Flâner entre le rêve et le poème… Ouvrir la cage aux arpèges… Se noyer dans un mot… S'évaporer dans les ciels d'un tableau… Prendre plaisir ou parfois en souffrir… Sentir et ressentir… Et puis le dire – S'enivrer de beauté pour se forcer à croire !
Il pleure dans mon cœur
Comme il pleut sur la ville…
‘Stormy Weather’
Je ne sais pas pourquoi il n’y a pas de soleil dans le ciel Sale temps Puisque mon homme et moi sommes séparés Il pleut tout le temps La vie est nue, sombre et malheureuse partout Sale temps Je ne peux juste pas me ressaisir, Je suis tout le temps fatiguée Si fatiguée tout le temps Quand il est parti, le blues est entré en moi et s’est installé S’il ne revient pas, la vieille chaise à bascule aura ma peau Tout ce que je fais, c’est prier le Seigneur d’en haut qu’il me laisse marcher une fois de plus au soleil. Je ne peux pas continuer, j’ai perdu tout ce que j’avais Sale temps Depuis que mon homme et moi sommes séparés, La pluie ne cesse de tomber
Don’t know why there’s no sun up in the sky Stormy weather Since my man and I ain’t together, Keeps rainin’ all the time Life is bare, gloom and mis’ry everywhere Stormy weather Just can’t get my poorself together, I’m weary all the time So weary all the time When he went away the blues walked in and met me. If he stays away old rockin’ chair will get me. All I do is pray the Lord above will let me walk in the sun once more. Can’t go on, ev’ry thing I had is gone Stormy weather Since my man and I ain’t together, Keeps rainin’ all the time
— Moi, Carl Philipp Emanuel Bach, digne fils du grand Jean-Sébastien, claveciniste à la cour de Frédéric II pendant trente ans, j’ai composé à l’attention des apprentis clavecinistes un petit exercice, Solfeggio en Ut mineur. Si charmant qu’il a très vite reçu le doux diminutif de Solfeggietto. C’est une petite pépite en forme de courte pièce à une voix, dédiée au développement de l’agilité des dix doigts et de la transparence dans l’alternance des mains. Sa difficulté vient en vérité du tempo prestissimo que suppose le mouvement. J’avais à coeur de voir comment les « pianistes » de votre siècle, assis devant leurs monstres noirs aux dents blanches, traitaient ma modeste partition.
♦ Les jeunes apprentis virtuoses, d’abord, comme cette petite fille sérieuse et douée :
♦ Les virtuoses accomplis, qui ont dix doigts à chaque main, comme Shani Diluka, pianiste monégasque qui, me dit-on, ne compte plus ni les maîtres incontestés qui l’ont accompagnée, ni les partenaires prestigieux avec qui elle se produit :
♦ Et quelques autres hurluberlus comme Luca Sestak, qui se réunissent pour « faire le boeuf », comme ils disent, bousculant ma musique d’une drôle de manière… mais au fond si plaisante :
Que de choses ont changé en trois siècles…! Demeure mon « Solfeggietto » !
Aimer aussi est bon : car l’amour est difficile. S’aimer, d’être humain à être humain : voilà peut-être la tâche la plus difficile qui nous soit imposée, l’extrême, la suprême épreuve et preuve, le travail en vue duquel tout autre travail n’est que préparation.
Rainer Maria Rilke – Lettre à un jeune poète
La période des vœux annuels est toujours une occasion de porter un regard ému sur la souffrance et les peines de nos contemporains, de faire même parfois quelques dons tout pleins de notre sincère compassion.
Et chaque année la fumée des cheminées écrit en grand dans le ciel d’hiver le message d’amour et de paix que chacun adresse à chaque autre.
Mais comme toutes les fumées…
Fernand Pelez – Nid de misère – 1887
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I said man is always talking ’bout it’s inhumanity to man But what is he tryin’ to do to make it a better man?
Pour la grande Roberta Flack, chanteuse et pianiste de jazz, deux fois consécutives lauréate du Grammy Award, en 1973 et 1974.
Pour sa « pertinence sociale », son « intrépidité politique », et sa générosité.
Pour son premier disque « First Take » paru en juin 1969 chez Atlantic Records.
∼ Grammy Hall of Fame Award décerné en 2016 par la très respectée Recording Academy
∼ Classé en 2020 parmi les 500 plus grands albums de tous les temps par le sérieux magazine international Rolling Stones.
