Flâner entre le rêve et le poème… Ouvrir la cage aux arpèges… Se noyer dans un mot… S'évaporer dans les ciels d'un tableau… Prendre plaisir ou parfois en souffrir… Sentir et ressentir… Et puis le dire – S'enivrer de beauté pour se forcer à croire !
« – et de quel instrument jouez-vous monsieur
qui vous taisez et qui ne dites rien ? »
L’orgue de Barbarie
« Moi le joue du piano disait l’un, moi le joue du violon disait l’autre, moi de la harpe moi du banjo moi du violoncelle moi du biniou … moi de la flûte et moi de la crécelle. » Et les uns les autres parlaient parlaient parlaient de ce qu’ils jouaient. On n’entendait pas la musique tout le monde parlait parlait parlait personne ne jouait mais dans un coin un homme se taisait : « et de quel instrument jouez-vous monsieur qui vous taisez et qui ne dites rien ? » lui demandèrent les musiciens. « Moi je joue de l’orgue de Barbarie et je joue du couteau aussi » dit l’homme qui jusqu’ici n’avait absolument rien dit et puis il s’avança le couteau à la main et il tua tous les musiciens et il joua de l’orgue de Barbarie et sa musique était si vraie si vivante et si jolie que la petite fille du maître de la maison sortit de dessous le piano où elle était couchée endormie par ennui et elle dit : « Moi je jouais au cerceau à la balle au chasseur je jouais à la marelle je jouais avec un seau je jouais avec une pelle je jouais au papa et à la maman je jouais à chat perché je jouais avec mes poupées je jouais avec une ombrelle je jouais avec mon petit frère avec ma petite sœur je jouais au gendarme et au voleur mais c’est fini fini fini je veux jouer à l’assassin je veux jouer de l’orgue de Barbarie. » Et l’homme prit la petite fille par la main et ils s’en allèrent dans les villes dans les maisons dans les jardins et puis ils tuèrent le plus de monde possible après quoi ils se marièrent et ils eurent beaucoup d’enfants. Mais l’aîné apprit le piano le second le violon le troisième la harpe le quatrième la crécelle le cinquième le violoncelle et puis ils se mirent à parler parler parler parler parler on n’entendit plus la musique et tout fut à recommencer !
Je suis un pur Sévillan qui ne connut Séville que lorsqu’il en fut parti. Effet d’ailleurs mathématique, car il est aussi nécessaire pour un artiste de s’expatrier pour bien connaître son pays que, pour un peintre, de reculer de quelques pas afin d’embrasser la totalité de son tableau.
‘Rapsodia sinfonica’ (1931)
– Pour le dialogue entre deux cultures, hispanique et française, qui se rejoignent dans le parcours de JoaquinTurina, partagé entre sa ville natale, Séville, et Paris, la ville de ses études musicales à la Schola Cantorum de Vincent d’Indy et de ses rencontres – inoubliables évidemment – avec Debussy et Ravel…
– Pour l’entente heureuse entre rythmes populaires enlevés et mélodies sensuelles tout droit venus du Flamenco andalou, et orchestration raffinée inspirée des compositions classiques européennes…
– Pour la relation intime qu’instaure entre le piano et l’orchestre la partition d’un concerto – qui, pour conserver toute sa liberté d’expression, ne dit pas son nom -, véritable chorégraphie sonore d’un pas de deux symphonique…
– Pour la qualité du dialogue subtile entre les musiciens de la Camerata Filarmónica Latinoamericana et leur cheffe Grace Echauri…
– Pour le mariage enchanteur, aristocratique, de l’élégante virtuosité de Maria Dolores Gaitán avec l’incomparable distinction des sonorités de son piano Bösendorfer.
Les Nations, pour raviver leur « concert », ne devraient-elles pas pratiquer plus assidument le dialogue musical ?
– Maman, steuplait, on peut regarder un dessin animé ? Steuplait ! Steuplait !
