Parlez-moi d’amour – 2 – Argile

Emmanuel Sellier - Mémoire fossile - terre cuite patinée
Emmanuel SellierMémoire fossile – terre cuite patinée
(site du sculpteur)

Parlez-moi d’amour – 1 – Jeanne

Edouard Cibot – Les amours des anges au moment du déluge – 1834

Naïve jeunesse entend parler d’amour

     Force de l’âge laisse parler l’amour

          Puis vient le temps, entre deux souvenirs, de parler de l’amour…

– Jeanne, veux-tu… ?*

Aux funérailles des poètes

Initialement publié le 2/06/2015 sur « Perles d’Orphée »
Allez bien doucement messieurs les fossoyeurs –

Henri Lerambert (1550-1609) - Les Funérailles de l'Amour (Louvre)
Henri Lerambert (1550-1609) – Les Funérailles de l’Amour (Louvre)

Pour dire aux funérailles des poètes

Allez bien doucement messieurs les fossoyeurs.

Allez bien doucement, car le cercueil n’est pas comme les autres où se trouve un bloc d’argile enlinceulé de langes, celui-ci recèle entre ses planches un trésor que recouvrent deux ailes très blanches comme il s’en ouvre aux épaules fragiles des anges.

Allez bien doucement messieurs les fossoyeurs.

Allez bien doucement, car ce coffre, il est plein d’une harmonie faite de choses variées à l’infini : cigales, parfums, guirlandes, abeilles, nids, raisins, cœurs, épis, fruits, épines, griffes, serres, bêlements, chimères, sphinx, dés, miroirs, coupes, bagues, amphores, trilles, thyrse, arpèges, marotte, paon, carillon, diadème, gouvernail, houlette, joug, besace, férule, glaive, chaînes, flèches, croix, colliers, serpents, deuil, éclairs, boucliers, buccin, trophées, urne, sourires, larmes, rayons, baisers, or, tout cela sous un geste trop prompt pourrait s’évanouir ou se briser.

Allez bien doucement messieurs les fossoyeurs.

Allez bien doucement, car si petit qu’il soit de la taille d’un homme, ce meuble de silence renferme une foule sans nombre et rassemble en son centre plus de personnages et d’images qu’un cirque, un temple, un palais, un forum ; ne bousculez pas ces symboles divers pour ne pas déranger la paix d’un univers.

Allez bien doucement messieurs les fossoyeurs.

Allez bien doucement, car cet apôtre de lumière, il fut le chevalier de la beauté qu’il servit galamment à travers le sarcasme des uns et le crachat des autres, et vous feriez dans le mystère sangloter la première des femmes si vous couchiez trop durement son amant dans la terre.

Allez bien doucement messieurs les fossoyeurs.

Allez bien doucement, car s’il eut toutes nos vertus, mes frères, il eut aussi tous nos péchés ; allez bien doucement car vous portez en lui toute l’humanité.

Allez bien doucement messieurs les fossoyeurs.

Allez bien doucement, car il était un dieu peut-être, ce poète, un dieu qu’on a frôlé sans deviner son sceptre, un dieu qui nous offrait la perle et l’hysope du ciel alors qu’on lui jetait le fiel et les écailles de sa table, un dieu dont le départ nous plongera sans doute en la ténèbre redoutable ; et c’est pourquoi vont-ils, vos outils de sommeil, produire tout à l’heure un coucher de soleil.

Allez bien doucement messieurs les fossoyeurs.

Mais non. Ce que vous faites là n’est qu’un pur simulacre, n’est-ce pas ? C’est un monceau de roses que l’on a suivi sous l’hypothèse d’un cadavre et que dans cette fosse vous allez descendre, ô trésoriers de cendres, et ces obsèques ne seraient alors qu’une ample apothéose et nous nous trouverions en face d’un miracle. Oh ! dites, ce héros n’a pas cessé de vivre, fossoyeurs, ce héros n’est point mort puisque son âme encore vibre dans ses livres et qu’elle enchantera longtemps le cœur du monde, en dépit des siècles et des tombes !

Allez bien doucement messieurs les fossoyeurs.

Humble, il voulut se soumettre à la règle commune des êtres, rendre le dernier soupir et mourir comme nous, pour ensuite, orgueilleux de ce que l’homme avait le front d’un dieu, ressusciter devant les multitudes à genoux. En vérité, je vous le dis, il va céans renaître notre Maître d’entre ces morts que gardent le cyprès avec le sycomore, et sachez qu’en sortant de cet enclos du Temps, nous allons aujourd’hui le retrouver debout dans toutes les mémoires, comme demain, sur les socles épars érigés par la gloire, on le retrouvera sculpté dans la piété robuste des humains.

