Flâner entre le rêve et le poème… Ouvrir la cage aux arpèges… Se noyer dans un mot… S'évaporer dans les ciels d'un tableau… Prendre plaisir ou parfois en souffrir… Sentir et ressentir… Et puis le dire – S'enivrer de beauté pour se forcer à croire !
Toi et moi avons tant d’amour qu’il brûle comme un feu ardent. Dans ce feu cuisons une motte d’argile ton visage moulé mon visage moulé. Puis brisons nos deux faces de terre et dans l’eau fusionnons les débris. Reformons nos visages de glaise : Une part de moi dans ton argile Dans mon argile une part de toi.
Vivants nous partageons la même couche Morts nous partagerons le même cercueil.
Kuan Tao-Sheng (Poétesse et peintre chinoise du XIIIème siècle)
Traduction libre de la traduction anglaise de Kenneth Rexroth and Ling Chung
Initialement publié le 2/06/2015 sur « Perles d’Orphée » – Allez bien doucement messieurs les fossoyeurs –
Henri Lerambert(1550-1609) – Les Funérailles de l’Amour (Louvre)
Pour dire aux funérailles des poètes
Allez bien doucement messieurs les fossoyeurs.
Allez bien doucement, car le cercueil n’est pas comme les autres où se trouve un bloc d’argile enlinceulé de langes, celui-ci recèle entre ses planches un trésor que recouvrent deux ailes très blanches comme il s’en ouvre aux épaules fragiles des anges.
Allez bien doucement messieurs les fossoyeurs.
Allez bien doucement, car ce coffre, il est plein d’une harmonie faite de choses variées à l’infini : cigales, parfums, guirlandes, abeilles, nids, raisins, cœurs, épis, fruits, épines, griffes, serres, bêlements, chimères, sphinx, dés, miroirs, coupes, bagues, amphores, trilles, thyrse, arpèges, marotte, paon, carillon, diadème, gouvernail, houlette, joug, besace, férule, glaive, chaînes, flèches, croix, colliers, serpents, deuil, éclairs, boucliers, buccin, trophées, urne, sourires, larmes, rayons, baisers, or, tout cela sous un geste trop prompt pourrait s’évanouir ou se briser.
Allez bien doucement messieurs les fossoyeurs.
Allez bien doucement, car si petit qu’il soit de la taille d’un homme, ce meuble de silence renferme une foule sans nombre et rassemble en son centre plus de personnages et d’images qu’un cirque, un temple, un palais, un forum ; ne bousculez pas ces symboles divers pour ne pas déranger la paix d’un univers.
Allez bien doucement messieurs les fossoyeurs.
Allez bien doucement, car cet apôtre de lumière, il fut le chevalier de la beauté qu’il servit galamment à travers le sarcasme des uns et le crachat des autres, et vous feriez dans le mystère sangloter la première des femmes si vous couchiez trop durement son amant dans la terre.
Allez bien doucement messieurs les fossoyeurs.
Allez bien doucement, car s’il eut toutes nos vertus, mes frères, il eut aussi tous nos péchés ; allez bien doucement car vous portez en lui toute l’humanité.
Allez bien doucement messieurs les fossoyeurs.
Allez bien doucement, car il était un dieu peut-être, ce poète, un dieu qu’on a frôlé sans deviner son sceptre, un dieu qui nous offrait la perle et l’hysope du ciel alors qu’on lui jetait le fiel et les écailles de sa table, un dieu dont le départ nous plongera sans doute en la ténèbre redoutable ; et c’est pourquoi vont-ils, vos outils de sommeil, produire tout à l’heure un coucher de soleil.
Allez bien doucement messieurs les fossoyeurs.
Mais non. Ce que vous faites là n’est qu’un pur simulacre, n’est-ce pas ? C’est un monceau de roses que l’on a suivi sous l’hypothèse d’un cadavre et que dans cette fosse vous allez descendre, ô trésoriers de cendres, et ces obsèques ne seraient alors qu’une ample apothéose et nous nous trouverions en face d’un miracle. Oh ! dites, ce héros n’a pas cessé de vivre, fossoyeurs, ce héros n’est point mort puisque son âme encore vibre dans ses livres et qu’elle enchantera longtemps le cœur du monde, en dépit des siècles et des tombes !
