Flâner entre le rêve et le poème… Ouvrir la cage aux arpèges… Se noyer dans un mot… S'évaporer dans les ciels d'un tableau… Prendre plaisir ou parfois en souffrir… Sentir et ressentir… Et puis le dire – S'enivrer de beauté pour se forcer à croire !
– Pour une magnifique chanson – ‘September morn’ – sortie en 1979, fruit d’une collaboration musicale entre Neil Diamond et Gilbert Bécaud.
– Pour le scénario très romantique que développent les paroles anglaises de Neil Diamond, évoquant les retrouvailles d’un couple un beau jour de septembre…
– Pour la conjonction magique de cette rencontre sentimentale avec les superbes images de New-York un matin d’automne.
– Pour l’émotion simple de l’instant.
Neil Diamond chante ‘September morn’
Stay for just a while Stay and let me look at you It's been so long, I hardly knew you Standing in the door
Stay with me a while I only wanna talk to you We've traveled halfway 'round the world To find ourselves again
September morn We danced until the night Became a brand new day Two lovers playing scenes From some romantic play September morning Still can make me feel that way
Look at what you've done Why, you've become a grown-up girl I still can hear you crying In a corner of your room And look how far we've come So far from where we used to be But not so far that we've forgotten How it was before
September morn Do you remember How we danced that night away Two lovers playing scenes From some romantic play September morning Still can make me feel that way September morn
We danced until the night Became a brand new day Two lovers playing scenes From some romantic play September morning Still can make me feel that way September morn We danced until the night
Became a brand new day Two lovers playing scenes From some romantic play September morning Still can make me feel that way September morning Still can make me feel that way
...
Reste encore un peu Reste et laisse-moi te regarder Ça fait si longtemps, je te reconnais à peine Debout dans l'embrasure de la porte
Reste avec moi encore un peu Je veux juste te parler Nous avons parcouru la moitié du globe Pour nous retrouver
Un matin de septembre Nous avons dansé jusqu'à ce que la nuit Fasse place à un nouveau jour Deux amants jouant des scènes Tirées d'une pièce romantique Un matin de septembre Peut encore me faire ressentir cela...
∑
Gilbert Bécaud a adapté la chanson en français avec l’aide du parolier Maurice Vidalin. La version française, ‘C’est en septembre’, publiée dans l’album éponyme de 1978, prend un sens différent, plus personnel et nostalgique. Gilbert Bécaud choisit d’y rendre hommage à sa Provence chérie retrouvant sa vraie nature après le départ des touristes envahisseurs.
Si la littérature s’éloigne du mal, elle devient vite ennuyeuse.
Georges Bataille (entretien télévisé en 1958)
Ennuyeuse certes la littérature – entendue dans son sens élargi englobant aussi le théâtre, le cinéma ou l’opéra – quand le mal n’y prend pas sa place. Parce que le mal nous paraissant plus profond que le bien, notre intérêt pour une œuvre qui s’en éloignerait n’y trouverait sans doute pas son compte. Mais ennuyeuse également une telle œuvre qui s’affranchissant de la dimension néfaste représentée par l’antihéros, priverait les Narcisses que nous sommes de son effet miroir. – Pour nous retenir une œuvre ne doit-elle pas nous parler de nous ? Le héros du mal reflète nos contradictions, nos pulsions refoulées, nos dilemmes moraux. De simple antagoniste il devient personnage à part entière, souvent plus humain que le « bon », sa victime naturelle.
Giuseppe Verdi 1813-1901
Richard Wagn1813-1883
C’est peut-être sur les scènes d’opéra que le mal, porté par la majesté de l’orchestre et magnifié par la grandeur des voix qui le servent, atteint à l’apogée de sa beauté. Là, la perfidie cruelle d’un Iago nous devient presque sympathique et la trahison assassine d’un Hagen pourrait bien nous rallier à son injuste cause.
IAGO
Sous le masque trompeur de l’honnêteté et du dévouement Iago ne cherche qu’à se venger d’Othello en semant doute et jalousie qui conduiront au crime. Si à l’acte premier Shakespeare lui fait avouer ses intentions pernicieuses – « Je le sers pour servir ma cause à ses dépens » – , Verdi dans son opéra éponyme le fera chanter cette horrible confidence : Credo in un Dio crudel / che m’ha creato simile a sè, / e che nell’ira io nomo. (Je crois en un Dieu cruel / qui m’a créé à son image / et que dans la haine je nomme.)
Dmitri Hvorostovsky (basse) « Otello » (opéra de Giuseppe Verdi) « Credo in un Dio crudel »
Vanne! la tua meta già vedo. Ti spinge il tuo dimone e il tuo dimon son io, e me trascina il mio, nel quale io credo inesorato Iddio:
Credo in un Dio crudel che m’ha creato simile a sè, e che nell’ira io nomo. Dalla viltà d’un germe o d’un atòmo vile son nato. Son scellerato perchè son uomo, e sento il fango originario in me. Sì! quest’è la mia fè! Credo con fermo cuor, siccome crede la vedovella al tempio, che il mal ch’io penso che da me procede per mio destino adempio. Credo che il giusto è un istrion beffardo e nel viso e nel cuor; che tutto è in lui bugiardo, lagrima, bacio, sguardo, sacrificio ed onor. E credo l’uom gioco d’iniqua sorte dal germe della culla al verme dell’avel. Vien dopo tanta irrision la Morte. E poi?… e poi? La Morte è il Nulla, è vecchia fola il Ciel.
Vas-y. Je vois déjà ta perte. Ton démon te pousse et je suis ton démon, et le mien m’entraîne, en lequel je crois, Dieu inexorable.
