Avec la Sérénade pour cordes, c’est à la fois la légèreté, le drame, l’âme slave et le cœur mozartien qui vibrent ensemble pour une œuvre toujours plébiscitée par le public.
C’est par ces mots – juste et concis résumé de l’œuvre – qu’il y a quelques années, le rédacteur d’un programme de concert symphonique consacré à l’âme romantique slave, introduisait la
« Sérénade pour cordes en Do majeur » – opus 48 de Tchaïkovski.

Piotr Ilitch Tchaïkovski 1840-1893
Assurément l’une des œuvres les plus lumineuses, élégantes et populaires du compositeur russe qui d’ailleurs ne dissimulait pas sa fierté de l’avoir écrite.
Si, comparée aux grandes sérénades romantiques du XIXème siècle, celle de Tchaïkovski apparaît comme la plus slave dans son âme – qui s’en étonnerait ? –, elle est aussi la plus « symphonique » dans son ambition.
Une œuvre « classique » pénétrée des exaltations mélodiques russes, et un défi proposé aux ensembles à cordes contraints de trouver un équilibre délicat entre l’imposant de la symphonie et la légèreté du divertissement.
Enfin, et pour jouer à grands traits amusés avec l’Histoire déjà si riche en extravagantes ironies, on pourrait affirmer que sans la débâcle de Napoléon en Russie, vingt-huit ans avant même la naissance du compositeur, la Sérénade de Tchaïkovski n’aurait probablement pas été écrite…

En cet automne 1880, Piotr Illitch, à la fleur de l’âge, traverse une période d’intense créativité. Alors qu’il travaille à sa monumentale « Ouverture 1812 » – une commande pour commémorer la victoire russe sur les troupes napoléoniennes –, « bruyante et tapageuse, écrite sans beaucoup d’amour », comme il la qualifiera lui-même, il ressent profondément la nécessité de trouver une compensation à l’effervescence guerrière de cette partition. Écrire une pièce à la fois plus sereine et plus traditionnelle apaiserait vraiment son esprit. Ainsi entreprend-il, en parallèle, la composition de sa « Sérénade pour cordes en Ut majeur » à propos de laquelle il se confiera à son mécène en ces termes :
J’ai écrit cette œuvre par pulsation intérieure. C’est du fond du cœur que je l’ai composée, et j’ose espérer qu’elle ne manque pas de qualités artistiques véritables.
Et évidemment elle n’en manque pas, d’autant que le compositeur, déjà maître reconnu de son art en Russie, entendait rendre à travers cette Sérénade un déférent hommage à Mozart qu’il adorait ? Mais vénérer n’est pas imiter : qu’il convoquât Mozart supposait inévitablement qu’il s’en éloignerait. Tchaïkovski s’en éloigna donc… suffisamment, respectueusement, avec habileté et talent.
Le public et la critique ne s’y trompèrent pas qui accueillirent fort chaleureusement l’œuvre dès sa création à Moscou en octobre 1881. Le temps n’aura pas altéré son succès, bien au contraire.
« Sérénade pour cordes en Do majeur » – opus 48
Orchestre Symphonique de Kristiansand (Norvège)
Direction du violon Kolbjørn Holthe
Quatre mouvements nobles, dansants, chantants et d’une rare pureté émotionnelle, qui ne rechigneraient peut-être pas à surprendre leur reflet sur quelques toiles de maîtres :
I/ Pezzo in forma di sonatina : Andante non troppo – Allegro moderato

Grave mais sans intention dramatique, saisissant de beauté et de noblesse, l’élan choral de tout l’orchestre ouvre la Sérénade par un andante retenu ; la phrase est longue, nostalgique, écho sans doute de la grande plaine russe.
Sans accélération excessive, l’allegro, élégant, suit, inspiré de la forme sonate classique. Il ne s’interdit pas une bonne humeur bienvenue, presque gouailleuse parfois.
Avec la coda revient la thématique nostalgique développée au début.
II/ Valse — Moderato, Tempo di valse

Mouvement populaire et charmant, trois temps d’une valse légère, tourbillonnante, à travers laquelle Tchaïkovski exprime pleinement son goût légendaire pour la danse et le ballet qu’il sert toujours avec bonheur.
III/ Élégie — Larghetto elegiaco

Poésie ! Poésie ! « Large et élégiaque ». Caresse soyeuse et sensuelle des cordes. Abondance mélodique. Gravité de ton tout juste estompée par la transparence des suspens et des incidentes. L’extrême sensibilité de Tchaïkovski éclaire la mélancolie de ce chant élégiaque d’une lumière qui rendrait envieuse toute âme nostalgique.
IV/ Finale (Tema russo) — Andante — Allegro con spirito

Pour ne pas brusquer la sortie de l’état méditatif qui se termine à peine, le premier violon propose délicatement à l’orchestre les premières notes d’un air folklorique avant de l’inviter à animer joyeusement une sautillante danse villageoise.
La sérénade se termine par la reprise, une fois encore, du thème de l’andante initial.

Ah ! L’âme slave. Superbe.merci
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