L’apprenti sorcier

21 juin 2024 – Fête de la Musique

F.Barth – Apprenti sorcier (Der Zauberlehrling – Goethe) 1882

« L’apprenti sorcier » 

Paul Dukas 1865-1935

En 1897, un jeune musicien français d’à peine plus de trente ans, Paul Dukas, écrit en forme de ‘scherzo’ un poème symphonique inspiré de la ballade Der Zauberlehrling de Johann Wolfgang von Goethe qui lui même avait sans doute puisé l’idée de ce conte dans l’oeuvre d’un auteur grec du IIème siècle de notre ère, Lucien de Samosate.
Paul Dukas ignorait alors qu’il tenait là son chef d’oeuvre.

Quelle meilleure illustration pour la Fête de la Musique, en France aujourd’hui – devrais-je dire ‘dans la France d’aujourd’hui’ ? – où les apprentis sorciers, à l’évidence, font florès, que ce poème symphonique burlesque ?
D’autant plus judicieuse, si l’on m’autorise l’immodestie de ce sourire d’autosatisfaction, quand on se souviendra que lors de la première de l’oeuvre, à Paris, le 19 février 1899, la France vivait un certain bouleversement politique…
Ainsi Anne-Charlotte Rémond sous-titrait-elle sa chronique du 19 mars 2021 sur France Musique, consacrée à cette pièce musicale : « Le rire en pleine politique ». 

Après avoir entendu son récit historique nous n’apprécierons que mieux la bien belle version de ce scherzo donnée par l’Orchestre National de France dirigé par une très expressive Cheffe finlando-ukrainienne, Dalia Stasevska, 

Enfin, les plaisirs volant en escadrille pour la Fête de la Musique, nous profiterons sans mesure du régal que nous offre la pianiste suisse Béatrice Berrut qui vient juste de publier l’enregistrement de sa propre transcription de « L’apprenti sorcier ».

Merci à tous ceux qui ne cessent de nous faire aimer la Musique !

« L’apprenti sorcier » de Paul Dukas
Anne-Charlotte Rémond : Les dessous d’un chef d’oeuvre

« L’apprenti sorcier » de Paul Dukas
Orchestre National de France – Direction
Dalia Stasevska

« L’apprenti sorcier » de Paul Dukas
Transcription pour piano et interprétation : Béatrice Berrut

La musique sans les yeux

Joséphine Boulay (1869-1925)

Une petite minute biographique édifiante avant d’écouter une ‘Romance sans paroles’ de sa composition qui pourrait, sans rougir, s’ajouter, comme la Sonate de César Franck, son professeur d’orgue, à la longue liste des prétendantes au titre de ‘petite phrase de Vinteuil’…

Fulgurances – VII – Triana

Quartier Triana (Séville) – Isaac Albeniz 1860-1909

Triana (extrait de Iberia – Livre II)

Gustavo Díaz-Jerez (piano)

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‘Solfeggietto’

Carl Philipp Emanuel Bach 1714-1788

— Moi, Carl Philipp Emanuel Bach, digne fils du grand Jean-Sébastien, claveciniste à la cour de Frédéric II pendant trente ans, j’ai composé à l’attention des apprentis clavecinistes un petit exercice, Solfeggio en Ut mineur. Si charmant qu’il a très vite reçu le doux diminutif de Solfeggietto.
C’est une petite pépite en forme de courte pièce à une voix, dédiée au développement de l’agilité des dix doigts et de la transparence dans l’alternance des mains.
Sa difficulté vient en vérité du tempo prestissimo que suppose le mouvement.
J’avais à coeur de voir comment les « pianistes » de votre siècle, assis devant leurs monstres noirs aux dents blanches, traitaient ma modeste partition.

♦ Les jeunes apprentis virtuoses, d’abord, comme cette petite fille sérieuse et douée :

♦ Les virtuoses accomplis, qui ont dix doigts à chaque main, comme Shani Diluka, pianiste monégasque qui, me dit-on, ne compte plus ni les maîtres incontestés qui l’ont accompagnée, ni les partenaires prestigieux avec qui elle se produit :

♦ Et quelques autres hurluberlus comme Luca Sestak, qui se réunissent pour « faire le boeuf », comme ils disent, bousculant ma musique d’une drôle de manière… mais au fond si plaisante : 

Que de choses ont changé en trois siècles…! Demeure mon « Solfeggietto » !

