Parlez-moi d’amour – 2 – Argile

Emmanuel Sellier - Mémoire fossile - terre cuite patinée
Emmanuel SellierMémoire fossile – terre cuite patinée
(site du sculpteur)

L’herbe écoute (3) – Zzz… Aïe !

Là, chère Minha, vous auriez le choix entre le moustique gris, le velu, la patte-blanche, le nain, le sonneur de fanfares, le petit fifre, l’urtiquis, l’arlequin, le grand nègre, le roux des bois, ou plutôt, tous vous choisiraient pour cible et vous reviendriez ici méconnaissable !

L’herbe écoute (2) – Un festin !

Odilon Redon (1840-1916)
L’araignée qui pleure ou Le Désespoir du monstre
  • La mise en condition (‘mise en bouche’ ?)

En 2011, Richard Kram, (né en 1953), poète, romancier, mathématicien, ingénieur-électricien et… musicien, compose une suite pour piano dont le but est de représenter musicalement l’univers des insectes : « Entomology Anthology Piano Suite ».

Chaque pièce dédiée à un insecte spécifique cherche à reproduire ses caractéristiques et comportements uniques grâce à des textures sonores et des motifs mélodiques inventifs. C’est une fusion originale entre observation scientifique et expression artistique, offrant une immersion poétique dans l’immense diversité du monde des insectes. L’araignée, animal totem par excellence, y occupe une place de choix.

Trois minutes impressionnantes d’images et musique (‘en cuisine’) pour préparer nos esprits pendant que la gourmande prépare son repas :

« The spider weaves its web »

L’araignée tisse sa toile

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  • L’officier de marine – compositeur
Albert Roussel 1869-1937

Ses études classiques terminées, Roussel entre en 1887 à l’École Navale.

C’est en 1892, après plusieurs traversées – vers la fascinante Asie notamment, sur différents bâtiments, en qualité d’officier de marine,  qu’il s’essaie à la composition. L’année suivante, à la faveur d’un congé imposé par des soucis de santé, il démissionne et choisit définitivement la musique.

A partir de son engagement comme enseignant à la Schola Cantorum de Vincent d’Indy, au tout début du XXème siècle, son influence ne cessera de s’étendre sur la nouvelle génération de musiciens.

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  • « Le Festin de l’araignée » Op. 17 d’Albert Roussel
Maria Sibylla Merian (XVIIème)

En 1913, après le franc succès que le public parisien a réservé au ballet « Le Festin de l’araignée » qu’il a composé à partir des « Souvenirs entomologiques » du célèbre naturaliste Jean-Henri Fabre, Albert Roussel décide d’écrire une suite pour orchestre – qu’il avait préféré plus modestement appelée « fragments symphoniques », sur cette même thématique, intégrant quelques extraits de l’œuvre originale.
C’est un frémissant voyage au milieu du peuple de l’herbe que propose le chef d’œuvre de ce compositeur profondément amoureux de la nature.

Entre le prélude au cours duquel les ultimes rayons du soleil s’estompent progressivement pour abandonner l’espace au crépuscule qui s’installe entre cordes, flutes et hautbois, et les effets de harpe du dernier mouvement qui accompagnent « la nuit [qui] tombe sur le jardin solitaire », les fragments s’enchainent développant toute l’inventivité orchestrale du compositeur :

Les fourmis entrent en scène, le papillon danse, l’éphémère éclot, danse à son tour. Avant la fin de la nuit, en un rythme lent et solennel, résonneront ses funérailles .

Parlez-moi d’amour – 1 – Jeanne

Edouard Cibot – Les amours des anges au moment du déluge – 1834

Naïve jeunesse entend parler d’amour

     Force de l’âge laisse parler l’amour

          Puis vient le temps, entre deux souvenirs, de parler de l’amour…

– Jeanne, veux-tu… ?*

L’herbe écoute (1) – Le Grillon / I

Grillon champêtre (Gryllus campestris)

Chaque pulsation du cœur bat en harmonie avec le chant du grillon. Allez à contretemps si vous le pouvez.