Je crois en un Dieu cruel qui m’a créé à son image et que dans la haine je nomme. D’un germe vil ou d’un atome, vil je suis né. Je suis scélérat parce que je suis homme, et je sens en moi la fange originelle. Oui ! Telle est ma foi ; je crois d’un cœur ferme, autant que la petite veuve au temple, que le mal que je pense et qui de moi procède, il est mon destin que je l’accomplisse. Je crois que le juste est un pasquin ; je crois que sur le visage et dans le cœur, tout en lui est masque, larmes, baisers, œillades, sacrifice et honneur. Et je crois l’homme jouet du sort inique, du germe du berceau au ver du tombeau. Après une telle dérision vient la mort. Et ensuite ?…ensuite ?… La mort est le néant, et le ciel une vieille fable.
∑
HAGEN
Hagen, fils d’Alberich, ce Nibelung qui a volé l’Anneau, a hérité de cette obsession du pouvoir et d’un profond ressentiment envers les dieux. Contrairement à Iago, il est programmé pour trahir. Dans la mythologie wagnérienne il incarne la fatalité du mal. Sa trahison est monumentale : il manipule les Gibichungs, trompe Brünnhilde, et assassine Siegfried. Il est l’instrument de la chute des héros et des dieux.
Le voici, au deuxième acte du « Götterdämmerung » (‘Le Crépuscule des Dieux’) dernier drame de la Tétralogie de Richatd Wagner, assis seul sur les marches du palais royal prétendant, pour rester à l’écart, monter la garde. En réalité, mu par son inextinguible soif de pouvoir il élabore en secret un plan perfide pour berner Siegfried, et voler, comme son père jadis, l’anneau magique des Niebelungen. Un chant sombre et puissant, comme venu des entrailles maléfiques de la terre, accompagné par une musique grave, menaçante. Impressionnant !
Ain Anger (basse) « Hier sitz’ ich zur Wacht » (Je reste à mon poste de guet) Extrait du Götterdämmerung de Richard Wagner
Hier sitz’ ich zur Wacht, wahre den Hof, wehre die Halle dem Feind. Gibichs Sohne wehet der Wind, auf Werben fährt er dahin. lhm führt das Steuer ein starker Held, Gefahr ihm will er bestehn: Die eigne Braut ihm bringt er zum Rhein; mir aber bringt er – den Ring! Ihr freien Söhne, frohe Gesellen, segelt nur lustig dahin! Dünkt er euch niedrig, ihr dient ihm doch, des Niblungen Sohn.
…
Je reste à mon guet, garde du fief, pour écarter l’ennemi. Fils de Gibich, bon est le vent qui mène à l’épouse, l’époux ! Il tient la barre, le fort héros pour toi s’offrant au péril. Sa propre femme il va te livrer. Moi, j’attends de lui l’anneau ! Allez, fils libres, têtes légères, faites donc voile gaîment ! Qu’on me méprise; on va servir du Niblung le fils !
Même au fond du Tartare, au séjour des supplices, Le luth a suspendu le cours de la justice : Cerbère au triple mufle a cessé d’aboyer *
Sylvius Leopold Weiss
1687 – 1750
Chaconne en Sol mineur
Klaudyna Żołnierek (luth baroque)
Le malheureux Orphée, en sa douleur cruelle, Cherche les lieux déserts, et sur son luth fidèle, Eurydice, c’est toi, toi seule, ses amours, Qu’il veut chanter, de l’aube à la chute du jour. *
Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles !
Voltaire – Candide – (Pangloss)
Si l’on cherchait un hymne aux temps heureux que nous vivons, aussi beau que judicieux et représentatif des réalités du moment, aucun choix ne conviendrait mieux que la splendide aria extraite de la cantate profane de Jean-Sébastien Bach, BWV 208 « Was mir behagt, ist nur die muntre Jagd » (Mon seul plaisir est la joie de la chasse).
Merci à tous les sages qui gouvernent le monde !
Ellen McAteer (soprano)
Schafe können sicher weiden Wo ein guter Hirte wacht.
Wo Regenten wohl regieren Kann man Ruh’ und Friede spüren Und was Länder glücklich macht.
∼
Les moutons peuvent paître en toute sécurité là où un bon berger veille sur eux.
Là où les souverains gouvernent avec sagesse, on peut goûter paix et tranquillité, et c’est ce qui rend un pays heureux.
Les insectes sont nés du soleil qui les nourrit. Ils sont les baisers du soleil, comme ma dixième sonate qui est une sonate d’insectes. Le monde nous apparaît comme une entité quand nous considérons les choses de cette façon.
Alexandre Scriabine (Lettre à Sabaneïev – 1913)
Vingt billets plus tard, consacrés à la fascination que le monde des insectes a exercée et exerce encore sur les musiciens, force est de constater que le sujet, et les références qui l’illustrent, sont loin d’avoir atteint leurs limites. Auraient naturellement trouvé leur place sur ces pages « Le grillon » de Ravel adossé à un texte de Jules Renard, celui, sautillant, de Georges Bizet, sur un poème de Lamartine, ceux, romantiques, réfugiés dans le piano de Alan Hovaness et dans le chant desquels s’évanouit une chanson d’amour, « La mouche », qui écrit son journal tragique sur le clavier du piano de Bartók, « Le frelon brun » (Brown Hornet) tournoyant, ivre de jazz , autour de la trompette emblématique de Miles Davis, ou encore, très proche de nous, le défilé vivant et coloré des insectes de toutes sortes qui paradent entre les instruments à vents de l’orchestre d’harmonie réuni autour de la partition « The bugs » (les insectes) du compositeur américain Roger Cichy, pour ne citer que ces absents-là…
Mais, la saison bénie du soleil arrivant à son terme et le danger que le plaisir devienne obsession menaçant, il fallait trouver une conclusion, fût-elle temporaire et symbolique, à cet amusant inventaire entomo-musicologique que chacun pourra poursuivre à sa guise.
Pour la circonstance une œuvre s’est imposée :
Alexandre Scriabine 1872-1915
« Sonate des insectes ».