∼ Considéré par l’immense majorité des amateurs de Jazz du monde comme l’un des 20 enregistrements indispensables à toute discothèque de qualité.
Et, à l’occasion de ce billet en particulier :
Pour le gospel, « Tryin’ Times » (Temps difficiles), qui tend, avec une rare élégance musicale, à notre légendaire et désespérant égoïsme un terrible et pourtant si beau miroir.
Tryin’times, what the world is talkin’ about You got confusion all over the land, You got mother against daughter, you got father against son You know the whole thing is getting out of hand
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Then maybe folks wouldn’t have to suffer If there was more love for your brother But these are tryin’ times,
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You got the riots in the ghetto, it’s all around A whole lot of things that’s wrong is going down, yes, it is I can’t understand it from my point of view ‘Cause I think you should do unto others As you’d have them do unto you.
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Then maybe folks wouldn’t have to suffer If there was more love for your brother But these are tryin’ times, yes, it is.
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I said man is always talking ’bout it’s inhumanity to man But what is he tryin’ to do to make it a better man? Oh, just read the paper, turn on your TV You see folks demonstrating about equality.
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But maybe folks wouldn’t have to suffer If there was more love for your brother But these are tryin’ times
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Tryin’times, yeah, that’s what the world is talkin’ about You got confusion all over the land
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Les temps difficiles, ce dont le monde parle, Il y a de la confusion partout dans le pays : La mère contre la fille, le père contre le fils… Tout nous échappe, tu sais. Peut-être que les gens n’auraient pas à souffrir Si on avait plus d’amour pour son prochain. Mais les temps sont durs, oui, oui Il y a des émeutes dans le ghetto, c’est partout. Tout un tas de mauvaises choses se passent, oui, c’est vrai ! J’ai beaucoup de mal à l’accepter Parce que je pense qu’il faut faire aux autres Ce qu’on souhaiterait qu’ils nous fassent. Alors peut-être que les gens n’auraient pas à souffrir S’il y avait plus d’amour pour son prochain. Mais nous vivons une époque difficile, oui, c’est vrai ! J’ai dit que l’homme parle toujours de son inhumanité envers l’homme, Mais qu’essaie-t-il de faire pour devenir un homme meilleur ? Oh, il suffit de lire le journal, d’allumer la télévision Pour voir des gens manifester pour l’égalité. Mais peut-être que les gens n’auraient pas à souffrir Si on avait plus d’amour pour son prochain. Mais nous vivons une époque difficile Des temps difficiles, oui, tout le monde en parle ; Il y a de la confusion partout dans le pays.
Alors, prudent et sage, j’ai décidé d’en aimer deux !
Une brune Velma Kelly, et une blonde, évidemment. Roxie Hart.
Toutes les deux accusées d’homicides, qui condamnera ma bigamie ?
Criminelles, certes, mais tout de même, les victimes avaient bien « mérité » leur sort : un mari qui vous trompe avec votre propre sœur… Un amant qui fait de fausses promesses à vos ambitions pour profiter de vous…
Dans les yeux des cinéastes, les femmes de faits divers se transforment en muses, sitôt érigées sur la pellicule en figures mythologiques semblant défier l’ordre, tantôt bourgeois, patriarcal, sociétal.
Lucille Quillet (journaliste – Les femmes et le crime)
Catherine Zeta-Jones (Velma Kelly) – Renée Zellweger (Roxie Hart) CHICAGO – Film 2002
Avant de devenir muses, Velma et Roxie, « mes » femmes de pellicule, étaient femmes de faits divers :
Deux criminelles, Beulah Annan et Belva Gaertner, avaient en effet, en 1924, défrayé la chronique judiciaire du Chicago du temps de la prohibition et du jazz triomphant. Leur détermination sans bornes à échapper à la peine de mort et à, retrouver pour l’une, et trouver pour l’autre, la gloire des scènes de cabaret avait inspiré une pièce de théâtre, « Chicago », à une journaliste de l’époque qui couvrait abondamment l’évènement.
Les personnages de Velma et Roxie étaient nés, qui vivraient désormais, à travers la célèbre comédie musicale américaine de Bob Fosse, en 1975, et sa très appréciée adaptation cinématographique par Rob Marshall, en 2002, une vie de danse, de chants et de paillettes, au rythme du Jazz des Années Folles, sur fond de justice pénale et de corruption.