S’il en est un qui ne nous reprochera pas de réchauffer la Terre, c’est bien lui, le ténor des herbes de nos champs roussis par le soleil d’été, le grillon. Mais n’imaginons pas que ses stridulations, choisies dans un répertoire mélodique aussi varié soit-il, nous sont adressées comme un chant de louanges, leur motivation est partagée entre sexe et pouvoir. Nature oblige.

Josquin des Prés             1450/55 – 1521

C’est la fidélité, la constance, disons plutôt la sédentarité, de ce troubadour champêtre, que célèbre, à la fin du XVème siècle, le grand musicien de la Renaissance, Josquin des Prés, quand il compose « El Grillo ». Une stridulente « frottola »* pour quatre voix.
Comme tous les succès musicaux  cette composition a connu au fil du temps un foisonnement de transcriptions et d’adaptations. Celle-ci, pour flûtes, cordes, tambourins et voix, au rythme vif et entraînant, s’offre comme une invite à partager quelques pas d’une danse joyeuse après les durs labeurs d’une journée à la ferme.

* musique rustique et populaire, ancêtre du madrigal.

Josquin des Prés (vers 1450/1455 – 1521)

« El Grillo »

Ensemble Voices of Music

Qui sait si, l’hiver venu, longues antennes déployées, au plus près de nos fours et de nos cheminées, notre orthoptère-ménestrel devenu témoin discret de la vie du foyer – n’est-ce pas cher Monsieur Dickens ? –, n’est pas là pour nous protéger ?

Sait-il au fond de sa mémoire, comme le chante Jean Ferrat, que c’est du cœur de la nuit noire qu’on peut voir l’aube se lever ?

Parlez-moi d’amour – 0 – Envoi

Cette minuscule anthologie-souvenir pour introduire une série de billets à venir dont l’unique mission sera de « parler d’amour »… Un peu plus directement peut-être que ne l’auront fait les centaines de leurs prédécesseurs sur ces pages, mais toujours au travers de la sensibilité des experts du thème : les artistes.

Ne serait-ce pas le moins que puisse faire un ancêtre, en souvenir d’un ancêtre, par ces temps difficiles où le mot « GUERRE », que l’on imaginait réservé aux seuls livres d’histoire choisit d’occuper tout l’espace de la jeunesse ?

L’herbe écoute (0) – Avant-propos

Cyphonia clavata (Fabricius, 1787)

Nikolaï Rimski-Korsakov

– Le vol du bourdon

Katica Illényi (violon)
Győr Philharmonic Orchestra
 István Silló (Direction)

Mais c’est qu’elle piquerait, la sale bête !  🐝

L’été musical de ces pages fera donc, à l’instar des herbes chaudes des champs et des jardins, la part belle à ces insectes qui auront à travers l’histoire pollinisé avec bonheur les partitions des musiciens.
Point de rigueur d’entomologiste, point d’ordonnancement ou de classement, seulement le hasard (à peine cornaqué) des rencontres avec ces êtres fascinants, merveilleux, mystérieux et parfois inquiétants, à travers les musiques qu’ils ont inspirées…

« Les Insectes »

Musique de Maurice Jarre
pour le documentaire « Les Animaux » de Frédéric Rossif en 1963 

Les femmes

S’attacher sa vie durant à une femme…

Esclave à Cuba

(Biografiá de un Cimarrón)

Esteban Montejo, un vieux révolutionnaire mambi, afro-cubain et né esclave, raconte sa vie à un jeune auteur de vingt-trois ans, Miguel Barnet.

Il le fait en 1963, dans un pays où une révolution triomphante s’attache à retrouver « l’histoire du peuple sans histoire », à exhumer la mémoire tue des rébellions populaires. Les souvenirs du vieil homme de son quotidien se mêlent à des événements historiques transcendants pour l’histoire de Cuba : le règne de la terreur dans les sucreries, les esclaves fugitifs qui ont fui vers les montagnes, l’abolition de l’esclavage, la guerre d’Indépendance…

Ainsi, d’un pas discret et en laissant libre cours à sa mémoire, Montejo incorpore à la sienne bien d’autres voix, celles de tant d’hommes et de femmes anonymes qui ont façonné l’identité de l’île des Caraïbes.

