Combien de masques…?

Masques de théâtre

Combien de masques et de sous-masques portons-nous
Pour voiler l’expression de notre âme, et quand
Par jeu l’âme elle-même tombe le masque
Sait-elle si c’est l’ultime et si elle voit la face indubitable ?
Le vrai masque ne sent pas l’intérieur du masque
Mais regarde au-delà avec deux yeux masqués.
Quelle que soit la conscience qui amorce le jeu
Son exercice condamne à l’insomnie.
Pareilles à l’enfant effrayé de son image en miroir
Nos âmes, qui sont des enfants livrés à la distraction,
Attribuent à d’autres leurs propres grimaces
Et créent tout un monde en oubliant qu’ils le suscitent ;
…..Et lorsqu’une pensée tente de faire tomber le masque de notre âme
…..C’est encore masquée qu’elle s’efforce de démasquer.

Fernando PessoaFernando Pessoa
Poèmes anglais / 35 sonnetsVIII – Éditions Points
(édition bilingue – traduction Georges Thinès)

Version originale du poème en fin de billet

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Et lui, ce masque de terre, de fer, ou de sel, infiniment différent, infiniment renouvelé, dont j’habille mon visage au gré des circonstances et des lieus, masque-t-il, aussi, réellement mon âme ? Effraie-t-il mon reflet puéril dans ce miroir ? Aurais-je la naïveté de le croire ? Que sais-je, en vérité, des mystères de son langage ?

Le poète, déjà, me souffle ma réponse :

Masque ou décor salut !  J’adore ta beauté.  (Baudelaire)

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Version originale du poème

How many masks wear we, and undermasks,
Upon our countenance of soul, and when,
If for self-sport the soul itself unmasks,
Knows it the last mask off and the face plain?
The true mask feels no inside to the mask
But looks out of the mask by co-masked eyes.
Whatever consciousness begins the task
The task’s accepted use to sleepness ties.
Like a child frighted by its mirrored faces,
Our souls, that children are, being thought-losing,
Foists otherness upon their seen grimaces
And get the whole world on their forgot causing;
…..And, when a thought would unmask our soul’s masking,
…..Itself goes not unmasked to the unmasking.

Cour de récré

Robert Doisneau - La cour de récréation 1956
Robert Doisneau – La cour de récréation 1956

Flashback
Caméra à la fenêtre du bureau de la directrice, au 1er étage de la petite école de mon village.
Plan large, en plongée sur la cour braillarde, pendant la récréation de 10 heures.
Long zoom avant – Plan rapproché sur un couple d’enfants en grande discussion près d’un banc :
– Elle : 7 ans, blondinette gracieuse aux joues roses, fière petite mère coquette dans sa robe de velours rouge.
– Lui : 7 ans… et demi, cheveu noir sur regard clair, un ballon de cuir râpé entre les mains.
Le brouhaha de la cour s’estompe à mesure que le plan se resserre, jusqu’à s’éteindre ou presque. Le perchman est en place ; il n’a pas à lever trop haut les bras pour capter cette importante chamaille entre deux enfants qui essaient de se dire qu’ils s’aiment.

—  Cour de récré – Une – Première ! Clap !

—  Moteur !

Dialogues de René de Obaldia : « Chez moi » in Le livre d’or de la poésie française contemporaine

— Chez moi, dit la petite fille
On élève un éléphant.
Le dimanche son œil brille
Quand papa le peint en blanc.

— Chez moi, dit le petit garçon
On élève une tortue.
Elle chante des chansons
En latin et en laitue.

— Chez moi, dit la petite fille
Notre vaisselle est en or.
Quand on mange des lentilles
On croit manger un trésor. Continuer la lecture de Cour de récré