Flâner entre le rêve et le poème… Ouvrir la cage aux arpèges… Se noyer dans un mot… S'évaporer dans les ciels d'un tableau… Prendre plaisir ou parfois en souffrir… Sentir et ressentir… Et puis le dire – S'enivrer de beauté pour se forcer à croire !
Au bout de l’amour il y a l’amour Au bout du désir il n’y a rien. L’amour n’a ni commencement ni fin. Il ne nait pas, il ressuscite. Il ne rencontre pas, il reconnaît. Il se réveille comme après un songe Dont la mémoire aurait perdu les clefs. Il se réveille les yeux clairs Et prêt à vivre sa journée. Mais le désir insomniaque meurt à l’aube Après avoir lutté toute la nuit.
Parfois l’amour et le désir dorment ensemble Et ces nuits-là on voit la lune et le soleil.
J’aime que vous ne soyez pas fou de moi, j’aime ne pas être folle de vous…
La reconnaissance du non-amour comme une forme d’amour à part entière, l’expression peut-être la plus subtile du véritable amour. Qui, dépouillé des fureurs passionnées et des velléités de possession, confère à la liberté émotionnelle sa valeur la plus noble, humainement la plus juste.
Marina Tsvetaïeva
1892 – 1941
Fallait-il la sensibilité exacerbée de Marina Tsvetaïeva pour s’affranchir des conventions avec autant de charme et d’élégance ? Cette ode à la distance affective, Marina l’écrit en 1914. Elle a 22 ans. Entre elle et le mari de sa sœur Assia se développe une évidente attirance mutuelle qu’elle exorcisera en dédiant à cet homme ce poème balancé entre désir, respect et affection.
Ça me plaît que vous n’ayez pas le mal de moi, Et ça me plaît que je n’aie pas le mal de vous, Que la lourde boule terrestre n’aille pas S’enfuir sous nos pieds tout à coup. Ça me plaît de pouvoir être amusante — Dévergondée — sans jeux de mots ni leurre, Et de ne pas rougir sous la vague étouffante Quand nos manches soudainement s’effleurent.
Ça me plaît aussi que vous enlaciez Calmement devant moi une autre femme, Et que, pour l’absence de mes baisers, Vous ne me vouiez pas à l’enfer et aux flammes ; Que jamais sur vos lèvres, mon très doux, Jour et nuit mon doux nom — en vain — ne retentisse… Que jamais l’on n’aille entonner pour nous : Alléluia ! dans le silence d’une église.
Merci, de tout mon cœur et de ma main, Pour m’aimer tellement — sans le savoir vous-même ! —, Pour mon repos nocturne et pour, de loin en loin, Nos rencontres qu’un crépuscule enchaîne, Pour nos non-promenades sous la lune parfois, Pour le soleil qui luit — pas au-dessus de nous. Merci de n’avoir pas — hélas — le mal de moi, Merci de n’avoir pas — hélas — le mal de vous.
3 mai 1915
In Marina Tsvetaïeva – Insomnie et autres poèmes – Poésies/Gallimard (2010)
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Ce poème a été mis en musique par le compositeur russe d’origine arménienne, Mikaël Tariverdiev (1936-1996). La romance est devenue très populaire en Russie.
Galina Besedina et Sergueï Taranenko
la chantent sur des images du film « Miroirs » (2013) de Marina Migunova
Toi et moi avons tant d’amour qu’il brûle comme un feu ardent. Dans ce feu cuisons une motte d’argile ton visage moulé mon visage moulé. Puis brisons nos deux faces de terre et dans l’eau fusionnons les débris. Reformons nos visages de glaise : Une part de moi dans ton argile Dans mon argile une part de toi.
Vivants nous partageons la même couche Morts nous partagerons le même cercueil.