Pouvait-on mieux flatter notre plaisir ?
Catherine Zeta-Jones (Velma Kelly)
Ramène-toi la ville nous tend les bras Moi, faut qu’ça jazze !
J’ai fardé mes genoux et déroulé mes bas Moi, faut qu’ça jazze !
Bouge ta caisse, j’connais un coin dément où le gin coule à flots sur un piano brûlant, et chaque soir dans ce sacré boxon ça se termine en baston, Moi, faut qu’ça jazze !
Plaque ta mèche et mets tes pompes vernies Moi, faut qu’ça jazze !
J’entends dire que le vieux Dip balance du blues à fond Moi, faut qu’ça jazze !
Viens chéri, on va s’faire des câlins j’ai acheté de l’Aspirine à la pharmacie du coin si tu ne tiens pas l’coup s’il faut que tu redémarres Moi, faut qu’ça jazze !
[…]
Renée Zellweger (Roxie Hart)
Le nom sur toutes les lèvres Ce sera Roxie La dame qui balance les jetons Ce sera Roxie
Je vais être une célébrité Cela signifie que tout le monde me reconnaîtra Ils reconnaîtront mes yeux Mes cheveux, mes dents, mes seins, mon nez
Pour ne pas juste être la femme
D’un quelconque mécanicien Je vais être Roxie Qui dit que le meurtre n’est pas un art ?
Et qui, si elle n’est pas pendue, Dira que tout commença par un Bang ? Foxy Roxie Hart !
"Chicago" - Film 2002 / Synopsis :
Velma Kelly attise les foules, chaque soir, au cabaret. Roxie Hart n'a qu'un rêve, monter sur scène et ressembler à son idole. Mais arrêtées l'une et l'autre pour leurs crimes respectifs, c'est à la prison qu'elles se rencontrent.Billy Flynn, leur avocat, retors, rusé et maître ès corruptions, dont elles se disputent les services, charmé par Roxie, va réussir à convaincre le public et la justice que sa protégée est le vivant symbole de la naïveté abusée. Elle deviendra la femme la plus populaire de Chicago... Velma détrônée essaiera, pour rattraper son succès passé, de la convaincre de former un duo...
N’oublie jamais ceci : jouer du jazz, c’est comme raconter une histoire. Une fois la musique envolée et le morceau terminé, il ne doit rester que du bonheur… Sinon ça ne sert à rien. Strictement à rien !
Maxence Fermine (romancier)
Alors ce billet – je l’affirme – va servir à quelque chose !
Si tu n’arrives pas à perdre ta mauvaise humeur… Écoute !
Tes oreilles ne suffiront pas : ……………le jazz, quand il swingue comme ça, il s’écoute avec les pieds.
Samara Joy « Can’t Get Out Of This Mood »
Ben Paterson (piano) David Wong (basse) Kenny Washington (batterie)
Allez ! Avoue ! Quand tu fermais les yeux, ostensiblement sous le charme, tu pensais un peu à Ella Fitzgerald ou à Sarah Vaughan ?
Tu n’es pas le seul à retrouver en Samara la grande classe des Divas du jazz qui chauffaient, à coups de 45 tours, l’ambiance de nos « boums » :
– En 2019, Samara remportait la « Sarah Vaughan International Jazz Vocal Competition » puis, en 2021, était nommée « Meilleure Nouvelle Artiste » par le magazine JazzTimes.
– Il y a une poignée de semaines, elle remportait le Grammy Award du meilleur nouvel artiste, – toutes catégories confondues – et celui du Meilleur album de jazz vocal.
Ah ! J’oubliais de te dire qu’elle ne chante le jazz que depuis cinq ans… et qu’elle a 23 ans !
Ella Fitzgerald 1917-1996
Depuis quand n’as-tu pas écouté « Lady be good », ce standard extrait de l’opéra éponyme des Gershwin, qui avait fait les premières gloires d’Ella dans ses interprétations uniques ?
Tiens, comme un cadeau, voici Samara, en dilettante, incarnant la First Lady of Swing, lors d’un « boeuf » avec Emmet Cohen et son trio (Russell Hall à la contrebasse et Kyle Poole à la batterie).