Année 1913
Œuvre fascinante et énigmatique que compose Scriabine dans les dernières années de sa vie. Cette sonate en un seul mouvement que le compositeur a lui-même baptisée « Sonate des insectes », écrite selon le schéma traditionnel (exposition – développement – récapitulation) incarne une vision mystique de la nature, où les insectes deviennent des entités lumineuses, nées d’un lien quasi divin avec le soleil.
Pour représenter cette harmonie mystique et extatique, Scriabine assoit sa sonate pour piano sur une texture très dense, riche en harmonies complexes et dissonantes. L’utilisation omniprésente du trille confère à cette pièce au caractère unique une représentativité sonore mimétique avec les froissements, crissements, frôlements et autres stridulations et sautillements du monde mystérieux des insectes.
Une délicieuse expérience sensorielle entre nature et spiritualité.
Alexandre Scriabine 1872-1915 Sonate pour piano N°10 – Op. 70 « Sonate des insectes » Yuja Wang (piano)
Peu de risque, dans l’intimité des salons de musique, de se faire mordre par une tarentule, et partant, d’y surprendre quelques danseurs aux pieds nus sautillant jusqu’à la transe. Cela ne signifie nullement pourtant que la Tarentelle n’aura pas trouvé sa place dans l’atmosphère feutrée des lieux ni qu’elle y aura perdu son entrain et sa bonne humeur, en abandonnant un peu de sa mythologie.
Tarentelle à la chambre
William Henry Squire 1871-1963 « Tarantella » Op. 23 Susanne Beer (violoncelle) Frederic Bager (piano)
∑
Camille Saint-Saëns 1835-1921 « Tarentelle en La mineur » Op. 6 Pour flûte, clarinette et piano Trio Dobona
∑
David Popper 1843-1913 « Tarantella » Amit Peled violoncelle) Noreen Polera (piano)
* * *
À quoi la musique fait appel en nous, il est difficile de le savoir. Ce qui est certain, c’est qu’elle touche une zone si profonde que la folie elle-même n’y saurait pénétrer.
La musique, les rythmes, la danse et ses sources multiples, la légende, tout dans la tarentelle des villages était fait pour séduire les compositeurs et chorégraphes. Ils ne tarderont pas à l’intégrer dans leurs créations. Et voilà que, grâce à Tchaïkovski, Rossini, Chopin, Balanchine, entre autres, cette joyeuse exultation populaire va conquérir les scènes des grands théâtres, pour le bonheur de tous :
Tarentelle en scène
George Balanchine 1904-1983 (chorégraphie) « Tarantella » Musique de Louis Mauro Gottschalk 1829-1869 Maia Makhateli & Remi Wortmeyer (danseurs)
∑
Vladimir Vassiliev18 avril 1940 (chorégraphie) « Tarentelle » du Ballet « Anyuta » (1982) Musique de Valeri Gavrilin 1939-1999 Amanda Gomes (danseuse)
« Anyuta » est un ballet en deux actes d’abord créé pour la télévision soviétique en 1982 avant d’être adapté pour la scène. L’œuvre est une fusion réussie de la danse classique et d’une narration théâtrale émouvante, inspirée d’une nouvelle de Tchekhov, « Anne au cou ».
∑
Gioacchino Rossini 1792-1868 « La Danza » Joyce Di Donato (soprano) Antonio Pappano (piano)
Rossini écrit cette pièce en 1835 sur des paroles du librettiste Carlo Pepoli, pour un cycle de mélodies inspirées de thèmes folkloriques, « Soirées musicales ». Les transcriptions pour orchestre d’abord, pour piano seul par Franz Liszt ensuite, et l’intégration de l’œuvre par Ottorino Respighi dans un de ses ballets provoquent l’immense succès de « La Danza », qui ne s’arrêtera pas avec le temps – en témoigne notre cinéma.
Già la Luna è in mezzo al mare, Mamma mia si salterà: L’ora è bella per danzare; Chi è in amor non mancherà!
Presto in danza a tondo a tondo… Donne mie venite quà: Un garzon bello e giocondo A ciascuna toccherà.
Fin che in ciel brilla una stella, E la luna splenderà; Il più bel con la più bella Tutta notte danzerà.
Mamma mia, mamma mia, già la luna è in mezzo al mare, mamma mia, mamma mia, mamma mia si salterà. Frinche frinche frinche frinche mamma mia, si salterà, La la ra la ra…
Salta, salta, gira, gira, Ogni coppia a cerchio va, Già s’avvanza, si ritira, E all’ assalto tornerà.
Serra, serra colla bionda, Colla bruna va quà e là, Colla rossa va a seconda, Colla smorta fermo sta.
Viva il Ballo a tondo, a tondo Sono un Rè, sono un Bascià, È il più bel piacer del mondo, La più cara voluttà!
Mamma mia, mamma mia, già la luna è in mezzo al mare, mamma mia, mamma mia, mamma mia si salterà. Frinche frinche frinche frinche mamma mia, si salterà, La la ra la ra…
Déjà la lune est sur la mer, Mamma mia, on sautera ! L’heure est belle pour danser, qui est amoureux n’y manquera.
Vite dansons en rond, en rond, Toutes mes femmes venez là, Un garçon beau et joyeux Pour chacune il y aura,
Tant qu’au ciel brille une étoile Et que la lune resplendira. Le plus beau avec la plus belle Toute la nuit dansera.
Mamma mia, mamma mia, Déjà la lune est sur la mer, Mamma mia, mamma mia, Mamma mia, on sautera. Frinche, frinche, frinche, Mamma mia, on sautera. La ! la ra la ra
Saute, saute, vire, vire, Chaque couple en cercle va, Il s’avance et il recule Et à l’assaut retournera.
Vite, vite, avec la blonde, Avec la brune va çà et là Avec la rousse va une seconde, Avec la pâle arrête-toi.
