghar Farhadi, en 2018.
Nous sommes faits d’un étrange mélange d’acides nucléiques et de souvenirs, de rêves et de protéines, de cellules et de mots.
Pr. François Jacob (Prix Nobel de Médecine 1965)
Extrait du discours de réception à l’Académie Française – 1997
∞
Ce n’était pas le meilleur Hitchcock, en effet, mais nous étions si jeunes… Il y a plus de soixante ans (le nombre est moins impressionnant écrit en lettres).
Pouvions-nous résister à la beauté sensuelle de Grace Kelly et au charme élégant de Cary Grant ? L’intrigue était certes bien faible, mais le couple si beau dans le décor de carte postale de la Côte d’Azur des années 1950. Quel adolescent de l’époque ne s’y serait pas laissé prendre ?
Alors si vous rencontrez Alfred, ne lui dites pas qu’on a découvert l’internaute qui, après toutes ces années, a rembobiné le film, choisi quelques plans et refait un montage plaisir-souvenir.
Ne lui dites surtout pas qu’elle a poussé le bouchon jusqu’à mixer une nouvelle bande son de 1970 : Ray Charles et Mary Ann Fisher chantant « Sweet memories » – musique de circonstances, n’est-ce pas ? Un enchantement !
Pour ma part, un vrai régal entre souvenir et rêve… L’effet vieillesse, sans doute !
Après avoir visionné la vidéo en boucle 1392 fois, ou un peu plus peut-être, il était temps que je la partage…
Doux souvenirs
Mon monde est comme une rivière aussi sombre que profonde
Nuit après nuit, le passé s’infiltre et traverse tous mes sommeils
Mes jours ne sont pour moi qu’un flux de vide interminable
Traversés seulement par les éclairs fugaces du souvenir d’elle.
Doux souvenirs !
Doux souvenirs !
Elle s’est encore glissée dans le silence de mes rêves la nuit dernière
Errant de pièce en pièce, elle allume chaque lumière
Son rire coule comme l’eau de la rivière à la mer
Et la tristesse m’emporte alors que je m’accroche à mes souvenirs.
Le jazz est selon moi une expression des idéaux les plus élevés. Par conséquent, il contient de la fraternité. Et je crois qu’avec de la fraternité, il n’y aurait pas de pauvreté, il n’y aurait pas de guerres.
John Coltrane (saxophoniste – 1926-1967)
(Entretien avec Jean Clouzet et Michel Delorme, 1963)
Hé ! Les amis ! Un bœuf chez Emmet, ça vous dit ?
Oui, un « bœuf » quoi ! Une « jam session », si vous préférez : chacun vient avec son instrument, sa voix et son talent et ensemble on fait de la musique. La musique qu’on aime… à condition que ce soit du jazz.
Inutiles vos partitions ! On improvise, on se devine, on se comprend, on joue. Ensemble !
Votre passeport, l’amour de la musique : venez comme vous êtes, soyez qui vous êtes. Votre couleur de peau, et alors ? Vos origines, votre religion, et alors ? Faire le bœuf c’est partager la musique, le plaisir d’être ensemble, la complicité d’un instant, le bonheur d’être, tout simplement.
Faire le bœuf c’est croire avec la naïveté d’un enfant que la vie ensemble, chaque jour, pourrait si facilement être meilleure…
… même quand on a le cœur « bluesy » et… des « cailloux dans son lit » !
« Rocks in my bed »
Emmet Cohen – Piano
Lucy Yeghiazaryan – Voix
Grant Stewart – Saxophone Ténor
Kyle Poole – Batterie
Yasushi Nakamura – Contrebasse
Mon cœur est lourd comme du plomb
Parce que le blues m’a envahie
J’ai des cailloux dans mon lit.
Toutes les personnes que je vois
Pourquoi s’en prennent-elles à moi, pauvre de moi
Et mettent des pierres dans mon lit ?
Toute la nuit je pleure !
Mais comment peut-on dormir
Avec des cailloux plein son lit ?
Il n’y a que deux types de personnes
Que je ne comprends vraiment pas
C’est une femme hypocrite
C’est un homme au visage fermé.
Elle a emmené mon homme
Et je ne vais pas le ramener
Elle est plus fourbe qu’un serpent
Le long des rails sous un wagon.
J’ai des cailloux plein mon lit !
Sous aimé, suralimenté
Mon homme s’en est allé et à sa place
Plein de cailloux dans mon lit.