Alléluia ! Notre jazz est bien vivant !
.
∞
Je pourrais dire du jazz que c’est un mélange d’élégance et de souplesse, que c’est la magie de l’instant, comment dire ? un léger détachement, un équilibre fragile et émouvant…Quelque chose comme ça.
C’est une langue si délicate le Scat
vaut mieux défaire sa cravate
pour le Scat
c’est pas le Magnificat
c’est plus facile qu’une cantate
mais faut la langue acrobate
pour le Scat
Michel Jonasz – chanson « Le Scat »
Nul besoin de téléphone portable pour un « social call ». Croyons donc les traducteurs, c’est d’une visite dont il est question. Amicale au demeurant, amoureuse, pourquoi pas ? – On n’a pas trouver plus intime que le tête à tête pour communiquer dans ces cas-là…
Oh ! On échangera bien quelques reproches au milieu des heureux souvenirs…
Mais avec un sourire jazzy, à l’ancienne, un poil de swing, un zeste de scat et du groove plein la voix, autour d’un bon vieux standard des années 1950, les choses pourraient bien ressembler aux retrouvailles de Benny Benack et Veronica Swift devant leur micro.
Pas mal, non ? Jazz is back !
I’ll wait for you tonight ! 🎶Doo be doya bop dee dee !!! 🎶
Benny
Happened to pass your doorway Gave you a buzz, that’s all Lately, I’ve thought lots about you So I thought I’d pay a social call
Veronica
Do you recall the old days? We used to have a ball
Benny
Not that I’m lonesome without you I just thought I’d pay a social call
Veronica
I thought I’d say Things are just swell But to tell the truth I haven’t been so well
And if you should try to kiss me I promise that I won’t stall
Benny
Maybe we’ll get back together
Benny & Veronica
Starting from this incidental Elemental Simple social call
Benny
Do you remember all the good times that we had my baby girl? I’ll never forget you’ve got the greatest smile in the world Oh, my sugarplum fairy, don’t hold a grudge I simply had to say hello once more
And am I insane Or do I really see a world where you and I could be together, forever When, buttercup, don’t slam the door in my face Unless you really wanna spill my heart all over the place
Oh, I guess we’re going to spend a lot of time hanging out like this I’m tryna break my habit of you But, since we weren’t back together I suppose we should start anew Dear, what do you say?
Oh! I can’t take it My! Heart is breaking I’m laying it on the line
If you can find it in your mind that there just a little Itsy, bitsy, chance that you might miss me Let’s give it a whirl
Veronica
Baby, we’ve played this game a thousand million times I should throw your heart in jail for all of its crimes You say that you love me and I think that it’s true But why should I just sit at home awaiting for you
When we’re together, it’s always stormy weather And I really feel like sittin’ on a beach, with you out of reach Whenever you smirk, I get weak in the knees But if you’re a jerk, I’ll tune out all of your pleas
Well I suppose just one drink couldn’t hurt But just one, nothing more I’m onto all of your tricks But if you slip up, I’ll show you the door
I must be crazy, but I’m coming around But if you do me wrong, I’ll run you out of this town I guess that I could give you one more chance now To prove you’re the man who can love me everyday
And never leave my side ever again
Benny & Veronica
(Scatting)
Veronica
If you should try to kiss me baby I promise I won’t stall
Benny
Maybe we’ll get back together
Benny & Veronica
Starting from this incidental Elemental Simple social call
Why he had to go I don’t know he wouldn’t say I said something wrong, now I long for yesterday
Yesterday All my troubles seemed so far away Now it looks as though they’re here to stay Oh, I believe in yesterday
Suddenly I’m not half the girl I used to be There’s a shadow hanging over me Oh, yesterday came suddenly
Why he had to go I don’t know he wouldn’t say I said something wrong, now I long for yesterday
Yesterday Love was such an easy game to play Now I need a place to hide away Oh, I believe in yesterday
Why he had to go I don’t know he wouldn’t say I said something wrong, now I long for yesterday
Yesterday Love was such an easy game to play Now I need a place to hide away Oh, I believe in yesterday
◊
Too many musicians rush through everything with too many notes. A ballad should be a ballad. It’s important to understand what the song is saying, and learn how to tell the story. It takes time. I can’t rush it. I really can’t rush it.