§

Le sommeil de la raison…

Francisco de Goya – « Los Caprichos » / 43
Francisco Goya 1746-1828

Rompant avec les conventions artistiques de l’époque, les quatre-vingts estampes des ‘Caprices‘ (Los Caprichos) que Goya publie en 1799, veulent autant poser une critique acerbe des vices, superstitions et autres travers de la société espagnole du temps, que vilipender les abus de la « monarchie éclairée » qui gouverne alors L’Espagne.

Le peintre accompagne parfois certaines de ces gravures acerbes d’un commentaire ou d’une réflexion. Ainsi, le cauchemardesque Caprice 43, objet de ce billet, qui montre un homme (Goya lui-même ?) endormi sur son bureau, environné de toutes sortes de créatures terrifiantes, porte-t-il cette légende de la main de l’artiste :

« El sueño de la razón produce monstruos »

Belle opportunité offerte au spectateur d’aiguiser sa réflexion philosophique : la raison doit demeurer en éveil afin de nous garder des méfaits de nos instincts et de nos pulsions, mais trop de raison ne conduit-il pas à museler l’imagination et l’intuition si propice à l’acte de création ?

* * *

Mario Castelnuovo-Tedesco 1891-1968

A la fin de sa vie, le très prolifique compositeur italien, Mario Castelnuovo-Tedesco, écrit pour la guitare, ’24 Caprices’ librement inspirés de gravures de Goya choisies parmi les 80 planches du Maître espagnol. Pas vraiment une description musicale de chaque estampe sélectionnée, mais une recréation plus ou moins fantasmée de l’idée suggérée par l’image.

Un des points culminants de l’écriture pour guitare du compositeur.

Le jeune et talentueux virtuose
Ty Zhang
joue le Caprice N°18 (inspiré du « Capricchio » N°43 de Goya) 

A chaque variation sa guitare…

‘Le sommeil de la raison engendre des monstres’ 

Aux funérailles des poètes

Initialement publié le 2/06/2015 sur « Perles d’Orphée »
Allez bien doucement messieurs les fossoyeurs –

Henri Lerambert (1550-1609) - Les Funérailles de l'Amour (Louvre)
Henri Lerambert (1550-1609) – Les Funérailles de l’Amour (Louvre)

Pour dire aux funérailles des poètes

Allez bien doucement messieurs les fossoyeurs.

Allez bien doucement, car le cercueil n’est pas comme les autres où se trouve un bloc d’argile enlinceulé de langes, celui-ci recèle entre ses planches un trésor que recouvrent deux ailes très blanches comme il s’en ouvre aux épaules fragiles des anges.

Allez bien doucement messieurs les fossoyeurs.

Allez bien doucement, car ce coffre, il est plein d’une harmonie faite de choses variées à l’infini : cigales, parfums, guirlandes, abeilles, nids, raisins, cœurs, épis, fruits, épines, griffes, serres, bêlements, chimères, sphinx, dés, miroirs, coupes, bagues, amphores, trilles, thyrse, arpèges, marotte, paon, carillon, diadème, gouvernail, houlette, joug, besace, férule, glaive, chaînes, flèches, croix, colliers, serpents, deuil, éclairs, boucliers, buccin, trophées, urne, sourires, larmes, rayons, baisers, or, tout cela sous un geste trop prompt pourrait s’évanouir ou se briser.

Allez bien doucement messieurs les fossoyeurs.

Allez bien doucement, car si petit qu’il soit de la taille d’un homme, ce meuble de silence renferme une foule sans nombre et rassemble en son centre plus de personnages et d’images qu’un cirque, un temple, un palais, un forum ; ne bousculez pas ces symboles divers pour ne pas déranger la paix d’un univers.

Allez bien doucement messieurs les fossoyeurs.