écrite en 1941
Au plus vite, tuer mes fils et m’éloigner de ce pays…
Allons, ma main, ma misérable main, prends ce poignard, prends !
Médée – Euripide
No sé que tienen las flores, Llorona,
las flores del campo santo ;
que cuando las mueve el viento, Llorona,
parece que están llorando.*
La Llorona (couplet)

Depuis qu’Euripide, au 5ème siècle avant J.C., a fait de cette magicienne, déjà tragique meurtrière de la mythologie grecque, la mère infanticide que l’on sait, Médée, robe et visage empoissés du sang encore chaud de ses fils qu’elle vient d’égorger pour se venger de leur père, Jason, ne cesse de crier sa colère de femme trahie et d’épouse répudiée sur les tréteaux de toute l’Europe.
La condamnant sévèrement ou essayant de comprendre les ressorts de la barbarie de son acte, les auteurs dramatiques, de Sénèque à Michel Azama, en passant par Corneille, Anouilh ou Pasolini, entre autres, ou encore Charpentier et Cherubini (pour l’opéra), ont trouvé en elle une éternelle héroïne.
Ce n’est pas sur les planches, mais le long des rivages abandonnés, la nuit, que son « double » d’Amérique latine – qu’aucune filiation pourtant ne relie au personnage de la mythologie grecque – pleure indéfiniment l’égale sauvagerie de sa propre vengeance :
Après avoir noyé ses enfants dans un moment de folie pour se venger de leur père qui a préféré épouser une femme plus jeune et de la même extraction que lui, une mexicaine, bouleversée par son acte, décide de se noyer à son tour.
La pénitence divine, condamnera son âme à errer chaque nuit, toute de blanc vêtue, sur tous les rivages, en se lamentant sans cesse.
D’où son nom, la « Llorona », la pleureuse. Terrorisant les uns et fascinant les autres…
Certains affirment que ce conte mexicain devenu une chanson est tiré d’une vieille légende aztèque. Le récit, comme il se doit, varie à l’envi selon les régions et les peuples d’Amérique latine. La légende de la « Llorona », devenue en vérité un véritable mythe, demeure iconique pour le peuple mexicain qui répugne à ne lui conférer qu’une connotation négative, partagé dans son imaginaire collectif entre les deux extrêmes de la Vierge et de la prostituée.
Qui s’étonnera que cette chanson contienne de très nombreux couplets que chacun ou chacune choisit selon sa sensibilité ? Tantôt ils parlent d’elle, tantôt c’est elle qui chante à travers ses larmes…
Mon choix du moment (hors l’interprétation d’anthologie de la grande Chavela Vargas) : la version courte et poétique de Carmen Goett
Pauvre de moi, ô Llorona, Llorona,
Llorona en bleu céleste,
Même s’il m’en coûte la vie, ô Llorona,
Je ne cesserai jamais de t’aimer,
*Je ne sais pas ce qu’ont les fleurs, ô Llorona,
Les fleurs du cimetière,
Car quand le vent les agite, ô Llorona,
On dirait qu’elles pleurent,
À un Saint Christ de fer, ô Llorona,
Ma peine, m’en fus lui conter,
Si grande était ma tristesse, ô Llorona,
Que le Saint Christ pleura,
Ne pense pas que parce que je chante, ô Llorona
J’ai le cœur heureux
On chante aussi de douleur, ô Llorona
Quand on ne peut plus pleurer.
Wade in the Water, wade in the water children.
Wade in the Water. God’s gonna trouble the water.
Pataugez dans l’eau, pataugez dans l’eau les enfants !
Pataugez dans l’eau ! Dieu y brouillera vos traces.
Chant de reconnaissance, chant de fraternité, chant de travail aussi pour partager collectivement, au milieu des immenses plantations, courage et patience face aux humiliations et aux sévices infligés par les esclavagistes, chant spirituel également, souvent inspiré du Livre de l'Exode de l'Ancien Testament qui relate, exemple envié à imiter, la fuite du peuple hébreu opprimé par le pharaon, voilà quelques différents aspects du Negro Spiritual au XIXème siècle dans le Sud des États Unis. Mais s'en tenir à cet inventaire serait omettre la fonction secrète du Negro Spiritual en ces temps d'extrême danger pour ces esclaves afro-américains dont le salut était réduit au seul succès de leur fuite vers le nord. Ces chants avaient acquis un rôle de code : par les choix qu'ils exerçaient, par leur manière de les interpréter, les passeurs informaient discrètement, à distance, les fugitifs de l'approche de poursuivants ou leur indiquaient des comportements à adopter pour se protéger dans certaines situations. Ainsi par exemple, quand Harriet Tubman - surnommée "Moïse noir" tant elle a aidé de compagnons, esclaves comme elle, à retrouver la liberté, sans en perdre un seul - entonnait le mythique "Wade in the water" à leur intention sur les routes clandestines c'était pour les exhorter à abandonner les sentiers et continuer leur progression dans le lit des rivières et des ruisseaux où les chiens lâchés à leurs basques perdaient toute trace olfactive de leurs proies humaines. Qui se serait méfié d'une "pauvre esclave noire" chantant au bord du chemin ?

Every great dream begins with a dreamer. Always remember, you have within you the strength, the patience, and the passion to reach for the stars to change the world. –
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