Touches de couleurs

Palette de Picasso

En réalité on travaille avec peu de couleurs. Ce qui donne l’illusion de leur nombre, c’est d’avoir été mises à leur juste place. (Pablo Picasso)

Joseph Haydn (1732-1809)
Fantaisie en Ut majeur – Hob. XVII / 4
Capriccio 

Einav Yarden (piano)

Palette de Kandinsky

Les couleurs sont les touches d’un clavier, les yeux sont les marteaux, et l’âme est le piano lui-même, aux cordes nombreuses, qui entrent en vibration.  (Vassily Kandinsky)

Joseph Haydn (1732-1809)
Sonate No. 50 en Ré majeur – Hob. XVI 37
I. Allegro con brio

Rendez-vous dans la lumière

Si j’étais tant attiré par la lumière, c’est parce qu’il y avait un fond de ténèbres.

Christian Bobin – La lumière du monde / 2001

Il y a deux manières de briller, disait Paul Claudel, rejeter la lumière ou la produire.
Le plus souvent pourtant, me semble-t-il, ceux qui la produisent ne cherchent nullement à briller. Ils n’aspirent qu’à nous éclairer. Voilà pourquoi, par delà le temps, c’est dans la lumière, celle qu’ils nous offrent si généreusement, qu’on peut leur donner rendez-vous.

Orphée innombrable

Parle. Ouvre cet espace sans violence. Élargis
le cercle, la mouvance qui t’entoure de floraisons.
Établis la distance entre les visages, fais danser
les distances du monde, entre les maisons,
les regards, les étoiles. Propage l’harmonie,
arrange les rapports, distribue le silence
qui proportionne la pensée au désir, le rêve
à la vision. Parle au-dedans vers le dehors,
au-dehors, vers l’intime. Possède l’immensité
du royaume que tu te donnes. Habite l’invisible
où tu circules à l’aise. Où tous enfin te voient.
Dilate les limites de l’instant, la tessiture
de la voix qui monte et descend l’échelle
du sens, puisant son souffle aux bords de l’inouï.
Lance, efface, emporte, allège, assure, adore. Vis.

Jean Mambrino 1923-2012

 

  in La saison du monde (1986)

Jean-Sébastien Bach
Sonate pour orgue No. 4, BWV 528 – II Andante [Adagio]
Transcription

Stéphanie Paulet (violon) & Elisabeth Geiger (orgue)

Voluptueuse mélancolie

D’où vient à l’homme la plus durable des jouissances de son coeur, cette volupté de la mélancolie, ce charme plein de secrets, qui le fait vivre de ses douleurs et s’aimer encore dans le sentiment de sa ruine ?

Etienne de Senancour – Oberman (1804)

Johannes Brahms 1833-1897

Intermezzo en mi majeur n°4 – Op. 116
Einav Yarden (piano)

Intermezzo en la mineur n°2 – Op. 116
Hortense Cartier-Bresson (piano)

C'est vraisemblablement dans la charmante station thermale autrichienne de Bad Ischl, très en vogue à la fin du XIXème siècle, que Brahms, en 1892, compose les 7 "Fantasien opus 116". 
Avec l'approche de la soixantaine le Maître se consacre plus volontiers aux compositions pour le piano. L'instrument est certes bien plus propice à exprimer la profondeur de ses pensées et l'inévitable mélancolie qu'engendrent de longs regards introspectifs dans lesquels le portrait de Clara, très probablement, se dessine par instants.
Ces sept pièces courtes, partagées entre moments d'emportement passionné et temps apaisés de contemplation, constituent, peut-être, le fleuron de la musique pour piano de Johannes Brahms.

Maurizio Pollini – Pianiste

Maurizio Pollini  – 5 janvier 1942 – 23 mars 2024

Aujourd’hui, mort d’un immense pianiste !

Valse : entre confidence et passion

L’état de danse : une sorte d’ivresse, qui va de la lenteur au délire, d’une sorte d’abandon mystique à une sorte de fureur.

Paul Valéry

Pas plus Chopin que Scriabine composant leurs plus belles valses n’avaient eu l’intention de les destiner au talent du chorégraphe. Et pourtant, qui, à leur écoute, prétendrait échapper à « l’état de danse » dans lequel les unes comme les autres ne manquent jamais de nous entraîner ?