Shirley Horn
Trop de musiciens se précipitent à travers tout avec trop de notes. Une ballade doit être une ballade. Il est important de comprendre ce que dit la chanson et d'apprendre à raconter l'histoire. Ça prend du temps. Je ne peux pas me précipiter. Je ne peux vraiment pas me précipiter.
Roland Barthes – ‘Fragments d’un discours amoureux’ (Seuil – 1977)
E benedetto il primo dolce affanno
Ch’i’ ebbi ad esser con Amor congiunto,
E l’arco e la saette ond’ i’ fui punto,
E le piaghe, ch’infino al cor mi vanno.
Claudio Monteverdi (Cremona 15 mai 1567 – Venezia 29 novembre 1643)
Ah ! le doux tourment de l’amour !
Témoignage irrécusable de la contradiction constitutive de notre psyché, cet oxymore, que le temps n’a affecté d’aucune ride, aura parcouru les âges, jusqu’à notre propre cœur, à travers les soupirs des amants, certes, entre les lignes des romanciers et les répliques des dramaturges, sur les vers des poètes, et, naturellement, à travers les refrains et les ritournelles d’amour aux accents métissés de rires et de larmes.
En est-il un plus séduisant exemple musical que ce madrigal désormais célèbre, ‘Si dolce è’l tormento’, que composa en 1624 le génial Claudio Monteverdi sur les vers de Carlo Milanuzzi, son contemporain ?
— Aussi nous réjouissons-nous toujours à son écoute dans la tradition ‘baroque’, surtout quand est aussi belle son interprétation :
Mariana Florès(soprano)
Ensemble ‘Cappella Mediterranea’
Direction Leonardo García Alarcón
♥
— Mais n’adorerions-nous pas nous laisser emporter, par une adaptation inattendue, dans les profondeurs de la voix d’une formidable chanteuse de ‘folk’ & ‘blues’ qu’escorteraient, bienveillants et graves, les arpèges d’un banjo ténor ?
Rhiannon Giddens
Francesco Turrisi (banjo)
Si doux est le tourment dans ma poitrine que je vis heureusement pour une beauté cruelle. Au paradis de la beauté, que la cruauté grandisse et que la miséricorde manque : car ma foi sera toujours comme un roc, face à l’orgueil. . Que l’espoir trompeur se détourne de moi, que ni la joie ni la paix ne descendent sur moi. Et que la méchante fille que j’adore me prive du réconfort de la douce miséricorde : au milieu d’une douleur infinie, au milieu d’un espoir trahi, ma foi survivra. . Le cœur dur qui m’a volé le mien n’a jamais ressenti la flamme de l’amour. La beauté cruelle qui a charmé mon âme refuse la miséricorde, qu’il souffre donc, repentant et languissant, et qu’il soupire un jour pour moi.
♥
C’est le désir d’être aimé, quand on aime, qui fait les grands tourments. Une âme qui serait assez pure et assez dévouée pour ne rien demander, que d’aimer, serait heureuse ; car aimer, c’est déjà le bonheur.
En dehors de l’enfance et de l’oubli, il n’y a que la grâce qui puisse vous consoler d’exister ou qui puisse vous donner la plénitude, le ciel sur la terre et dans le cœur.
Eugène Ionesco – Journal en miettes (1967)
Facétieuse sagesse de l'âge :
Un vieux monsieur, ostensiblement agacé de ne pouvoir retrouver son chemin dans les quartiers de sa jeunesse transformés par les reconstructions récentes, avise un passant, au moins aussi âgé que lui, mais qui semble parfaitement à l'aise dans ce décor moderne, et lui demande sa route :– Pourriez-vous m'indiquer, je vous prie, la "Place de l'Enfance"?– Bien sûr ! répond gracieusement le passant. Là ! dit-il dans un généreux sourire en pointant son index sur le sein gauche de son interlocuteur.
‘Young at heart’
Ballade composée en 1953 par Johnny Richards Paroles de Carolyn Leigh
Répertoire de Frank Sinatra
Emmet Cohen – Piano
Lucy Yeghiazaryan – Vocals
Benny Benack III – Trumpet
Mark Lewandowski – Bass
Joe Farnsworth – Drums
Les contes de fées peuvent devenir réalité
Et cela pourrait aussi t’arriver
Si tu gardes ton âme d’enfant.