Vive le bal en rond en rond, Je suis un Roi, je suis un Pacha, C’est le plus beau plaisir du monde La plus chère volupté.
Mamma mia, mamma mia, Déjà la lune est sur la mer, Mamma mia, mamma mia, Mamma mia, on sautera. Frinche, frinche, frinche, Mamma mia, on sautera. La ! la ra la ra
Une injonction vitale née d’une d’une croyance populaire ancrée dans la peur. Au Moyen Âge, dans la région des Pouilles en Italie, les paysans pensaient que la morsure de l’araignée tarentule (Lycosa tarentula) provoquait une maladie, le tarentisme. Ses symptômes : prostration, anxiété, douleurs et convulsions, capables de provoquer la mort. La seule manière d’en guérir, selon la tradition, était de se livrer à une danse frénétique jusqu’à l’épuisement total. Mais encore fallait-il, selon la légende, pour que cesse l’effet du venin, que la danse plût à la grosse bête.
La Tarentelle était née. Et pour accompagner cette frénésie de piétinements et de soubresauts destinés à mimer jusqu’à la transe les mouvements désordonnés de l’araignée, la musique. Indispensable musique et son rythme effréné porté par les tambourins, accordéons, guitares, fifres et autres mandolines.
L’effrayante tarentule trouvait ainsi sa voie royale vers la postérité, la grande porte de la musique. Avec le temps, les tarentelles populaires et campagnardes, perdant leur intention mystique originelle, deviendront musiques de fêtes, ballades sentimentales, parfois mélancoliques, sur des rythmes moins endiablés. Cette danse entrainante, avec toutes ses variantes régionales, devenue l’expression de l’identité culturelle du sud de l’Italie, ne tardera pas à inspirer les compositeurs classiques – et chorégraphes – qui transporteront cette musique joviale et gaillarde des places de villages jusqu’aux salons huppés et aux scènes prestigieuses.
Tarentelle au village
– Tarentelles populaires –
Quelques exemples…
« Pizzica di San Vito dei Normanni » Vincenzo Capezzuto (voix) Anna Dego (danse) Ensemble L’Arpeggiata – Christina Pluhar
Jusqu’à la transe…
∑
« Pizzica di Aradeo » Claudia De Siato (voix) Marta Grazia (danse) Ensemble Terra Taranta
Dansez tous, dansez fort, car la tarentule est vivante, bien vivante.
Si c'est une tarentule, laissez-la danser, mais si c'est la mélancolie, chassez-la.
Où t'a-t-elle piqué pour que tu ne te sentes pas bien ? Tout au creux de la poitrine, prends la rose, porte-la sur ton cœur, au milieu du creux du cœur.
Si tu vois que ton pied bouge, c'est le signe qu'il veut danser.
∑
« Tarantella del Gargano » Lina Sastri Teatro Bellini di Napoli – 2012
Une forme moins agitée de Tarentelle, plus mélodique et poétique. Pièce emblématique du répertoire populaire. Ses paroles en dialecte local, racontent une histoire d’amour courtoise et passionnée. C’est un dialogue entre un homme qui exprime son amour et sa souffrance, et la femme qui lui répond. La musique cherche à créer une atmosphère à la fois joyeuse et mélancolique, oscillant entre l’ardeur du désir et la tristesse de l’éloignement.
Athanasius Kircher, un jésuite allemand du XVIIème siècle, est une figure importante et fascinante dans l’histoire du tarentisme et de la tarentelle. Bien qu’il n’ait pas directement assisté aux rituels de guérison, son travail a joué un rôle crucial dans la diffusion de la connaissance sur ce phénomène en Europe. Il a lui-même composé quelques tarentelles à partir des récits qu’il a recueillis durant ses séjours à Rome.
***
Qu’on me laisse rêver qu’une immense armée de tarentules s’abattra sur le monde rugueux et irascible pour que toutes les places de tous ses villages s’animent enfin aussi joyeusement !
N’oublie jamais l’enfant aux racines gorgées des sucs mystérieux des pavots de la nuit, déchiré par la peur de quitter son domaine, n’oublie jamais l’enfant, visage de ma peine.
Car il est tant de voix sous la soie de ma gorge, tant d’oiseaux, de vautours, de pies et de mésanges que je ne sais jamais si le champ que je forge m’est dicté par le fer, le feu ou le silence.
Pourtant mes fleurs voraces font patte de velours aux inconnus qui passent, des larmes dans les yeux. Pouvais-je me donner alors à un amour qui n’aurait frissonné que sous mes mains humaines ?
Ma petite clé d’or, mon pain, ma glace bleue, col de cygne, tête vide, épuisant Sahara, je veux faire de toi une étonnante vigne où je pourrais cueillir ton âme grain à grain.
Amour, entends pleurer sur toi les fruits mortels d’un désarroi plus grand encore d’être sans cause. Je n’ai plus rien à dire. Mes plaies crient sous le sel. Les questions sont pour l’homme, les ciseaux pour les roses.
Je suis un minuscule parasite suceur de sang, à peine visible entre les poils de votre gros chat ou dans les joints d’un parquet. Malgré ma solide réputation de sauteur – je peux sauter jusqu’à 150 fois ma taille – on utilise souvent mon image pour souligner la petitesse ou l’insignifiance, voire pour se moquer. Rien chez moi, au demeurant, qui pût me laisser espérer faire carrière en poésie, au théâtre ou même inspirer une chanson. Difficile, n’est-ce pas, de rivaliser avec le fier papillon ?
Et pourtant, moi, la puce :
J’ai inspiré un poète de la Renaissance, Jean Antoine de Baïf. Il a écrit une ode, coquine certes, dans laquelle un séducteur prétend que je me suis réfugiée dans son oreille et que rien n’apaise les effets désagréables de ma morsure… sauf, peut-être, la caresse de sa belle amie.
