Flâner entre le rêve et le poème… Ouvrir la cage aux arpèges… Se noyer dans un mot… S'évaporer dans les ciels d'un tableau… Prendre plaisir ou parfois en souffrir… Sentir et ressentir… Et puis le dire – S'enivrer de beauté pour se forcer à croire !
Peu de risque, dans l’intimité des salons de musique, de se faire mordre par une tarentule, et partant, d’y surprendre quelques danseurs aux pieds nus sautillant jusqu’à la transe. Cela ne signifie nullement pourtant que la Tarentelle n’aura pas trouvé sa place dans l’atmosphère feutrée des lieux ni qu’elle y aura perdu son entrain et sa bonne humeur, en abandonnant un peu de sa mythologie.
Tarentelle à la chambre
William Henry Squire 1871-1963 « Tarantella » Op. 23 Susanne Beer (violoncelle) Frederic Bager (piano)
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Camille Saint-Saëns 1835-1921 « Tarentelle en La mineur » Op. 6 Pour flûte, clarinette et piano Trio Dobona
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David Popper 1843-1913 « Tarantella » Amit Peled violoncelle) Noreen Polera (piano)
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À quoi la musique fait appel en nous, il est difficile de le savoir. Ce qui est certain, c’est qu’elle touche une zone si profonde que la folie elle-même n’y saurait pénétrer.
La musique, les rythmes, la danse et ses sources multiples, la légende, tout dans la tarentelle des villages était fait pour séduire les compositeurs et chorégraphes. Ils ne tarderont pas à l’intégrer dans leurs créations. Et voilà que, grâce à Tchaïkovski, Rossini, Chopin, Balanchine, entre autres, cette joyeuse exultation populaire va conquérir les scènes des grands théâtres, pour le bonheur de tous :
Tarentelle en scène
George Balanchine 1904-1983 (chorégraphie) « Tarantella » Musique de Louis Mauro Gottschalk 1829-1869 Maia Makhateli & Remi Wortmeyer (danseurs)
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Vladimir Vassiliev18 avril 1940 (chorégraphie) « Tarentelle » du Ballet « Anyuta » (1982) Musique de Valeri Gavrilin 1939-1999 Amanda Gomes (danseuse)
« Anyuta » est un ballet en deux actes d’abord créé pour la télévision soviétique en 1982 avant d’être adapté pour la scène. L’œuvre est une fusion réussie de la danse classique et d’une narration théâtrale émouvante, inspirée d’une nouvelle de Tchekhov, « Anne au cou ».
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Gioacchino Rossini 1792-1868 « La Danza » Joyce Di Donato (soprano) Antonio Pappano (piano)
Rossini écrit cette pièce en 1835 sur des paroles du librettiste Carlo Pepoli, pour un cycle de mélodies inspirées de thèmes folkloriques, « Soirées musicales ». Les transcriptions pour orchestre d’abord, pour piano seul par Franz Liszt ensuite, et l’intégration de l’œuvre par Ottorino Respighi dans un de ses ballets provoquent l’immense succès de « La Danza », qui ne s’arrêtera pas avec le temps – en témoigne notre cinéma.
Già la Luna è in mezzo al mare, Mamma mia si salterà: L’ora è bella per danzare; Chi è in amor non mancherà!
Presto in danza a tondo a tondo… Donne mie venite quà: Un garzon bello e giocondo A ciascuna toccherà.
Fin che in ciel brilla una stella, E la luna splenderà; Il più bel con la più bella Tutta notte danzerà.
Mamma mia, mamma mia, già la luna è in mezzo al mare, mamma mia, mamma mia, mamma mia si salterà. Frinche frinche frinche frinche mamma mia, si salterà, La la ra la ra…
Salta, salta, gira, gira, Ogni coppia a cerchio va, Già s’avvanza, si ritira, E all’ assalto tornerà.
Serra, serra colla bionda, Colla bruna va quà e là, Colla rossa va a seconda, Colla smorta fermo sta.
Viva il Ballo a tondo, a tondo Sono un Rè, sono un Bascià, È il più bel piacer del mondo, La più cara voluttà!
Mamma mia, mamma mia, già la luna è in mezzo al mare, mamma mia, mamma mia, mamma mia si salterà. Frinche frinche frinche frinche mamma mia, si salterà, La la ra la ra…
Déjà la lune est sur la mer, Mamma mia, on sautera ! L’heure est belle pour danser, qui est amoureux n’y manquera.
Vite dansons en rond, en rond, Toutes mes femmes venez là, Un garçon beau et joyeux Pour chacune il y aura,
Tant qu’au ciel brille une étoile Et que la lune resplendira. Le plus beau avec la plus belle Toute la nuit dansera.
Mamma mia, mamma mia, Déjà la lune est sur la mer, Mamma mia, mamma mia, Mamma mia, on sautera. Frinche, frinche, frinche, Mamma mia, on sautera. La ! la ra la ra
Saute, saute, vire, vire, Chaque couple en cercle va, Il s’avance et il recule Et à l’assaut retournera.
Vite, vite, avec la blonde, Avec la brune va çà et là Avec la rousse va une seconde, Avec la pâle arrête-toi.
Vive le bal en rond en rond, Je suis un Roi, je suis un Pacha, C’est le plus beau plaisir du monde La plus chère volupté.
Mamma mia, mamma mia, Déjà la lune est sur la mer, Mamma mia, mamma mia, Mamma mia, on sautera. Frinche, frinche, frinche, Mamma mia, on sautera. La ! la ra la ra
Une injonction vitale née d’une d’une croyance populaire ancrée dans la peur. Au Moyen Âge, dans la région des Pouilles en Italie, les paysans pensaient que la morsure de l’araignée tarentule (Lycosa tarentula) provoquait une maladie, le tarentisme. Ses symptômes : prostration, anxiété, douleurs et convulsions, capables de provoquer la mort. La seule manière d’en guérir, selon la tradition, était de se livrer à une danse frénétique jusqu’à l’épuisement total. Mais encore fallait-il, selon la légende, pour que cesse l’effet du venin, que la danse plût à la grosse bête.
La Tarentelle était née. Et pour accompagner cette frénésie de piétinements et de soubresauts destinés à mimer jusqu’à la transe les mouvements désordonnés de l’araignée, la musique. Indispensable musique et son rythme effréné porté par les tambourins, accordéons, guitares, fifres et autres mandolines.
L’effrayante tarentule trouvait ainsi sa voie royale vers la postérité, la grande porte de la musique. Avec le temps, les tarentelles populaires et campagnardes, perdant leur intention mystique originelle, deviendront musiques de fêtes, ballades sentimentales, parfois mélancoliques, sur des rythmes moins endiablés. Cette danse entrainante, avec toutes ses variantes régionales, devenue l’expression de l’identité culturelle du sud de l’Italie, ne tardera pas à inspirer les compositeurs classiques – et chorégraphes – qui transporteront cette musique joviale et gaillarde des places de villages jusqu’aux salons huppés et aux scènes prestigieuses.