Kuan Tao-Sheng (Poétesse et peintre chinoise du XIIIème siècle)
Traduction libre de la traduction anglaise de Kenneth Rexroth and Ling Chung
Mon père aurait eu aujourd’hui même 115 ans. Être né un jour de fête nationale n’avait pas contribué à développer en lui le goût des armes ; il aimait la vie passionnément. Le conflit ne trouvait, d’une manière générale, aucune grâce à ses yeux. Lorsqu’il voulait éviter de sordides et inutiles discussions sur des propos par trop clivants, ou pour s’épargner quelques remarques déplaisantes qu’il aurait dû asséner à un interlocuteur trop réfractaire à la nuance, il avait coutume de mettre fin au débat, d’une manière assez abrupte certes, mais affable, par cette invitation merveilleuse qu’il envoyait à son vis-à-vis sur un ton des plus badins : « Parlez-moi d’amour ! »
Cette phrase, qui le représentait fort bien, il l’empruntait pour la circonstance au titre d’une romance très populaire du temps de sa jeunesse, dans les années 1930, qu’avait écrite Jean Lenoir et dont Lucienne Boyer, artiste très en vogue de l’entre-deux-guerres, avait fait son plus célèbre succès.
Quel gramophone, quelle platine, aussi « high-tech » soit-elle, n’a pas au moins une fois joué ce morceau depuis sa création ? Les voix ne manquent pas qui ont enregistré ce formidable titre traduit en près de quarante langues et dont la musique a autant de fois servi le cinéma ou la télévision.
On ne peut pas avoir oublié « Casablanca » de Michael Curtis avec le couple Humphrey Bogart – Ingrid Bergman, ni « Violette Nozière » de Chabrol, ni « Minuit à Paris » de Woody Allen, et autant d’autres films qui ont fait les belles heures du cinéma et qui ont d’une manière ou d’une autre fait appel à cette référence éternelle de la chanson française.
Chanson vieillotte certes – pas vraiment du rap – mais rechignerions-nous à écouter Juliette Gréco ?
Genre désuet, certes, mais résisterions-nous à la grâce et à la voix du plus pur cristal de Ingeborg Hallstein ?
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Cette minuscule anthologie-souvenir pour introduire une série de billets à venir dont l’unique mission sera de « parler d’amour »… Un peu plus directement peut-être que ne l’auront fait les centaines de leurs prédécesseurs sur ces pages, mais toujours au travers de la sensibilité des experts du thème : les artistes.
Ne serait-ce pas le moins que puisse faire un ancêtre, en souvenir d’un ancêtre, par ces temps difficiles où le mot « GUERRE », que l’on imaginait réservé aux seuls livres d’histoire choisit d’occuper tout l’espace de la jeunesse ?
Cornette par Horace Vernet – Rainer Maria Rilke 1875-1926
Deux lectures d’un même extrait (traduction française) du récit écrit en 1899 par un jeune poète autrichien de 23 ans, Rainer Maria Rilke,
« La Mélodie de l’Amour et de la Mort du Cornette Cristoph Rilke »
‘Die Weise von Liebe und Tod des Cornets Christoph Rilke’
par Serge Reggiani et par Laurent Terzieff
Serge Reggiani
Chevaucher, chevaucher, chevaucher, le jour, la nuit, le jour.
Chevaucher, chevaucher, chevaucher.
Et le cœur est si las, la nostalgie si grande. Il n’y a plus de montagnes, à peine un arbre. Rien n’ose se lever. Des cabanes étrangères, accroupies auprès de puits fangeux ont soif. Pas une tour à l’horizon. Et toujours la même image. On a deux yeux de trop. La nuit, parfois, on croit connaître la route. Peut-être refaisons-nous nuitamment l’étape que nous avons péniblement parcourue sous un soleil étranger ? C’est possible. Le soleil pèse, comme chez nous au cœur de l’été. Mais c’est en été que nous avons fait nos adieux. Les robes des femmes ont longtemps brillé dans la verdure. Et voici longtemps que nous sommes à cheval. C’est donc sans doute l’automne. Là, tout au moins, où des femmes tristes nous connaissent.
Laurent Terzieff
Rubens (détail)
Rilke, estimant son œuvre peu intéressante, avait préconisé, dans une lettre de novembre 1925 à Paula Lévy , qu’on ne la traduisît pas en français. La langue allemande d’origine, affirmait-il, préserverait bien mieux le charme du texte.
