
Alfred Brendel 5/01/1931 – 17/06/2025
Toujours, après une écoute du piano d’Alfred Brendel, je sens ma respiration gagner en profondeur et mon regard sur le monde prendre de la hauteur.
Franz Schubert
Quatre impromptus Op. 90 – D899

Alfred Brendel 5/01/1931 – 17/06/2025
Toujours, après une écoute du piano d’Alfred Brendel, je sens ma respiration gagner en profondeur et mon regard sur le monde prendre de la hauteur.
Franz Schubert
Quatre impromptus Op. 90 – D899

Deux lectures d’un même extrait (traduction française) du récit écrit en 1899 par un jeune poète autrichien de 23 ans, Rainer Maria Rilke,
« La Mélodie de l’Amour et de la Mort du Cornette Cristoph Rilke »
‘Die Weise von Liebe und Tod des Cornets Christoph Rilke’
par Serge Reggiani et par Laurent Terzieff
Serge Reggiani
Chevaucher, chevaucher, chevaucher, le jour, la nuit, le jour.
Chevaucher, chevaucher, chevaucher.
Et le cœur est si las, la nostalgie si grande. Il n’y a plus de montagnes, à peine un arbre. Rien n’ose se lever. Des cabanes étrangères, accroupies auprès de puits fangeux ont soif. Pas une tour à l’horizon. Et toujours la même image. On a deux yeux de trop. La nuit, parfois, on croit connaître la route. Peut-être refaisons-nous nuitamment l’étape que nous avons péniblement parcourue sous un soleil étranger ? C’est possible. Le soleil pèse, comme chez nous au cœur de l’été. Mais c’est en été que nous avons fait nos adieux. Les robes des femmes ont longtemps brillé dans la verdure. Et voici longtemps que nous sommes à cheval. C’est donc sans doute l’automne. Là, tout au moins, où des femmes tristes nous connaissent.
Laurent Terzieff

Rilke, estimant son œuvre peu intéressante, avait préconisé, dans une lettre de novembre 1925 à Paula Lévy , qu’on ne la traduisît pas en français. La langue allemande d’origine, affirmait-il, préserverait bien mieux le charme du texte.
En allemand donc ce même extrait, pris dans la version de l’œuvre mise en musique par Viktor Ullmann en juillet 1944 pendant sa déportation au camp de Theresienstadt :
Thomas Quasthoff (récitant)
Orchestre Philharmonique Tchèque
Semyon Bychkov (direction)
Reiten, reiten, reiten, durch den Tag, durch die Nacht, durch den Tag.
Reiten, reiten, reiten.
Und der Mut ist so müde geworden und die Sehnsucht so groß. Es gibt keine Berge mehr, kaum einen Baum. Nichts wagt aufzustehen. Fremde Hütten hocken durstig an versumpften Brunnen. Nirgends ein Turm. Und immer das gleiche Bild. Man hat zwei Augen zuviel. Nur in der Nacht manchmal glaubt man den Weg zu kennen. Vielleicht kehren wir nächtens immer wieder das Stück zurück, das wir in der fremden Sonne mühsam gewonnen haben? Es kann sein. Die Sonne ist schwer, wie bei uns tief im Sommer. Aber wir haben im Sommer Abschied genommen. Die Kleider der Frauen leuchteten lang aus dem Grün. Und nun reiten wir lang. Es muß also Herbst sein. Wenigstens dort, wo traurige Frauen von uns wissen.
* * *
Pour une information détaillée sur cette œuvre :