Allez bien doucement, car cet apôtre de lumière, il fut le chevalier de la beauté qu’il servit galamment à travers le sarcasme des uns et le crachat des autres, et vous feriez dans le mystère sangloter la première des femmes si vous couchiez trop durement son amant dans la terre.

Allez bien doucement messieurs les fossoyeurs.

Allez bien doucement, car s’il eut toutes nos vertus, mes frères, il eut aussi tous nos péchés ; allez bien doucement car vous portez en lui toute l’humanité.

Allez bien doucement messieurs les fossoyeurs.

Allez bien doucement, car il était un dieu peut-être, ce poète, un dieu qu’on a frôlé sans deviner son sceptre, un dieu qui nous offrait la perle et l’hysope du ciel alors qu’on lui jetait le fiel et les écailles de sa table, un dieu dont le départ nous plongera sans doute en la ténèbre redoutable ; et c’est pourquoi vont-ils, vos outils de sommeil, produire tout à l’heure un coucher de soleil.

Allez bien doucement messieurs les fossoyeurs.

Mais non. Ce que vous faites là n’est qu’un pur simulacre, n’est-ce pas ? C’est un monceau de roses que l’on a suivi sous l’hypothèse d’un cadavre et que dans cette fosse vous allez descendre, ô trésoriers de cendres, et ces obsèques ne seraient alors qu’une ample apothéose et nous nous trouverions en face d’un miracle. Oh ! dites, ce héros n’a pas cessé de vivre, fossoyeurs, ce héros n’est point mort puisque son âme encore vibre dans ses livres et qu’elle enchantera longtemps le cœur du monde, en dépit des siècles et des tombes !

Allez bien doucement messieurs les fossoyeurs.

Humble, il voulut se soumettre à la règle commune des êtres, rendre le dernier soupir et mourir comme nous, pour ensuite, orgueilleux de ce que l’homme avait le front d’un dieu, ressusciter devant les multitudes à genoux. En vérité, je vous le dis, il va céans renaître notre Maître d’entre ces morts que gardent le cyprès avec le sycomore, et sachez qu’en sortant de cet enclos du Temps, nous allons aujourd’hui le retrouver debout dans toutes les mémoires, comme demain, sur les socles épars érigés par la gloire, on le retrouvera sculpté dans la piété robuste des humains.

Allez bien doucement messieurs les fossoyeurs.

Adieu Herr Brendel !

Chevaucher, chevaucher…

Cornette par Horace Vernet – Rainer Maria Rilke 1875-1926
Rubens (détail)

Thomas Quasthoff (récitant)
Orchestre Philharmonique Tchèque
Semyon Bychkov (direction)

‘Valses poeticos’

Enrique Granados 1867-1916

Miniatures musicales enchantées entre ombre et lumière, les « Valses poeticos » (1895) de Granados sont autant de pages d’un journal intime élégamment écrites au piano.

Confidences, humeurs et sentiments exprimés avec délicatesse et un brin de virtuosité contenue, qui ne laisse rien ignorer de l’influence des grands musiciens romantiques tels que Chopin, Schumann ou Grieg.

Universelle beauté d’une musique où la danse devient prétexte à une expression profondément personnelle et poétique. Élégance du salon, profondeur de l’émotion, dans un voile de délicatesse espagnole.

Bien que compositeur majeur dans le renouveau de la musique espagnole du XIXème siècle, Granados, trop attaché à son piano, n’aura jamais écrit pour l’instrument emblématique de son pays, la guitare.

Les siècles suivants n’auront en revanche pas été avares de guitaristes arrangeurs et transcripteurs pour leur instrument de l’œuvre du Maître. Avec bonheur souvent, ainsi qu’en témoigne cette très séduisante version pour trois guitares :

Fulgurances – XLIX – Gageure

Philippe Jaccottet 1925-2021

Ouvrir un livre de poésie, c’est vouloir s’éclairer avec une bougie en pleine déflagration de la bombe à hydrogène. Parier pour la bougie en ce cas, est tout à fait insensé, et cependant, c’est peut être dans ce genre de pari que réside notre avenir.

Fulgurances – XLVIII – Vouloir…