Tarentelle au village
– Tarentelles populaires –
Quelques exemples…
« Pizzica di San Vito dei Normanni » Vincenzo Capezzuto (voix) Anna Dego (danse) Ensemble L’Arpeggiata – Christina Pluhar
Jusqu’à la transe…
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« Pizzica di Aradeo » Claudia De Siato (voix) Marta Grazia (danse) Ensemble Terra Taranta
Dansez tous, dansez fort, car la tarentule est vivante, bien vivante.
Si c'est une tarentule, laissez-la danser, mais si c'est la mélancolie, chassez-la.
Où t'a-t-elle piqué pour que tu ne te sentes pas bien ? Tout au creux de la poitrine, prends la rose, porte-la sur ton cœur, au milieu du creux du cœur.
Si tu vois que ton pied bouge, c'est le signe qu'il veut danser.
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« Tarantella del Gargano » Lina Sastri Teatro Bellini di Napoli – 2012
Une forme moins agitée de Tarentelle, plus mélodique et poétique. Pièce emblématique du répertoire populaire. Ses paroles en dialecte local, racontent une histoire d’amour courtoise et passionnée. C’est un dialogue entre un homme qui exprime son amour et sa souffrance, et la femme qui lui répond. La musique cherche à créer une atmosphère à la fois joyeuse et mélancolique, oscillant entre l’ardeur du désir et la tristesse de l’éloignement.
Athanasius Kircher, un jésuite allemand du XVIIème siècle, est une figure importante et fascinante dans l’histoire du tarentisme et de la tarentelle. Bien qu’il n’ait pas directement assisté aux rituels de guérison, son travail a joué un rôle crucial dans la diffusion de la connaissance sur ce phénomène en Europe. Il a lui-même composé quelques tarentelles à partir des récits qu’il a recueillis durant ses séjours à Rome.
***
Qu’on me laisse rêver qu’une immense armée de tarentules s’abattra sur le monde rugueux et irascible pour que toutes les places de tous ses villages s’animent enfin aussi joyeusement !
N’oublie jamais l’enfant aux racines gorgées des sucs mystérieux des pavots de la nuit, déchiré par la peur de quitter son domaine, n’oublie jamais l’enfant, visage de ma peine.
Car il est tant de voix sous la soie de ma gorge, tant d’oiseaux, de vautours, de pies et de mésanges que je ne sais jamais si le champ que je forge m’est dicté par le fer, le feu ou le silence.
Pourtant mes fleurs voraces font patte de velours aux inconnus qui passent, des larmes dans les yeux. Pouvais-je me donner alors à un amour qui n’aurait frissonné que sous mes mains humaines ?
Ma petite clé d’or, mon pain, ma glace bleue, col de cygne, tête vide, épuisant Sahara, je veux faire de toi une étonnante vigne où je pourrais cueillir ton âme grain à grain.
Amour, entends pleurer sur toi les fruits mortels d’un désarroi plus grand encore d’être sans cause. Je n’ai plus rien à dire. Mes plaies crient sous le sel. Les questions sont pour l’homme, les ciseaux pour les roses.
Je suis un minuscule parasite suceur de sang, à peine visible entre les poils de votre gros chat ou dans les joints d’un parquet. Malgré ma solide réputation de sauteur – je peux sauter jusqu’à 150 fois ma taille – on utilise souvent mon image pour souligner la petitesse ou l’insignifiance, voire pour se moquer. Rien chez moi, au demeurant, qui pût me laisser espérer faire carrière en poésie, au théâtre ou même inspirer une chanson. Difficile, n’est-ce pas, de rivaliser avec le fier papillon ?
Et pourtant, moi, la puce :
J’ai inspiré un poète de la Renaissance, Jean Antoine de Baïf. Il a écrit une ode, coquine certes, dans laquelle un séducteur prétend que je me suis réfugiée dans son oreille et que rien n’apaise les effets désagréables de ma morsure… sauf, peut-être, la caresse de sa belle amie.
Mais, ce n’est pas tout, deux compositeurs du temps, et pas des moindres, le franco-flamand Roland de Lassus (Orlando di Lasso) et le français Claude Le Jeune, m’ont gratifiée, l’un et l’autre, d’une mise en musique de ce poème.
« Une puce j’ay dedans l’oreille »
Claude Le Jeune (1528-1600)
Une puce j’ai dedans l’oreille, hélas Qui de nuit et de jour me frétille et me mord Et me fait devenir fou.
Nul remède n’y puis donner, je cours de là, Retire-la moi je t’en prie. O toute belle, secoure-moi.
Quand mes yeux je pense livrer au sommeil Elle vient me piquer, me démange et me poind, et me garde de dormir. Nul remède…
D’une vielle charmeresse aidé je suis Qui guérit tout le monde, et de tout guérissant ne m’a su me guérir moi. Nul remède…
Bien je sais que seule peut guérir ce mal Je te prie de me voir de bon œil et vouloir m’amollir ta cruauté. Nul remède…
Roland de Lassus (1532-1594)
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Au XVIIIème siècle aussi la musique m’a offert une heure de gloire : Joseph Bodin de Boismortier a composé une petite pièce de clavecin pour me faire allègrement sauter sur le clavier. Comme ça :
Joseph Bodin de Boismortier 1689-1755 Pièce en rondeau – « La Puce » Gustav Leonhardt (clavecin)
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Et – il faudra bien me croire -, le grand Goethe, oui ! Johann Wolfgang von Goethe lui-même, m’a convoquée, moi, la puce, au beau milieu de son Faust pour que j’illustre, non sans humour et sarcasme, à travers le propos de Méphistophélès, le ridicule de la vanité humaine et des extravagances du pouvoir.
Ce « Flohlied », cette « Chanson de la puce », dans laquelle on me pare avec bouffonnerie des habits de courtisan et de ministre, aura inspiré Beethoven, Berlioz, Wagner, Moussorgski, Busoni et peut-être d’autres compositeurs encore. Seul Gounod aura préféré confier à un veau l’absurdité de la situation. Les mauvaises langues diront que le rôle est peu flatteur, certes, mais une puce pour servir le diable, quel honneur !