Tu trouveras bien difficile
De garder l’esprit étroit
Avec le cœur d’un d’enfant.
Ainsi tu peux toujours viser la lune
Avoir d’impossibles projets,
Tu peux même rire quand tes rêves
En poussière sont balayés.
La vie est plus passionnante chaque jour qui s’enfuit,
L’amour est dans ton cœur, ou il est sur le chemin.
Ne sais-tu pas que ça vaut
Tous les trésors de la terre
De garder son âme d’enfant ?
Pour aussi riche que tu sois
Il est bien meilleur, et de loin
De rester jeune dans ton cœur !
Et si tu vis jusqu’à cent ans
Regarde tous les cadeaux de la vie,
Et surtout le plus beau d’entre eux :
Avoir reçu le privilège
De préserver ton cœur d’enfant !
On y cause en argomuche
Et Pantin se dit Pant’ruche
Ménilmontant, Ménil’muche
Et le temps n’y change rien.
Jean-Roger Caussimon – « Paris jadis », 1977
Willy Ronis – Ménilmontant-Belleville – 1959
Ménilmontant par Edouard Boubat (1956)
Je suis pas poète
Mais je suis ému
Et dans ma tête
Y a des souvenirs jamais perdus
Charles Trénet (1913-2001) « Ménilmontant » – 1938
§
.
Voix et guitare : Marion Lenfant-Preus
Guitare : Joscho Stephan
Basse : Volker Kamp
–
§
Mais l’éternelle version originale par « le fou chantant » :
Ménilmontant est un ancien faubourg de Paris. Il est un des hameaux annexés par la capitale en 1860 sous l’impulsion du baron Haussmann dans le cadre des grands travaux de transformation de la ville.
Sa position géographique élevée en fit longtemps un point d'alimentation en eau de la ville de Paris.
Le quartier demeuré très populaire est aujourd'hui l'un des plus cosmopolites de la capitale. Associé inséparablement avec le quartier voisin, Belleville, il en constitue le 20ème arrondissement.
Y te vas hacia allá como en sueños
Dormida, Alfonsina, vestida de mar*
Paroles de la chanson « Alfonsina y el mar »
*Et tu t’en vas là-bas, comme dans un rêve, Endormie, Alfonsina, et toute vêtue de mer
Stèle d’Alfonsina Storni à Mar del Plata
Depuis sa création par Mercedes Sosa, en 1969, cette chanson de Ariel Ramirez et Félix Luna, « Alfonsina y el mar », inspirée par le triste destin de la poétesse argentine Alfonsina Storni, nous a charmés et émus à travers bien des interprétations, pourtant très différentes les unes des autres.
En voici une nouvelle, aussi originale qu’inattendue, elle aussi pleine de charme, de poésie et d’émotion… et plus encore. Elle nous est offerte par l’iconique bassiste de jazz, Richard Bona et son complice, le pianiste cubain Alfredo Rodriguez, depuis le Festival de Jazz de Vienne (Isère) en juillet 2021.
Un enchantement, le trait d’humour en plus !
Les très jeunes « Perles d’Orphée », en décembre 2012, avaient consacré un billet à cette douce chanson et à l’histoire de cette « Ophélie » argentine dont le destin tragique inspira la délicate sensibilité des auteur et compositeur :
Nous terminions à peine l’une des dernières mini bouteilles du non moins mini réfrigérateur quand, sans se départir de son charmant sourire qui m’aurait fait me damner, Nicki m’annonça qu’elle devait rentrer.
Aux fallacieux arguments qu’elle invoquait – la colère de son père, l’inquiétude de sa sa mère, les soupçons de sa sœur, les cancans des voisins… – je ne trouvais, pour la retenir, qu’un seul argument, bien banal : « Chérie, il fait froid dehors ! »
Et, alors qu’à mon grand désespoir j’étais prêt à abdiquer, je décidais, stratégie ultime, de dire, à mon tour, que je devais partir…
Elle n’a pas voulu que j’attrape froid.
Et comme je m’apprêtais à lui servir un verre de Limoncello, pour mieux encore continuer ce doux tête-à-tête qu’aucun de nous deux, au vrai, ne souhaitait interrompre, je reçus violemment en plein visage le bouchon d’une bouteille de champagne ouverte avec trop d’enthousiasme par un maladroit Père Noël qui s’agitait au milieu d’une publicité télévisée.