Flâner entre le rêve et le poème… Ouvrir la cage aux arpèges… Se noyer dans un mot… S'évaporer dans les ciels d'un tableau… Prendre plaisir ou parfois en souffrir… Sentir et ressentir… Et puis le dire – S'enivrer de beauté pour se forcer à croire !
Aimer, aimer l’autre, ne présuppose-t-il pas de s’aimer soi-même ? Condition, sinon suffisante, du moins nécessaire pour donner à la relation exprimée par ce verbe sa plus juste signification.
Gaetano Morelli (1805-1858) La Mariée du Cantique des Cantiques
La Torche
Je vous aime, mon corps, qui fûtes son désir, Son champ de jouissance et son jardin d’extase Où se retrouve encor le goût de son plaisir Comme un rare parfum dans un précieux vase.
Je vous aime, mes yeux, qui restiez éblouis Dans l’émerveillement qu’il traînait à sa suite Et qui gardez au fond de vous, comme en deux puits, Le reflet persistant de sa beauté détruite.
Je vous aime, mes bras, qui mettiez à son cou Le souple enlacement des languides tendresses. Je vous aime, mes doigts experts, qui saviez où Prodiguer mieux le lent frôlement des caresses.
Je vous aime, mon front, où bouillonne sans fin Ma pensée à la sienne à jamais enchaînée. Et pour avoir saigné sous sa morsure, enfin, Je vous aime surtout, ô ma bouche fanée.
Je vous aime, mon cœur, qui scandiez à grands coups Le rythme exaspéré des amoureuses fièvres, Et mes pieds nus noués aux siens et mes genoux Rivés à ses genoux et ma peau sous ses lèvres…
Je vous aime, ma chair, qui faisiez à sa chair Un tabernacle ardent de volupté parfaite Et qui preniez de lui le meilleur, le plus cher, Toujours rassasiée et jamais satisfaite.
Et je t’aime, ô mon âme avide, toi qui pars – Nouvelle Isis – tentant la recherche éperdue Des atomes dissous, des effluves épars De son être où toi-même as soif d’être perdue.
Je suis le temple vide où tout culte a cessé Sur l’inutile autel déserté par l’idole ; Je suis le feu qui danse à l’âtre délaissé, Le brasier qui n’échauffe rien, la torche folle…
Et ce besoin d’aimer qui n’a plus son emploi Dans la mort à présent retombe sur moi-même. Et puisque, ô mon amour, vous êtes tout en moi Résorbé, c’est bien vous que j’aime si je m’aime.
Georges Brassens, ce grand monsieur bien sympathique, un peu bourru, œil profond, moustache épaisse et guitare grivoise, qui jadis – il n’y a pas si longtemps – parlait et écrivait notre langue comme un académicien un tantinet encanaillé, aurait-il capturé tous les papillons qui pendant des siècles avaient choisi d’égayer les partitions des musiciens français ?
Il est vrai qu’aujourd’hui le vol à la mode est le vol à mains armées, et que la balle de kalachnikov sonne plus fort que l’éternuement d’un papillon.
C’est pourtant aux français, parmi tous les compositeurs européens des siècles précédents, de la période baroque jusqu’au début de la modernité en passant par l’ère romantique, que le papillon doit sa part musicale la plus riche. Tant de leurs œuvres ont mis le bel insecte à l’honneur : arias d’opéras, musiques de ballet, chansons populaires, pièces instrumentales diverses et, – merveilles de la « Mélodie Française » -, romances suaves destinées à accompagner les poèmes que sa grâce et sa symbolique auront inspirés.
Papillon français… et baroque
Papillon français… et romantique
Papillon français… moderne et impressionniste
André Campra 1660-1744 « Chanson du papillon » (extrait des « Fêtes Vénitiennes » – opéra-ballet) Kaja Eidé Noréna(soprano)
Charmant papillon dont l'aile d'or passe Dans l'espace Comme une fleur!
Que ne puis-je, sur ta trace, M'envoler avec toi comme une sœur!
Charmant papillon dont l'aile d'or passe Dans l'espace Comme une fleur! Je voudrais voler avec toi Comme une sœur!
C'est à peine si tu te poses, Sur la feuille tendre des roses, Dans l'espace que tu parcours, Ah! Que tes bons jours sont courts!
Charmant papillon dont l'aile d'or passe Dans l'espace Comme une fleur! Je voudrais voler avec toi Comme une sœur!
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François Couperin 1668-1733 « Les papillons » (Pièces pour clavecin – 1er livre – 2ème ordre) Gustav Leonhardt (clavecin)
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Jean-Philippe Rameau 1683-1764 « Papillon inconstant » (« Les Indes Galantes » / 1735 – extrait) Melissa Petit (soprano) Les Talens Lyriques Direction : Christophe Rousset
Papillon inconstant, vole dans ce bocage, Arrête-toi, suspens le cours De ta flamme volage. Jamais si belles fleurs sous ce naissant ombrage, N’ont mérité de fixer tes amours. Papillon inconstant, vole dans ce bocage, Arrête-toi, suspens le cours De ta flamme volage.
On ne s’étonnera pas que les musiciens espagnols aient plus volontiers salué les taureaux que les papillons, confiant leurs improvisations à de rares instruments bien peu communs.