Outre Beethoven (Flohlied op. 75 no 3), Wagner (Es war einmal ein König) la fait sautiller par des lignes en zigzags qui se retrouvent chez un Moussorgski privilégiant l’élément grotesque, tandis que Busoni mise sur un effet circulaire et une accélération du rythme. A l’orchestre, Berlioz joue de brusques ‘double forte‘ (effet de piqûre là encore), d’accents appuyés, de cordes mordantes, de pizzicatos…
François Laurent (dans un article de Diapason – janvier 2023)
Ludwig van Beethoven 1770-1827 « Flohlied » Op.75 N°3 Matias Bocchio (baryton) Susanna Klovsky (piano)
Es war einmal ein König, Der hatt' einen großen Floh, Den liebt' er gar nicht wenig, Als wie seinen eig'nen Sohn. Da rief er seinen Schneider, Der Schneider kam heran; "Da, miß dem Junker Kleider Und miß ihm Hosen an!"
In Sammet und in Seide War er nun angetan, Hatte Bänder auf dem Kleide, Hatt' auch ein Kreuz daran, Und war sogleich Minister, Und hatt einen großen Stern. Da wurden seine Geschwister Bei Hof auch große Herrn.
Und Herrn und Frau'n am Hofe, Die waren sehr geplagt, Die Königin und die Zofe Gestochen und genagt, Und durften sie nicht knicken, Und weg sie jucken nicht. Wir knicken und ersticken Doch gleich, wenn einer sticht.
......
Il était une fois un roi qui avait une grande puce, il l'aimait autant que son fils. Un jour il fit venir un tailleur: "Taille des vêtements à ce gentilhomme, prends ses mesures pour un pantalon!"
La puce était vêtue de velours et de soie et portait des rubans et une croix. Elle fut aussitôt nommée ministre et ses frères et sœurs devinrent grands seigneurs.
Et les hommes et les dames de la cour étaient importunés ; la reine et sa servante se faisaient piquer et ronger. Et nous n'avions le droit ni de l'écraser ni de nous gratter, alors qu'en général on écrase l'insecte dès qu'il nous pique.
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Hector Berlioz 1803-1869 «Chanson de la puce »(« La Damnation de Faust ») Gabriel Bacquier (baryton) Orchestre National de l’ORTF Jacques Houtmann (direction)
Une puce gentille Chez un prince logeait. Comme sa propre fille, Le brave homme l'aimait, Et, l'histoire assure, À son tailleur un jour Lui fit prendre mesure Pour un habit de cour. L'insecte, plein de joie Dès qu'il se vit paré D'or, de velours, de soie, Et de croix décoré. Fit venir de province Ses frères et ses sœurs Qui, par ordre du prince, Devinrent grands seigneurs. Mais ce qui fut bien pire, C'est que les gens de cour, Sans en oser rien dire, Se grattaient tout le jour. Cruelle politique ! Ah! plaignons leur destin, Et, dès qu'une nous pique, Ecrasons-la soudain !
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Et toujours sur le même texte de Goethe :
Richard Wagner 1839-1881 «Chanson de la puce »(in « Sept pièces pour le Faust de Goethe ») Peter Schöne (baryton) Tobias Koch (piano)
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Modeste Moussorgski 1839-1881 «Chanson de la puce »(puce en russe = « Blokha ») Evgueni Nesterenko (basse) Vladimir Krainev (piano)
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Ferruccio Busoni 1866-1924 «Chanson de la puce » Dietrich Fischer-Dieskau (baryton) Jörg Demus (piano)
Dans notre France en bascule entre XIXème et XXème siècles, les courants musicaux passent et se métamorphosent, les sensibilités mutent, l’esthétique des formes se renouvelle, se modernise. Demeurent les thématiques et les symboles : Amour, Beauté, Mort. Ne les dit-on pas éternels ? Nul donc ne s’étonnerait de retrouver encore, insouciant philosophe, notre papillon virevoltant autour du piano de Debussy ou butinant un Si bémol sur une portée de Gabriel Fauré.
Gabriel Fauré 1845-1924 « Le papillon et la fleur » Opus1 – N°1 (Mélodie Française) Poème de Victor Hugo Cyrille Dubois (ténor) Tristan Raës (piano)
Une fleur déclare au papillon son amour et lui confie ses tourments. Qui se ressemble s’assemble, mais…
Et nous nous ressemblons, et l’on dit que nous sommes Fleurs tous deux !
La pauvre fleur disait au papillon céleste: Ne fuis pas ! Vois comme nos destins sont différents. Je reste, Tu t’en vas !
Pourtant nous nous aimons, nous vivons sans les hommes Et loin d’eux, Et nous nous ressemblons, et l’on dit que nous sommes Fleurs tous deux !
Mais, hélas ! l’air t’emporte et la terre m’enchaîne. Sort cruel ! Je voudrais embaumer ton vol de mon haleine Dans le ciel !
Mais non, tu vas trop loin! – Parmi des fleurs sans nombre Vous fuyez, Et moi je reste seule à voir tourner mon ombre À mes pieds.
Tu fuis, puis tu reviens; puis tu t’en vas encore Luire ailleurs. Aussi me trouves-tu toujours à chaque aurore Toute en pleurs !
Oh ! pour que notre amour coule des jours fidèles, Ô mon roi, Prends comme moi racine, ou donne-moi des ailes Comme à toi !
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Gabriel Fauré 1845-1924 « Papillon » Op.77 pièce pour violoncelle et piano Pauline Bartissol (violoncelle) LaurentWagshal (piano)
Cette petite pièce est commandée à Fauré par son éditeur qui souhaitait qu’elle fût brillante, virtuose, difficile mais lyrique. Fauré s’exécuta, la pièce fut enregistrée au catalogue en septembre 1884. Mais le compositeur et l’éditeur ne pouvant s’accorder sur le titre, l’œuvrette resta dans un tiroir. Ce n’est qu’en 1898 que Gabriel Fauré en permit la publication sous le titre « Papillon ».
Le musicologue Jean-Michel Nectoux rapporte que Fauré accompagna son approbation de cette phrase à destination de l’éditeur : « Papillon ou mouche à m…, mettez ce que vous voulez ! »
D’aucuns auraient peut-être choisi « Vol du bourdon », non sans préciser – rigueur musico-entomologique oblige – « à la française ». Comparaison n’est pas raison, mais…
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Le court poème « Les papillons », extrait de « La comédie de la mort », recueil publié en 1838 par Théophile Gauthier, aura reçu les faveurs musicales d’Ernest Chausson et de Claude Debussy. La « Mélodie Française » pouvait-elle être mieux servie ?
Théophile Gauthier poème « Les papillons »
Par
Ernest Chausson 1855-1899 Gérard Souzay (baryton) Jacqueline Bonneau (piano)
Les papillons couleur de neige Volent par essaims sur la mer ; Beaux papillons blancs, quand pourrai-je Prendre le bleu chemin de l'air ?
Savez-vous, ô belle des belles, Ma bayadère aux yeux de jais, S'ils me pouvaient prêter leurs ailes, Dites, savez-vous où j'irais ?