En allemand donc ce même extrait, pris dans la version de l’œuvre mise en musique par Viktor Ullmann en juillet 1944 pendant sa déportation au camp de Theresienstadt :
Thomas Quasthoff (récitant) Orchestre Philharmonique Tchèque Semyon Bychkov (direction)
Reiten, reiten, reiten, durch den Tag, durch die Nacht, durch den Tag. Reiten, reiten, reiten. Und der Mut ist so müde geworden und die Sehnsucht so groß. Es gibt keine Berge mehr, kaum einen Baum. Nichts wagt aufzustehen. Fremde Hütten hocken durstig an versumpften Brunnen. Nirgends ein Turm. Und immer das gleiche Bild. Man hat zwei Augen zuviel. Nur in der Nacht manchmal glaubt man den Weg zu kennen. Vielleicht kehren wir nächtens immer wieder das Stück zurück, das wir in der fremden Sonne mühsam gewonnen haben? Es kann sein. Die Sonne ist schwer, wie bei uns tief im Sommer. Aber wir haben im Sommer Abschied genommen. Die Kleider der Frauen leuchteten lang aus dem Grün. Und nun reiten wir lang. Es muß also Herbst sein. Wenigstens dort, wo traurige Frauen von uns wissen.
A solidão, um bar, a noite quente O tédio sufocante Um gesto descuidado A frase inconsequente Um riso provocante No rosto um desafio O olhar macio e imprudente Seu jeito de criança Entrando em minha vida Imperiosamente
O anseio arrebatado, torturante O corpo impaciente A boca incendiada O seio palpitante O beijo incandescente O coração descompassado suplicante Um fogo ardendo furiosamente E o gosto inebriante de um desejo urgente e devastador
A entrega obediente sem cuidado O ardor dilacerante A alma adolescente O abraço alucinado Um grito triunfante Um louco desvario A paz chegando de repente E o pulso latejante da paixão febril cravada no meu ventre
Por fim a despedida e um vazio doendo persistente Me vi por toda vida num silêncio frio A te lembrar ausente E ainda que essa noite esteja tão distante a dor me faz lembrar inutilmente Que fui por um instante Tua para sempre amor
Nuit
La solitude, un bar, une nuit chaude L’ennui suffocant Un geste insouciant La phrase sans importance Un sourire provocateur Sur le visage un défi Le regard doux et téméraire Tes manières enfantines Entrant impérieusement dans ma vie
Le désir ravi et torturé Le corps impatient La bouche brûlante La poitrine palpitante Le baiser incandescent Le cœur suppliant et battant Un feu brûlant furieusement Et le goût enivrant d’un désir urgent et dévastateur
L’abandon obéissant sans souci L’ardeur déchirante L’âme adolescente L’étreinte hallucinatoire Un cri triomphant Une frénésie folle La paix soudain venue Et le pouls cognant d’une passion fiévreuse vissée dans mes entrailles
Enfin l’adieu et la douleur d’un vide sans fin J’ai vu toute ma vie perdue dans un silence froid Me souvenant de ton absence Et même si cette nuit est si loin la douleur inutilement me rappelle Que je fus pour un instant Ton amour pour toujours
Exécutée par des voix surprenantes, voilà une chose prodigieuse ; je pourrais presque en pleurer, si le don des larmes ne m’avait été enlevé.
Giacomo Leopardi (1798-1837) dans une lettre à son frère après la représentation de l’opéra « La Donna del Lago »
Gioacchino Rossini 1792-1868
Pour l’opéra de Gioachino Rossini, « La Donna del Lago » – inspiré du poème éponyme de Walter Scott – dans lequel se mêlent, au cœur des Highlands du XVIème siècle, conflits politiques et intrigues amoureuses…
Pour ce final enlevé et joyeux, « Tanti affetti in tal momento » qui exprime par la voix d’Elena les sentiments heureux qu’elle éprouve en retrouvant d’un même coup son père et l’homme qu’elle aime.
Pour le belcanto à la mode rossinienne avec ses mélodies élégantes, ses vocalises virtuoses et le raffinement des orchestrations…
Et pour la performance vocale et théâtrale de la magnifique soprano colorature suédoise Malena Ernman… et les facéties malicieuses de son interprétation si peu conventionnelle qui font sans doute frémir d’indignation les puristes de l’opéra, mais qui décuplent le plaisir jubilatoire de tellement d’autres pétrousquins auxquels, pour la circonstance, on se réjouira d’appartenir.