Miniatures musicales enchantées entre ombre et lumière, les « Valses poeticos » (1895) de Granados sont autant de pages d’un journal intime élégamment écrites au piano.
Confidences, humeurs et sentiments exprimés avec délicatesse et un brin de virtuosité contenue, qui ne laisse rien ignorer de l’influence des grands musiciens romantiques tels que Chopin, Schumann ou Grieg.
Universelle beauté d’une musique où la danse devient prétexte à une expression profondément personnelle et poétique. Élégance du salon, profondeur de l’émotion, dans un voile de délicatesse espagnole.
« Valses poeticos »
Maite Aguirre – piano
Introducción : Vivace molto : Introduction brillante et virtuose qui donne le ton général du propos. Arpèges chatoyants sur une mélodie ascendante, à la manière d'un prélude romantique.
Vals 1 : Melodioso : Première valse, douce, empreinte de lyrisme. Une mélodie printanière glisse avec grâce sur l'ivoire du clavier.
Vals 2 : Tempo de Vals noble : Solennelle et majestueuse, cette valse possède une élégance intemporelle, rappelant parfois les valses de Chopin.
Vals 3 : Tempo de Vals romántico : Valse lente empreinte d'une expressivité plus intense qui trouve parfaitement dans la richesse de ses modulations harmoniques le caractère mélancolique qu'annonce son intitulé.
Vals 4 : Tempo de Vals rítmico : Plus enjouée et entraînante, cette valse contraste avec les précédentes par son dynamisme et son caractère plus affirmé. Une invitation à la danse...
Vals 5 : Tempo de Vals sentimental : Une des valses les plus touchantes de la suite, caractérisée par un allegretto tendrement mélancolique et une grande intériorité... rêveuse.
Vals 6 : Vals mariposa : Littéralement "Valse papillon". Pièce légère, aérienne et pleine de fantaisie. De délicats ornements sont offerts à la libre interprétation du pianiste pour évoquer le vol gracieux d'un papillon.
Vals 7 : Vals casi fantasia : Cette valse vive se distingue par sa liberté formelle et son caractère improvisé, avec des changements d'humeur et des expressions plus virtuoses. Une sorte de fantaisie miniature.
Coda : Presto : La coda, enchaînée à la suite de la fantaisie, reprend quelques thèmes des valses précédentes, les transformant et les développant dans un finale brillant et virtuose, concluant l'œuvre avec panache.
∑
Bien que compositeur majeur dans le renouveau de la musique espagnole du XIXème siècle, Granados, trop attaché à son piano, n’aura jamais écrit pour l’instrument emblématique de son pays, la guitare.
Les siècles suivants n’auront en revanche pas été avares de guitaristes arrangeurs et transcripteurs pour leur instrument de l’œuvre du Maître. Avec bonheur souvent, ainsi qu’en témoigne cette très séduisante version pour trois guitares :
« Valses poeticos »
Volterra Project Trio – guitares

Ouvrir un livre de poésie, c’est vouloir s’éclairer avec une bougie en pleine déflagration de la bombe à hydrogène. Parier pour la bougie en ce cas, est tout à fait insensé, et cependant, c’est peut être dans ce genre de pari que réside notre avenir.

Serge Reggiani
dit
Rainer Maria Rilke :
Serge Reggiani 1922-2004
‘Vois-tu, je veux beaucoup…‘
Vois-tu, je veux beaucoup,
peut-être tout :
l’obscurité des chutes infinies
et le jeu scintillant des montées lumineuses.
Tant d’autres vivent qui ne veulent rien,
que rassasient
les mets légers de leurs sentiments lisses.
Mais toi, tu te réjouis
de tout visage
qui sert et qui a soif.
Tu te réjouis
de tous ceux qui se servent
de toi ainsi que d’un outil.
Tu n’es pas encore froid, l’heure n’est point passée
de plonger dans le devenir de tes ténèbres,
où se trahit la vie avec sérénité.
extrait de « Livre d’heures »
Traduction Maurice Betz

Rainer Maria Rilke 1875-1926

∠ Pour rendre à Gilbert Bécaud un peu de la reconnaissance que lui doivent assurément les ancêtres d’aujourd’hui, un peu trop oublieux hélas des 78 et 45 tours qu’alors ils écoutaient en boucle.
Musicien d’exception, son inépuisable enthousiasme nourrissant son talent, il aura enchanté leur jeunesse… Et du même coup, la mienne, évidemment.
Gilbert Bécaud 1927-2001
∠ Pour saluer Claude Lemesle, parolier de milliers de nos chansons françaises qui, pour nombre d’entre elles, ont enrichi, avec le plus grand succès et pour notre plus grand plaisir, les répertoires des Reggiani, Sardou, Fugain, Halliday, Bécaud, évidemment, et autres Joe Dassin…