Sans prendre un seul baiser aux roses, À travers vallons et forêts, J'irais à vos lèvres mi-closes, Fleur de mon âme, et j'y mourrais.
Par
Claude Debussy 1862-1918 Véronique Dietschy (soprano) Emmanuel Strosser (piano)
Jacques Offenbach 1819-1880 « Le papillon »(valse) (extrait du ballet éponyme de 1860) Cologne West German Radio Orchestra Direction : Pinchas Steinberg
Thème du ballet : Une histoire de fée, de magie et d’amour. Une servante, transformée en papillon par une fée maléfique, est finalement libérée de son sort et peut épouser le prince qu’elle aime.
La « Valse du papillon », encore appelée « Valse des rayons », accompagne dans le ballet les envolées gracieuses de la ballerine. Un moment de musique pleine de légèreté, d’élégance et de vivacité, caractéristique du style d’Offenbach. Le succès de cette valse la rendra indépendante du ballet originel ; elle deviendra une pièce de concert à part entière, offrant au vers célèbre de Musset un nouvel horizon : « La valse d’un coup d’aile a détrôné la danse ». (Que l’auteur et le lecteur me pardonnent !)
– Tourbillonnons, voulez-vous ? Une valse pour effacer le temps…
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Camille Saint-Saëns 1835-1921 « Papillons »(Mélodie Française – 1918) poème de Renée de Léché Marina Pacheco (soprano) Erina Beutelspacher (piano)
Où t’envoles-tu, si frêle Petit papillon léger ?
Où t'envoles-tu, si frêle, Petit papillon léger ? N'est-il donc pas vrai que l'aile Se lasse de voltiger ?
Ne crains-tu pas que la brise Puisse en jouant te flétrir, Ou que l'ouragan te brise, Qu'un soir vienne te meurtrir ?
Oh ! non, ton corps diaphane Veut se griser de l'azur, De la rose qui se fanne, D'un ciel de printemps plus pur ...
Tu veux choisir le calice D'une fleur pour ton berceau, T'endormir avec délice Au sein d'un jardin si beau.
Ne t'éveiller qu'à l'aurore Et lorsque le grand soleil Par delà les monts qu'il dore Sourit au matin vermeil.
N'être que beauté, que vie, Rien que tendresse et qu'espoir, Éblouissante folie, Et puis ... mourir un beau soir.
Mourir d'avoir fait un rêve, Mourir d'avoir trop aimé, D'avoir aspiré sans trêve L'air enflammé !
Mourir d'avoir en l'espace Eu pour règle ton désir, D'être un papillon qui passe Et que la mort va saisir.
Papillons couleur de flamme, Papillons légers et fous, Vous ressemblez à nos âmes Qui sont folles comme vous.
Au gré de leurs doux caprices Elles vont pour se griser De calices en calices Et de baisers en baisers.
Puis, quand la mort vient, cruelle, Nos âmes, d'un large essor S'envolent à tire d'aile Comme les papillons d'or !
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Jules Massenet 1842-1912 « Papillons »(diptyque pour piano – 1907) Aldo Ciccolini (piano)
Massenet est depuis longtemps reconnu comme maître de l’opéra lorsqu’il écrit ces deux pièces pour piano. Sa musique ici cherche à traduire des impressions et laisse déjà entendre la transition de l’époque romantique vers l’impressionnisme cher à Debussy.
1/ Papillons noirs : valse à la tonalité mélancolique, évoquant une atmosphère sombre qui n’est pas généralement celle qu’est censée proposer l’image du papillon.
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2/ Papillons blancs : la tonalité de Fa majeur confère à cette pièce une impression de légèreté, voire d’insouciance, offrant au toucher délicat du pianiste d’illustrer les soubresauts aériens et fantasques des papillons blancs du printemps.
À suivre : Papillon français… moderne et impressionniste…
Georges Brassens, ce grand monsieur bien sympathique, un peu bourru, œil profond, moustache épaisse et guitare grivoise, qui jadis – il n’y a pas si longtemps – parlait et écrivait notre langue comme un académicien un tantinet encanaillé, aurait-il capturé tous les papillons qui pendant des siècles avaient choisi d’égayer les partitions des musiciens français ?
Il est vrai qu’aujourd’hui le vol à la mode est le vol à mains armées, et que la balle de kalachnikov sonne plus fort que l’éternuement d’un papillon.
C’est pourtant aux français, parmi tous les compositeurs européens des siècles précédents, de la période baroque jusqu’au début de la modernité en passant par l’ère romantique, que le papillon doit sa part musicale la plus riche. Tant de leurs œuvres ont mis le bel insecte à l’honneur : arias d’opéras, musiques de ballet, chansons populaires, pièces instrumentales diverses et, – merveilles de la « Mélodie Française » -, romances suaves destinées à accompagner les poèmes que sa grâce et sa symbolique auront inspirés.
Papillon français… et baroque
Papillon français… et romantique
Papillon français… moderne et impressionniste
André Campra 1660-1744 « Chanson du papillon » (extrait des « Fêtes Vénitiennes » – opéra-ballet) Kaja Eidé Noréna(soprano)
Charmant papillon dont l'aile d'or passe Dans l'espace Comme une fleur!
Que ne puis-je, sur ta trace, M'envoler avec toi comme une sœur!
Charmant papillon dont l'aile d'or passe Dans l'espace Comme une fleur! Je voudrais voler avec toi Comme une sœur!
C'est à peine si tu te poses, Sur la feuille tendre des roses, Dans l'espace que tu parcours, Ah! Que tes bons jours sont courts!
Charmant papillon dont l'aile d'or passe Dans l'espace Comme une fleur! Je voudrais voler avec toi Comme une sœur!
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François Couperin 1668-1733 « Les papillons » (Pièces pour clavecin – 1er livre – 2ème ordre) Gustav Leonhardt (clavecin)
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Jean-Philippe Rameau 1683-1764 « Papillon inconstant » (« Les Indes Galantes » / 1735 – extrait) Melissa Petit (soprano) Les Talens Lyriques Direction : Christophe Rousset
Papillon inconstant, vole dans ce bocage, Arrête-toi, suspens le cours De ta flamme volage. Jamais si belles fleurs sous ce naissant ombrage, N’ont mérité de fixer tes amours. Papillon inconstant, vole dans ce bocage, Arrête-toi, suspens le cours De ta flamme volage.
On ne s’étonnera pas que les musiciens espagnols aient plus volontiers salué les taureaux que les papillons, confiant leurs improvisations à de rares instruments bien peu communs.
« Mariposas » – musique créative Mar Loi (« handpan ») Pièce musicale narrative créée entre les murs du quartier gothique de Barcelone, en collaboration avec Gülcin Bekar et Manik SoundSculptur
! ! !