« Mariposas » – musique créative Mar Loi (« handpan ») Pièce musicale narrative créée entre les murs du quartier gothique de Barcelone, en collaboration avec Gülcin Bekar et Manik SoundSculptur
! ! !
Angleterre
Les compositeurs anglais, pour leur part – discrète cependant – ont été un peu plus attentifs à notre lépidoptère, le faisant apparaître en filigrane dans certaines de leurs œuvres comme Britten dans sa pièce pour enfant « The Little Sweep » (Le Petit Ramoneur), ou Arnold Bax dans quelques pièces pour piano inspirées du monde celtique. Haendel au XVIIIème siècle et Frederic Hymen Cowen au début du XXème auront accordé un bel intérêt à ce cher papillon.
Georg Friedrich Haendel (1685-1759) « Qual farfalletta… » Opéra « Partenope » HWV 27 (1730) – Acte II scène 7 Les Arts Florissants – Direction musicale : William Christie Ana Vieira Leite (soprano)
Qual farfalletta Giro a quel lume E ’l mio Cupido Le belle piume Ardendo va.
Quel brio m’alletta Perché m’è fido, La mia costanza Ogn’altra avanza, Cangiar non sa.
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Comme un petit papillon, Je tourne autour de cette lumière, Et mon Cupidon, Aux belles ailes, Brûle d'ardeur.
Cette allure m'attire, puisqu' il m'est fidèle, Ma constance Surpasse toutes les autres. Elle ne sait pas changer.
Frederic Hymen Cowen (1852-1935) The Butterfly’s Ball – concert ouverture (1901) Slovak State Philharmonic Orchestra Direction musicale : Adrian Leaper
"Le bal du papillon" de Cowen est inspiré du poème de William Roscoe « The Butterfly's Ball, and the Grasshopper's Feast ». Il évoque une journée de fête pendant laquelle se réunissent joyeusement les insectes pour saluer la vie éphémère du papillon.
Les premiers vers du poème :
Come take up your Hats, and away let us haste To the Butterfly's Ball, and the Grasshopper's Feast. The Trumpeter, Gad-fly, has summon'd the Crew, And the Revels are now only waiting for you.
So said little Robert, and pacing along, His merry Companions came forth in a Throng. And on the smooth Grass, by the side of a Wood, Beneath a broad Oak that for Ages had stood...
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Prenez vos chapeaux, et hâtons-nous Au bal des papillons et au festin des sauterelles. Le trompettiste, le taon, a convoqué l'équipe, Et les festivités n'attendent plus que vous.
Ainsi parla le petit Robert, et tout en marchant, Ses joyeux compagnons se mirent en route en foule. Et sur l'herbe lisse, à côté d'un bois, Sous un grand chêne qui se dressait depuis des siècles...
A l’évidence la délicatesse, la légèreté et la fragilité du papillon ont particulièrement enchanté les compositeurs italiens pour qu’ils nous enchantent eux-mêmes à leur tour. Baroques ou romantiques c’est au cristal de la voix de soprano qu’ils ont confié l’évocation sonore du gracieux insecte, ou, à défaut, à l’aérienne agilité de la flûte.
Antonio Vivaldi (1678-1741) « La farfaletta s’aggira al lume » – RV 660 Cantate pour soprano – Aria I Arianna Vendittelli (soprano) Andrea Buccarella dirige l’Abchordis Ensemble
Aria - Andante molto (la maggiore)
La farfalletta s’aggira al lume, Sen vola l’ape d’intorno ai fiori, E Clizia amante segue il suo sol. Per te mio caro vezzoso nume, Nel sen io sento gl’accesi ardori, Se in me Cupido spiegò il suo vol. La farfalletta s’aggira al lume...
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Le petit papillon vole autour de la lumière, L'abeille vole autour des fleurs, Et Clizia, amoureuse, suit son soleil. Pour toi, mon cher dieu charmant, Je sens dans mon cœur une ardeur brûlante, Comme si Cupidon avait déployé ses ailes en moi. Le petit papillon vole autour de la lumière...
Antonio Vivaldi (1678-1741) « La farfalletta audace » Aria pour voix et basse continue d’un opéra non identifié. RV 749.6 Simone Kermes (soprano) Venice Baroque Orchestra – Direction Andrea Marcon
La farfalletta audace Sen vola alla sua face E incenerir la fa Chi l’innamora.
Anch’io sperai goder Ma quel falso piacer Che inamorar mi fa Vuol or che mora.
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Le petit papillon audacieux Vole vers son visage Et réduit en cendres Celui qui l'aime.
Moi aussi, j'espérais jubiler Mais ce faux plaisir Qui me fait tomber amoureux Veut maintenant que je meure.
Domenico Scarlatti (1685-1757) « Qual farfalletta amante » Extrait d’une cantate profane non identifiée Sumi Jo (soprano)– Lee Young-i (piano)
Qual farfalletta amante, io volo a quella fiamma, che in petto il cor m’ infiamma, e morte non mi da. Il vago tuo sembiante se accresce in me l’ardore a quest’afflitto core Ristor pur darà.
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Comme un papillon amoureux, je vole vers cette flamme, qui enflamme mon cœur, et ne me donne pas la mort. Ton vague visage augmente en moi l'ardeur de ce cœur affligé, mais lui donnera aussi du réconfort.