Malena Ernman (soprano colorature)
sur la scène du MusikTheater an der Wien, en août 2012
ORF Orchestre Symphonique de la Radio de Vienne
Chœur Arnold Schoenberg (dir. Erwin Ortner)
Direction musicale : Leo Hussain
Mise en scène : Christof Loy
Elena: Tanti affetti in tal momento mi si fanno al core intorno, che l’immenso mio contento io non posso a te spiegar. Deh! Il silenzio sia loquace… Tutto dica un tronco accento… Ah, Signor! La bella pace tu sapesti a me donar.
Coro: Ah sì… Torni in te la pace, puoi contenta respirar!
Elena: Fra il padre e fra l’amante… Oh, qual beato istante! Ah! Chi sperar potea tanta felicità?!
Coro: Cessi di stella rea la fiera avversità…
Elena: Ah! chi sperar potea tanta felicità!
Fra il padre e fra l’amante… Oh, qual beato istante! Ah! Chi sperar potea tanta felicità?!
Elena : Tant d’émotions en cet instant assiègent mon cœur que je ne puis t’exposer mon infini plaisir. Allons, sois éloquent silence… Qu’une voix enfin dise tout… Ah, Seigneur! vous avez daigné m’accorder une si belle paix !
Chœur : Ah, oui !… Retrouve la paix, respire ton bonheur !
Elena : Entre mon père et mon amant… Oh, quel instant bienheureux ! Ah ! Qui pouvait espérer pareille félicité.
Chœur : Que cesse la cruelle influence d’une mauvaise étoile…
Elena : Ah ! qui peut espérer un tel bonheur ?
Entre mon père et mon aimé Quel merveilleux moment ! Ah ! qui peut espérer un tel bonheur ?
Fais comme le lanceur de couteaux, qui tire autour du corps. Écris sur l’amour sans le nommer, la précision consiste à éviter. Détourne-toi du mot solennel, déjà ripaillé, vise le bord, longe, le lanceur de couteaux touche de loin, l’erreur est d’atteindre la cible, la grâce est de la rater
Consiglio
Fai come il lanciatore di coltelli, che tira intorno al corpo. Scrivi di amore, senza nominarlo, la precisione sta nell’evitare. Distràiti dal vocabolo solenne, già abbuffato, punta al bordo, costeggia, il lanciatore di coltelli tocca da lontano, l’errore è di raggiungere il bersaglio, la grazia è di mancarlo.
Vous êtes bien belle et je suis bien laid. A vous la splendeur de rayons baignée ; A moi la poussière, à moi l’araignée. Vous êtes bien belle et je suis bien laid ; Soyez la fenêtre et moi le volet.
Nous réglerons tout dans notre réduit. Je protégerai ta vitre qui tremble ; Nous serons heureux, nous serons ensemble ; Nous réglerons tout dans notre réduit ; Tu feras le jour, je ferai la nuit.
Victor Hugo 1802-1885
Poème composé en 1830 en hommage à Maglia Feroni, actrice de l’Odéon, dont Victor Hugo était amoureux.
Publié pour la première fois en 1883 dans le numéro de mai de la Revue des Lettres et des Arts.
JeanJulesGeoffroy – 1853
D’un Serge à l’autre :
Serge Gainsbourg, en 1961, a repris et transformé le poème, pour le chanter lui-même.
Serge Reggiani, en 1973, ne résista pas au plaisir de l’interpréter à son tour :
Vous êtes bien belle, et je suis bien laid, A vous la splendeur de rayons baignée A moi la poussière, à moi l’araignée Vous êtes bien belle, et je suis bien laid,
Tu feras le jour, je ferai la nuit, Je protégerai ta vitre qui tremble, Nous serons heureux, nous serons ensemble, Tu feras le jour, je ferai la nuit,
Vous êtes bien belle, et je suis bien laid, A vous la splendeur de rayons baignée A moi la poussière, à moi l’araignée Vous êtes bien belle, et je suis bien laid.
Lamartine – La chute d’un ange – XII vision (1838)
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Francisco Luis Bernardez (Argentine 1900-1978)
« Être amoureux… »
Être amoureux, mes amis, c’est trouver le nom exact de la vie. C’est tomber enfin sur le mot qu’il faut pour affronter la mort. C’est retrouver la clé cachée qui ouvre la prison ou l’âme est retenue captive. C’est respirer le vent du large qu’on respire au-delà de la chair. C’est contempler du haut de la personne la raison des blessures. C’est déceler dans des yeux un regard vrai qui nous regarde. C’est écouter dans une bouche sa propre voix profondément répétée. C’est surprendre dans des mains cette chaleur de la parfaite alliance. C’est pressentir que, pour toujours, la solitude de notre ombre est vaincue.