Alexandre Scriabine – 1872-1915

Si l’écriture romantique de Chopin demeure plus attachée aux spécificités rythmiques et mélodiques de la danse, la ‘valse’ du jeune Scriabine, sans renier l’inspiration du maître polonais. veut en explorer la dimension symbolique voire mystique, comme le confirmeront ses compositions ultérieures.

Avec la Valse en La bémol majeur, Opus 38, qu’il compose en 1903, plus de cinquante ans après la disparition de Frédéric Chopin, Alexandre Scriabine exprime déjà ses intentions de s’éloigner de l’orthodoxie du rythme.

Certes c’est une valse. 1,2,3 / 1,2,3… Dès les premières mesures se dessine élégante et délicate la silhouette du couple tournoyant timidement entre les scintillations musicales et le glissé des pas. Mais la passion ne tarde pas à laisser s’échapper du clavier devenu orchestre ses couleurs chatoyantes, avant de s’apaiser un instant guettant le retour gracieux de la confidence. Et comme un papillon reprenant son essor, la musique à nouveau s’exalte en volutes mélodiques invitant la main droite à faire fi de la rigueur rythmique des trois temps que la main gauche consciencieusement rend à la mesure.

Olga Scheps (piano)
Alexandre Scriabine
Valse en La bémol majeur Op.38

Sans paroles mais avec musique…

– Impossible de connaître les paroles : elles sont en noir et blanc !

– Les images sont extraites du film muet « Girl Shy » (1924),

– La musique n’est pas « originale » : Werner Haas interprète au piano le « Menuet sur le nom de Haydn » de Maurice Ravel,

– Mais au final, grâce à un sensible monteur vidéo :

1’38 de sourire à l’ancienne… avec Harold Lloyd et Jobyna Ralston.

— ¤

Avertissement

Images et musique pourraient choquer violemment
la sensibilité des amateurs de RAP ou de films TRASH !

Temps du silence, silence du temps

Le silence est le désert où fleurit la musique, et la musique, cette fleur du désert, est elle-même une sorte de mystérieux silence.

Vladimir Jankélévitch – La musique et l’ineffable – 1961

Point de musique véritable qui ne nous fasse palper le temps.

Cioran – Syllogismes de l’amertume – 1952

Olga Scheps joue Ottorino Respighi (1879-1936)
« Siciliana »
arrangement pour piano de « Antiche Danze » –  Suite No. 3

🎶

La version orchestrale originale :

Orchestre Philharmonique de La Scala
Direction : Riccardo Chailly

Plus d’amour… Faudrait essayer !

Aimer aussi est bon : car l’amour est difficile. S’aimer, d’être humain à être humain : voilà peut-être la tâche la plus difficile qui nous soit imposée, l’extrême, la suprême épreuve et preuve, le travail en vue duquel tout autre travail n’est que préparation.

Rainer Maria Rilke – Lettre à un jeune poète

La période des vœux annuels est toujours une occasion de porter un regard ému sur la souffrance et les peines de nos contemporains, de faire même parfois quelques dons tout pleins de notre sincère compassion.
Et chaque année la fumée des cheminées écrit en grand dans le ciel d’hiver le message d’amour et de paix que chacun adresse à chaque autre.

Mais comme toutes les fumées…

Fernand PelezNid de misère – 1887

I said man is always talking ’bout it’s inhumanity to manBut what is he tryin’ to do to make it a better man?

Pour la grande Roberta Flack, chanteuse et pianiste de jazz, deux fois consécutives lauréate du Grammy Award, en 1973 et 1974.

Pour sa « pertinence sociale », son « intrépidité politique », et sa générosité.

Pour son premier disque « First Take » paru en juin 1969 chez Atlantic Records.

Grammy Hall of Fame Award décerné en 2016 par la très respectée Recording Academy

∼ Classé en 2020 parmi les 500 plus grands albums de tous les temps par le sérieux magazine international Rolling Stones.

∼ Considéré par l’immense majorité des amateurs de Jazz du monde comme l’un des 20 enregistrements indispensables à toute discothèque de qualité.

Et, à l’occasion de ce billet en particulier :
Pour le gospel, « Tryin’ Times » (Temps difficiles), qui tend, avec une rare élégance musicale, à notre légendaire et désespérant égoïsme un terrible et pourtant si beau miroir.