– Non les enfants, pas maintenant ! Faites d’abord vos exercices de contrebasse et, si vous avez bien travaillé, nous verrons… ! D’ailleurs votre professeur Božo Paradžik vous attend dans le jardin…
Les garnements se mettent donc au travail, l’esprit tout entier occupé par la future récompense… et, si la qualité de l’effort s’entend, le message aussi :
Alors, chose promise, chose due :
– Allez, tous devant l’écran, La Panthère rose vous attend… en musique, bien sûr !
Pour vivre, il faut planter un arbre, il faut faire un enfant, bâtir une maison.
J’ai seulement regardé l’eau qui passe en nous disant que tout s’écoule.
J’ai seulement cherché le feu qui brûle en nous disant que tout s’éteint.
J’ai seulement suivi le vent qui fuit en nous disant que tout se perd.
Je n’ai rien semé dans la terre qui reste en nous disant : je vous attends.
in Journal du scribe (Les Éperonniers – 1990)
Liliane Wouters – Belgique 1930-2016
Pas rien, pas rien, le petit vent de l’aube, Le petit rose du petit matin, Changé en pourpre, en noir, en nuit de taupe. Je suis la taupe et le ciel est lointain.
Pas rien, pas rien, les flaques sur la plage, La dune blonde et la blonde clarté, La mer sans fin et les vagues sans âges, Nous n’y aurons dansé qu’un seul été.
Pas rien, pas rien, même si l’on décompte Les vaches maigres, les années de chien. J’aurai vécu tel jour, telle seconde C’était trop peu mais ce ne fut pas rien.
Emily sait quelque chose que les autres ne savent pas. Elle sait que nous n’aimerons jamais plus d’une poignée de personnes et que cette poignée peut à tout moment être dispersée, comme les aigrettes du pissenlit, par le souffle innocent de la mort. Elle sait aussi que l’écriture est l’ange de la résurrection.
Christian Bobin – La dame blanche (Gallimard / ‘L’un et l’autre’ – 2007)
Kitty Kielland (Norvège 1843–1914) – Un soir à Stokkavannet – 1890.
J’aime mieux me souvenir d’un Couchant Que jouir d’une Aurore Bien que l’un soit superbe oubli Et l’autre réel.
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Car il y a dans le départ un Drame Que rester ne peut offrir – Mourir divinement en une fois le soir – Est plus aisé que décliner –
Emily Dickinson Amherst (Massachusetts) 1830-1886
I’d rather recollect a setting Than own a rising sun Though one is beautiful forgetting— And true the other one.
Because in going is a Drama Staying cannot confer To die divinely once a Twilight— Than wane is easier—
in Car l’adieu c’est la nuit – Poésie Gallimard – 2007
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Claire Malroux.
Sophie Junker, soprano, accompagnée par l’excellent ensemble ‘Voices of Music’, chante
‘O Maria’
chant de louanges dédié à la Madone, extrait des rares pièces de musique sacrée de la compositrice-interprète vénitienne du XVIIème siècle,
Barbara Strozzi*
O Maria, quam pulchra es, quam suavis, quam decora. Tegit terram sicut nebula, lumen ortum indeficiens, flamma ignis, Arca federis, inter spinas ortum lilium, tronum [S]ion in Altissimis in columna nubis positum. O Maria… Ante sæcula creata girum cœli circuivit sola, profundum abissi penetravit. Et in fluctibus maris ambulavit, omnium corda virtute calcavit, et in hereditate Domini morata est. Tegit terram… O Maria… Alleluia.
Ô Marie, que tu es belle, que tu es douce, que tu es avenante. Elle enveloppe la terre tel un nuage, une lumière s’élève infaillible, une flamme, un feu, l’Arche d’Alliance, un lys poussé parmi les épines, le trône de Sion placé au plus haut dans une colonne de nuée. Ô Marie… Avant la création des siècles, elle a parcouru les confins du ciel, et a pénétré les profondeurs de l’abîme. Elle a marché sur les flots de la mer, foulé avec vertu le cœur de tous, et persévéré dans l’héritage du Seigneur. Elle enveloppe la terre… Ô Maria… Alléluia.