Mais, ce n’est pas tout, deux compositeurs du temps, et pas des moindres, le franco-flamand Roland de Lassus (Orlando di Lasso) et le français Claude Le Jeune, m’ont gratifiée, l’un et l’autre, d’une mise en musique de ce poème.
« Une puce j’ay dedans l’oreille »
Claude Le Jeune (1528-1600)
Une puce j’ai dedans l’oreille, hélas Qui de nuit et de jour me frétille et me mord Et me fait devenir fou.
Nul remède n’y puis donner, je cours de là, Retire-la moi je t’en prie. O toute belle, secoure-moi.
Quand mes yeux je pense livrer au sommeil Elle vient me piquer, me démange et me poind, et me garde de dormir. Nul remède…
D’une vielle charmeresse aidé je suis Qui guérit tout le monde, et de tout guérissant ne m’a su me guérir moi. Nul remède…
Bien je sais que seule peut guérir ce mal Je te prie de me voir de bon œil et vouloir m’amollir ta cruauté. Nul remède…
Roland de Lassus (1532-1594)
∑
Au XVIIIème siècle aussi la musique m’a offert une heure de gloire : Joseph Bodin de Boismortier a composé une petite pièce de clavecin pour me faire allègrement sauter sur le clavier. Comme ça :
Joseph Bodin de Boismortier 1689-1755 Pièce en rondeau – « La Puce » Gustav Leonhardt (clavecin)
∑
Et – il faudra bien me croire -, le grand Goethe, oui ! Johann Wolfgang von Goethe lui-même, m’a convoquée, moi, la puce, au beau milieu de son Faust pour que j’illustre, non sans humour et sarcasme, à travers le propos de Méphistophélès, le ridicule de la vanité humaine et des extravagances du pouvoir.
Ce « Flohlied », cette « Chanson de la puce », dans laquelle on me pare avec bouffonnerie des habits de courtisan et de ministre, aura inspiré Beethoven, Berlioz, Wagner, Moussorgski, Busoni et peut-être d’autres compositeurs encore. Seul Gounod aura préféré confier à un veau l’absurdité de la situation. Les mauvaises langues diront que le rôle est peu flatteur, certes, mais une puce pour servir le diable, quel honneur !
Outre Beethoven (Flohlied op. 75 no 3), Wagner (Es war einmal ein König) la fait sautiller par des lignes en zigzags qui se retrouvent chez un Moussorgski privilégiant l’élément grotesque, tandis que Busoni mise sur un effet circulaire et une accélération du rythme. A l’orchestre, Berlioz joue de brusques ‘double forte‘ (effet de piqûre là encore), d’accents appuyés, de cordes mordantes, de pizzicatos…
François Laurent (dans un article de Diapason – janvier 2023)
Ludwig van Beethoven 1770-1827 « Flohlied » Op.75 N°3 Matias Bocchio (baryton) Susanna Klovsky (piano)
Es war einmal ein König, Der hatt' einen großen Floh, Den liebt' er gar nicht wenig, Als wie seinen eig'nen Sohn. Da rief er seinen Schneider, Der Schneider kam heran; "Da, miß dem Junker Kleider Und miß ihm Hosen an!"
In Sammet und in Seide War er nun angetan, Hatte Bänder auf dem Kleide, Hatt' auch ein Kreuz daran, Und war sogleich Minister, Und hatt einen großen Stern. Da wurden seine Geschwister Bei Hof auch große Herrn.
Und Herrn und Frau'n am Hofe, Die waren sehr geplagt, Die Königin und die Zofe Gestochen und genagt, Und durften sie nicht knicken, Und weg sie jucken nicht. Wir knicken und ersticken Doch gleich, wenn einer sticht.
......
Il était une fois un roi qui avait une grande puce, il l'aimait autant que son fils. Un jour il fit venir un tailleur: "Taille des vêtements à ce gentilhomme, prends ses mesures pour un pantalon!"
La puce était vêtue de velours et de soie et portait des rubans et une croix. Elle fut aussitôt nommée ministre et ses frères et sœurs devinrent grands seigneurs.
Et les hommes et les dames de la cour étaient importunés ; la reine et sa servante se faisaient piquer et ronger. Et nous n'avions le droit ni de l'écraser ni de nous gratter, alors qu'en général on écrase l'insecte dès qu'il nous pique.
∑
Hector Berlioz 1803-1869 «Chanson de la puce »(« La Damnation de Faust ») Gabriel Bacquier (baryton) Orchestre National de l’ORTF Jacques Houtmann (direction)
Une puce gentille Chez un prince logeait. Comme sa propre fille, Le brave homme l'aimait, Et, l'histoire assure, À son tailleur un jour Lui fit prendre mesure Pour un habit de cour. L'insecte, plein de joie Dès qu'il se vit paré D'or, de velours, de soie, Et de croix décoré. Fit venir de province Ses frères et ses sœurs Qui, par ordre du prince, Devinrent grands seigneurs. Mais ce qui fut bien pire, C'est que les gens de cour, Sans en oser rien dire, Se grattaient tout le jour. Cruelle politique ! Ah! plaignons leur destin, Et, dès qu'une nous pique, Ecrasons-la soudain !
∑
Et toujours sur le même texte de Goethe :
Richard Wagner 1839-1881 «Chanson de la puce »(in « Sept pièces pour le Faust de Goethe ») Peter Schöne (baryton) Tobias Koch (piano)
∑
Modeste Moussorgski 1839-1881 «Chanson de la puce »(puce en russe = « Blokha ») Evgueni Nesterenko (basse) Vladimir Krainev (piano)
∑
Ferruccio Busoni 1866-1924 «Chanson de la puce » Dietrich Fischer-Dieskau (baryton) Jörg Demus (piano)
Dans notre France en bascule entre XIXème et XXème siècles, les courants musicaux passent et se métamorphosent, les sensibilités mutent, l’esthétique des formes se renouvelle, se modernise. Demeurent les thématiques et les symboles : Amour, Beauté, Mort. Ne les dit-on pas éternels ? Nul donc ne s’étonnerait de retrouver encore, insouciant philosophe, notre papillon virevoltant autour du piano de Debussy ou butinant un Si bémol sur une portée de Gabriel Fauré.