Tryin’times, what the world is talkin’ aboutYou got confusion all over the land, You got mother against daughter, you got father against sonYou know the whole thing is getting out of hand
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Then maybe folks wouldn’t have to sufferIf there was more love for your brotherBut these are tryin’ times,
.
You got the riots in the ghetto, it’s all aroundA whole lot of things that’s wrong is going down, yes, it isI can’t understand it from my point of view‘Cause I think you should do unto othersAs you’d have them do unto you.
.
Then maybe folks wouldn’t have to sufferIf there was more love for your brotherBut these are tryin’ times, yes, it is.
.
I said man is always talking ’bout it’s inhumanity to manBut what is he tryin’ to do to make it a better man?Oh, just read the paper, turn on your TVYou see folks demonstrating about equality.
.
But maybe folks wouldn’t have to sufferIf there was more love for your brotherBut these are tryin’ times
.
Tryin’times, yeah, that’s what the world is talkin’ aboutYou got confusion all over the land

Les temps difficiles, ce dont le monde parle,
Il y a de la confusion partout dans le pays :
La mère contre la fille, le père contre le fils…
Tout nous échappe, tu sais.
Peut-être que les gens n’auraient pas à souffrir
Si on avait plus d’amour pour son prochain.
Mais les temps sont durs, oui, oui
Il y a des émeutes dans le ghetto, c’est partout.
Tout un tas de mauvaises choses se passent, oui, c’est vrai !
J’ai beaucoup de mal à l’accepter
Parce que je pense qu’il faut faire aux autres
Ce qu’on souhaiterait qu’ils nous fassent.
Alors peut-être que les gens n’auraient pas à souffrir
S’il y avait plus d’amour pour son prochain.
Mais nous vivons une époque difficile, oui, c’est vrai !
J’ai dit que l’homme parle toujours de son inhumanité envers l’homme,
Mais qu’essaie-t-il de faire pour devenir un homme meilleur ?
Oh, il suffit de lire le journal, d’allumer la télévision
Pour voir des gens manifester pour l’égalité.
Mais peut-être que les gens n’auraient pas à souffrir
Si on avait plus d’amour pour son prochain.
Mais nous vivons une époque difficile
Des temps difficiles, oui, tout le monde en parle ;
Il y a de la confusion partout dans le pays.
.

Noël 2023 façon Japon !

Hiromi Uehara
au Kennedy Center de Washington – 12/2022

Et sur « Perles d’Orphée » avec le pianiste Hayato Sumino . . . !

Musiques à l’ombre – 10 – Incarnation

L’été penche la tête. L’automne est à la porte, l’ombre se fera bientôt nuit.
Avec ce billet N°10 se clôt la série des « Musiques à l’ombre ». J’avais souhaité que ces billets d’été soient un salut musical à la jeunesse qui soufflerait sur ces pages un vent de beauté et d’espérance chargé de nous éloigner un temps, même court, de « l’épaisseur de vulgarité »* qui étouffe ce monde.

*Baudelaire

Avec Bach nous aurons touché le Ciel, avec Haendel visité les Enfers. Papillons dans la lumière, nous aurons dansé, grâce à Schumann, avec Colombine et Chiarina. Mendelssohn aura, huit fois, partagé sa jeunesse et Medtner, du piano, ses souvenirs, avec passion. Le violon de Sibelius aura hypnotisé nos sens, le violoncelle de Prokofiev nous aura révélé que la transparence est aussi le chemin de l’obscur. Et alors que Wagner nous offrait son plus beau cadeau d’amour, César Franck tournait pour nous une page de « La Recherche ».

Il fallait, m’a-t-il semblé, que Schubert écrivît cette dernière page. Il fut jeune toute sa vie tant elle fut brève, n’est-ce pas ? Et ses sonates pour piano connaissent si bien les langages de l’ombre.

Franz Schubert 1797-1828

En 1970, l’un des plus remarquables pianistes de son siècle, Wilhelm Kempff, disait à leur propos :

La plupart de ses Sonates ne devraient pas être soumises aux lumières éblouissantes des immenses salles de concert. Ce sont des confessions d’un esprit extrêmement vulnérable, ou plus exactement des monologues, souvent chuchotés si doucement que dans une grande salle le son n’est pas porté. Schubert nous révèle ses secrets les plus intimes en pianissimo.