Vincenzo Bellini (1801-1835) « La Farfalletta » Mélodie extraite des Composizioni da camera Juliette Mey (soprano) – Payaka Niwano (piano)
Farfalletta, aspetta, aspetta; non volar con tanta fretta. far del mal non ti vogl’io; ferma, appaga il desir mio.
Vo’ baciarti e il cibo darti, da’ perigli preservarti. di cristallo stanza avrai e tranquilla ognor avrai.
L’ali aurate, screziate so che Aprile t’ha ingemmate, che sei vaga, vispa e snella, fra tue eguali la più bella.
Ma crin d’oro ha il mio tesoro, il fanciullo ch’amo, e adoro. e a te pari vispo e snello fra i suoi eguali egli è il più bello.
Vo’ carpirti, ad esso offrirti; più che rose, gigli, e mirti ti fia caro il mio fanciullo, ed a lui sarai trastullo.
Nell’aspetto e terso petto, rose e gigli ha il mio diletto. Vieni, scampa da’ perigli, non cercar più rose e gigli.
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Petit papillon, attends, attends ; ne vole pas si vite. Je ne te veux aucun mal ; arrête-toi et comble mon désir.
Je veux t'embrasser et te donner à manger, te préserver du danger. Ta chambre sera en cristal et toujours tu seras en paix.
Je sais qu’avril de pierre précieuses a paré tes ailes d’or et de moire que tu es gracieux, vif et svelte le plus beau parmi tes semblables
Mais mon trésor a des cheveux d'or, l'enfant que j'aime et que j'adore ; et comme toi, vif et élancé, il est le plus beau parmi ses semblables.
Je veux te capturer, t'offrir à lui ; plus que roses, lys et myrtes, mon enfant te sera cher, et tu seras son amusement.
Dans son apparence, dans son cœur pur, mon bien-aimé n'a que roses et lys. Viens, épargne-toi le danger, ne cherche plus ailleurs les roses et les lys.
Ernesto Köhler (1849-1907) « Papillon » Étude de concert pour flûte et piano Op.30 N°4 Denis Lupachev (flûte) · Natalia Frolova (piano)
Il faudrait posséder les vertus comptables d’un Leporello pour établir « il catalogo », l’inventaire des conquêtes musicales du papillon dans ses tournées européennes au fil du temps. Et quand bien même, « Mille e tre », cette seule page ne pourrait toutes les contenir. Qu’à cela ne tienne, on en rajoutera…
Allemagne
Franz Schubert Der Schmetterling – Op.57 No.1 – D. 633 Poème de August Wilhelm von Schlegel Dietrich Fischer-Dieskau (Baryton) – Gerald Moore (piano)
Wie soll ich nicht tanzen? Es macht keine Mühe, Und reizende Farben Schimmern hier im Grünen. Immer schöner glänzen Meine bunten Flügel, Immer süßer hauchen Alle kleinen Blüthen. Ich nasche die Blüthen; Ihr könnt sie nicht hüten.
Wie groß ist die Freude, Sey's spät oder frühe, Leichtsinnig zu schweben Ueber Thal und Hügel. Wenn der Abend säuselt, Seht ihr Wolken glühen; Wenn die Lüfte golden, Scheint die Wiese grüner. Ich nasche die Blüthen, Ihr könnt sie nicht hüten.
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Comment ne pas danser, Cela ne demande aucun effort, Et de charmantes couleurs Scintillent ici dans la verdure. Mes ailes colorées brillent De plus en plus joliment, Toutes les petites fleurs Exhalent un parfum de plus en plus doux. Je grignote les fleurs, Vous ne pouvez pas les enfermer.
Quelle joie immense, Que ce soit tôt ou tard, De flotter insouciant Au-dessus des vallées et des collines. Quand le soir murmure, Vous voyez les nuages rougeoyer ; Quand les airs sont dorés, La prairie semble plus verte. Je grignote les fleurs, Vous ne pouvez pas les enfermer.
Robert Schumann Schmetterling Poème de August Heinrich Hoffmann von Fallersleben Marina Pacheco (soprano) & Erina Beutelspacher (piano)
O Schmetterling sprich, Was fliehest du mich? Warum doch so eilig, Jetzt fern und dann nah!
Jetzt fern und dann nah, Jetzt hier und dann da.— Ich will dich nicht haschen, Ich tu dir kein Leid.
Ich tu dir kein Leid: O bleib allezeit! Und wär ich ein Blümchen, So spräch ich zu dir.
So spräch ich zu dir: Komm, komm doch zu mir! Ich schenk dir mein Herzchen, Wie gut bin ich dir!
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Ô papillon, dis-moi, Pourquoi me fuis-tu ? Pourquoi tant de hâte, Tantôt loin, tantôt près !
Tantôt loin, tantôt près, Tantôt ici, tantôt là-bas. — Je ne veux pas t'attraper, Je ne te ferai pas de mal.
Je ne te ferai pas de mal : Ô reste pour toujours ! Et si j'étais une petite fleur, Je te dirais :
Je te dirais : Viens, viens vers moi ! Je t'offre mon petit cœur, Car je suis bonne avec toi !