Allez bien doucement messieurs les fossoyeurs.
Humble, il voulut se soumettre à la règle commune des êtres, rendre le dernier soupir et mourir comme nous, pour ensuite, orgueilleux de ce que l’homme avait le front d’un dieu, ressusciter devant les multitudes à genoux. En vérité, je vous le dis, il va céans renaître notre Maître d’entre ces morts que gardent le cyprès avec le sycomore, et sachez qu’en sortant de cet enclos du Temps, nous allons aujourd’hui le retrouver debout dans toutes les mémoires, comme demain, sur les socles épars érigés par la gloire, on le retrouvera sculpté dans la piété robuste des humains.
Allez bien doucement messieurs les fossoyeurs.
in Publications de l’Amitié par le livre – 1943
Florilèges Saint-Pol-Roux
SAINT-POL-ROUX (15 janvier 1861 – 18 octobre 1940)
Ouvrir un livre de poésie, c’est vouloir s’éclairer avec une bougie en pleine déflagration de la bombe à hydrogène. Parier pour la bougie en ce cas, est tout à fait insensé, et cependant, c’est peut être dans ce genre de pari que réside notre avenir.
∠ Pour rendre à Gilbert Bécaud un peu de la reconnaissance que lui doivent assurément les ancêtres d’aujourd’hui, un peu trop oublieux hélas des 78 et 45 tours qu’alors ils écoutaient en boucle.
Musicien d’exception, son inépuisable enthousiasme nourrissant son talent, il aura enchanté leur jeunesse… Et du même coup, la mienne, évidemment.
Gilbert Bécaud 1927-2001
∠ Pour saluer Claude Lemesle, parolier de milliers de nos chansons françaises qui, pour nombre d’entre elles, ont enrichi, avec le plus grand succès et pour notre plus grand plaisir, les répertoires des Reggiani, Sardou, Fugain, Halliday, Bécaud, évidemment, et autres Joe Dassin…
Claude Lemesle né en 1945
∠ Pour recevoir avec juste émotion une bien belle leçon de philosophie, à travers le fruit nouveau de leur collaboration en ce vieux vingtième siècle finissant, mais également, à travers elle, l’annonce sans équivoque de la fin prochaine d’un fervent amoureux de la vie… à la cravate à pois.
« Faut faire avec » (1999)
Paroles de Claude Lemesle – Musique de Gilbert Bécaud
Dans le grand silence La vie commence Par une larme Chaque enfant qui naît, C’est un prophète Faut faire avec…
Il devient debout L’avenir est lourd Dans son cartable Les années d’acné Les soirs de fête Faut faire avec…
Et la vie avance Irrésistible, impitoyable Sans le moindre plan Le moindre break Faut faire avec...
Passent, les rêves qui cassent Qui laissent des traces Ineffaçables Ça coûte cher Les faux pokers Les vrais échecs Faut faire avec…
Pour tromper sa peur On met son cœur derrière un masque On carnavale son idéal On se gadget’ Faut faire avec…
Quand la vie prend l’eau Nos vieux mat’lots Nous laissent en rade Quand ils nous plaquent Pas de come-back Aucun remake Faut faire avec...
On peut pourtant Défier le temps En regardant La mort en face Puis sans un cri Payer le prix des cigarettes Faut faire avec…
Fou le monde est fou Et Dieu s’en fout Vieillard trop sage Toi mon amour Ton ventre est lourd D’un nouveau siècle Faut faire avec…
Toute beauté brûle à petit feu, et se défait avec tendresse, lentement, comme l’aster, gloire de l’automne, et l’iris si fragile qu’il faut le transporter dans ses langes. Les chatoyantes ainsi se changent, se déguisent en leurs couleurs aux odeurs de délices. Certaines ne s’ouvrent que la nuit On les dirait pressées de disparaître, de s’effacer. La créature belle, la grâce, la pensée, ne peut jamais s’appartenir, elle consume son éclat pour tout remettre à qui s’en vient vers elle. Peut-on posséder un regard ? un baiser ? Et celui qui l’accueille remet l’offrande à l’instant qu’il la reçoit. La source de ce don ne garde rien d’elle-même, puisqu’elle n’existe que par son abandon.