Angleterre
Les compositeurs anglais, pour leur part – discrète cependant – ont été un peu plus attentifs à notre lépidoptère, le faisant apparaître en filigrane dans certaines de leurs œuvres comme Britten dans sa pièce pour enfant « The Little Sweep » (Le Petit Ramoneur), ou Arnold Bax dans quelques pièces pour piano inspirées du monde celtique. Haendel au XVIIIème siècle et Frederic Hymen Cowen au début du XXème auront accordé un bel intérêt à ce cher papillon.
Georg Friedrich Haendel (1685-1759) « Qual farfalletta… » Opéra « Partenope » HWV 27 (1730) – Acte II scène 7 Les Arts Florissants – Direction musicale : William Christie Ana Vieira Leite (soprano)
Qual farfalletta Giro a quel lume E ’l mio Cupido Le belle piume Ardendo va.
Quel brio m’alletta Perché m’è fido, La mia costanza Ogn’altra avanza, Cangiar non sa.
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Comme un petit papillon, Je tourne autour de cette lumière, Et mon Cupidon, Aux belles ailes, Brûle d'ardeur.
Cette allure m'attire, puisqu' il m'est fidèle, Ma constance Surpasse toutes les autres. Elle ne sait pas changer.
Frederic Hymen Cowen (1852-1935) The Butterfly’s Ball – concert ouverture (1901) Slovak State Philharmonic Orchestra Direction musicale : Adrian Leaper
"Le bal du papillon" de Cowen est inspiré du poème de William Roscoe « The Butterfly's Ball, and the Grasshopper's Feast ». Il évoque une journée de fête pendant laquelle se réunissent joyeusement les insectes pour saluer la vie éphémère du papillon.
Les premiers vers du poème :
Come take up your Hats, and away let us haste To the Butterfly's Ball, and the Grasshopper's Feast. The Trumpeter, Gad-fly, has summon'd the Crew, And the Revels are now only waiting for you.
So said little Robert, and pacing along, His merry Companions came forth in a Throng. And on the smooth Grass, by the side of a Wood, Beneath a broad Oak that for Ages had stood...
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Prenez vos chapeaux, et hâtons-nous Au bal des papillons et au festin des sauterelles. Le trompettiste, le taon, a convoqué l'équipe, Et les festivités n'attendent plus que vous.
Ainsi parla le petit Robert, et tout en marchant, Ses joyeux compagnons se mirent en route en foule. Et sur l'herbe lisse, à côté d'un bois, Sous un grand chêne qui se dressait depuis des siècles...
A l’évidence la délicatesse, la légèreté et la fragilité du papillon ont particulièrement enchanté les compositeurs italiens pour qu’ils nous enchantent eux-mêmes à leur tour. Baroques ou romantiques c’est au cristal de la voix de soprano qu’ils ont confié l’évocation sonore du gracieux insecte, ou, à défaut, à l’aérienne agilité de la flûte.
Antonio Vivaldi (1678-1741) « La farfaletta s’aggira al lume » – RV 660 Cantate pour soprano – Aria I Arianna Vendittelli (soprano) Andrea Buccarella dirige l’Abchordis Ensemble
Aria - Andante molto (la maggiore)
La farfalletta s’aggira al lume, Sen vola l’ape d’intorno ai fiori, E Clizia amante segue il suo sol. Per te mio caro vezzoso nume, Nel sen io sento gl’accesi ardori, Se in me Cupido spiegò il suo vol. La farfalletta s’aggira al lume...
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Le petit papillon vole autour de la lumière, L'abeille vole autour des fleurs, Et Clizia, amoureuse, suit son soleil. Pour toi, mon cher dieu charmant, Je sens dans mon cœur une ardeur brûlante, Comme si Cupidon avait déployé ses ailes en moi. Le petit papillon vole autour de la lumière...
Antonio Vivaldi (1678-1741) « La farfalletta audace » Aria pour voix et basse continue d’un opéra non identifié. RV 749.6 Simone Kermes (soprano) Venice Baroque Orchestra – Direction Andrea Marcon
La farfalletta audace Sen vola alla sua face E incenerir la fa Chi l’innamora.
Anch’io sperai goder Ma quel falso piacer Che inamorar mi fa Vuol or che mora.
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Le petit papillon audacieux Vole vers son visage Et réduit en cendres Celui qui l'aime.
Moi aussi, j'espérais jubiler Mais ce faux plaisir Qui me fait tomber amoureux Veut maintenant que je meure.
Domenico Scarlatti (1685-1757) « Qual farfalletta amante » Extrait d’une cantate profane non identifiée Sumi Jo (soprano)– Lee Young-i (piano)
Qual farfalletta amante, io volo a quella fiamma, che in petto il cor m’ infiamma, e morte non mi da. Il vago tuo sembiante se accresce in me l’ardore a quest’afflitto core Ristor pur darà.
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Comme un papillon amoureux, je vole vers cette flamme, qui enflamme mon cœur, et ne me donne pas la mort. Ton vague visage augmente en moi l'ardeur de ce cœur affligé, mais lui donnera aussi du réconfort.
Vincenzo Bellini (1801-1835) « La Farfalletta » Mélodie extraite des Composizioni da camera Juliette Mey (soprano) – Payaka Niwano (piano)
Farfalletta, aspetta, aspetta; non volar con tanta fretta. far del mal non ti vogl’io; ferma, appaga il desir mio.
Vo’ baciarti e il cibo darti, da’ perigli preservarti. di cristallo stanza avrai e tranquilla ognor avrai.
L’ali aurate, screziate so che Aprile t’ha ingemmate, che sei vaga, vispa e snella, fra tue eguali la più bella.
Ma crin d’oro ha il mio tesoro, il fanciullo ch’amo, e adoro. e a te pari vispo e snello fra i suoi eguali egli è il più bello.
Vo’ carpirti, ad esso offrirti; più che rose, gigli, e mirti ti fia caro il mio fanciullo, ed a lui sarai trastullo.
Nell’aspetto e terso petto, rose e gigli ha il mio diletto. Vieni, scampa da’ perigli, non cercar più rose e gigli.
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Petit papillon, attends, attends ; ne vole pas si vite. Je ne te veux aucun mal ; arrête-toi et comble mon désir.
Je veux t'embrasser et te donner à manger, te préserver du danger. Ta chambre sera en cristal et toujours tu seras en paix.
Je sais qu’avril de pierre précieuses a paré tes ailes d’or et de moire que tu es gracieux, vif et svelte le plus beau parmi tes semblables
Mais mon trésor a des cheveux d'or, l'enfant que j'aime et que j'adore ; et comme toi, vif et élancé, il est le plus beau parmi ses semblables.
