Stella Cole – « Christmas Dreaming »
&
Et sur ‘Perles d’Orphée’ :
Jon Batiste depuis son piano chante
&
Et sur ‘Perles d’Orphée’ :
Jon Batiste depuis son piano chante
Yo habré muerto y seguirás
orillando nuestra vida.
Buenos Aires no te olvida,
tango que fuiste y serás.*
Borges – Alguien le dice al tango
*Je serai mort, tu resteras
Coulant au bord de notre vie.
Pour Buenos Aires pas d’oubli,
Tango tu fus et tu seras.
∞
Carlos Gardel
se empeñó en deshacer.
Si fui flojo, si fui ciego,
sólo quiero que comprendan
el valor que representa
el coraje de querer.
Défaut reconnu est à moitié pardonné dit un proverbe québécois.
Puisse chaque lecteur de ce billet m’accorder l’autre moitié !
≈
— Non ! La nef n’ouvre pas de plain-pied sur le buffet. Et le buffet ne laisse pas voir les sommiers. Serais-tu bête comme tes pieds pour penser que je parle ici de mon pied-à-terre ? (Je fais un pied de nez).
Nef d’église et buffet d’orgue, c’est de cela qu’il s’agit puisque j’évoque le talent d’une organiste que je mets sur un piédestal : Anne-Isabelle de Parcevaux, virtuose avec ses pieds aussi. Affaire de pédalier, bien sûr…
Écoute ! Les oreilles ne s’ouvrent pas au pied-de-biche !
La voici à pied d’oeuvre, ne mets pas les pieds dans le plat !
Pareille habileté, pied au plancher, suppose bien sûr de ne pas avoir, littéralement, les deux pieds dans le même sabot, si tu me permets le trait, mais surtout de travailler d’arrache-pied, sans répit, sans lever le pied, seule manière d’éviter à ses pieds de jouer comme un pied. De telles danses des orteils ne sont pas des passe-pieds, comme on pourrait l’imaginer ; ce n’est pas au pied levé qu’on peut les interpréter ; l’organiste, au pied du mur, y perdrait pied…. et serait, naturellement, mise à pied.
Regarde, écoute ! A cloche-pied approche-toi ! Attends son jeu de pied ferme, et, tu verras, même pieds et poings liés elle fera des pieds et des mains pour plaquer sur le clavier, un accord avec… ses mains !
Ainsi donc retombé sur tes pieds, mélomane au petit pied, de pied en cap drapé dans ton beau complet pied-de-poule, tu te garderas de déclarer qu’au pied de l’orgue tu ne remettras plus les pieds…
C’est le pied ! diras-tu sûrement… au pied de la lettre, évidemment !
Anne-Isabelle de Parcevaux (orgue)
J-S. Bach – Pedal Exercitium – BWV 598
Église paroissiale Saint-Martin à Dudelange (Luxembourg)
– Orgue ‘Stahlhuth’ d’Aix-la-Chapelle de 1912 –
Ce billet sera republié automatiquement le 5 décembre 2257

5 décembre 1791 — 5 décembre 2024
233 ans plus tard :
le vent, plus suave que jamais…
la grâce, toujours au coin du pupitre !
∞
Terzettino entre Fiordiligi, Dorabella et Don Alfonso
extrait de ‘Così fan tutte’
Soave sia il vento
Tranquilla sia l’onda
Ed ogni elemento
Benigno risponda
Ai nostri desir
Suave soit le vent,
Tranquille soit l’onde,
Puissent tous les éléments
Favorablement répondre
À nos désirs.
Samantha Clarke (Fiordiligi)
Anna Dowsley (Dorabella)
Shaun Brown (Don Alfonso)
Zoe Zeniodi dirige le ‘Queensland Symphony Orchestra’
Dépit amoureux chorégraphique du Nord de l’Argentine, la Zamba est une danse sensuelle lente, au rythme circulaire marqué au temps par une percussion, qui tient les corps à distance de foulard pour donner au couple tout le loisir de jouer à travers les échanges de regards au jeu du « je t’aime, moi non plus ».
Chantée, c’est une poésie nostalgique et sensuelle par laquelle s’exprime l’éternel tourment des amoureux oscillant entre séduction et séparation.
Une Zamba pour oublier… ou pas !
Mais, selon moi, plus malheureux que tous est celui qui n’aime plus et ne peut oublier qu’il a aimé.
Adam Mickiewicz – La Résignation
Comment oublier jamais quelqu’un qu’on aime depuis toujours ?