Billet publié sur ‘Perles d’Orphée’ le 1/05/2013 sous le titre « La pénitence est douce »
Les femmes ont plus de honte de confesser une chose d’amour que de la faire.
Marguerite de Navarre
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Giuseppe Molteni –« La confessione »
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La pénitence est douce
Rosette, agenouillée au confessionnal, Murmure : – Mon bon père, à vous, je m’en accuse : J’ai trompé mon mari – Ma fille, c’est très mal, Dit le prêtre… Et… combien de fois ? Rose, confuse,
Se trouble, balbutie, hésite… enfin répond : Neuf fois ! – Hum ! Depuis quand ? fait le prêtre. Alors Rose : Depuis hier soir ! Et, sous le nuage blond, De ses cheveux d’or fin, Rose devient plus rose.
Neuf fois depuis hier ! reprend le bon curé … Je ne puis, d’un péché de pareille importance, Vous absoudre aujourd’hui, sans avoir référé A l’évêché qui fixera la pénitence !
Revenez dans huit jours ! L’évêché décréta Qu’ayant fauté neuf fois, Rose aurait, pour sa peine, A dire cinq Ave. Rose s’en acquitta Et fut absoute… Mais au bout d’une semaine,
Au sacré tribunal, avec un air marri, La voici qui revient s’accuser d’inconstance, Disant : – Sept fois, encor, j’ai trompé mon mari : Mon père, indiquez-moi quelle est ma pénitence.
Et lui, sur le tarif de l’absolution Dernière, s’efforçant de se baser, calcule : – Pour neuf fois, cinq Ave … D’une proportion, Je dois donc, pour sept fois, établir la formule :
Cinq est à neuf comme X à sept… D’où je conclus Qu’il faut… Ah ! C’est vraiment trop compliqué, ma chère … Faites votre mari cocu deux fois de plus. Et dites cinq Ave comme la fois dernière !
Léon Vilbert – Journal d’un épicurien
◊ Introduction musicale : Mendelssohn – Sonate pour orgue (extrait)
◊ Final musical : Vivaldi – In furore iustissimae irae – Alleluia
Je sais maintenant que je ne possède rien, pas même ce bel or qui est feuilles pourries, encore moins ces jours volant d’hier à demain à grands coups d’ailes vers une heureuse patrie.
Elle fut avec eux, l’émigrante fanée, la beauté faible, avec ses secrets décevants, vêtue de brume. On l’aura sans doute emmenée ailleurs, par ces forêts pluvieuses. Comme avant,
je me retrouve au seuil d’un hiver irréel où chante le bouvreuil obstiné, seul appel qui ne cesse pas, comme le lierre. Mais qui peut dire
quel est son sens ? Je vois ma santé se réduire, pareille à ce feu bref au-devant du brouillard qu’un vent glacial avive, efface… Il se fait tard.
In L’effraie – Gallimard / 1954
Philippe Jaccottet 1925-2021
Note personnelle au lecteur :
La lecture et l’interprétation d’un poème sont éminemment subjectives. La réalité et les intentions du poète écrivant ses vers se trouvent ainsi détournées par la sensibilité du lecteur qui, prenant à son compte les mots et les impressions qu’ils suggèrent, les affectera, au gré de sa sensibilité, à un autre univers de pensée, très personnel et parfois bien éloigné des circonstances qui auront présidé à la création de l’œuvre. Magie du poème !
Ce billet a délibérément choisi le sonnet d'un jeune poète pour illustrer le thème de la vieillesse.