Claude Lemesle né en 1945
∠ Pour recevoir avec juste émotion une bien belle leçon de philosophie, à travers le fruit nouveau de leur collaboration en ce vieux vingtième siècle finissant, mais également, à travers elle, l’annonce sans équivoque de la fin prochaine d’un fervent amoureux de la vie… à la cravate à pois.
« Faut faire avec » (1999)
Paroles de Claude Lemesle – Musique de Gilbert Bécaud
Dans le grand silence
La vie commence
Par une larme
Chaque enfant qui naît,
C’est un prophète
Faut faire avec…
Il devient debout
L’avenir est lourd
Dans son cartable
Les années d’acné
Les soirs de fête
Faut faire avec…
Et la vie avance
Irrésistible, impitoyable
Sans le moindre plan
Le moindre break
Faut faire avec...
Passent, les rêves qui cassent
Qui laissent des traces
Ineffaçables
Ça coûte cher
Les faux pokers
Les vrais échecs
Faut faire avec…
Pour tromper sa peur
On met son cœur derrière un masque
On carnavale son idéal
On se gadget’
Faut faire avec…
Quand la vie prend l’eau
Nos vieux mat’lots
Nous laissent en rade
Quand ils nous plaquent
Pas de come-back
Aucun remake
Faut faire avec...
On peut pourtant
Défier le temps
En regardant
La mort en face
Puis sans un cri
Payer le prix des cigarettes
Faut faire avec…
Fou le monde est fou
Et Dieu s’en fout
Vieillard trop sage
Toi mon amour
Ton ventre est lourd
D’un nouveau siècle
Faut faire avec…

Toute beauté brûle à petit feu, et se défait
avec tendresse, lentement, comme l’aster,
gloire de l’automne, et l’iris si fragile
qu’il faut le transporter dans ses langes.
Les chatoyantes ainsi se changent, se déguisent
en leurs couleurs aux odeurs de délices.
Certaines ne s’ouvrent que la nuit
On les dirait pressées de disparaître,
de s’effacer. La créature belle,
la grâce, la pensée, ne peut jamais
s’appartenir, elle consume son éclat
pour tout remettre à qui s’en vient vers elle.
Peut-on posséder un regard ? un baiser ?
Et celui qui l’accueille remet l’offrande
à l’instant qu’il la reçoit. La source
de ce don ne garde rien d’elle-même,
puisqu’elle n’existe que par son abandon.

Jean Mambrino 1923 – 2012
Billet publié sur ‘Perles d’Orphée’ le 1/05/2013 sous le titre
« La pénitence est douce »
Les femmes ont plus de honte de confesser une chose d’amour que de la faire.
Marguerite de Navarre
∴

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Rosette, agenouillée au confessionnal,
Murmure : – Mon bon père, à vous, je m’en accuse :
J’ai trompé mon mari – Ma fille, c’est très mal,
Dit le prêtre… Et… combien de fois ? Rose, confuse,
Se trouble, balbutie, hésite… enfin répond :
Neuf fois ! – Hum ! Depuis quand ? fait le prêtre. Alors Rose :
Depuis hier soir ! Et, sous le nuage blond,
De ses cheveux d’or fin, Rose devient plus rose.
Neuf fois depuis hier ! reprend le bon curé …
Je ne puis, d’un péché de pareille importance,
Vous absoudre aujourd’hui, sans avoir référé
A l’évêché qui fixera la pénitence !
Revenez dans huit jours ! L’évêché décréta
Qu’ayant fauté neuf fois, Rose aurait, pour sa peine,
A dire cinq Ave. Rose s’en acquitta
Et fut absoute… Mais au bout d’une semaine,
Au sacré tribunal, avec un air marri,
La voici qui revient s’accuser d’inconstance,
Disant : – Sept fois, encor, j’ai trompé mon mari :
Mon père, indiquez-moi quelle est ma pénitence.
Et lui, sur le tarif de l’absolution
Dernière, s’efforçant de se baser, calcule :
– Pour neuf fois, cinq Ave … D’une proportion,
Je dois donc, pour sept fois, établir la formule :
Cinq est à neuf comme X à sept… D’où je conclus
Qu’il faut… Ah ! C’est vraiment trop compliqué, ma chère …
Faites votre mari cocu deux fois de plus.
Et dites cinq Ave comme la fois dernière !
Léon Vilbert – Journal d’un épicurien
◊ Introduction musicale : Mendelssohn – Sonate pour orgue (extrait)
◊ Final musical : Vivaldi – In furore iustissimae irae – Alleluia