Gabriel Fauré 1845-1924 « Le papillon et la fleur » Opus1 – N°1 (Mélodie Française) Poème de Victor Hugo Cyrille Dubois (ténor) Tristan Raës (piano)
Une fleur déclare au papillon son amour et lui confie ses tourments. Qui se ressemble s’assemble, mais…
Et nous nous ressemblons, et l’on dit que nous sommes Fleurs tous deux !
La pauvre fleur disait au papillon céleste: Ne fuis pas ! Vois comme nos destins sont différents. Je reste, Tu t’en vas !
Pourtant nous nous aimons, nous vivons sans les hommes Et loin d’eux, Et nous nous ressemblons, et l’on dit que nous sommes Fleurs tous deux !
Mais, hélas ! l’air t’emporte et la terre m’enchaîne. Sort cruel ! Je voudrais embaumer ton vol de mon haleine Dans le ciel !
Mais non, tu vas trop loin! – Parmi des fleurs sans nombre Vous fuyez, Et moi je reste seule à voir tourner mon ombre À mes pieds.
Tu fuis, puis tu reviens; puis tu t’en vas encore Luire ailleurs. Aussi me trouves-tu toujours à chaque aurore Toute en pleurs !
Oh ! pour que notre amour coule des jours fidèles, Ô mon roi, Prends comme moi racine, ou donne-moi des ailes Comme à toi !
∑
Gabriel Fauré 1845-1924 « Papillon » Op.77 pièce pour violoncelle et piano Pauline Bartissol (violoncelle) LaurentWagshal (piano)
Cette petite pièce est commandée à Fauré par son éditeur qui souhaitait qu’elle fût brillante, virtuose, difficile mais lyrique. Fauré s’exécuta, la pièce fut enregistrée au catalogue en septembre 1884. Mais le compositeur et l’éditeur ne pouvant s’accorder sur le titre, l’œuvrette resta dans un tiroir. Ce n’est qu’en 1898 que Gabriel Fauré en permit la publication sous le titre « Papillon ».
Le musicologue Jean-Michel Nectoux rapporte que Fauré accompagna son approbation de cette phrase à destination de l’éditeur : « Papillon ou mouche à m…, mettez ce que vous voulez ! »
D’aucuns auraient peut-être choisi « Vol du bourdon », non sans préciser – rigueur musico-entomologique oblige – « à la française ». Comparaison n’est pas raison, mais…
∑
Le court poème « Les papillons », extrait de « La comédie de la mort », recueil publié en 1838 par Théophile Gauthier, aura reçu les faveurs musicales d’Ernest Chausson et de Claude Debussy. La « Mélodie Française » pouvait-elle être mieux servie ?
Théophile Gauthier poème « Les papillons »
Par
Ernest Chausson 1855-1899 Gérard Souzay (baryton) Jacqueline Bonneau (piano)
Les papillons couleur de neige Volent par essaims sur la mer ; Beaux papillons blancs, quand pourrai-je Prendre le bleu chemin de l'air ?
Savez-vous, ô belle des belles, Ma bayadère aux yeux de jais, S'ils me pouvaient prêter leurs ailes, Dites, savez-vous où j'irais ?
Sans prendre un seul baiser aux roses, À travers vallons et forêts, J'irais à vos lèvres mi-closes, Fleur de mon âme, et j'y mourrais.
Par
Claude Debussy 1862-1918 Véronique Dietschy (soprano) Emmanuel Strosser (piano)
Jacques Offenbach 1819-1880 « Le papillon »(valse) (extrait du ballet éponyme de 1860) Cologne West German Radio Orchestra Direction : Pinchas Steinberg
Thème du ballet : Une histoire de fée, de magie et d’amour. Une servante, transformée en papillon par une fée maléfique, est finalement libérée de son sort et peut épouser le prince qu’elle aime.
La « Valse du papillon », encore appelée « Valse des rayons », accompagne dans le ballet les envolées gracieuses de la ballerine. Un moment de musique pleine de légèreté, d’élégance et de vivacité, caractéristique du style d’Offenbach. Le succès de cette valse la rendra indépendante du ballet originel ; elle deviendra une pièce de concert à part entière, offrant au vers célèbre de Musset un nouvel horizon : « La valse d’un coup d’aile a détrôné la danse ». (Que l’auteur et le lecteur me pardonnent !)
– Tourbillonnons, voulez-vous ? Une valse pour effacer le temps…
∑
Camille Saint-Saëns 1835-1921 « Papillons »(Mélodie Française – 1918) poème de Renée de Léché Marina Pacheco (soprano) Erina Beutelspacher (piano)
Où t’envoles-tu, si frêle Petit papillon léger ?
Où t'envoles-tu, si frêle, Petit papillon léger ? N'est-il donc pas vrai que l'aile Se lasse de voltiger ?
Ne crains-tu pas que la brise Puisse en jouant te flétrir, Ou que l'ouragan te brise, Qu'un soir vienne te meurtrir ?
Oh ! non, ton corps diaphane Veut se griser de l'azur, De la rose qui se fanne, D'un ciel de printemps plus pur ...
Tu veux choisir le calice D'une fleur pour ton berceau, T'endormir avec délice Au sein d'un jardin si beau.
Ne t'éveiller qu'à l'aurore Et lorsque le grand soleil Par delà les monts qu'il dore Sourit au matin vermeil.
N'être que beauté, que vie, Rien que tendresse et qu'espoir, Éblouissante folie, Et puis ... mourir un beau soir.