Il n’est pas d’art vrai sans une forte dose de banalité.
Celui qui use de l’insolite d’une manière constante lasse vite, rien n’étant plus insupportable que l’uniformité de l’exceptionnel.
Cioran – De l’inconvénient d’être né – 1973
Il me fallait bien ce solide encouragement de mon cher Cioran pour m’autoriser à ressortir des cartons – pour autant qu’elle y soit un jour entrée – cette banalité si éternellement charmante, « Les feuilles mortes ». qu’écrivit jadis Prévert sur une musique de Kosma, pour le film de Marcel Carné en 1946, « Les portes de la nuit » :
C’est le Destin, incarné par Jean Vilar, rôle central et énigmatique, catalyseur des évènements, maître du temps et symbole de l’inexorable, qui entonne le thème à l’harmonica…
Quelqu’un ne prétendait-il pas qu’écrire, c’est transformer des abîmes de banalités en sommets mythologiques. S’il en fallait un témoignage… Quel chemin en presque 80 ans, depuis le zinc d’un bistro parisien, pour ces « Feuilles mortes » que le vent du Nord a emportées certes, mais assurément pas dans la nuit froide de l’oubli. A travers la planète entière les déposant sur toutes les lèvres, et entre les doigts de tous les musiciens de tous les styles, indifférentes aux modes et aux temps. Simple banalité poétique et musicale, extraite d’un film mal accueilli à son époque, devenue succès planétaire, mythique.
Le Jazz n’a pas attendu pour les ériger en standard, tant de fois repris. Elles étaient il y a peu au Japon, et c’est entre batterie, piano et contrebasse qu’on les a surprises virevoltant au rythme des excellents musiciens du Osaka Jazz Channel. Charmantes toujours nonobstant leurs humeurs :
Introverties : avec Yuka Yanagihara au piano, Yuu Miyano à la contrebasse, et à la batterie Takashi Kuge, animateur de la chaîne.
Extraverties : avec Yuu Miyano à la contrebasse, Takashi Kuge à la batterie, et Saori Kobayashi au piano
Le diamant du lexique français, pour moi, c’est le substantif « sens ».
Condensé en une monosyllabe – sensible donc à l’oreille d’un Chinois – qui évoque un surgissement, un avancement, ce mot polémique cristallise en quelque sorte les trois niveaux essentiels de notre existence au sein de l’univers vivant : sensation, direction, signification.
Le dialogue : Une passion pour la langue française
Desclée de Brouwer (2002)
Adore ton métier, c’est le plus beau du monde !
Le plaisir qu’il te donne est déjà précieux,
Mais sa nécessité réelle est plus profonde…
II apporte l’oubli des chagrins et des maux,
Et ça, vois-tu, c’est encor mieux !
C’est mieux que tout, c’est magnifique et tu verras,
Tu verras ce que c’est qu’une salle qui rit,
Tu l’entendras !
Ça, c’est unique, mon chéri !
Jean-Gaspard Deburau 1796-1846 par Arsène Trouvé
Derrière son maquillage livide, Jean-Gaspard Deburau, né à la fin du XVIIIème siècle à Amiens, de l’union d’une mère venue de Bohème et d’un soldat français, faisait le plaisir et l’admiration des « naïfs et des enthousiastes », comme il aimait à qualifier avec humour et gentillesse son fidèle public du ‘Théâtre des Funambules’, qui venaient rire aux facéties et mimiques du personnage de Pierrot qu’il avait créé.
Sacha Guitry 1885-1957
Comment l’amoureux inconditionnel du théâtre et du métier de comédien qu’était Sacha Guitry, aurait-il pu résister à l’envie d’incarner cet illustre personnage capable de réaliser chaque soir avec le même bonheur cette performance éminemment difficile, gageure des gageures : entraîner une salle dans le rire ?