Hé ! Le temps change. Pluie et froid au programme du jour.
Rendez-vous chez Emmet !… les pieds nus comme d’habitude !
Au programme, rythmes syncopés et méandres mélodiques des éternels standards du jazz vocal par les divas envoûtantes d’aujourd’hui, autour du piano du très talentueux maître de l’improvisation, Emmet Cohen…
♫ ♫ ♫
Cyrille Aimée, tout droit venue des bords de Seine, diva moderne du jazz, « la musicienne » comme la surnomme avec déférence les instrumentistes de la discipline.
Dans la lignée de la grande Ella, elle interprète – et de quelle manière ! – l’inoubliable blues de 1918, « After you’ve gone », omniprésent depuis dans les répertoires des légendes du jazz.
Et qu’on se rassure, les larmes de l’amoureuse délaissée vont vite se transformer en un scat endiablé… pour le bonheur du bébé caché sous la robe à paillettes de maman.
♫ ♫ ♫
Morgan James, bien connue des habitués des clubs de jazz new-yorkais, remarquée au disque par ses reprises du répertoire de Nina Simone dans une première publication en 2012 et de nombreux titres des Beatles dans son « White Album » de 2018.
Elle interprète « Come rain or come shine », une chanson née à l’occasion d’une comédie musicale ratée de 1946 et devenue un standard repris par Frank Sinatra, Billie Holiday, Judy Garland, Ray Charles, Ella Fitzgerald… et même, dans le style langoureux qu’on lui connaît, par Marlène Dietrich.
♫ ♫ ♫
What a barefoot jazz Sunday!

Barbara Auzou
Poème publié sur le blog de l’auteur, « LIRE DIT-ELLE » le 20/01/2025
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Les murs transparents
on a contourné le néant
comme on a pu
on a caressé la pierre et ses raisons
entières
jusqu’à nous faire des murs transparents
et de belles vigilances
on a tiré les saisons vastes à nos fenêtres
les vivantes et les presque mortes
ancré dans notre sillage un amour bien
dans ses poulies qui n’a plus rien à feindre
qui n’a plus rien à craindre
de ses eaux fortes et de ses plages d’abandon
on va nouer nos racines chaque fois plus serrées
comme on tient dans ses bras l’enfance
comme on fait le tour de ses propriétés
pour ramasser un bouquet d’étoiles et de satisfaction
comme on passe en chantant l’hiver poignant
pour voir revenir au seuil de nous-mêmes
la seule lumière qui vient quand on la pense

Mônica Salmaso
chante
« Noite »
Nelson Ayres (compositeur)
Noite
A solidão, um bar, a noite quente
O tédio sufocante
Um gesto descuidado
A frase inconsequente
Um riso provocante
No rosto um desafio
O olhar macio e imprudente
Seu jeito de criança
Entrando em minha vida
Imperiosamente
O anseio arrebatado, torturante
O corpo impaciente
A boca incendiada
O seio palpitante
O beijo incandescente
O coração descompassado suplicante
Um fogo ardendo furiosamente
E o gosto inebriante de um desejo urgente e devastador
A entrega obediente sem cuidado
O ardor dilacerante
A alma adolescente
O abraço alucinado
Um grito triunfante
Um louco desvario
A paz chegando de repente
E o pulso latejante da paixão febril cravada no meu ventre
Por fim a despedida e um vazio doendo persistente
Me vi por toda vida num silêncio frio
A te lembrar ausente
E ainda que essa noite esteja tão distante a dor me faz lembrar inutilmente
Que fui por um instante
Tua para sempre amor
Nuit
La solitude, un bar, une nuit chaude
L’ennui suffocant
Un geste insouciant
La phrase sans importance
Un sourire provocateur
Sur le visage un défi
Le regard doux et téméraire
Tes manières enfantines
Entrant impérieusement dans ma vie
Le désir ravi et torturé
Le corps impatient
La bouche brûlante
La poitrine palpitante
Le baiser incandescent
Le cœur suppliant et battant
Un feu brûlant furieusement
Et le goût enivrant d’un désir urgent et dévastateur
L’abandon obéissant sans souci
L’ardeur déchirante
L’âme adolescente
L’étreinte hallucinatoire
Un cri triomphant
Une frénésie folle
La paix soudain venue
Et le pouls cognant d’une passion fiévreuse vissée dans mes entrailles
Enfin l’adieu et la douleur d’un vide sans fin
J’ai vu toute ma vie perdue dans un silence froid
Me souvenant de ton absence
Et même si cette nuit est si loin la douleur inutilement me rappelle
Que je fus pour un instant
Ton amour pour toujours