Être amoureux, mes amis, c’est découvrir ou s’unissent corps et âmes. C’est deviner dans le désert la voix cristalline d’une eau vive qui nous appelle. C’est voir la mer du haut de la tour où est restée prisonnière notre enfance. C’est reposer ses yeux tristes sur un paysage de cigognes et de cloches. C’est occuper un territoire où cohabitent les parfums et les armes. C’est dicter sa loi à chaque rose et en même temps la recevoir de son épée. C’est prendre les sentiments pour un brasier qui jaillit du cœur. C’est maîtriser la lumière du feu et en même temps être esclave de la flamme. C’est comprendre la conversation intime du cœur et de la distance. C’est trouver le chemin qui mène au royaume de la musique absolue. […]
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Estar enamorado, amigos, es encontrar el nombre justo de la vida. Es dar al fin con la palabra que para hacer frente a la muerte se precisa. Es recobrar la llave oculta que abre la cárcel en que el alma está cautiva. [Es levantarse de la tierra con una fuerza que reclama desde arriba.] Es respirar el ancho viento que por encima de la carne se respira. Es contemplar desde la cumbre de la persona la razón de las heridas. Es advertir en unos ojos una mirada verdadera que nos mira. Es escuchar en una boca la propia voz profundamente repetida. Es sorprender en unas manos ese calor de la perfecta compañía. Es sospechar que, para siempre, la soledad de nuestra sombra está vencida.
Estar enamorado, amigos, es descubrir dónde se juntan cuerpo y alma. Es percibir en el desierto la cristalina voz del río que nos llama. Es ver el mar desde la torre donde ha quedado prisionera nuestra infancia. Es apoyar los ojos tristes en un paisaje de cigüeñas y campanas. Es ocupar un territorio donde conviven los perfumes y las armas. Es dar la ley a cada rosa y al mismo tiempo recibirla de su espada. Es confundir el sentimiento con una hoguera que del pecho se levanta. Es gobernar la luz del fuego y al mismo tiempo ser esclavo de la llama. Es entender la pensativa conversación del corazón y la distancia. Es encontrar el derrotero que lleva al reino de la música sin tasa.
[Estar enamorado, amigos, es adueñarse de las noches y de los días.
Es olvidar entre los dedos emocionados la cabeza distraída.
Es recordar a Garcilaso cuando se siente la canción de una herrería.
Es ir leyendo lo que escriben en el espacio las primeras golondrinas.
Es ver la estrella de la tarde por la ventana de una casa campesina.
Es contemplar el tren que pasa por la montaña con las luces encendidas.
Es comprender perfectamente que no hay fronteras entre el sueño y la vigilia.
Es ignorar en qué consiste la diferencia entre pena y alegría.
Es escuchar a medianoche la vagabunda confesión de la llovizna.
Es divisar en las tinieblas del corazón una pequeña lucecita.
Estar enamorado, amigos, es padecer espacio y tiempo con dulzura.
Es despertarse en la mañana con el secreto de las flores y las frutas.
Es liberarse de sí mismo y estar unido con las otras criaturas.
Es no saber si son ajenas o si son propias las lejanas amarguras.
Es remontar hasta la fuente las aguas turbias del torrente de la angustia.
Es compartir la luz del mundo y al mismo tiempo es compartir la noche obscura.
Es asombrarse y alegrarse de que la luna todavía sea luna.
Es comprobar en cuerpo y alma que la tarea de ser hombre es menos dura.
Es empezar a decir siempre y en adelante no volver a decir nunca.
Y es además, amigos míos, estar seguro de tener las manos puras.]
Dépit amoureux chorégraphique du Nord de l’Argentine, la Zamba est une danse sensuelle lente, au rythme circulaire marqué au temps par une percussion, qui tient les corps à distance de foulard pour donner au couple tout le loisir de jouer à travers les échanges de regards au jeu du « je t’aime, moi non plus ».
Chantée, c’est une poésie nostalgique et sensuelle par laquelle s’exprime l’éternel tourment des amoureux oscillant entre séduction et séparation.
Une Zamba pour oublier… ou pas !