Le poème, « Je sais maintenant que je ne possède rien... », Philippe Jaccottet l’a écrit alors qu’il avait à peine plus de 20 ans. A l’évidence la vieillesse ne faisait pas encore partie de ses préoccupations. Il cherchait à exprimer à travers ce sonnet en alexandrins son affectation d'avoir dû quitter, pour raisons professionnelles, sa Suisse natale pour le lointain pays de France. Déraciné, se sentant étranger loin de ses amis, jeune homme confronté à sa quête d’identité et de sens, le poète est envahi par un sentiment légitime d’isolement et de dépossession qu'il exprime ici en des mots que l’âge avancé pourrait volontiers revendiquer.
Paroles de Claude Lemesle – Musique de Liliane Bouc (1999)
Il a posé son chevalet Au premier jour de la neuvaine Dans ce hameau de Pont-Aven Ou nos jeunesses cavalaient... Entre sarcasmes et chapelets Il faisait naître sur ses toiles De drôles d′étés, de drôles d'étoiles, Nous, on courait sur les galets...
Il avait des cheveux d′archange Et ce regard vers l'intérieur, Cette lumière supérieure Qui vous pénètre et vous dérange Sa gueule bouffée par ses yeux Portait l'empreinte des embruns Et son pinceau brûlait sa main Et sa main barbouillait du feu...
C′était Jean des brumes, Un marin de terre Avec son costume D′amertume et de mystère C'était Jean des brumes, Un géant botté De plomb et de plumes Je suis passé à côté...
Ce n′était pas un peintre, non Ce n'était qu′un témoin d'amour Un assassin des vieux discours Qui se foutait d′avoir un nom...
Quand il nous a quittés, c'était Le dernier jour de la neuvaine Mais le clocher de Pont-Aven Depuis qu'il s′est flingué se tait...
C′était Jean des brumes Un marin de terre Avec son costume D'amertume et de mystère...
C′était Jean des brumes Moi j'avais quinze ans Son aura posthume Me suit encore à présent
Tous les Jean des brumes Sont toujours lestés De plomb sous les plumes Il ne l′a pas supporté ...
Une vie s'allume Une vie s′éteint Comme Jean des brumes Parfois je hais les matins...
Chacun de mes masques scintillants se ferme sur la réalité comme la paupière d’un fauve nacré. Vous n’y voyez que du bleu. J’empale votre vertige au fond des marais glauques de la foule crépusculaire dont je m’approprie les balancements hagards. Les gestes déclinent sans doute ainsi que le col des cygnes sur la houille de leur œil stupide. Vous voudriez ne pas vous en souvenir.
Mais en écartant, même très délicatement, les écailles du rêve, ne se heurte-t-on pas toujours à un banc de crocodiles alanguis sur les berges du temps.
Ils fusillèrent les rires, les différences, les audaces. Ils barrèrent les rues et tout sens qu’ils ne trouvèrent pas conforme. Ils arrachèrent les livres, civilisèrent la mort, la rajeunirent. Ils arrangèrent le passé. De leurs idées arrêtées, ils firent des églises où ils sacrifièrent la vérité. Ils emprisonnèrent les paysages, suspectèrent l’intelligence, conditionnèrent l’amour, colonisèrent l’herbe sauvage, calfeutrèrent la joie, surveillèrent le désir, évaluèrent les maisons, parquèrent l’imagination, déclarèrent courte l’enfance. Quand ils eurent mis en bouteille, la vague, l’inventivité, la liberté, l’âme, et autres choses gênantes, ils dirent aux arbres quels fruits ils devraient porter. Ils installèrent l’uniforme de la pensée unique et décidèrent de ce qui était bon. Les tuiles qui rêvaient aux étoiles furent jetées aux orties qui elles-mêmes furent exterminées. Les champs, ces voix sans issues, furent stérilisés, comme les animaux, les idées, les rêves, les couleurs, et ceux qui ne pensaient pas comme eux. Ils déclarèrent dangereux le rire, l’espoir, le chant, la connaissance. Ils dressèrent des chiens, des lois et des tours. Les oiseaux furent bagués, les esprits lessivés. Quand ils eurent asséché l’intérieur et l’extérieur, quand ils eurent effacé les larmes, quand ils eurent sacrifié le vivant, ils trouèrent le ciel, trafiquèrent les cellules, inventèrent maladies et remèdes, assujettirent la réflexion, brûlèrent le jour et tout ce qui ne leur ressemblait pas. Puis, ils vidèrent les bacs à sable. Alors, il ne resta plus rien, ni personne, pour crier au loup ou pousser une balançoire. Et sur la boule bleue désaffectée, ils ne virent plus, dans l’orbite morte du soleil, que leur visage, infâme et sans nom.