En février 1918, le ‘Théâtre du Vaudeville’ met à l’affiche une pièce signée Sacha Guitry : « Deburau ». Un orchestre, pour accompagner les comédiens, y joue la musique composée par André Messager.
Sa production nombreuse pour le théâtre n’empêche pas Guitry, à partir des années 1930, d’être définitivement gagné par le cinéma. En 1951, le comédien-dramaturge devenu réalisateur décide de mettre sa pièce en images et écrit un scénario dans lequel le célèbre mime Deburau, époux modèle résistant fièrement aux mille sollicitations de ses admiratrices, finit par s’éprendre, amour impossible, d’une dame portant camélia à la ceinture.
Le rôle, certes, n’est pas en manque de texte ; trop de paroles, peut-être, proposées à un mime pour qui seul le rire a droit de déchirer le silence. Mais quand l’alexandrin surgit de l’encrier d’un Sacha Guitry auteur prolifique au verbe affûté et qu’il nous parvient à travers la voix et le jeu emblématiques d’un Sacha Guitry comédien brillant aux mille facettes… qui s’en plaindrait ?
Ce rôle, très empreint du romantisme qui envahit la vie du Maître à cette époque – il souffre physiquement et reste encore très affecté par les injustes attaques portées contre lui à la Libération – Guitry le voulait comme son testament spirituel.
Et c’est, sans conteste, dans l’admirable monologue de Deburau exaltant le métier de comédien à travers les conseils qu’il prodigue à son fils s’apprêtant à entrer en scène pour lui succéder, que Sacha Guitry exprime en toute sincérité cet amour de la scène qui le représente tant.
Magnifique leçon d’un Pierrot à qui l’on pardonne volontiers de parler autant, et nouvelle occasion de regretter que sa voix se soit tue.
Quel rustre, quel butor faut-il être pour s’accorder le temps de choisir avec une concupiscence manifeste une douceur parmi la grande variété des gourmandises que l’on vous offre ! Et pourquoi ne pas en prendre trois d’un coup, malappris que vous êtes ?
Je me vouvoie toujours quand, en colère, je m’en prends à moi-même. Car c’est bien trois douceurs, en effet, que j’ai saisies dans la bonbonnière du très élégant Reynaldo Hahn que Marcel Proust a tant aimé. Non pas celle que j’ai déjà fouillée si souvent, consacrée aux admirables mélodies qu’il a composées autour des poèmes de Verlaine, Hugo, Moréas, Coppée et tant d’autres, mais celle où il conserve ses délicieuses et raffinées oeuvres pour piano – piano seul, piano à quatre mains, deux pianos – dans laquelle, au vrai, trop peu de mains se perdent.
Mais, chacun le sait, je suis partageur… Alors, m’étant déjà pardonné moi-même, à votre tour, si je vous fais goûter à mon butin, me pardonnerez-vous ?
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A l’ombre rêveuse de Chopin (Premières valses – 1898) Eric Le Sage – piano
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Hivernale(Le rossignol éperdu / Série IV Versailles – 1899-1910) Eric Le Sage – piano
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Décrets indolents du hasard(Le ruban dénoué, suite de valses à deux pianos – 1915) Lucas & Arthur Jussen – pianos
Cette série de valses a occupé quelques-uns de mes mornes loisirs en ces derniers mois. Je ne m’en exagère pas la valeur musicale. Mais j’ai tenté d’y fixer des instants qui auront compté dans ma vie. – Reynaldo Hahn
Ma lecture de ce texte a été déjà publiée sur « Perles d’Orphée » le 15/05/2013
sous le titre : « Tout a-t-il été dit ? »
Philippe Jaccottet 1925-2021
Croire que « tout a été dit » et que « l’on vient trop tard » est le fait d’un esprit sans force, ou que le monde ne surprend plus assez. Peu de choses, au contraire, ont été dites comme il le fallait, car la secrète vérité du monde est fuyante, et l’on peut ne jamais cesser de la poursuivre, l’approcher quelquefois, souvent de nouveau s’en éloigner. C’est pourquoi, il ne peut y avoir de répit à nos questions, d’arrêt dans nos recherches, c’est pourquoi nous ne devrions jamais connaître la mort intérieure, celle qui survient quand nous croyons, à tort, avoir épuisé toute possibilité de surprise. Si nous cédons à ce désabusement, bien proche du désespoir, c’est que nous ne savons plus voir ni le monde en dehors de nous, ni celui que nous contenons, c’est que nous sommes inférieurs à notre tâche (…)
Quiconque s’enfonce assez loin dans sa sensibilité particulière, quiconque est assez attentif à la singularité de son expérience propre, découvre des régions nouvelles ; et il comprend aussi combien il est difficile de décrire à d’autres les pas effrayés ou enchantés qu’il y fait.
