Sérénades / 8 – Avec le cœur

Avec la Sérénade pour cordes, c’est à la fois la légèreté, le drame, l’âme slave et le cœur mozartien qui vibrent ensemble pour une œuvre toujours plébiscitée par le public.

C’est par ces mots – juste et concis résumé de l’œuvre – qu’il y a quelques années, le rédacteur d’un programme de concert symphonique consacré à l’âme romantique slave, introduisait la
« Sérénade pour cordes en Do majeur » – opus 48 de Tchaïkovski.

Assurément l’une des œuvres les plus lumineuses, élégantes et populaires du compositeur russe qui d’ailleurs ne dissimulait pas sa fierté de l’avoir écrite.
Si, comparée aux grandes sérénades romantiques du XIXème siècle, celle de Tchaïkovski apparaît comme la plus slave dans son âme – qui s’en étonnerait ? –, elle est aussi la plus « symphonique » dans son ambition.
Une œuvre « classique » pénétrée des exaltations mélodiques russes, et un défi proposé aux ensembles à cordes contraints de trouver un équilibre délicat entre l’imposant de la symphonie et la légèreté du divertissement.

Enfin, et pour jouer à grands traits amusés avec l’Histoire déjà si riche en extravagantes ironies, on pourrait affirmer que sans la débâcle de Napoléon en Russie, vingt-huit ans avant même la naissance du compositeur, la Sérénade de Tchaïkovski n’aurait probablement pas été écrite…

Adolph Northen – Napoléon à la Bérézina

En cet automne 1880, Piotr Illitch, à la fleur de l’âge, traverse une période d’intense créativité. Alors qu’il travaille à sa monumentale « Ouverture 1812 » – une commande pour commémorer la victoire russe sur les troupes napoléoniennes –, « bruyante et tapageuse, écrite sans beaucoup d’amour », comme il la qualifiera lui-même, il ressent profondément la nécessité de trouver une compensation à l’effervescence guerrière de cette partition. Écrire une pièce à la fois plus sereine et plus traditionnelle apaiserait vraiment son esprit. Ainsi entreprend-il, en parallèle, la composition de sa « Sérénade pour cordes en Ut majeur » à propos de laquelle il se confiera à son mécène en ces termes :

J’ai écrit cette œuvre par pulsation intérieure. C’est du fond du cœur que je l’ai composée, et j’ose espérer qu’elle ne manque pas de qualités artistiques véritables.

Et évidemment elle n’en manque pas, d’autant que le compositeur, déjà maître reconnu de son art en Russie, entendait rendre à travers cette Sérénade un déférent hommage à Mozart qu’il adorait ? Mais vénérer n’est pas imiter : qu’il convoquât Mozart supposait inévitablement qu’il s’en éloignerait. Tchaïkovski s’en éloigna donc… suffisamment, respectueusement, avec habileté et talent.

Le public et la critique ne s’y trompèrent pas qui accueillirent fort chaleureusement l’œuvre dès sa création à Moscou en octobre 1881. Le temps n’aura pas altéré son succès, bien au contraire.

Quatre mouvements nobles, dansants, chantants et d’une rare pureté émotionnelle, qui ne rechigneraient peut-être pas à surprendre leur reflet sur quelques toiles de maîtres :

Vladimir Donatovitch Orlovsky – 1842-1914
Mihaly von ZichyBal dans la salle de concert du Palais d’Hiver à Saint-Pétersbourg
Isaac Levitan Par delà la paix éternelle – 1894
Edgar Degas – Danseuses russes – 1900

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Lelius

La musique et la poésie : des voies vers les êtres... Un chemin vers soi !

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