« Ne nie pas le soleil… »

Vladimir Kush (né à Moscou en 1965) - Lever de soleil vu de l'océan
Vladimir Kush (né à Moscou – 1965) – Lever de soleil sur l’océan

N’oublie pas…

N’oublie pas la chanson du soleil, Vassili.
Elle est dans les chemins craquelés de l’été,
dans la paille des meules,
dans le bois sec de ton armoire,
… si tu sais bien l’entendre.
Elle est aussi dans le cœur du criquet.
Vassili, Vassili, parce que tu as froid, ce soir,
Ne nie pas le soleil.

Sabine SICAUD – Les poèmes de Sabine Sicaud (Stock, 1964)

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Quelques mots (peut-être nécessaires ?) sur Sabine Sicaud :

Sabine Sicaud (1913-1928)
Sabine Sicaud (1913-1928)

Cette très jeune poétesse, originaire du Sud-Ouest de la France, morte à quinze ans dans les souffrances d’une grave maladie des os, a laissé deux recueils de poèmes qui, s’ils ne sont pas ré-édités, mériteraient grandement de l’être.

Au delà de l’« espiègle vision de l’univers »* qui transparaît naturellement dans l’œuvre de cette jeune fille, le lecteur ne peut pas ne pas percevoir l’exceptionnelle maturité d’un esprit très tôt construit, lucide, sensible jusqu’à pouvoir exprimer à 15 ans avec simplicité et dans une langue pure, les affres de la douleur et la profonde sagesse qui leur répond. Un juste regard humain et une sensibilité poétique souvent à la mesure de certains vers inoubliables qui peuplent nos anthologies.

Nombreux, et pas des moindres, avec juste raison ont crié au génie. L’un d’eux, Alain Bosquet, écrivait, entre autres éloges à la jeune prodige, 30 ans après le décès de celle-ci, lorsque furent enfin édités ses poèmes : « Sans avoir connu la vie, Sabine Sicaud va mourir. Ses poèmes, illuminés d’une tristesse où tout est à la fois résignation et grandeur, disent un drame haussé au niveau de l’universel. La langue est d’une simplicité qui convient aux œuvres que le temps ne peut entamer : là tout est clair, rigoureux, irremplaçable. » **

Mais, enfin, qu’on veuille bien ne pas faire de comparaison trop hâtive avec une autre jeune prodige éphémère des années 1960, Minou Drouet. Rejoignons en confiance cette édifiante remarque à propos de notre contemporaine, émise par un poète incontestablement épris de beauté : « Pour moi la fraîcheur du délire enfantin a bien vieilli. Lisez plutôt Sabine Sicaud ».***

*Anna de Noailles in la préface du recueil « Poèmes d’enfant » publié en 1926

**Article dans la « Revue de Paris » – 1er trimestre 1959

*** « Une enfant de génie dont nous ne fîmes pas un phénomène » – Article de René Lacôte (1913-1971) paru dans « Les lettres françaises » (04/12/1958)

Le site consacré à Sabine Sicaud : https://www.sabine-sicaud.com/

Cour de récré

Robert Doisneau - La cour de récréation 1956
Robert Doisneau – La cour de récréation 1956

Flashback
Caméra à la fenêtre du bureau de la directrice, au 1er étage de la petite école de mon village.
Plan large, en plongée sur la cour braillarde, pendant la récréation de 10 heures.
Long zoom avant – Plan rapproché sur un couple d’enfants en grande discussion près d’un banc :
– Elle : 7 ans, blondinette gracieuse aux joues roses, fière petite mère coquette dans sa robe de velours rouge.
– Lui : 7 ans… et demi, cheveu noir sur regard clair, un ballon de cuir râpé entre les mains.
Le brouhaha de la cour s’estompe à mesure que le plan se resserre, jusqu’à s’éteindre ou presque. Le perchman est en place ; il n’a pas à lever trop haut les bras pour capter cette importante chamaille entre deux enfants qui essaient de se dire qu’ils s’aiment.

—  Cour de récré – Une – Première ! Clap !

—  Moteur !

Dialogues de René de Obaldia : « Chez moi » in Le livre d’or de la poésie française contemporaine

— Chez moi, dit la petite fille
On élève un éléphant.
Le dimanche son œil brille
Quand papa le peint en blanc.

— Chez moi, dit le petit garçon
On élève une tortue.
Elle chante des chansons
En latin et en laitue.

— Chez moi, dit la petite fille
Notre vaisselle est en or.
Quand on mange des lentilles
On croit manger un trésor. Lire la suite Cour de récré