Philippe Jaccottet in Nuages – Fata Morgana – 2002
Les mouvements que Dieu me fait la grâce de mettre en moi, je ne puis les percevoir que dans une abstraction complète, comme ceux qui écoutent la musique les yeux fermés.
Il y a le réel et il y a l’irréel. Au-delà du réel et au-delà de l’irréel, il y a le profond.
C’est quoi une vie d’homme ? C’est le combat de l’ombre et de la lumière… C’est une lutte entre l’espoir et le désespoir, entre la lucidité et la ferveur… Je suis du côté de l’espérance, mais d’une espérance conquise, lucide, hors de toute naïveté.
Soy un latido en la tierra, tal vez un pájaro, un alma. tal vez un pájaro, un alma Soy fantasia constante, la voz, el eco y la tarde, la voz, el eco y la tarde. A donde grillos y estrellas se vuelven una ilusión. Soy un ayer y un mañana, sólo un perfume en el aire, pañuelo alegre en la zamba terron agreste es mi carne Y un triste arrullo de urpila agita mi corazón. Y en las alas de una nube mi corazón alza vuelo Y en la flor de una esperanza baila un malambo de fuego, baila un malambo de fuego. Cuando en mis párpados arden las rubias trenzas del Sol, hachando el monte del tiempo desgajo rima y poesía tiernas plegarias que anidan en alas algún silencio, en alas algún silencio. Tierra desde el sentimiento por donde va mi ilusión. Y en las alas de una nube mi corazón alza vuelo Y en la flor de una esperanza baila un malambo de fuego, baila un malambo de fuego. Cuando en mis párpados arden las rubias trenzas del Sol. Soy un latido en la tierra, tal vez un pájaro, un alma tal vez un pájaro, un alma.
Je suis une pulsation dans la terre peut-être un oiseau, une âme peut-être un oiseau, une âme. Je suis un mythe persistant, la voix, l’écho et le soir, la voix, l’écho et le soir. Où les grillons et les étoiles deviennent une illusion. Je suis un hier et un demain, juste un parfum dans l’air, un mouchoir joyeux dans la zamba* une motte sauvage, c’est ma chair Et une triste berceuse d’oisillon fait vibrer mon cœur. Et sur les ailes d’un nuage mon cœur s’envole Et dans la fleur d’un espoir danse un malambo*de feu, danse un malambo de feu. Quand sur mes paupières brûlent les tresses blondes du soleil,
en taillant dans la montagne du temps je déchire la rime et la poésie de tendres prières qui se nichent sur les ailes du silence, sur les ailes du silence. Terre de mon désir terre de mes illusions. Et sur les ailes d’un nuage Mon cœur s’envole Et dans la fleur d’une espérance danse un malambo de feu, danse un malambo de feu. Quand sur mes paupières brûlent les tresses blondes du soleil. Je suis une pulsation dans la terre peut-être un oiseau, une âme peut-être un oiseau, une âme.
Where is the coward that would not dare to fight for such a land as Scotland?*(Sir Walter Scott –1771-1832)
Wherever I wander, wherever I rove,
The hills of the Highlands for ever I love.** (Robert Burns – 1759-1796)
* Où est le lâche qui n’oserait pas se battre pour une terre comme l’Écosse ?