Zamba para olvidar
Elle
Mais, selon moi, plus malheureux que tous est celui qui n’aime plus et ne peut oublier qu’il a aimé.
Adam Mickiewicz – La Résignation
Juana Cardozo (voix)
Juan Carlos Velazquez (piano)
Miguel Velazquez (basse)
No se para que volviste si yo empezaba a olvidar no se si ya lo sabras llore cuando vos te fuiste no se para que volviste que mal me hace recordar.
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La tarde se ha puesto triste y yo prefiero callar para que vamos a hablar de cosas que ya no existen no se para que volviste ya ves que es mejor no hablar
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Que pena me da saber que al final de ese amor ya no queda nada solo una pobre cancion da vueltas por mi guitarra y hace rato que te extraña mi zamba para olvidar.
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Mi zamba vivio conmigo parte de mi soledad. no se si ya lo sabras… mi vida se fue contigo contigo mi amor contigo que mal me hace recordar
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Mis manos ya son de barro tanto apretar al dolor y ahora que me falta el sol no se que venis buscando. Llorando mi amor llorando tambien olvidame vos.
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Que pena me da saber que al final de ese amor ya no queda nada solo una pobre cancion da vueltas por mi guitarra y hace rato que te extraña mi zamba para olvidar.
Lui (… mais pas sans Elle !)
Comment oublier jamais quelqu’un qu’on aime depuis toujours ?
Marcel Proust – A l’ombre des jeunes filles en fleurs
« Demain » Le mot Allait, délié, vacant, Sans poids dans le vent, Si dénué d’âme et de corps, De couleur, de baiser, Que je l’ai laissé passer Près de moi aujourd’hui. Mais soudain toi Tu as dit : « Moi, demain… » Et tout s’est peuplé De chair et de drapeaux. Sur moi se précipitaient Les promesses Aux six cents couleurs, Avec des robes à la mode, Nues, mais toutes Chargées de caresses. En train ou en gazelles M’arrivaient – aigus, Sons de violons – Des espoirs ténus De bouches virginales. Ou rapides et grandes Comme des navires, de loin, Comme des baleines Depuis des mers distantes, D’immenses espérances D’un amour sans final. Demain ! Quel mot vibrant, tendu D’âme et de chair rose, Corde de l’arc Où tu posas, si effilée, Arme de vingt années, La flèche la plus sûre Quand tu as dis : « Moi… »
Pedro Salinas 1891-1951
in La voz a ti debida, 1933
« La voix qui t’est due » Traduit de l’espagnol par Bernard Sesé
(Le Calligraphe -1982)
«Mañana». La palabra iba suelta, vacante, ingrávida, en el aire, tan sin alma y sin cuerpo, tan sin color ni beso, que la dejé pasar por mi lado, en mi hoy. Pero de pronto tú dijiste: «Yo, mañana…» Y todo se pobló de carne y de banderas. Se me precipitaban encima las promesas de seiscientos colores, con vestidos de moda, desnudas, pero todas cargadas de caricias. En trenes o en gacelas me llegaban —agudas, sones de violines— esperanzas delgadas de bocas virginales. O veloces y grandes como buques, de lejos, como ballenas desde mares distantes, inmensas esperanzas de un amor sin final. ¡Mañana! Qué palabra toda vibrante, tensa de alma y carne rosada, cuerda del arco donde tú pusiste, agudísima, arma de veinte años, la flecha más segura cuando dijiste: «Yo…»
Dans un siècle dont tant de livres disent les noirceurs alors que ne s’y opposent souvent que des simplismes à la ‘Coué’, l’œuvre de Dhôtel s’avance un peu seule et sans tapage vers cette raie de lumière sous la porte qu’il y a au fond de chacun de nous.
Jean Grosjean
Ode à la manivelle
Le joueur d’orgue de barbarie monologuait : « Puisque vous ne comprenez rien je dois tout vous expliquer.
En haut de mes gammes les coquelicots vers le milieu les bleuets en profondeur les roses noires. Mais les fleurs toutes ensemble ne sont là que pour éclairer les lignes vives de l’amour.
Sur la première portée s’impriment les pieds nus de la fille irremplaçable. La seconde garde le reflet de ses charmes et sourires tandis qu’au fond de l’azur fin après cent tours de manivelle dans un silence apparaît son ravissant corps dévêtu… »