Flâner entre le rêve et le poème… Ouvrir la cage aux arpèges… Se noyer dans un mot… S'évaporer dans les ciels d'un tableau… Prendre plaisir ou parfois en souffrir… Sentir et ressentir… Et puis le dire – S'enivrer de beauté pour se forcer à croire !
Que la virtuosité soit [à l’artiste de l’avenir] un moyen et non une fin ; qu’il se souvienne toujours, qu’ainsi que noblesse, et plus que noblesse sans doute, Génie oblige.
Franz Liszt (écrit en 1840, après la mort de Paganini)
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Lucas Debargue : J-S. Bach – Toccata en Ut mineur – BWV 911
Aujourd’hui comme autrefois, Bach est le saint qui trône, inaccessible, au-dessus des nuages. […] Bach fut le plus grand des musiciens, l’Homère de la musique, dont la lumière resplendit au ciel de l’Europe musicale et, qu’en un sens, nous n’avons toujours pas dépassé.
Wilhelm Furtwängler in « Musique et verbe » (1951) – Albin Michel / Collection Pluriel
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Ullrich Böhme : J-S. Bach – Toccata « dorique » en Ré mineur – BWV 538 Orgue de Bach – Église Saint-Thomas de Leipzig
Ne croyez pas les mains sans gants plus robustes que les autres.
Gustave Flaubert – « Par les champs et par les grèves »
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Il n’y a guère que Mickey qui aujourd’hui porte ses gants blancs à longueur de journée.
Aussi, si vous affirmez que pour vous, porter des gants blancs s’inscrit dans la banalité des actions régulières de votre vie, ne soyez pas étonné(e) que, sans vous connaître, et certain que vous n’êtes pas Mickey Mouse, l’on vous donne du « Mon Général » ou du « Maître d’hôtel » ; ou encore, que l’on guette attentivement le lapin ou l’as de trèfle que vous cachez fort adroitement dans votre manche. A moins que vous ne soyez Huissier au Sénat ? Conservatrice responsable des incunables à la Bibliothèque Nationale ? Déménageur de tableaux au Louvre ?…
Ou, pourquoi pas, cet initié, tapi dans sa réserve légendaire, qui, certains soirs, symbolique oblige, enfile rituellement ses gants de lumière en fraternelle compagnie…?
A y bien regarder, les opportunités de porter des gants blancs ne sont en vérité pas aussi rares qu’on le penserait au premier abord, et pas nécessairement liées d’ailleurs à un protocole d’apparat.
Mais quel pervers faudrait-il être pour demander à une pianiste de faire chanter son instrument, les doigts ainsi embastillés, avec la virtuosité et la délicatesse de toucher qu’exige le meilleur du jazz ?
A l’impossible nul ne peut être tenu !
Et pourtant :
Quelques fascinantes minutes sous le vent froid et la pluie d’un vieux 15 août, avec la géniale Diva du jazz, Shirley Horn, au festival de Newport, et la démonstration du contraire devient imparable.
En gants blancs, la Diva ! Et quelle Diva !
Les gants blancs peuvent accessoirement protéger du froid…
Pour applaudir, assurément, ils ne sont sont d’aucune utilité.
Just in time
I found you just in time Before you came my time Was running low
. I was lost
The losing dice were tossed My bridges all were crossed
. Nowhere to go
Now you’re here And now I know just where I’m going No more doubt or fear
I found my way
.
For love came just in time You found me just in time And saved my lonely life That lovely day
Voilà au moins 400 000 ans que nous savons que friction et percussion sont les deux méthodes fondamentales pour atteindre à l’incandescence indispensable à la production du feu. Nos grands ancêtres savaient choisir celui des deux procédés qui répondait le mieux aux conditions de leur environnement.
Rien n’a changé vraiment depuis, à quelques aménagements technologiques près… Sauf que certains de nos contemporains, pour activer la combustion — et leur plaisir incendiaire — ont décidé de coupler les deux procédés.
La preuve par la virtuosité : une pyromane frappe les cordes en japonais, son complice les frotte en colombien. Et, à l’évidence, ça flambe ! Ça flambe !
Nous, ébahis, nous soufflons sur les braises…
Percussion japonaise : au piano, figure majeure du jazz d’aujourd’hui, Hiromi Uehara (qui fréquente souvent les pages de ce blog, et pour cause…)
Friction colombienne : le jeune prodige de la harpe, l’impressionnant Edmar Castaneda.
Car le poète est un four à brûler le réel. De toutes les émotions brutes qu’il reçoit, il sort parfois un léger diamant d’une eau et d’un éclat incomparables. Voilà toute une vie comprimée dans quelques images et quelques phrases. Pierre Reverdy