How sweet the moonlight sleeps upon this bank!
Here will we sit and let the sounds of music
Creep in our ears: soft stillness and the night
Become the touches of sweet harmony.
Sit, Jessica. Look how the floor of heaven
Is thick inlaid with patines of bright gold:
There’s not the smallest orb which thou behold’st
But in his motion like an angel sings,
Still quiring to the young-eyed cherubins;
Such harmony is in immortal souls;
But whilst this muddy vesture of decay
Doth grossly close it in, we cannot hear it. *
William Shakespeare – Le Marchand de Venise (Lorenzo à Jessica – Acte V)

Jessica & Lorenzo – 1832
* Comme le clair de lune dort doucement sur ce banc !
Venons nous y asseoir, et que les sons de la musique glissent jusqu’à nos oreilles !
Le calme, le silence et la nuit conviennent aux accents de la suave harmonie.
Assieds-toi Jessica. Vois comme le parquet du ciel
Est partout incrusté de disques d’or lumineux.
De tous ces globes que tu contemples,
Il n’est pas jusqu’au plus petit,
Qui, dans son mouvement, ne chante comme un ange,
En perpétuel accord avec les chérubins aux jeunes yeux !
Une harmonie pareille existe dans les âmes immortelles ;
Mais, tant que cette argile périssable
La couvre de son vêtement grossier, nous ne pouvons l’entendre.
Traduction Victor Hugo
Comment mieux clôturer cette série de billets estivaux consacrés à la « Sérénade » qu’en saluant l’invitée de la plus belle des manières, par une Sérénade à la Musique.
Si, en effet, une bien-aimée méritait par-dessus tout qu’on lui dédie une sérénade, ce ne pouvait être que la musique elle-même — un hommage magnifiquement rendu en 1938 par Ralph Vaughan Williams avec sa lumineuse Serenade to Music.
Contrairement aux sérénades purement instrumentales que les précédents billets n’ont évoquées que très partiellement, celle-ci est une œuvre vocale et orchestrale à la fois. Elle constitue sans doute l’un des hommages les plus poignants jamais rendus à l’art des sons.

Ralph Vaughan Williams
1872 – 1958
L’œuvre a été commandée pour célébrer les 50 ans de carrière du légendaire chef d’orchestre britannique Sir Henry Wood, créateur des célèbres « Proms » de Londres.
Vaughan Williams a choisi pour texte cet extrait de l’acte V du « Marchand de Venise » de Shakespeare : ce moment où, au cœur de la nuit étoilée, les amants Jessica et Lorenzo méditent sur la musique et l’harmonie des sphères.
Baignant ainsi la sérénade dans une atmosphère nocturne et empreinte d’un lyrisme pastoral tout britannique, le compositeur exprime, avec une profonde sérénité, aux émanations mystiques parfois, la puissance spirituelle de la musique.
Une heureuse et séduisante union de la poésie élisabéthaine et du génie mélodique anglais.
« Serenade to Music »
NDR Radiophilharmonie (Hanovre)
Direction : Andrew Manze
L’œuvre est ici interprétée – comme souvent aujourd’hui – dans sa version pour chœur mixte et orchestre. À l’origine, la pièce a été écrite pour seize chanteurs solistes (quatre sopranos, quatre contraltos, quatre ténors et quatre basses) et orchestre.

Une réflexion sur “Sérénades / 12 – À la musique”