Je veux te capturer, t'offrir à lui ; plus que roses, lys et myrtes, mon enfant te sera cher, et tu seras son amusement.
Dans son apparence, dans son cœur pur, mon bien-aimé n'a que roses et lys. Viens, épargne-toi le danger, ne cherche plus ailleurs les roses et les lys.
Ernesto Köhler (1849-1907) « Papillon » Étude de concert pour flûte et piano Op.30 N°4 Denis Lupachev (flûte) · Natalia Frolova (piano)
Il faudrait posséder les vertus comptables d’un Leporello pour établir « il catalogo », l’inventaire des conquêtes musicales du papillon dans ses tournées européennes au fil du temps. Et quand bien même, « Mille e tre », cette seule page ne pourrait toutes les contenir. Qu’à cela ne tienne, on en rajoutera…
Allemagne
Franz Schubert Der Schmetterling – Op.57 No.1 – D. 633 Poème de August Wilhelm von Schlegel Dietrich Fischer-Dieskau (Baryton) – Gerald Moore (piano)
Wie soll ich nicht tanzen? Es macht keine Mühe, Und reizende Farben Schimmern hier im Grünen. Immer schöner glänzen Meine bunten Flügel, Immer süßer hauchen Alle kleinen Blüthen. Ich nasche die Blüthen; Ihr könnt sie nicht hüten.
Wie groß ist die Freude, Sey's spät oder frühe, Leichtsinnig zu schweben Ueber Thal und Hügel. Wenn der Abend säuselt, Seht ihr Wolken glühen; Wenn die Lüfte golden, Scheint die Wiese grüner. Ich nasche die Blüthen, Ihr könnt sie nicht hüten.
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Comment ne pas danser, Cela ne demande aucun effort, Et de charmantes couleurs Scintillent ici dans la verdure. Mes ailes colorées brillent De plus en plus joliment, Toutes les petites fleurs Exhalent un parfum de plus en plus doux. Je grignote les fleurs, Vous ne pouvez pas les enfermer.
Quelle joie immense, Que ce soit tôt ou tard, De flotter insouciant Au-dessus des vallées et des collines. Quand le soir murmure, Vous voyez les nuages rougeoyer ; Quand les airs sont dorés, La prairie semble plus verte. Je grignote les fleurs, Vous ne pouvez pas les enfermer.
Robert Schumann Schmetterling Poème de August Heinrich Hoffmann von Fallersleben Marina Pacheco (soprano) & Erina Beutelspacher (piano)
O Schmetterling sprich, Was fliehest du mich? Warum doch so eilig, Jetzt fern und dann nah!
Jetzt fern und dann nah, Jetzt hier und dann da.— Ich will dich nicht haschen, Ich tu dir kein Leid.
Ich tu dir kein Leid: O bleib allezeit! Und wär ich ein Blümchen, So spräch ich zu dir.
So spräch ich zu dir: Komm, komm doch zu mir! Ich schenk dir mein Herzchen, Wie gut bin ich dir!
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Ô papillon, dis-moi, Pourquoi me fuis-tu ? Pourquoi tant de hâte, Tantôt loin, tantôt près !
Tantôt loin, tantôt près, Tantôt ici, tantôt là-bas. — Je ne veux pas t'attraper, Je ne te ferai pas de mal.
Je ne te ferai pas de mal : Ô reste pour toujours ! Et si j'étais une petite fleur, Je te dirais :
Je te dirais : Viens, viens vers moi ! Je t'offre mon petit cœur, Car je suis bonne avec toi !
Notre lépidoptère trouve dans ce grand pays une terre d’accueil particulière. Il y est reçu, plus qu’ailleurs peut-être, comme un important symbole de la transformation, de l’immortalité, de la joie et du bonheur conjugal. Là, philosophie et poésie sont toujours promptes à lui ouvrir les portes des légendes populaires.
Aussi n’est-il pas rare de le voir souvent dans les salles de concert de Shanghai, Pékin ou autre province, agiter ses ailes près des erhus, pipas et guqins traditionnels réunis au sein d’un orchestre symphonique terriblement occidental. Le motif est connu, il porte un nom, un titre : « Les Amants Papillons » ou La romance de Liang Shanbo et de Zhu Yingtai, probablement l’histoire d’amour la plus populaire de Chine – « Roméo et Juliette » de l’Empire du Milieu, comme certains la surnomment -, et incontestablement l’œuvre musicale la plus connue du pays.
La romance de Liang Shanbo et de Zhu Yingtai
Ce concerto pour violon s’inscrit dans une belle histoire, qui trouve son origine dans un conte populaire du temps de la dynastie Jin orientaux au IIIème ou IVème siècle :
La légende :
Une jeune fille, Zhu Yingtai, doit se déguiser en garçon pour faire ses études dans une académie exclusivement masculine. Une amitié profonde empreinte d’une sexualité ambiguë se noue dans la durée entre elle (devenue provisoirement il) et Liang Shanbo, étudiant au noble cœur. Lorsque plus tard le jeune homme découvre la réalité, il s’empresse de déclarer sa flamme, mais la bienaimée est déjà promise par son père. Malade de chagrin Liang en meurt. Sa dernière volonté : que sa sépulture soit placée près du chemin que ne manquera pas d’emprunter Zhu le jour de son mariage. Ce jour venu, un violent orage contraint le cortège nuptial à s’arrêter. La jeune femme drapée dans sa robe de cérémonie apprend alors que la tombe au bord du chemin est celle de Liang ; elle abandonne les convives et rejoint tristement la stèle pour s’y recueillir. Quand elle voit le tombeau s’ouvrir à ses pieds elle s’y jette sans une hésitation. Le ciel s’éclaircit aussitôt et tous lèvent les yeux vers les deux papillons qui virevoltent amoureusement autour du tombeau refermé.
La musique :
En 1958, deux étudiants du Conservatoire de Shanghai, He Zhanhao et Chen Gang, écrivent un court concerto pour violon inspiré du destin tragique des deux amants. Les deux compositeurs choisissent la formation de l’orchestre occidental classique auquel ils adjoignent des instruments traditionnels chinois et combinent en une fusion heureuse les modes d’écriture musicale propres à chacune des cultures. Ils emprunteront également certaines mélodies soit à l’opéra chinois, soit à des chants folkloriques.
Le violon solo joue un rôle central, non pas seulement comme simple instrument concertant, mais comme narrateur de l’histoire. Il prend aussi la voix de l’héroïne Zhu Yingtai et exprime les émotions, les joies et les peines de la jeune fille, laissant au violoncelle le rôle de Liang Shanbo.