Toi ma dormeuse mon ombreuse ma rêveuse ma gisante aux pieds nus sur le sable mouillé toi ma songeuse mon heureuse ma nageuse ma lointaine aux yeux clos mon sommeillant œillet
distraite comme nuage et fraîche comme pluie trompeuse comme l’eau légère comme vent toi ma berceuse mon souci mon jour ma nuit toi que j’attends toi qui te perds et me surprends
la vague en chuchotant glisse dans ton sommeil te flaire et vient lécher tes jambes étonnées ton corps abandonné respire le soleil couleur de tes cheveux ruisselants et dénoués
mon oublieuse ma paresseuse ma dormeuse toi qui me trompes avec le vent avec la mer avec le sable le matin ma capricieuse ma brûlante aux bras frais mon étoile légère
je t’attends je t’attends je guette ton retour et le premier regard où je vois émerger Eurydice aux pieds nus à la clarté du jour dans cet enfant qui dort sur la plage allongée.
Notre lépidoptère trouve dans ce grand pays une terre d’accueil particulière. Il y est reçu, plus qu’ailleurs peut-être, comme un important symbole de la transformation, de l’immortalité, de la joie et du bonheur conjugal. Là, philosophie et poésie sont toujours promptes à lui ouvrir les portes des légendes populaires.
Aussi n’est-il pas rare de le voir souvent dans les salles de concert de Shanghai, Pékin ou autre province, agiter ses ailes près des erhus, pipas et guqins traditionnels réunis au sein d’un orchestre symphonique terriblement occidental. Le motif est connu, il porte un nom, un titre : « Les Amants Papillons » ou La romance de Liang Shanbo et de Zhu Yingtai, probablement l’histoire d’amour la plus populaire de Chine – « Roméo et Juliette » de l’Empire du Milieu, comme certains la surnomment -, et incontestablement l’œuvre musicale la plus connue du pays.
La romance de Liang Shanbo et de Zhu Yingtai
Ce concerto pour violon s’inscrit dans une belle histoire, qui trouve son origine dans un conte populaire du temps de la dynastie Jin orientaux au IIIème ou IVème siècle :
La légende :
Une jeune fille, Zhu Yingtai, doit se déguiser en garçon pour faire ses études dans une académie exclusivement masculine. Une amitié profonde empreinte d’une sexualité ambiguë se noue dans la durée entre elle (devenue provisoirement il) et Liang Shanbo, étudiant au noble cœur. Lorsque plus tard le jeune homme découvre la réalité, il s’empresse de déclarer sa flamme, mais la bienaimée est déjà promise par son père. Malade de chagrin Liang en meurt. Sa dernière volonté : que sa sépulture soit placée près du chemin que ne manquera pas d’emprunter Zhu le jour de son mariage. Ce jour venu, un violent orage contraint le cortège nuptial à s’arrêter. La jeune femme drapée dans sa robe de cérémonie apprend alors que la tombe au bord du chemin est celle de Liang ; elle abandonne les convives et rejoint tristement la stèle pour s’y recueillir. Quand elle voit le tombeau s’ouvrir à ses pieds elle s’y jette sans une hésitation. Le ciel s’éclaircit aussitôt et tous lèvent les yeux vers les deux papillons qui virevoltent amoureusement autour du tombeau refermé.
La musique :
En 1958, deux étudiants du Conservatoire de Shanghai, He Zhanhao et Chen Gang, écrivent un court concerto pour violon inspiré du destin tragique des deux amants. Les deux compositeurs choisissent la formation de l’orchestre occidental classique auquel ils adjoignent des instruments traditionnels chinois et combinent en une fusion heureuse les modes d’écriture musicale propres à chacune des cultures. Ils emprunteront également certaines mélodies soit à l’opéra chinois, soit à des chants folkloriques.
Le violon solo joue un rôle central, non pas seulement comme simple instrument concertant, mais comme narrateur de l’histoire. Il prend aussi la voix de l’héroïne Zhu Yingtai et exprime les émotions, les joies et les peines de la jeune fille, laissant au violoncelle le rôle de Liang Shanbo.
Concerto pour violon « Les Amants Papillons »
Compositeurs : He Zhanhao & Chen Gang
Violon soliste : Lu Siqing
Orchestre Symphonique de Suzhou
Direction : Peng Jiapeng
Un seul mouvement pour ce concerto mais une division des thèmes en sept tableaux :
1/ Adagio cantabile : Introduite par la harpe et la flûte la charmante mélodie portée par le thème principal illustre la rencontre heureuse de Zhu et Liang. Un nouveau thème toujours aussi mélodieux laisse imaginer la doucereuse complicité des deux amis à travers leurs jeux. Une brève cadence au violon conclue le mouvement, expression pudique du bonheur de Zhu. 2/ Allegro : Le violon lance une mélodie joyeuse au rythme soutenu : les années d'études se déroulent au fil des démonstrations virtuoses de l'instrument.
3/ Adagio assai doloroso : Le temps est venu de se séparer, études terminées. On s'invite, on se promet...
4/ Pesante – Piu mosso – Duramente : Zhu de retour chez son père se heurte au poids de ses décisions. Le violon seul lutte contre la puissance de l'orchestre. 5/ Lagrimoso : Liang rejoint Zhu. Il découvre sa féminité. L'amour réciproque des deux jeunes gens peut s'exprimer. Un tendre duo violon-violoncelle s'en charge.
6/ Presto resoluto : Introduites par une répétition de violents tutti la colère et la douleur de Liang qui apprend que Zhu est engagée par son père dans un mariage non désiré s'expriment à travers l'exultation brillante du violon soliste. La douce mélodie réapparaît, l'amour reste le maître. Liang meurt. Un solo de flûte suivi de quelques accords glissés à la harpe accompagnent son âme légère.