Mercedes Sosa & Diego Torres
Nous ne remercierons jamais assez les grenouilles ! 🐸
S’il fallait tenir compte des services rendus à la science, la grenouille occuperait la première place.
Claude Bernard – Introduction à l’étude de la médecine expérimentale (1865)
Mais pas seulement à la science qui nous a appris, entre autres, dès le collège, à distinguer, à travers la dissection de ses congénères, qui de nous était sensible, curieux, indifférent ou sadique…
À la gastronomie, également, au fond d’une poêle, avec une belle noix de beurre, de l’ail et du persil…
À la littérature aussi, chez les Frères Grimm, dans l’inoubliable fable de La Fontaine, ou dans les interprétations de « La Métamorphose » de Kafka…
À l’illustration de quelques contes porteurs de sagesse et de symboles…
À la musique, enfin, par les instruments qui ont emprunté son image ou copié son coassement, et à travers les oeuvres des grands compositeurs, comme Saint-Saëns (Le Carnaval des Animaux) ou Haydn (Quatuor Op.50 N°6)…
Un jour, pour se divertir, quelques grenouilles, prétentieuses comme chacun le sait, se lancèrent le défi d’atteindre la plus haute branche d’un grand arbre. Tous les animaux des alentours, informés de la course, accoururent, qui pour encourager, qui par curiosité, mais tous persuadés de la vanité du projet, convaincus qu’aucun des batraciens n’atteindrait l’objectif.
Les encouragements du début ne tardèrent pas à se transformer en constat d’impossibilité et suggestions d’abandon : les « vas-y ! », « accroche-toi ! » devinrent, trop vite hélas, des « laisse tomber ! », « c’est de la folie ! »
Et les abandons des apprenties athlètes se multipliaient à mesure que forçait l’expression désenchantée du public, application pratique de cette pensée de Paul Valéry :
« le grand triomphe de l’adversaire c’est de vous faire croire ce qu’il dit de vous ».
Les plus tenaces ayant fini par lâcher prise, ne restait plus en lice qu’une grenouille, à la limite de l’épuisement, qui redoublait d’efforts pour atteindre le sommet… Et qui l’atteignit enfin.
Ébahies par cette incroyable performance, toutes les candidates se précipitèrent auprès de la gagnante pour connaître le secret de sa réussite. L’une d’elle la questionna une première fois sans obtenir de réponse. Réitéra sa demande, la répéta encore, se rapprochant d’elle en haussant la voix. Elle comprit alors le secret de ce succès : aucune sentence démotivante n’aurait pu entamer le courage et la détermination de la lauréate. Elle était sourde.
∑
… Mais pour nous, qui ne le sommes pas, à la musique tout au moins…
Joseph Haydn (1732-1809)
Finale (Allegro con spirito)
Quatuor Op. 50 – N°6 – « La grenouille »
Quatuor Hanson
Philippe II d’Espagne est au comble du désespoir. Trahi et humilié. Il vient de trouver une correspondance secrète entre son fils Don Carlos et son épouse Elisabeth de Valois qui ne laisse aucun doute sur la profondeur de leurs sentiments réciproques.
Rongé par la jalousie il doute que sa jeune épouse française ait eu un jour quelque sentiment pour le vieux monarque qu’il est. Persuadé qu’elle ne l’a jamais aimé, il ronge son malheur dans la solitude de son bureau.
Giuseppe Verdi, au quatrième acte de son grand opéra à la française, Don Carlo – écrit à partir de la pièce éponyme de Schiller –, confie à la noble autorité d’une voix de basse le désespoir du Roi, qu’il introduit par un profond préambule dramatique au violoncelle.
Un des plus émouvants monologues masculins des scènes d’opéra !
Michele Pertusi (Basse)
Direction : Juraj Valčuha
Teatro SAN CARLO de Naples
Acte IV – Scène 1
Philippe II – Roi d’Espagne
Elle ne m’a jamais aimé !
Non, son cœur m’est fermé,
elle n’a aucun amour pour moi !
Je la revois encore, toisant en silence mes cheveux blancs,
le jour qu’elle arriva de France.
Non, elle n’a aucun amour pour moi !
Où suis-je ?
Ces flambeaux sont consumés…
L’aurore blanchit ma fenêtre. Voici déjà le jour !
Je vois ma vie lentement s’écouler.
Le sommeil, ô Dieu, a fui ma paupière épuisée !
