Sérénades / 9 – Sur les planches

Qu’on la désigne nommément ou pas, à sa seule évocation la sérénade convoquera aussitôt l’image simple d’un soupirant, guitare ou mandoline entre les mains, chantant sa romance, le soir tombé, sous le balcon d’une bienaimée qui se fait désirer.
Remplacer la guitare par un ensemble à cordes, faire du patio une salle de concert, laisser la voix devenir violoncelle, habiller la romance des trois temps d’une envoûtante valse, la prosopopée n’en sera pas changée pour autant.

Mais que la sérénade s’invite sur une scène d’opéra et la voici qui se métamorphose, s’amplifie, se charge d’une force dramatique qu’on ne lui soupçonnait pas. Oublié l’intermède galant, passée la mélodie énamourée, là, la sérénade lyrique se fait tantôt piège psychologique, tantôt instrument de séduction manipulatrice, et parfois même arme redoutable de tragédies imminentes. Librettistes et compositeurs l’ont vite compris qui n’ont cessé de solliciter sa présence :
De la légèreté des madrigaux galants de Monteverdi jusqu’aux ambiances vénéneuses de Salomé de Richard Strauss, en passant par l’opéra baroque, véritable laboratoire dramaturgique, la sérénade lyrique se révèle être un espace de tension unique où la beauté de la mélodie contraste souvent avec les enjeux dramatiques de l’intrigue.

Il faudrait beaucoup de pages à ce billet pour évoquer en mots, en images ou en témoignages sonores et/ou visuels les merveilles de sérénades – qu’elles en portent ou pas le nom – que les œuvres d’opéra proposent à notre plaisir.
Avec sagesse et résignation nous devrons nous contenter d’une modeste (par le nombre) anthologie qui devrait faire saliver les aficionados de l’art lyrique et ne pas décevoir les autres…

JAGO
(avvicinandosi molto ad Otello e sottovoce)

Era la notte, Cassio dormìa,
gli stavo accanto.
Con interrotte voci tradia
l’intimo incanto.
Le labbra lente, lente movea,
nell’abbandono
del sogno ardente, e allor dicea,
con flebil suono:
sottovoce parlate
« Desdemona soave! Il nostro amor s’asconda.
Cauti vegliamo! L’estasi del ciel
tutto m’innonda. »
Seguìa più vago l’incubo blando;
con molle angoscia
l’interna imago quasi baciando,
ei disse poscia:
sempre sottovoce
« 
Il rio destino impreco
che al Moro ti donò ».
E allora il sogno in cieco
letargo si mutò
IAGO
(s’avançant tout près d’Otello et à voix basse)

C’était la nuit. Cassio dormait,
je me trouvais à ses côtés.
A paroles entrecoupées, il trahissait
son enchantement intime.
Ses lèvres se mouvaient lentement, lentement
dans l’abandon d’un rêve ardent,
et alors il disait doucement:
« Douce Desdémone!
Cachons notre amour.
Soyons prudents!
L’extase du ciel m’inonde tout entier! »

Il poursuivit plus tendrement encore
son charmant cauchemar; avec une douce anxiété,
comme donnant un baiser à sa vision interne,
il dit ensuite :
« Je maudis le destin funeste
qui te donna au Maure. »

Et puis le songe se changea
en un profond sommeil.

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Lelius

La musique et la poésie : des voies vers les êtres... Un chemin vers soi !

2 commentaires sur “Sérénades / 9 – Sur les planches”

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