7/ Adagio cantabile : Dans cette section finale l'orchestre et le violon solo retrouvent le thème principal. Le violon évoque la paix revenue conduisant le souffle de l'orchestre jusqu'à une apothéose théâtrale. Enfin, par une ultime phrase empruntée au thème principal, saluant l'amour éternel, le soliste accompagne l'envol délicat de la harpe et de la flûte, deux amants devenus inséparables papillons.
Il est partout ! Sur tous les continents, dans tous les pays, et trouve sa place dans toutes les cultures. Qui croira que la seule énergie fragile de ses ailes lui permette, le temps d’une vie des plus fugaces, d’accomplir ses merveilleux voyages ?
Le papillon, insecte pourtant si avare de sons, sait de toute éternité que le plus sûr véhicule pour traverser le monde et butiner les cœurs c’est la musique – qu’elle s’accouple ou pas avec les vers du poète.
Papilio Dardanus
New York
Le voici à New York – il se fait appeler « Butterfly » – tournoyant autour du piano de Jon Batiste sur la scène du mythique ‘Ed Sullivan Theater‘ à Brodway.
"Butterfly"
Butterfly all alone But can you fly on your own? Take your place in the world today Butterfly flying home
Cherry plum and chewing gum Mini-skirts and cars that hum Driving 'round with your head held high Butterfly flying home
Stay a while here with me Up underneath the stars When you go you'll be free 'Cause you know who you are you're a butterfly, baby
Color scheme from a dream A tapestry that's so supreme I mean I've never seen Something so dang beautiful oh child As a butterfly flying home
Flying home
Ooh whoa whoa Whoa whoa whoa ooh
You see I'm howling at the moon Day and night (Ah whoa ooh) They say I'm as crazy as a loon But I'm alright All dressed in white
Butterfly in the air You can fly anywhere A sight beyond compare A sacred song And a sacred tone Butterfly flying home
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Papillon tout seul Mais peux-tu voler de tes propres ailes ? Prends ta place dans le monde aujourd'hui Papillon rentrant à la maison
Cerise prune et chewing-gum Mini-jupes et voitures qui ronronnent, vois-tu, tu es En train de conduire, la tête haute, Papillon rentrant à la maison
Reste un moment ici avec moi Sous les étoiles Quand tu partiras tu seras libre Car tu sais qui tu es Tu es un papillon
Palette de couleurs d'un rêve Une tapisserie si suprême Je veux dire que je n'ai jamais vu Quelque chose d'aussi beau, oh, enfant, Qu'un papillon rentrant à la maison
Tu vois, je hurle à la lune Jour et nuit Ils disent que je suis aussi fou qu'un oiseau Mais je vais bien Tout habillé de blanc
Papillon dans les airs Tu peux voler n'importe où Une vue incomparable Une chanson sacrée Une langue sacrée Papillon rentrant à la maison
Cuba
Un clin d’œil et le voici à Cuba, posé sur la corde de Mi de la guitare de Pablo Milanés qui a justement mis en musique les vers du poète national Nicolás Guillén. Notre papillon ici se fait appeler « Mariposa ».
Mariposa
Quisiera hacer un verso que tuviera ritmo de Primavera; que fuera como una fina mariposa rara, como una mariposa que volara sobre tu vida, y cándida y ligera revolara sobre tu cuerpo cálido de cálida palmera y al fin su vuelo absurdo reposara –tal como en una roca azul de la pradera– sobre la linda rosa de tu cara…
Quisiera hacer un verso que tuviera toda la fragancia de la Primavera y que cual una mariposa rara revolara sobre tu vida, sobre tu cuerpo, sobre tu cara.
******
Je voudrais écrire un poème qui aurait le rythme du printemps; qui serait comme un papillon rare et délicat, comme un papillon qui volerait au-dessus de ta vie, et candide et léger, volèterait au-dessus de ton corps chaud comme une palme chaude, et enfin, son vol inconséquent se poserait – comme sur un rocher bleu dans la prairie – sur la jolie rose de ton visage…
Je voudrais écrire un poème qui aurait tout le parfum du printemps et qui, tel un papillon rare, volerait au-dessus de ta vie, au-dessus de ton corps, au-dessus de ton visage.
Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a L’inflexion des voix chères qui se sont tues.
Verlaine
Loleh Bellon et Serge Reggiani dialoguent. Ils parlent d’amour… avec les mots des poètes :
On voit mourir toute chose animée, Lors que du corps l’âme subtile part. Je suis le corps, toi la meilleure part : Où es-tu donc, ô âme bien-aimée ?
Louise Labé 1524-1566
O mon amour Nous avons les yeux bleus des prisonniers Mais notre corps est adoré par les songes Allongés nous sommes deux ciels dans l’eau Et la parole est notre seule absence
Georges Shéhadé 1905-1989
Tant de fois s’appointer, tant de fois se fascher, Tant de fois rompre ensemble et puis se renoüer, Tantost blasmer Amour et tantost le loüer, Tant de fois se fuyr, tant de fois se chercher,
Pierre de Ronsard 1524-1585
Il n’y a pas d’amour qui ne soit notre amour La trace de tes pas m’explique le chemin C’est toi non le soleil qui fais pour moi le jour.