** Partout où je vais, partout où je cours, Collines des Highlands, je vous aime pour toujours.
Max Bruch (Cologne 1838 – Berlin 1920)
Fantaisie écossaise en mi bémol majeur, op.46 ou, plus précisément, Fantaisie pour violon, avec orchestre et harpe, utilisant librement des mélodies traditionnelles écossaises
C’est pendant l’hiver 1879/1880, à Liverpool, que Max Bruch compose cette Fantaisieà l’intention du violoniste Pablo de Sarasate.
Bruch n’est jamais allé en Ecosse, mais sa profonde imprégnation du romantisme allemand ne l’avait naturellement pas laissé insensible aux romans de Walter Scott et aux poèmes (supposés être ceux du barde Ossian au IIIème siècle) de James Macpherson. – L’Ecosse, avec ses paysages sauvages, ses légendes mystérieuses, son folklore et son histoire, a souvent exercé une fascination chez les compositeurs classiques qui ont trouvé en elle une puissante source d’inspiration.
Gustave Doré – Lac en Ecosse après la tempête
La Fantaisie écossaise puise dans le recueil de chants traditionnels de James Johnson et de Robert Burns, The Scots Musical Museum, l’essentiel de son influence.
Toujours fidèle à l’affirmation qu’il brandissait fermement dans ses jeunes années : « ne pas se laisser aller aux errements modernes », Max Bruch manifeste encore ici son attachement à la belle mélodie et à l’harmonie pour transcender l’émotion.
Le violon dans son dialogue permanent avec l’orchestre constitue la partie soliste majeure de cette composition, emportant le voyageur à travers les Highlands sur des danses lumineuses après l’avoir plongé dans les ombres du mystère. La présence de la harpe et du tuba confère à l’oeuvre cette atmosphère typiquement évocatrice de la terre d’Ossian.
La harpe, symbole de la tradition celtique, soutenant les lignes chantantes du violon, suggère par son timbre particulier ce climat d’onirisme et de magie propre aux légendes écossaises, pendant que les sonorités graves et inquiétantes du tuba nous entraînent vers le mystère des paysages escarpés et des eaux noires des lochs profonds.
Chacun des quatre mouvements qui constitue la Fantaisie est composé à partir d’une mélodie empruntée à une chanson du folklore écossais.
Une splendide version enregistrée au Palais de l’Opéra de La Corogne :
Orquesta Sinfónica de Galicia Rumon Gamba – direction Stefan Jackiw – violon
1/ Grave – Adagio cantabile Le ton grave de l’adagio introductif est censé représenter «un vieux barde, qui contemple un château en ruines et pleure son glorieux passé». L’adagio cantabile enchaîne et une courte transition solennelle des cuivres introduit la voix plaintive du violon chantant la première mélodie traditionnelle écossaise, la très populaire chanson écrite en 1792, « Through the Wood Laddie” (A travers les bois, mon gars).
2/ Allegro Ce deuxième mouvement, plus énergique, laissant s’exprimer toute la virtuosité du violoniste, est inspiré de la chanson de 1788, « The Dusty Miller » (Le meunier poussiéreux).
3/ Andante sostenuto « I’m a’down for lack o’Johnnie » est le chant pris ici pour thème. Une jeune fille attend son amoureux au bord du lac et fredonne un air élégiaque : Je suis triste sans mon Johnnie. L’aurait-il abandonnée ?
4/ Finale – Allegro guerriero Virtuosité, doubles cordes, trilles, Bruch sollicite tous les registres du violon pour entonner ce chant d’armes du Moyen-Âge, « Scots wha hae where Wallace bled » dont les paroles (Nous sommes écossais par le sang de Wallace) ont été écrites par Robert Burns au XVIIIème siècle à partir d’un air guerrier qui aurait conduit les soldats écossais à la victoire contre les Anglais en 1314. Chant qui fut longtemps l’hymne officieux du pays. Après un bref rappel du thème, le violon emmène tout l’orchestre vers le glorieux embrasement final de ce merveilleux chef d’oeuvre.