Je ne pourrai dormir dans mon manteau royal, qu’à mon dernier instant,
alors je dormirai seul sous les voûtes noires des caveaux de l’Escurial !
Si la couronne royale me donnait le pouvoir de lire au fond des cœurs
où Dieu seul peut tout voir !
Quand le prince dort, le traître veille ; la couronne perd le Roi et l’époux son honneur !
Je ne pourrai dormir dans mon manteau royal…
Ah ! Si la royauté nous donnait le pouvoir de lire au fond des cœurs !
Elle ne m’a jamais aimé ! non !
Son cœur m’est fermé, elle ne m’a jamais aimé !
Dans un siècle dont tant de livres disent les noirceurs alors que ne s’y opposent souvent que des simplismes à la ‘Coué’, l’œuvre de Dhôtel s’avance un peu seule et sans tapage vers cette raie de lumière sous la porte qu’il y a au fond de chacun de nous.
Jean Grosjean
Le joueur d’orgue
de barbarie monologuait :
« Puisque vous ne comprenez rien
je dois tout vous expliquer.
En haut de mes gammes les coquelicots
vers le milieu les bleuets
en profondeur les roses noires.
Mais les fleurs toutes ensemble
ne sont là que pour éclairer
les lignes vives de l’amour.
Sur la première portée
s’impriment les pieds nus
de la fille irremplaçable.
La seconde garde le reflet
de ses charmes et sourires
tandis qu’au fond de l’azur fin
après cent tours de manivelle
dans un silence apparaît
son ravissant corps dévêtu… »
in Poèmes comme ça (Editions Le temps qu’il fait)

Espagne 1882-1949
Je suis un pur Sévillan qui ne connut Séville que lorsqu’il en fut parti. Effet d’ailleurs mathématique, car il est aussi nécessaire pour un artiste de s’expatrier pour bien connaître son pays que, pour un peintre, de reculer de quelques pas afin d’embrasser la totalité de son tableau.
‘Rapsodia sinfonica’ (1931)
– Pour le dialogue entre deux cultures, hispanique et française, qui se rejoignent dans le parcours de Joaquin Turina, partagé entre sa ville natale, Séville, et Paris, la ville de ses études musicales à la Schola Cantorum de Vincent d’Indy et de ses rencontres – inoubliables évidemment – avec Debussy et Ravel…
– Pour l’entente heureuse entre rythmes populaires enlevés et mélodies sensuelles tout droit venus du Flamenco andalou, et orchestration raffinée inspirée des compositions classiques européennes…
– Pour la relation intime qu’instaure entre le piano et l’orchestre la partition d’un concerto – qui, pour conserver toute sa liberté d’expression, ne dit pas son nom -, véritable chorégraphie sonore d’un pas de deux symphonique…
– Pour la qualité du dialogue subtile entre les musiciens de la Camerata Filarmónica Latinoamericana et leur cheffe Grace Echauri…
– Pour le mariage enchanteur, aristocratique, de l’élégante virtuosité de Maria Dolores Gaitán avec l’incomparable distinction des sonorités de son piano Bösendorfer.
Les Nations, pour raviver leur « concert », ne devraient-elles pas pratiquer plus assidument le dialogue musical ?
– Maman, steuplait, on peut regarder un dessin animé ? Steuplait ! Steuplait !
– Non les enfants, pas maintenant ! Faites d’abord vos exercices de contrebasse et, si vous avez bien travaillé, nous verrons… ! D’ailleurs votre professeur Božo Paradžik vous attend dans le jardin…
Les garnements se mettent donc au travail, l’esprit tout entier occupé par la future récompense… et, si la qualité de l’effort s’entend, le message aussi :
Alors, chose promise, chose due :
– Allez, tous devant l’écran, La Panthère rose vous attend… en musique, bien sûr !

| O Maria, quam pulchra es, quam suavis, quam decora. Tegit terram sicut nebula, lumen ortum indeficiens, flamma ignis, Arca federis, inter spinas ortum lilium, tronum [S]ion in Altissimis in columna nubis positum. O Maria… Ante sæcula creata girum cœli circuivit sola, profundum abissi penetravit. Et in fluctibus maris ambulavit, omnium corda virtute calcavit, et in hereditate Domini morata est. Tegit terram… O Maria… Alleluia. |
Ô Marie, que tu es belle, que tu es douce, que tu es avenante. Elle enveloppe la terre tel un nuage, une lumière s’élève infaillible, une flamme, un feu, l’Arche d’Alliance, un lys poussé parmi les épines, le trône de Sion placé au plus haut dans une colonne de nuée. Ô Marie… Avant la création des siècles, elle a parcouru les confins du ciel, et a pénétré les profondeurs de l’abîme. Elle a marché sur les flots de la mer, foulé avec vertu le cœur de tous, et persévéré dans l’héritage du Seigneur. Elle enveloppe la terre… Ô Maria… Alléluia. |
*Petit commentaire sur Perles d’Orphée
Il n’est pas d’art vrai sans une forte dose de banalité.