Louis Aragon 1897-1982
Même quand nous dormons nous veillons l’un sur l’autre Et cet amour plus lourd que le fruit mûr d’un lac Sans rire et sans pleurer dure depuis toujours Un jour après un jour une nuit après nous.
*Les Hyménoptères forment l’un des ordres les plus diversifiés d’insectes. Ils se reconnaissent par leurs deux paires d’ailes membraneuses, les postérieures — plus petites — étant accrochées aux antérieures — plus grandes — par une rangée de crochets. Souvent, la base de l’abdomen est resserrée. Les espèces les mieux connues sont les guêpes, les abeilles et les fourmis. (Pôle invertébrés du bassin genevois)
Connaissances entomologiques mises à jour, si besoin était, la musique peut reprendre toute sa place dans le monde des insectes, et pour l’heure, dans celui justement des hyménoptères.
Les guêpes, les abeilles et les fourmis n’ont certes pas inspiré aux musiciens un répertoire pléthorique. Cependant les compositeurs qui leur auront accordé leur intérêt musical auront gagné en retour, grâce à l’œuvre ainsi produite, une part non négligeable de leur notoriété.
Abeille
François Schubert, Franz Anton Schubert, « l’autre Schubert », (1808-1878) – qui a choisi, à l’occasion d’un séjour en France, de changer de prénom pour éviter toute confusion – doit certainement son passage à la postérité à sa composition Die Biene – op. 13 n°9(L’Abeille). Cette petite pièce pour violon écrite en forme de mouvement perpétuel rassemble notes rapides et répétées en un élan continu reproduisant le vol affairé de l’insecte tout occupé à sa noble tâche.
En 1909, quand il écrit la musique de scène « The Wasps » (Les Guêpes), qui lui a été commandée pour illustrer la comédie éponyme du poète grec Aristophane (422 av. J.-C), satire piquante de la magistrature athénienne, le compositeur anglais Ralph Vaughan Williams (1872-1958) n’est encore qu’au début de la grande carrière qui l’attend. Le défi pour cette composition était de rendre musicalement le ton caustique employé par le poète pour railler la justice athénienne, bourdonnant, comme un vol de guêpes, d’une vaine suractivité, de cris et de plaintes, et prompte, comme ces insectes à la piqûre inconsidérée, à condamner sans pitié ni discernement.
Vaughan Williams, fort du succès de cette très longue partition, la reprendra pour la réduire à une suite de moins de trente minutes. C’est l’Ouverture de cetteAristophanic Suite que la postérité retiendra essentiellement. Dès le début un bourdonnement menaçant, essaim de guêpes en furie ou froissement des himations orgueilleusement drapés ? Deux thèmes suivent, apaisés, mélodieux, porteur d’une part de nostalgie relevée par les couleurs des cuivres et des bois. L’ouverture se termine par une coda vivifiante : retour énergique et triomphant des thèmes principaux, se concluant par des accords puissants et des tutti orchestraux.
La Mirada Symphony (California)
Direction : Alan Mautner
Fourmis
Roger Cichy, compositeur et arrangeur américain contemporain, plus particulièrement reconnu pour son engagement dans la promotion des instruments à vent, a écrit en 2000, une suite pour orchestre à vent, « Bugs »,qui, comme son nom l’indique, explore musicalement le monde des insectes. Le dernier mouvement, « Army Ants » (l’armée des fourmis), est une marche dissonante représentant une troupe de fourmis légionnaires dans leur perpétuelle procession prédatrice.
Au bout de l’amour il y a l’amour Au bout du désir il n’y a rien. L’amour n’a ni commencement ni fin. Il ne nait pas, il ressuscite. Il ne rencontre pas, il reconnaît. Il se réveille comme après un songe Dont la mémoire aurait perdu les clefs. Il se réveille les yeux clairs Et prêt à vivre sa journée. Mais le désir insomniaque meurt à l’aube Après avoir lutté toute la nuit.
Parfois l’amour et le désir dorment ensemble Et ces nuits-là on voit la lune et le soleil.
Le piano, cette imposante corolle d’ébène épanouie au cœur des salons, offrirait-il ses harmonies en nectar aux papillons ? Peut-être. Mais sans doute est-ce plutôt la grâce éphémère de ces créatures polychromes qui ensorcelle les pianistes, attisant leur désir mimétique de virtuosité. Les musiciens se laissent alors porter par l’inspiration, cherchant à transcrire en mélodies fugaces, confiées à des mains aériennes, le vol onduleux de ces enchanteurs ailés.
Ainsi, Mel Bonis, compositrice parisienne de la période post-romantique, dans une pièce pour piano de 1897, nous offre-t-elle sa transcription au clavier du vol aguicheur de ces Don Juan en habit de lumière venus séduire les fleurs de son jardin. Au piano Diana Sahakyan :
Quel charme, quel langage imagé d’une richesse inimitable ! Quelles chaleur et passion dans ses phrases mélodiques, quelle vitalité fourmillante dans son harmonie…
Quand Tchaïkovski commente ainsi, de manière dithyrambique la musique d’Edvard Grieg, il n’ignore rien de la sensibilité atavique du compositeur norvégien aux choses de la nature. Entre les doigts agiles de Clare Hammond vole, élégant, très mendelsohnien, le papillonqui introduit le troisième (Op.43) des dix recueils de « Pièces Lyriques »que Grieg composa entre 1867 et 1901.