Concerto pour violon « Les Amants Papillons »
Compositeurs : He Zhanhao & Chen Gang
Violon soliste : Lu Siqing
Orchestre Symphonique de Suzhou
Direction : Peng Jiapeng
Un seul mouvement pour ce concerto mais une division des thèmes en sept tableaux :
1/ Adagio cantabile : Introduite par la harpe et la flûte la charmante mélodie portée par le thème principal illustre la rencontre heureuse de Zhu et Liang. Un nouveau thème toujours aussi mélodieux laisse imaginer la doucereuse complicité des deux amis à travers leurs jeux. Une brève cadence au violon conclue le mouvement, expression pudique du bonheur de Zhu. 2/ Allegro : Le violon lance une mélodie joyeuse au rythme soutenu : les années d'études se déroulent au fil des démonstrations virtuoses de l'instrument.
3/ Adagio assai doloroso : Le temps est venu de se séparer, études terminées. On s'invite, on se promet...
4/ Pesante – Piu mosso – Duramente : Zhu de retour chez son père se heurte au poids de ses décisions. Le violon seul lutte contre la puissance de l'orchestre. 5/ Lagrimoso : Liang rejoint Zhu. Il découvre sa féminité. L'amour réciproque des deux jeunes gens peut s'exprimer. Un tendre duo violon-violoncelle s'en charge.
6/ Presto resoluto : Introduites par une répétition de violents tutti la colère et la douleur de Liang qui apprend que Zhu est engagée par son père dans un mariage non désiré s'expriment à travers l'exultation brillante du violon soliste. La douce mélodie réapparaît, l'amour reste le maître. Liang meurt. Un solo de flûte suivi de quelques accords glissés à la harpe accompagnent son âme légère.
7/ Adagio cantabile : Dans cette section finale l'orchestre et le violon solo retrouvent le thème principal. Le violon évoque la paix revenue conduisant le souffle de l'orchestre jusqu'à une apothéose théâtrale. Enfin, par une ultime phrase empruntée au thème principal, saluant l'amour éternel, le soliste accompagne l'envol délicat de la harpe et de la flûte, deux amants devenus inséparables papillons.
Il est partout ! Sur tous les continents, dans tous les pays, et trouve sa place dans toutes les cultures. Qui croira que la seule énergie fragile de ses ailes lui permette, le temps d’une vie des plus fugaces, d’accomplir ses merveilleux voyages ?
Le papillon, insecte pourtant si avare de sons, sait de toute éternité que le plus sûr véhicule pour traverser le monde et butiner les cœurs c’est la musique – qu’elle s’accouple ou pas avec les vers du poète.
Papilio Dardanus
New York
Le voici à New York – il se fait appeler « Butterfly » – tournoyant autour du piano de Jon Batiste sur la scène du mythique ‘Ed Sullivan Theater‘ à Brodway.
"Butterfly"
Butterfly all alone But can you fly on your own? Take your place in the world today Butterfly flying home
Cherry plum and chewing gum Mini-skirts and cars that hum Driving 'round with your head held high Butterfly flying home
Stay a while here with me Up underneath the stars When you go you'll be free 'Cause you know who you are you're a butterfly, baby
Color scheme from a dream A tapestry that's so supreme I mean I've never seen Something so dang beautiful oh child As a butterfly flying home
Flying home
Ooh whoa whoa Whoa whoa whoa ooh
You see I'm howling at the moon Day and night (Ah whoa ooh) They say I'm as crazy as a loon But I'm alright All dressed in white
Butterfly in the air You can fly anywhere A sight beyond compare A sacred song And a sacred tone Butterfly flying home
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Papillon tout seul Mais peux-tu voler de tes propres ailes ? Prends ta place dans le monde aujourd'hui Papillon rentrant à la maison
Cerise prune et chewing-gum Mini-jupes et voitures qui ronronnent, vois-tu, tu es En train de conduire, la tête haute, Papillon rentrant à la maison
Reste un moment ici avec moi Sous les étoiles Quand tu partiras tu seras libre Car tu sais qui tu es Tu es un papillon
Palette de couleurs d'un rêve Une tapisserie si suprême Je veux dire que je n'ai jamais vu Quelque chose d'aussi beau, oh, enfant, Qu'un papillon rentrant à la maison
Tu vois, je hurle à la lune Jour et nuit Ils disent que je suis aussi fou qu'un oiseau Mais je vais bien Tout habillé de blanc
Papillon dans les airs Tu peux voler n'importe où Une vue incomparable Une chanson sacrée Une langue sacrée Papillon rentrant à la maison
Cuba
Un clin d’œil et le voici à Cuba, posé sur la corde de Mi de la guitare de Pablo Milanés qui a justement mis en musique les vers du poète national Nicolás Guillén. Notre papillon ici se fait appeler « Mariposa ».
Mariposa
Quisiera hacer un verso que tuviera ritmo de Primavera; que fuera como una fina mariposa rara, como una mariposa que volara sobre tu vida, y cándida y ligera revolara sobre tu cuerpo cálido de cálida palmera y al fin su vuelo absurdo reposara –tal como en una roca azul de la pradera– sobre la linda rosa de tu cara…
Quisiera hacer un verso que tuviera toda la fragancia de la Primavera y que cual una mariposa rara revolara sobre tu vida, sobre tu cuerpo, sobre tu cara.
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Je voudrais écrire un poème qui aurait le rythme du printemps; qui serait comme un papillon rare et délicat, comme un papillon qui volerait au-dessus de ta vie, et candide et léger, volèterait au-dessus de ton corps chaud comme une palme chaude, et enfin, son vol inconséquent se poserait – comme sur un rocher bleu dans la prairie – sur la jolie rose de ton visage…
Je voudrais écrire un poème qui aurait tout le parfum du printemps et qui, tel un papillon rare, volerait au-dessus de ta vie, au-dessus de ton corps, au-dessus de ton visage.
*Les Hyménoptères forment l’un des ordres les plus diversifiés d’insectes. Ils se reconnaissent par leurs deux paires d’ailes membraneuses, les postérieures — plus petites — étant accrochées aux antérieures — plus grandes — par une rangée de crochets. Souvent, la base de l’abdomen est resserrée. Les espèces les mieux connues sont les guêpes, les abeilles et les fourmis. (Pôle invertébrés du bassin genevois)
Connaissances entomologiques mises à jour, si besoin était, la musique peut reprendre toute sa place dans le monde des insectes, et pour l’heure, dans celui justement des hyménoptères.
Les guêpes, les abeilles et les fourmis n’ont certes pas inspiré aux musiciens un répertoire pléthorique. Cependant les compositeurs qui leur auront accordé leur intérêt musical auront gagné en retour, grâce à l’œuvre ainsi produite, une part non négligeable de leur notoriété.