Allez bien doucement messieurs les fossoyeurs.

Fulgurances – XLIX – Gageure

Philippe Jaccottet 1925-2021

Ouvrir un livre de poésie, c’est vouloir s’éclairer avec une bougie en pleine déflagration de la bombe à hydrogène. Parier pour la bougie en ce cas, est tout à fait insensé, et cependant, c’est peut être dans ce genre de pari que réside notre avenir.

Fulgurances – XLVIII – Vouloir…

‘Faut faire avec…’

Fulgurances – XLVII – La grâce – Le don

Toute beauté brûle à petit feu, et se défait
avec tendresse, lentement, comme l’aster,
gloire de l’automne, et l’iris si fragile
qu’il faut le transporter dans ses langes.
Les chatoyantes ainsi se changent, se déguisent
en leurs couleurs aux odeurs de délices.
Certaines ne s’ouvrent que la nuit
On les dirait pressées de disparaître,
de s’effacer. La créature belle,
la grâce, la pensée, ne peut jamais
s’appartenir, elle consume son éclat
pour tout remettre à qui s’en vient vers elle.
Peut-on posséder un regard ? un baiser ?
Et celui qui l’accueille remet l’offrande
à l’instant qu’il la reçoit. La source
de ce don ne garde rien d’elle-même,
puisqu’elle n’existe que par son abandon.

Saveurs du confessionnal

Billet publié sur ‘Perles d’Orphée’ le 1/05/2013 sous le titre
« La pénitence est douce »

Les femmes ont plus de honte de confesser une chose d’amour que de la faire.

Marguerite de Navarre

Giuseppe Molteni – « La confessione »

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La pénitence est douce

Rosette, agenouillée au confessionnal,
Murmure : – Mon bon père, à vous, je m’en accuse :
J’ai trompé mon mari – Ma fille, c’est très mal,
Dit le prêtre… Et… combien de fois ? Rose, confuse,

Se trouble, balbutie, hésite… enfin répond :
Neuf fois ! – Hum ! Depuis quand ? fait le prêtre. Alors Rose :
Depuis hier soir !  Et, sous le nuage blond,
De ses cheveux d’or fin, Rose devient plus rose.

Neuf fois depuis hier ! reprend le bon curé …
Je ne puis, d’un péché de pareille importance,
Vous absoudre aujourd’hui, sans avoir référé
A l’évêché qui fixera la pénitence !

Revenez dans huit jours !  L’évêché décréta
Qu’ayant fauté neuf fois, Rose aurait, pour sa peine,
A dire cinq Ave. Rose s’en acquitta
Et fut absoute… Mais au bout d’une semaine,

Au sacré tribunal, avec un air marri,
La voici qui revient s’accuser d’inconstance,
Disant : – Sept fois, encor, j’ai trompé mon mari :
Mon père, indiquez-moi quelle est ma pénitence.

Et lui, sur le tarif de l’absolution
Dernière, s’efforçant de se baser, calcule :
– Pour neuf fois, cinq Ave … D’une proportion,
Je dois donc, pour sept fois, établir la formule :

Cinq est à neuf comme X à sept… D’où je conclus
Qu’il faut… Ah ! C’est vraiment trop compliqué, ma chère …
Faites votre mari cocu deux fois de plus.
Et dites cinq Ave comme la fois dernière !

Léon Vilbert – Journal d’un épicurien

◊  Introduction musicale : Mendelssohn – Sonate pour orgue (extrait)

◊  Final musical : Vivaldi – In furore iustissimae irae Alleluia

‘Les murs transparents’

Mais vieillir… ! – 29 – Tard, déjà !

George Shipperley

‘Jean des brumes’

Fulgurances – XLV – Somnolence

ToyenFlore de Sommeil

Chacun de mes masques scintillants se ferme sur la réalité comme la paupière d’un fauve nacré. Vous n’y voyez que du bleu. J’empale votre vertige au fond des marais glauques de la foule crépusculaire dont je m’approprie les balancements hagards. Les gestes déclinent sans doute ainsi que le col des cygnes sur la houille de leur œil stupide. Vous voudriez ne pas vous en souvenir.



Mais en écartant, même très délicatement, les écailles du rêve, ne se heurte-t-on pas toujours à un banc de crocodiles alanguis sur les berges du temps.

Fulgurances – XLIV – Les infâmes

Fulgurances – XLIII – ‘CLOWN’

Hervé Pierre de la Comédie Française dit ‘CLOWN’ d’Henri Michaux
(extrait de France Culture – jeudi 16/06/2011)

‘Effet de soir’

Ephraïm Mikhaël 1866-1890