Mourir d'avoir fait un rêve, Mourir d'avoir trop aimé, D'avoir aspiré sans trêve L'air enflammé !
Mourir d'avoir en l'espace Eu pour règle ton désir, D'être un papillon qui passe Et que la mort va saisir.
Papillons couleur de flamme, Papillons légers et fous, Vous ressemblez à nos âmes Qui sont folles comme vous.
Au gré de leurs doux caprices Elles vont pour se griser De calices en calices Et de baisers en baisers.
Puis, quand la mort vient, cruelle, Nos âmes, d'un large essor S'envolent à tire d'aile Comme les papillons d'or !
∑
Jules Massenet 1842-1912 « Papillons »(diptyque pour piano – 1907) Aldo Ciccolini (piano)
Massenet est depuis longtemps reconnu comme maître de l’opéra lorsqu’il écrit ces deux pièces pour piano. Sa musique ici cherche à traduire des impressions et laisse déjà entendre la transition de l’époque romantique vers l’impressionnisme cher à Debussy.
1/ Papillons noirs : valse à la tonalité mélancolique, évoquant une atmosphère sombre qui n’est pas généralement celle qu’est censée proposer l’image du papillon.
. / .
2/ Papillons blancs : la tonalité de Fa majeur confère à cette pièce une impression de légèreté, voire d’insouciance, offrant au toucher délicat du pianiste d’illustrer les soubresauts aériens et fantasques des papillons blancs du printemps.
À suivre : Papillon français… moderne et impressionniste…
Georges Brassens, ce grand monsieur bien sympathique, un peu bourru, œil profond, moustache épaisse et guitare grivoise, qui jadis – il n’y a pas si longtemps – parlait et écrivait notre langue comme un académicien un tantinet encanaillé, aurait-il capturé tous les papillons qui pendant des siècles avaient choisi d’égayer les partitions des musiciens français ?
Il est vrai qu’aujourd’hui le vol à la mode est le vol à mains armées, et que la balle de kalachnikov sonne plus fort que l’éternuement d’un papillon.
C’est pourtant aux français, parmi tous les compositeurs européens des siècles précédents, de la période baroque jusqu’au début de la modernité en passant par l’ère romantique, que le papillon doit sa part musicale la plus riche. Tant de leurs œuvres ont mis le bel insecte à l’honneur : arias d’opéras, musiques de ballet, chansons populaires, pièces instrumentales diverses et, – merveilles de la « Mélodie Française » -, romances suaves destinées à accompagner les poèmes que sa grâce et sa symbolique auront inspirés.
Papillon français… et baroque
Papillon français… et romantique
Papillon français… moderne et impressionniste
André Campra 1660-1744 « Chanson du papillon » (extrait des « Fêtes Vénitiennes » – opéra-ballet) Kaja Eidé Noréna(soprano)
Charmant papillon dont l'aile d'or passe Dans l'espace Comme une fleur!
Que ne puis-je, sur ta trace, M'envoler avec toi comme une sœur!
Charmant papillon dont l'aile d'or passe Dans l'espace Comme une fleur! Je voudrais voler avec toi Comme une sœur!
C'est à peine si tu te poses, Sur la feuille tendre des roses, Dans l'espace que tu parcours, Ah! Que tes bons jours sont courts!
Charmant papillon dont l'aile d'or passe Dans l'espace Comme une fleur! Je voudrais voler avec toi Comme une sœur!
∑
François Couperin 1668-1733 « Les papillons » (Pièces pour clavecin – 1er livre – 2ème ordre) Gustav Leonhardt (clavecin)
∑
Jean-Philippe Rameau 1683-1764 « Papillon inconstant » (« Les Indes Galantes » / 1735 – extrait) Melissa Petit (soprano) Les Talens Lyriques Direction : Christophe Rousset
Papillon inconstant, vole dans ce bocage, Arrête-toi, suspens le cours De ta flamme volage. Jamais si belles fleurs sous ce naissant ombrage, N’ont mérité de fixer tes amours. Papillon inconstant, vole dans ce bocage, Arrête-toi, suspens le cours De ta flamme volage.
On ne s’étonnera pas que les musiciens espagnols aient plus volontiers salué les taureaux que les papillons, confiant leurs improvisations à de rares instruments bien peu communs.
« Mariposas » – musique créative Mar Loi (« handpan ») Pièce musicale narrative créée entre les murs du quartier gothique de Barcelone, en collaboration avec Gülcin Bekar et Manik SoundSculptur
! ! !
Angleterre
Les compositeurs anglais, pour leur part – discrète cependant – ont été un peu plus attentifs à notre lépidoptère, le faisant apparaître en filigrane dans certaines de leurs œuvres comme Britten dans sa pièce pour enfant « The Little Sweep » (Le Petit Ramoneur), ou Arnold Bax dans quelques pièces pour piano inspirées du monde celtique. Haendel au XVIIIème siècle et Frederic Hymen Cowen au début du XXème auront accordé un bel intérêt à ce cher papillon.
Georg Friedrich Haendel (1685-1759) « Qual farfalletta… » Opéra « Partenope » HWV 27 (1730) – Acte II scène 7 Les Arts Florissants – Direction musicale : William Christie Ana Vieira Leite (soprano)
Qual farfalletta Giro a quel lume E ’l mio Cupido Le belle piume Ardendo va.
Quel brio m’alletta Perché m’è fido, La mia costanza Ogn’altra avanza, Cangiar non sa.
******
Comme un petit papillon, Je tourne autour de cette lumière, Et mon Cupidon, Aux belles ailes, Brûle d'ardeur.
Cette allure m'attire, puisqu' il m'est fidèle, Ma constance Surpasse toutes les autres. Elle ne sait pas changer.