Je sais maintenant que je ne possède rien,
pas même ce bel or qui est feuilles pourries,
encore moins ces jours volant d’hier à demain
à grands coups d’ailes vers une heureuse patrie.
Elle fut avec eux, l’émigrante fanée,
la beauté faible, avec ses secrets décevants,
vêtue de brume. On l’aura sans doute emmenée
ailleurs, par ces forêts pluvieuses. Comme avant,
je me retrouve au seuil d’un hiver irréel
où chante le bouvreuil obstiné, seul appel
qui ne cesse pas, comme le lierre. Mais qui peut dire
quel est son sens ? Je vois ma santé se réduire,
pareille à ce feu bref au-devant du brouillard
qu’un vent glacial avive, efface… Il se fait tard.

In L’effraie – Gallimard / 1954
Philippe Jaccottet 1925-2021
Note personnelle au lecteur :
La lecture et l’interprétation d’un poème sont éminemment subjectives.
La réalité et les intentions du poète écrivant ses vers se trouvent ainsi détournées par la sensibilité du lecteur qui, prenant à son compte les mots et les impressions qu’ils suggèrent, les affectera, au gré de sa sensibilité, à un autre univers de pensée, très personnel et parfois bien éloigné des circonstances qui auront présidé à la création de l’œuvre. Magie du poème !
Ce billet a délibérément choisi le sonnet d'un jeune poète pour illustrer le thème de la vieillesse.
Le poème, « Je sais maintenant que je ne possède rien... », Philippe Jaccottet l’a écrit alors qu’il avait à peine plus de 20 ans. A l’évidence la vieillesse ne faisait pas encore partie de ses préoccupations. Il cherchait à exprimer à travers ce sonnet en alexandrins son affectation d'avoir dû quitter, pour raisons professionnelles, sa Suisse natale pour le lointain pays de France.
Déraciné, se sentant étranger loin de ses amis, jeune homme confronté à sa quête d’identité et de sens, le poète est envahi par un sentiment légitime d’isolement et de dépossession qu'il exprime ici en des mots que l’âge avancé pourrait volontiers revendiquer.
La sensualité, c’est la mobilisation maximale des sens : on observe l’autre intensément et on écoute ses moindres bruits.
Milan Kundera – L’insoutenable légèreté de l’être
Qu’est la volupté elle même, sinon un moment d’attention passionnée du corps ?
Marguerite Yourcenar – Mémoires d’Hadrien
Natalia Lipnitskaya (guitare)
« Rondeña »
Regino Sáinz de la Maza (compositeur) 1896-1981*
Scène d’amour à la guitare : Avec une intensité maîtrisée, les émotions provoquées par la caresse amoureuse experte de Natalia Lipnitskaya emportent les deux partenaires, guitariste et guitare, dans les fluctuations, tantôt douces, tantôt explosives, d’un accouplement passionné qui ne trouvera sa conclusion qu’après une courte reprise de souffle, dans la volupté du spasme final.
Volupté ! Sensualité ! Extase !

* Figure majeure de la guitare classique du XXème siècle, Regino Sáinz de la Maza (1896-1981), n’aura pas reçu dans le monde la juste reconnaissance de son immense talent de virtuose et de compositeur que son pays, l’Espagne, lui aura accordée.
Éminent professeur au Conservatoire Royal de Musique de Madrid, il fut le dédicataire et le créateur en 1940 du célèbre « Concierto de Aranjuez » de Joaquín Rodrigo.
Les initiés n’ont pas hésité à le comparer aux grands maîtres Segovia, Sor et Tárrega.
Sa puissante contribution au développement de la guitare, aura permis à l'instrument de gagner sa place de soliste de premier rang.

