Sérénades / 11 – Hispánica

La sérénade semble avoir trouvé son lieu d’accomplissement naturel dans l’imaginaire musical hispanique. L’Espagne y cristallise immédiatement un ensemble de représentations codifiées : la guitare, les nuits ardentes, le théâtre de la passion. Qu’un amoureux, dans la nuit caraïbe d’un roman colombien, décide de troquer sa guitare pour un violon ne changera rien à la réalité du cliché.
Cliché ô combien renforcé par les évocations fascinées et parfois fantasmées des compositeurs étrangers. La musique française n’en offre-t-elle pas une illustration exemplaire avec Debussy, Ravel, Chabrier ou Lalo… surtout si l’on considère que certains d’entre ces grands compositeurs qui ont produit les œuvres les plus « espagnoles » du répertoire n’avaient qu’une connaissance sommaire de l’Espagne ?

La vision extérieure :

– Les compositeurs espagnols :

– La sérénade hispano-américaine :

On pourrait évoquer la sérénade dans la tradition mexicaine (la sérénade populaire, les mañanitas) ou les compositeurs comme Heitor Villa-Lobos (bien que brésilien, donc lusophone) qui, dans ses Bachianas brasileiras, retravaille des atmosphères nocturnes comparables, ou encore Agustín Lara, dont les chansons romantiques prolongent au XXème siècle la sérénade populaire dans un langage plus proche de la chanson que du concert, et, et…
Dans un autre billet, peut-être ?

L’herbe écoute (12) – Papillons / VII

On ne s’étonnera pas que les musiciens espagnols aient plus volontiers salué les taureaux que les papillons, confiant leurs improvisations à de rares instruments bien peu communs.

Les compositeurs anglais, pour leur part – discrète cependant – ont été un peu plus attentifs à notre lépidoptère, le faisant apparaître en filigrane dans certaines de leurs œuvres comme Britten dans sa pièce pour enfant « The Little Sweep » (Le Petit Ramoneur), ou Arnold Bax dans quelques pièces pour piano inspirées du monde celtique. Haendel au XVIIIème siècle et Frederic Hymen Cowen au début du XXème auront accordé un bel intérêt à ce cher papillon.

‘Valses poeticos’

Enrique Granados 1867-1916

Miniatures musicales enchantées entre ombre et lumière, les « Valses poeticos » (1895) de Granados sont autant de pages d’un journal intime élégamment écrites au piano.

Confidences, humeurs et sentiments exprimés avec délicatesse et un brin de virtuosité contenue, qui ne laisse rien ignorer de l’influence des grands musiciens romantiques tels que Chopin, Schumann ou Grieg.

Universelle beauté d’une musique où la danse devient prétexte à une expression profondément personnelle et poétique. Élégance du salon, profondeur de l’émotion, dans un voile de délicatesse espagnole.

Bien que compositeur majeur dans le renouveau de la musique espagnole du XIXème siècle, Granados, trop attaché à son piano, n’aura jamais écrit pour l’instrument emblématique de son pays, la guitare.

Les siècles suivants n’auront en revanche pas été avares de guitaristes arrangeurs et transcripteurs pour leur instrument de l’œuvre du Maître. Avec bonheur souvent, ainsi qu’en témoigne cette très séduisante version pour trois guitares :

Fulgurances – XX – Le Cid, de…

El Cid Campeador – by Anna Hyatt Huntington – 1923

Le Cid

Mise en voix très personnelle – 05/2008

Le palais de Gormaz, comte et gobernador
est en deuil ; pour jamais dort couché sous la pierre
l’hidalgo dont le sang a rougi la rapière
de Rodrigue appelé le Cid Campeador.

Le soir tombe. Invoquant les deux saints Paul et Pierre
Chimène, en voiles noirs, s’accoude au mirador
et ses yeux dont les pleurs ont brûlé la paupière
regardent, sans rien voir, mourir le soleil d’or…

Mais un éclair, soudain, fulgure en sa prunelle :
sur la plaza Rodrigue est debout devant elle !
Impassible et hautain, drapé dans sa capa,

le héros meurtrier à pas lents se promène :
– « Dieu ! » soupire à part soi la plaintive Chimène,
« qu’il est joli garçon l’assassin de Papa ! »

Georges Fourest 1864-1945

 

 

in « La négresse blonde » (1909)

Fulgurances – VII – Triana

Quartier Triana (Séville) – Isaac Albeniz 1860-1909

Triana (extrait de Iberia – Livre II)

Gustavo Díaz-Jerez (piano)

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