Frederic Hymen Cowen (1852-1935) The Butterfly’s Ball – concert ouverture (1901) Slovak State Philharmonic Orchestra Direction musicale : Adrian Leaper
"Le bal du papillon" de Cowen est inspiré du poème de William Roscoe « The Butterfly's Ball, and the Grasshopper's Feast ». Il évoque une journée de fête pendant laquelle se réunissent joyeusement les insectes pour saluer la vie éphémère du papillon.
Les premiers vers du poème :
Come take up your Hats, and away let us haste To the Butterfly's Ball, and the Grasshopper's Feast. The Trumpeter, Gad-fly, has summon'd the Crew, And the Revels are now only waiting for you.
So said little Robert, and pacing along, His merry Companions came forth in a Throng. And on the smooth Grass, by the side of a Wood, Beneath a broad Oak that for Ages had stood...
******
Prenez vos chapeaux, et hâtons-nous Au bal des papillons et au festin des sauterelles. Le trompettiste, le taon, a convoqué l'équipe, Et les festivités n'attendent plus que vous.
Ainsi parla le petit Robert, et tout en marchant, Ses joyeux compagnons se mirent en route en foule. Et sur l'herbe lisse, à côté d'un bois, Sous un grand chêne qui se dressait depuis des siècles...
A l’évidence la délicatesse, la légèreté et la fragilité du papillon ont particulièrement enchanté les compositeurs italiens pour qu’ils nous enchantent eux-mêmes à leur tour. Baroques ou romantiques c’est au cristal de la voix de soprano qu’ils ont confié l’évocation sonore du gracieux insecte, ou, à défaut, à l’aérienne agilité de la flûte.
Antonio Vivaldi (1678-1741) « La farfaletta s’aggira al lume » – RV 660 Cantate pour soprano – Aria I Arianna Vendittelli (soprano) Andrea Buccarella dirige l’Abchordis Ensemble
Aria - Andante molto (la maggiore)
La farfalletta s’aggira al lume, Sen vola l’ape d’intorno ai fiori, E Clizia amante segue il suo sol. Per te mio caro vezzoso nume, Nel sen io sento gl’accesi ardori, Se in me Cupido spiegò il suo vol. La farfalletta s’aggira al lume...
******
Le petit papillon vole autour de la lumière, L'abeille vole autour des fleurs, Et Clizia, amoureuse, suit son soleil. Pour toi, mon cher dieu charmant, Je sens dans mon cœur une ardeur brûlante, Comme si Cupidon avait déployé ses ailes en moi. Le petit papillon vole autour de la lumière...
Antonio Vivaldi (1678-1741) « La farfalletta audace » Aria pour voix et basse continue d’un opéra non identifié. RV 749.6 Simone Kermes (soprano) Venice Baroque Orchestra – Direction Andrea Marcon
La farfalletta audace Sen vola alla sua face E incenerir la fa Chi l’innamora.
Anch’io sperai goder Ma quel falso piacer Che inamorar mi fa Vuol or che mora.
*******
Le petit papillon audacieux Vole vers son visage Et réduit en cendres Celui qui l'aime.
Moi aussi, j'espérais jubiler Mais ce faux plaisir Qui me fait tomber amoureux Veut maintenant que je meure.
Domenico Scarlatti (1685-1757) « Qual farfalletta amante » Extrait d’une cantate profane non identifiée Sumi Jo (soprano)– Lee Young-i (piano)
Qual farfalletta amante, io volo a quella fiamma, che in petto il cor m’ infiamma, e morte non mi da. Il vago tuo sembiante se accresce in me l’ardore a quest’afflitto core Ristor pur darà.
******
Comme un papillon amoureux, je vole vers cette flamme, qui enflamme mon cœur, et ne me donne pas la mort. Ton vague visage augmente en moi l'ardeur de ce cœur affligé, mais lui donnera aussi du réconfort.
Vincenzo Bellini (1801-1835) « La Farfalletta » Mélodie extraite des Composizioni da camera Juliette Mey (soprano) – Payaka Niwano (piano)
Farfalletta, aspetta, aspetta; non volar con tanta fretta. far del mal non ti vogl’io; ferma, appaga il desir mio.
Vo’ baciarti e il cibo darti, da’ perigli preservarti. di cristallo stanza avrai e tranquilla ognor avrai.
L’ali aurate, screziate so che Aprile t’ha ingemmate, che sei vaga, vispa e snella, fra tue eguali la più bella.
Ma crin d’oro ha il mio tesoro, il fanciullo ch’amo, e adoro. e a te pari vispo e snello fra i suoi eguali egli è il più bello.
Vo’ carpirti, ad esso offrirti; più che rose, gigli, e mirti ti fia caro il mio fanciullo, ed a lui sarai trastullo.
Nell’aspetto e terso petto, rose e gigli ha il mio diletto. Vieni, scampa da’ perigli, non cercar più rose e gigli.
******
Petit papillon, attends, attends ; ne vole pas si vite. Je ne te veux aucun mal ; arrête-toi et comble mon désir.
Je veux t'embrasser et te donner à manger, te préserver du danger. Ta chambre sera en cristal et toujours tu seras en paix.
Je sais qu’avril de pierre précieuses a paré tes ailes d’or et de moire que tu es gracieux, vif et svelte le plus beau parmi tes semblables
Mais mon trésor a des cheveux d'or, l'enfant que j'aime et que j'adore ; et comme toi, vif et élancé, il est le plus beau parmi ses semblables.
Je veux te capturer, t'offrir à lui ; plus que roses, lys et myrtes, mon enfant te sera cher, et tu seras son amusement.
Dans son apparence, dans son cœur pur, mon bien-aimé n'a que roses et lys. Viens, épargne-toi le danger, ne cherche plus ailleurs les roses et les lys.
Ernesto Köhler (1849-1907) « Papillon » Étude de concert pour flûte et piano Op.30 N°4 Denis Lupachev (flûte) · Natalia Frolova (piano)