Hervé Pierre de la Comédie Française dit ‘CLOWN’ d’Henri Michaux (extrait de France Culture – jeudi 16/06/2011)
Clown
Un jour. Un jour, bientôt peut-être. Un jour j’arracherai l’ancre qui tient mon navire loin des mers. Avec la sorte de courage qu’il faut pour être rien et rien que rien, je lâcherai ce qui paraissait m’être indissolublement proche. Je le trancherai, je le renverserai, je le romprai, je le ferai dégringoler. D’un coup dégorgeant ma misérable pudeur, mes misérables combinaisons et enchaînement « de fil en aiguille ». Vidé de l’abcès d’être quelqu’un, je boirai à nouveau l’espace nourricier. A coup de ridicules, de déchéances (qu’est-ce que la déchéance ?), par éclatement, par vide, par une totale dissipation-dérision-purgation, j’expulserai de moi la forme qu’on croyait si bien attachée, composée, coordonnée, assortie à mon entourage et à mes semblables, si dignes, si dignes, mes semblables. Réduit à une humilité de catastrophe, à un nivellement parfait comme après une intense trouille. Ramené au-dessous de toute mesure à mon rang réel, au rang infime que je ne sais quelle idée-ambition m’avait fait déserter. Anéanti quant à la hauteur, quant à l’estime. Perdu en un endroit lointain (ou même pas), sans nom, sans identité.
CLOWN, abattant dans la risée, dans le grotesque, dans l’esclaffement, le sens que contre toute lumière je m’étais fait de mon importance. Je plongerai. Sans bourse dans l’infini-esprit sous-jacent ouvert à tous ouvert moi-même à une nouvelle et incroyable rosée à force d’être nul et ras… et risible…
« Peintures » (1939) in L’espace du dedans – Pages choisies – Poésie / Gallimard – 1966
Cette nuit, au-dessus des quais silencieux, Plane un calme lugubre et glacial d’automne.
Effet de soir
Cette nuit, au-dessus des quais silencieux, Plane un calme lugubre et glacial d’automne. Nul vent. Les becs de gaz en file monotone Luisent au fondde leur halo, comme des yeux.
Et, dans l’air ouaté de brume, nos voix sourdes Ont le son des échos qui se meurent, tandis Que nous allons rêveusement, tout engourdis Dans l’horreur du soir froid plein de tristesses lourdes.
Comme un flux de métal épais, le fleuve noir Fait sous le ciel sans lune un clapotis de vagues. Et maintenant, empli de somnolences vagues, Je sombre dans un grand et morne nonchaloir.
Avec le souvenir des heures paresseuses Je sens en moi la peur des lendemains pareils, Et mon âme voudrait boire les longs sommeils Et l’oubli léthargique en des eaux guérisseuses.
Mes yeux vont demi-clos des becs de gaz trembleurs Au fleuve où leur lueur fantastique s’immerge, Et je songe en voyant fuir le long de la berge Tous ces reflets tombés dans l’eau, comme des pleurs,
Que, dans un coin lointain des cieux mélancoliques, Peut-être quelque Dieu des temps anciens, hanté Par l’implacable ennui de son Éternité, Pleure ces larmes d’or dans les eaux métalliques.