« Et resurrexit »
« Messe en Si mineur BWV 232
(extrait)
Jean-Sébastien Bach 1685-1750
Peter Kooij – Basse solo
Baroque Collegium 1685 – Choeur & Orchestre
Agnieszka Żarska – Direction
« Je ne vois pas de poète qui ait porté aussi loin le besoin fou d’amour, la souffrance, la barbarie, l’injustice, mais en même temps l’éblouissement devant la beauté de la vie. En premier lieu, je voudrais parler de la conscience du temps chez Milosz, le temps comme de l’éternité volée. »
Laurent Terzieff (1935 – 2010)
paroles rapportées par Gil Pressnitzer
sur ‘Esprits Nomades‘
dans « Le crucifié des hautes paroles »

♦
Quand Laurent Terzieff disait Milosz…
Symphonie de Septembre – II
Solitude, ma mère, redites‑moi ma vie ! voici
Le mur sans crucifix et la table et le livre
Fermé ! si l’impossible attendu si longtemps
Frappait à la fenêtre, comme le rouge‑gorge au cœur gelé,
Qui donc se lèverait ici pour lui ouvrir ? Appel
Du chasseur attardé dans les marais livides,
Le dernier cri de la jeunesse faiblit et meurt : la chute d’une seule feuille
Remplit d’effroi le cœur muet de la forêt.
Qu’es‑tu donc, triste cœur ? une chambre assoupie
Où, les coudes sur le livre fermé, le fils prodigue
Écoute sonner la vieille mouche bleue de l’enfance ?
Ou un miroir qui se souvient ? ou un tombeau que le voleur a réveillé ?
Lointains heureux portés par le soupir du soir, nuages d’or,
Beaux navires chargés de manne par les anges ! est‑ce vrai
Que tous, tous vous avez cessé de m’aimer, que jamais,
Jamais je ne vous verrai plus à travers le cristal
De l’enfance ? que vos couleurs, vos voix et mon amour,
Que tout cela fut moins que l’éclair de la guêpe
Dans le vent, que le son de la larme tombée sur le cercueil,
Un pur mensonge, un battement de mon cœur entendu en rêve ?
Seul devant les glaciers muets de la vieillesse ! seul
Avec l’écho d’un nom ! et la peur du jour et la peur de la nuit
Comme deux sœurs réconciliées dans le malheur
Debout sur le pont du sommeil se font signe, se font signe !
Et comme au fond du lac obscur la pauvre pierre
Des mains d’un bel enfant cruel jadis tombée :
Ainsi repose au plus triste du cœur,
Dans le limon dormant du souvenir, le lourd amour.

in ‘ Poèmes 1895 – 1927 ‘
J.O Fourcade éditeur – Paris, 1929
Oscar Vladislas de Lubicz-Milosz 1877-1939
"Les arbres sont des êtres qui rêvent" Aristote
Sous la peau des mots, c'est la vie qui fourmille...
Poésie et prose : où aller ?
el mont non a sa par la regina joiosa
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Quelques larmes perlent sur l'âme d'Orphée : Musique - Poésie - Peinture - Sculpture - Philosophie
Les mains flâneuses
entre ombre et lumière… entre rêve et réalité… " Eclaire ce que tu aimes sans toucher à son ombre "
"Je ne fais pas partie du mouvement de la rue, puisque je le contemple." Virginia Woolf
Olivia May Photography
il disinganno prima dell'illusione
Des enquêtes à pas de loup pour apprendre sur-tout...
Carnet d'impressions
Moments de vie, fragments de textes et quelques notes...
Car le poète est un four à brûler le réel. De toutes les émotions brutes qu’il reçoit, il sort parfois un léger diamant d’une eau et d’un éclat incomparables. Voilà toute une vie comprimée dans quelques images et quelques phrases. Pierre Reverdy
Vous devriez savoir que je laisse toujours mes yeux dans les arbres...Jusqu'à ce que mes seins s'ennuient...