Le compositeur québécois Calixa Lavallée, à qui le Canada doit la musique de son hymne national – excusez du peu – devait être fasciné par l’habileté d’un certain papillon qui courtisait les iris versicolores du jardin de sa maison natale à Verchères lorsqu’il écrivit cette Étude de concert pour piano – Opus 18. – « Papillon », quel plus juste titre pour cette pièce à en juger par la virtuosité qu’elle exige de l’interprète… qui, comme Suppakrit Payackso, pourrait bien, s’il est doué, ne pas être beaucoup plus âgé que le vaillant insecte…
Certaines pièces pour piano, et pas les moins connues, ont été affublées du titre ou sous-titre de « Papillon », alors même qu’elles ne prétendaient en aucune manière avoir été inspirées par l’insecte lui-même.
Frédéric Chopin, par exemple, n’a jamais donné le sous-titre de Papillon à l’Étude opus 25 – N°9. Ce surnom lui aurait été attribué par le pianiste et chef d’orchestre Hans von Bülow – élève de Franz Liszt et premier mari de sa fille Cosima qui plus tard deviendra Madame Richard Wagner. Il est vrai que cette très courte étude de Chopin par la rapidité des passages et la légèreté requise pour son exécution peut évoquer le vol rapide et gracieux d’un papillon. Les mouvements vifs et sautillants des mains laissent volontiers imaginer les pérégrinations erratiques du bel insecte.
Ce n’est pas non plus le charmant lépidoptère lui-même qui suggère au jeune Robert Schumann le titre et la thématique de « Papillons », qu’il compose entre 1829 et 1831, une de ses premières œuvres emblématiques de son inspiration romantique et de la riche imagination qui la sous-tend,
Grand admirateur de Jean Paul (Johann Paul Friedrich Richter), Schumann a puisé son inspiration dans son roman « Flegeljahre » (Les années d’insouciance). Cette suite de douze courtes pièces contrastées précédées d’une introduction a pour objet de représenter les divers personnages et ambiances d’un bal masqué à la fin du roman. Si les notes avaient des noms ce serait masques, déguisements, légèreté, rêveries, changements rapides d’humeur. Chaque mouvement veut évoquer une scène dansante, légère ou fantasque, à la manière des variations désordonnées du vol du papillon.
Robert Schumann 1810 – 1856
« Papillons » Op.2
Catherine Collard (Piano) 1947 – 1993
Robert Schumann et Catherine Collard : l’union, la communion, par-delà le temps, de deux sensibilités poétiques exceptionnelles autour d’un simple clavier. Âmes jumelles peut-être, toutes les deux disparues au même âge (46 ans).
Introduction. Moderato 1/ Valse en Ré Majeur 2/ Valse en Mi bémol Majeur 3/ Valse en Fa dièse mineur 4/ Valse en La Majeur 5/ Polonaise en Si bémol Majeur 6/ Valse en Ré mineur 7/ Valse en Fa mineur 8/ Valse en Do dièse mineur 9/ Valse en Si bémol mineur 10/ Valse en Do Majeur 11/ Polonaise en Ré Majeur 12/ Finale en Ré Majeur
Entre Rhopalocères (papillons de jour) et Hétérocères (papillons de nuit), l’entomologie dénombre aujourd’hui plus de 200 000 espèces de papillons – Ô pardon, faisons illusion jusqu’au bout : 200 000 espèces de Lépidoptères. (Doctus cum libro)
Et si, naturellement, la musique ne propose pas autant d’œuvres consacrées aux papillons, une modeste recherche suffira à aisément débusquer une quantité non négligeable – et bien séduisante – de compositions inspirées par la beauté multicolore, la grâce ou la symbolique de cette fascinante créature légère et virevoltante.
Petit jeu d'été : Combien pourrions-nous citer, à brûle-pourpoint, tous styles de musique confondus et dans la langue que l'on voudra, d’œuvres musicales relatives à la thématique du papillon ?
Sachant que, pour faciliter l'exercice : "Papillon" se dit : - En Anglais : Butterfly - En Italien : Farfalla - En Allemand : Schmetterling - En Espagnol : Mariposa - En Portugais : Barbaleta - En Russe : Babochka.- En Japonais : Cio-Cio-San.
Les suggestions feront l'objet des billets à venir. Gageons que certaines ne manqueront pas de déclencher quelques "mais bien sûr" venus des profondeurs de quelque mémoire attiédie...
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Une première évidence, même si le sujet n’est pas l’insecte lui-même : comment ne pas penser d’emblée à la douceur de la célèbre Cio-Cio-San, Madame Butterfly, qui grâce à Puccini a sans doute offert à l’Opéra ses heures les plus belles et les plus glorieuses. – Papillon pourrait-il obtenir un rôle plus prestigieux ?
Comme le papillon la beauté de notre héroïne est fragile et éphémère, comme lui, sa liberté est illusoire, sa courte vie une violente métamorphose, et l’exotisme qu’elle incarne à travers sa délicatesse héritée d’une autre culture aiguise tant de curiosité.
Nuit complète : ciel pur et étoilé. Cio-Cio-San s’approche lentement de Pinkerton assis dans le jardin. Elle s’agenouille à ses pieds et le regarde avec tendresse, presque suppliante.