Encore parmi nous, le Maître rejoindrait sans doute l’avis corollaire d’un de ses célèbres successeurs, Alfred Brendel – dont on connaît le soin méticuleux qu’il apportait au choix et à la préparation de ses instruments – quand il n’hésite pas à qualifier les prestigieux Steinway modernes de « criards et percussifs ». Ces brillants pianos des grandes salles – signe des temps – si peu portés à la confidence et au murmure.

Les eût-il entendus, notre modeste Franz n’aurait jamais imaginé leur confier sa musique, lui qui ne connut que les claviers d’emprunt, et qui ne put, absurdité de l’existence, « se payer » son propre piano que l’année de sa mort, en 1828. Il avait 31 ans.

Beatrice Berrut – pianiste

Une jeune et talentueuse pianiste valaisanne, Beatrice Berrut, formidable lisztienne et maitresse en l’art de la transcription, a tôt fait le choix, pour transmettre sa sensibilité et les émotions des compositeurs qui lui sont chers, d’un compagnon plus discret, plus pudique et pourtant si riche de nuances et de couleurs, le piano Bösendorfer qu’elle ne quitte plus.

Quand on a écouté ce couple fusionnel interpréter, dans le secret de son intimité, la Sonate en Sol Majeur – D. 894, on ne se pose plus la question de savoir laquelle des 21 sonates de Schubert on préfère. Et, avec l’humilité qu’il convient, on rejoint sans hésitation l’avis commun de Liszt et de Schumann qui la considéraient comme « la plus parfaite dans la forme et le fond ».

Beatrice Berrut sculpte avec une élégance infinie cette pâte humaine qui caractérise la musique de Schubert. Sous ses doigts, chaque nuance prend la couleur de la peau, chaque accord la sensualité de la chair. L’âme du poète est incarnée.

Avec le premier mouvement, "molto moderato e cantabile", commence un calme voyage intérieur empreint d'une sérénité méditative que viennent tourmenter un temps quelques emportements tragiques, comme un rappel de la fatalité de l'existence.

Magnifique de tendresse toute romantique, le deuxième mouvement, "andante", prolonge la paix installée dès le début de la sonate, que ne trouble pas la passion lyrique de certaines incursions.

La délicate allégresse dansante du troisième mouvement, "menuetto : allegro", ne chasse pas pour autant les évocations dramatiques des syncopes persistantes. Mais la tranquillité, une fois encore, ne perdra pas ses droits.

C'est dans le rondo joyeux d'une fête populaire de campagne que Schubert et Beatrice nous entraînent enfin, à l'occasion de l'"allegretto" final, avant de nous ramener, pianissimo, aux premières impressions paisibles du voyage.

Musiques à l’ombre – 7 – Transparence

S’il fallait s’interroger sur le mystère de cette œuvre, il suffirait de se poser une seule question : pourquoi une telle transparence conclut-elle à ce souffle d’ombre, à cet obscur ?

Gil Pressnitzer
(à propos de la Sonate pour violoncelle et piano en Ut majeur, op. 119 de Prokofiev)

Sergueï Prokofiev 1891-1953

Prokofiev avait déjà écrit pour le violoncelle, une ballade pour violoncelle et piano opus 15, un adagio opus 97, mais c’est la rencontre déterminante avec le jeune Mstislav Rostropovitch qui lui ouvre les portes sombres de cet instrument qui mélange à la fois le royaume des ombres et le velours des lumières.

Ibid

Sonate pour violoncelle et piano en Ut majeur, op. 119

Sol Gabetta (violoncelle) & Polina Leschenko (piano)

1. Andante grave – Moderato animato – Andante grave – Allegro moderato
2. Moderato – Andante dolce – Moderato primo
3. Allegro ma non troppo – Andantino – Allegro ma non troppo

La musique n’a pas toujours besoin des mots, certes, mais il serait dommage en la circonstance de se priver de la qualité de cette page que Gil Pressnitzer consacrait à cette sonate, il y a quelques années, sur le blog qu’il anima avec passion jusqu’à sa disparition en 2015, « Esprits Nomades – Notes de passage, Notes de partage » :

Sergueï Prokofiev : Sonate pour violoncelle & piano en Ut majeur, Op. 119