Celui qui use de l’insolite d’une manière constante lasse vite, rien n’étant plus insupportable que l’uniformité de l’exceptionnel.
Cioran – De l’inconvénient d’être né – 1973
Il me fallait bien ce solide encouragement de mon cher Cioran pour m’autoriser à ressortir des cartons – pour autant qu’elle y soit un jour entrée – cette banalité si éternellement charmante, « Les feuilles mortes ». qu’écrivit jadis Prévert sur une musique de Kosma, pour le film de Marcel Carné en 1946, « Les portes de la nuit » :
C’est le Destin, incarné par Jean Vilar, rôle central et énigmatique, catalyseur des évènements, maître du temps et symbole de l’inexorable, qui entonne le thème à l’harmonica…
Quelqu’un ne prétendait-il pas qu’écrire, c’est transformer des abîmes de banalités en sommets mythologiques. S’il en fallait un témoignage…
Quel chemin en presque 80 ans, depuis le zinc d’un bistro parisien, pour ces « Feuilles mortes » que le vent du Nord a emportées certes, mais assurément pas dans la nuit froide de l’oubli. A travers la planète entière les déposant sur toutes les lèvres, et entre les doigts de tous les musiciens de tous les styles, indifférentes aux modes et aux temps. Simple banalité poétique et musicale, extraite d’un film mal accueilli à son époque, devenue succès planétaire, mythique.
Le Jazz n’a pas attendu pour les ériger en standard, tant de fois repris. Elles étaient il y a peu au Japon, et c’est entre batterie, piano et contrebasse qu’on les a surprises virevoltant au rythme des excellents musiciens du Osaka Jazz Channel.
Charmantes toujours nonobstant leurs humeurs :
Introverties : avec Yuka Yanagihara au piano, Yuu Miyano à la contrebasse, et à la batterie Takashi Kuge, animateur de la chaîne.
Extraverties : avec Yuu Miyano à la contrebasse, Takashi Kuge à la batterie, et Saori Kobayashi au piano

Je me vouvoie toujours quand, en colère, je m’en prends à moi-même. Car c’est bien trois douceurs, en effet, que j’ai saisies dans la bonbonnière du très élégant Reynaldo Hahn que Marcel Proust a tant aimé. Non pas celle que j’ai déjà fouillée si souvent, consacrée aux admirables mélodies qu’il a composées autour des poèmes de Verlaine, Hugo, Moréas, Coppée et tant d’autres, mais celle où il conserve ses délicieuses et raffinées oeuvres pour piano – piano seul, piano à quatre mains, deux pianos – dans laquelle, au vrai, trop peu de mains se perdent.
Mais, chacun le sait, je suis partageur… Alors, m’étant déjà pardonné moi-même, à votre tour, si je vous fais goûter à mon butin, me pardonnerez-vous ?
≅
A l’ombre rêveuse de Chopin (Premières valses – 1898)
Eric Le Sage – piano
≅
Hivernale (Le rossignol éperdu / Série IV Versailles – 1899-1910)
Eric Le Sage – piano
≅
Décrets indolents du hasard (Le ruban dénoué, suite de valses à deux pianos – 1915)
Lucas & Arthur Jussen – pianos
Cette série de valses a occupé quelques-uns de mes mornes loisirs en ces derniers mois. Je ne m’en exagère pas la valeur musicale. Mais j’ai tenté d’y fixer des instants qui auront compté dans ma vie. – Reynaldo Hahn
Les mouvements que Dieu me fait la grâce de mettre en moi, je ne puis les percevoir que dans une abstraction complète, comme ceux qui écoutent la musique les yeux fermés.
Il y a le réel et il y a l’irréel. Au-delà du réel et au-delà de l’irréel, il y a le profond.
Henry de Montherlant – Le maître de Santiago.
∞
‘Beyond Bach’
(composition de Gabriela Montero)
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