Abeille
François Schubert, Franz Anton Schubert, « l’autre Schubert », (1808-1878) – qui a choisi, à l’occasion d’un séjour en France, de changer de prénom pour éviter toute confusion – doit certainement son passage à la postérité à sa composition Die Biene – op. 13 n°9(L’Abeille). Cette petite pièce pour violon écrite en forme de mouvement perpétuel rassemble notes rapides et répétées en un élan continu reproduisant le vol affairé de l’insecte tout occupé à sa noble tâche.
En 1909, quand il écrit la musique de scène « The Wasps » (Les Guêpes), qui lui a été commandée pour illustrer la comédie éponyme du poète grec Aristophane (422 av. J.-C), satire piquante de la magistrature athénienne, le compositeur anglais Ralph Vaughan Williams (1872-1958) n’est encore qu’au début de la grande carrière qui l’attend. Le défi pour cette composition était de rendre musicalement le ton caustique employé par le poète pour railler la justice athénienne, bourdonnant, comme un vol de guêpes, d’une vaine suractivité, de cris et de plaintes, et prompte, comme ces insectes à la piqûre inconsidérée, à condamner sans pitié ni discernement.
Vaughan Williams, fort du succès de cette très longue partition, la reprendra pour la réduire à une suite de moins de trente minutes. C’est l’Ouverture de cetteAristophanic Suite que la postérité retiendra essentiellement. Dès le début un bourdonnement menaçant, essaim de guêpes en furie ou froissement des himations orgueilleusement drapés ? Deux thèmes suivent, apaisés, mélodieux, porteur d’une part de nostalgie relevée par les couleurs des cuivres et des bois. L’ouverture se termine par une coda vivifiante : retour énergique et triomphant des thèmes principaux, se concluant par des accords puissants et des tutti orchestraux.
La Mirada Symphony (California)
Direction : Alan Mautner
Fourmis
Roger Cichy, compositeur et arrangeur américain contemporain, plus particulièrement reconnu pour son engagement dans la promotion des instruments à vent, a écrit en 2000, une suite pour orchestre à vent, « Bugs »,qui, comme son nom l’indique, explore musicalement le monde des insectes. Le dernier mouvement, « Army Ants » (l’armée des fourmis), est une marche dissonante représentant une troupe de fourmis légionnaires dans leur perpétuelle procession prédatrice.
Le piano, cette imposante corolle d’ébène épanouie au cœur des salons, offrirait-il ses harmonies en nectar aux papillons ? Peut-être. Mais sans doute est-ce plutôt la grâce éphémère de ces créatures polychromes qui ensorcelle les pianistes, attisant leur désir mimétique de virtuosité. Les musiciens se laissent alors porter par l’inspiration, cherchant à transcrire en mélodies fugaces, confiées à des mains aériennes, le vol onduleux de ces enchanteurs ailés.
Ainsi, Mel Bonis, compositrice parisienne de la période post-romantique, dans une pièce pour piano de 1897, nous offre-t-elle sa transcription au clavier du vol aguicheur de ces Don Juan en habit de lumière venus séduire les fleurs de son jardin. Au piano Diana Sahakyan :
Quel charme, quel langage imagé d’une richesse inimitable ! Quelles chaleur et passion dans ses phrases mélodiques, quelle vitalité fourmillante dans son harmonie…
Quand Tchaïkovski commente ainsi, de manière dithyrambique la musique d’Edvard Grieg, il n’ignore rien de la sensibilité atavique du compositeur norvégien aux choses de la nature. Entre les doigts agiles de Clare Hammond vole, élégant, très mendelsohnien, le papillonqui introduit le troisième (Op.43) des dix recueils de « Pièces Lyriques »que Grieg composa entre 1867 et 1901.
Le compositeur québécois Calixa Lavallée, à qui le Canada doit la musique de son hymne national – excusez du peu – devait être fasciné par l’habileté d’un certain papillon qui courtisait les iris versicolores du jardin de sa maison natale à Verchères lorsqu’il écrivit cette Étude de concert pour piano – Opus 18. – « Papillon », quel plus juste titre pour cette pièce à en juger par la virtuosité qu’elle exige de l’interprète… qui, comme Suppakrit Payackso, pourrait bien, s’il est doué, ne pas être beaucoup plus âgé que le vaillant insecte…
Certaines pièces pour piano, et pas les moins connues, ont été affublées du titre ou sous-titre de « Papillon », alors même qu’elles ne prétendaient en aucune manière avoir été inspirées par l’insecte lui-même.
Frédéric Chopin, par exemple, n’a jamais donné le sous-titre de Papillon à l’Étude opus 25 – N°9. Ce surnom lui aurait été attribué par le pianiste et chef d’orchestre Hans von Bülow – élève de Franz Liszt et premier mari de sa fille Cosima qui plus tard deviendra Madame Richard Wagner. Il est vrai que cette très courte étude de Chopin par la rapidité des passages et la légèreté requise pour son exécution peut évoquer le vol rapide et gracieux d’un papillon. Les mouvements vifs et sautillants des mains laissent volontiers imaginer les pérégrinations erratiques du bel insecte.
Ce n’est pas non plus le charmant lépidoptère lui-même qui suggère au jeune Robert Schumann le titre et la thématique de « Papillons », qu’il compose entre 1829 et 1831, une de ses premières œuvres emblématiques de son inspiration romantique et de la riche imagination qui la sous-tend,
Grand admirateur de Jean Paul (Johann Paul Friedrich Richter), Schumann a puisé son inspiration dans son roman « Flegeljahre » (Les années d’insouciance). Cette suite de douze courtes pièces contrastées précédées d’une introduction a pour objet de représenter les divers personnages et ambiances d’un bal masqué à la fin du roman. Si les notes avaient des noms ce serait masques, déguisements, légèreté, rêveries, changements rapides d’humeur. Chaque mouvement veut évoquer une scène dansante, légère ou fantasque, à la manière des variations désordonnées du vol du papillon.
Robert Schumann 1810 – 1856
« Papillons » Op.2
Catherine Collard (Piano) 1947 – 1993
Robert Schumann et Catherine Collard : l’union, la communion, par-delà le temps, de deux sensibilités poétiques exceptionnelles autour d’un simple clavier. Âmes jumelles peut-être, toutes les deux disparues au même âge (46 ans).
Introduction. Moderato 1/ Valse en Ré Majeur 2/ Valse en Mi bémol Majeur 3/ Valse en Fa dièse mineur 4/ Valse en La Majeur 5/ Polonaise en Si bémol Majeur 6/ Valse en Ré mineur 7/ Valse en Fa mineur 8/ Valse en Do dièse mineur 9/ Valse en Si bémol mineur 10/ Valse en Do Majeur 11/ Polonaise en Ré Majeur 12/ Finale en Ré Majeur