BUTTERFLY
Vogliatemi bene,un ben piccolino, un bene da bambino, quale a me si conviene. Vogliatemi bene. Noi siamo gente avvezza alle piccole cose umili e silenziose, ad una tenerezza sfiorante e pur profonda come il ciel, come l’onda del mare!
BUTTERFLY
Aimez-moi, à peine un peu, comme un enfant, cela me conviendra. Aimez-moi. Nous sommes des gens habitués aux petites choses humbles et silencieuses, à une tendresse légère et pourtant profonde comme le ciel, comme les vagues de la mer !
J’aime que vous ne soyez pas fou de moi, j’aime ne pas être folle de vous…
La reconnaissance du non-amour comme une forme d’amour à part entière, l’expression peut-être la plus subtile du véritable amour. Qui, dépouillé des fureurs passionnées et des velléités de possession, confère à la liberté émotionnelle sa valeur la plus noble, humainement la plus juste.
Marina Tsvetaïeva
1892 – 1941
Fallait-il la sensibilité exacerbée de Marina Tsvetaïeva pour s’affranchir des conventions avec autant de charme et d’élégance ? Cette ode à la distance affective, Marina l’écrit en 1914. Elle a 22 ans. Entre elle et le mari de sa sœur Assia se développe une évidente attirance mutuelle qu’elle exorcisera en dédiant à cet homme ce poème balancé entre désir, respect et affection.
Ça me plaît que vous n’ayez pas le mal de moi, Et ça me plaît que je n’aie pas le mal de vous, Que la lourde boule terrestre n’aille pas S’enfuir sous nos pieds tout à coup. Ça me plaît de pouvoir être amusante — Dévergondée — sans jeux de mots ni leurre, Et de ne pas rougir sous la vague étouffante Quand nos manches soudainement s’effleurent.
Ça me plaît aussi que vous enlaciez Calmement devant moi une autre femme, Et que, pour l’absence de mes baisers, Vous ne me vouiez pas à l’enfer et aux flammes ; Que jamais sur vos lèvres, mon très doux, Jour et nuit mon doux nom — en vain — ne retentisse… Que jamais l’on n’aille entonner pour nous : Alléluia ! dans le silence d’une église.
Merci, de tout mon cœur et de ma main, Pour m’aimer tellement — sans le savoir vous-même ! —, Pour mon repos nocturne et pour, de loin en loin, Nos rencontres qu’un crépuscule enchaîne, Pour nos non-promenades sous la lune parfois, Pour le soleil qui luit — pas au-dessus de nous. Merci de n’avoir pas — hélas — le mal de moi, Merci de n’avoir pas — hélas — le mal de vous.
3 mai 1915
In Marina Tsvetaïeva – Insomnie et autres poèmes – Poésies/Gallimard (2010)
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Ce poème a été mis en musique par le compositeur russe d’origine arménienne, Mikaël Tariverdiev (1936-1996). La romance est devenue très populaire en Russie.
Galina Besedina et Sergueï Taranenko
la chantent sur des images du film « Miroirs » (2013) de Marina Migunova
Malin le grillon qui désensibilise son système auditif pour ne pas être assourdi par ses propres stridulations dont il gratifie généreusement les nuits d’été.
Les musiciens, nombreux et de toutes les époques, ont, au contraire, tendu leurs oreilles affûtées en direction de ce chant répétitif et rythmé, modulé pour tantôt persuader la femelle, tantôt dissuader un rival. Et le plus souvent, il est vrai, en considérant ce peuple de l’herbe sous l’angle du risible.
Ainsi cette heureuse symbolique de persévérance têtue et d’énergie vitale, associée au caractère « sautillant » et « folâtre » du grillon, a-t-elle inspiré l’humour musical de l’immense compositeur du XVIIIème siècle Georg Philipp Telemann, pour l’écriture de sa fantasque et raffinée « Grillen-Symphonie » (Symphonie des Grillons).
La qualifierait-on de « capricieuse », sachant que, si en allemand moderne « grillen » signifie « grillons », en 1765, le mot se traduisait également par « bizarreries » ou « caprices » ? Et, à en juger par le caractère de la composition et l’instrumentation colorée, particulière pour l’époque – chalumeau et deux contrebasses solistes –, il apparaît bien probable que Telemann ait voulu jouer avec ce double sens pour ajouter une part supplémentaire d’ironie à l’esprit « fantasque » de l’œuvre.
Georg Philipp Telemann (1681 – 1767)
« Grillen-Symphonie » -– « Concert à 9 Parties » (Symphonie des Grillons) en Sol majeur – TWV 50:1.
Ensemble « Le Jardin de Montéclair »
Trois mouvements :
1/ Etwas lebhaft(plutôt vif) : ouverture énergique, introduisant les thèmes principaux non sans espièglerie.
2/ Tändelnd (badin, facétieux) : mouvement lyrique et expressif ; sous une apparente solennité mondaine un ton malicieux. On rit sous cape...
3/ Presto (rapide) : énergie dansante (gigue ou menuet), rythme enlevé et accents rustiques populaires pour ce dernier mouvement virtuose.
… Et le grillon, caché dans l’herbe, riant à son tour d’une célèbre fourmi, de s’écrier entre deux crissements d’ailes : – Eh bien dansez maintenant !