« La Orquesta Im-posible »

Toute chose qui est, si elle n’était, serait énormément improbable.
.  .  .  .  .  .  .                                                         .         
Paul Valéry

Et si, pour illustrer cette affirmation, il nous faut un exemple qui soit à la fois sympathique – ô combien ! –, aussi récent qu’extraordinaire, et, de préférence, musical, nous n’avons qu’à nous régaler de l’incroyable performance produite en ligne ces derniers mois par la cheffe d’orchestre mexicaine de réputation mondiale, Alondra de la Parra, ambassadrice officielle de la culture de son pays.

Alondra de la Parra

La pandémie de coronavirus a obligé le spectacle vivant à se réinventer, à se produire autrement, et notamment à utiliser l’outil numérique et internet pour se donner l’illusion d’exister encore auprès du public. Ainsi la musique s’est-elle offerte sur les réseaux sous des formes variées, partagées entre « concerts fantômes », sans public, « concerts socialement distanciés », avec un auditoire limité et prudemment réparti, ou « concerts à la maison », des musiciens, solistes ou en très petits groupes, jouant et se filmant depuis leur propre intérieur.

Le « Concert Impossible » qu’a conçu et réalisé Alondra de la Parra est une performance unique qui outrepasse les pourtant superbes efforts qu’ont produits les artistes en ces circonstances particulières.
Seules d’ailleurs de telles circonstances pouvaient provoquer pareille entreprise artistique. Comment, avant 2020, aurait-il été possible ou même concevable, de réunir aussi rapidement, pour un seul concert, autant de solistes de différents instruments, mondialement renommés, dont les emplois du temps sont réservés des années à l’avance par les scènes les plus prestigieuses du monde entier ?  Improbable ! Impossible !
Mais, aujourd’hui…

Soudain, tout le monde était libre. Tout le monde prenait mon appel et tout le monde disait oui. Ils n’étaient pas seulement disponibles en termes de temps, mais je pense qu’il y avait une disponibilité dans l’esprit. – Alondra de la Parra

Tout le monumental travail de la cheffe s’est donc fait sans baguette. Téléphone, visioconférences, canevas au piano, enregistrements de maquettes musicales, prises de vues et de sons aux quatre coins du monde, dans les conditions les plus étonnantes – sur fond de drap noir obligé par exemple –, visionnage, montage, mixage, et même coordination chorégraphique à distance pour insérer dans cet assemblage magique l’âme personnifiée de la musique choisie, la performance de la ballerine Elisa Carrillo Cabrera, danseuse principale du Ballet d’État de Berlin.
Car, il faut enfin le dire, la pièce musicale tout naturellement sélectionnée pour ce Concert Impossible
n’est autre que l’emblématique chef d’œuvre du compositeur mexicain Arturo Márquez, « Danzón nº2 », considéré depuis sa création en 1994 comme le second hymne national du Mexique.

Arturo Marquez – photo YOA Orchestra of the Americas

Si le populaire genre danzón mexicain, pourtant tout droit venu de Cuba à la fin du XIXème siècle, avec ses rythmes syncopés, ses mélodies mélancoliques et ses tonalités sensuelles s’est imposé comme une évidente représentation culturelle, le « Danzón nº2 » de Marquez, au-delà de sa notoriété particulière, constituait, grâce aux nombreux solos d’instruments de tous registres qui le caractérisent, une aide non négligeable à l’indispensable découpage de l’ensemble orchestral, objet principal du défi technique que s’était lancé à elle-même, Alondra de la Parra.

Mais il ne s’agissait pas ici de plaquer des images sur un enregistrement sonore. Le son et l’image devaient apparaître simultanément au cours de la production pour donner la pleine illusion du concert, orchestre au complet, présent sur la même scène.
L’aboutissement de cet effort titanesque est une épatante vidéo musicale d’une dizaine de minutes dominée par le talent, la bonne humeur et l’humour, et chargée d’une énergie positive qui ne peut que requinquer nos cœurs désenchantés.

Elisa Carrillo Cabrera

Après une lente et sensuelle introduction à la clarinette – lenteur typique du danzón, dissimulant la passion qui couve –, le hautbois, second danseur du couple, entre en scène. Le duo ne tarde pas à être rejoint par les autres instruments, cordes, vents et percussions, dans un changement d’humeur dominé par l’énergie des rythmes.
Une courte pause bercée par un solo de flûte piccolo vite rejoint, en cadence, par les autres instruments, prépare l’entrée lyrique du violon qui rappelle le motif introductif. La danse se fait plus langoureuse, plus sensuelle.
Mais, petit à petit l’ambiance s’échauffe, les rythmes s’accélèrent, tous les instruments se fondent dans la dissonance d’un chaos joyeusement mené par la trompette. Toute une éclatante frénésie de sons et de rythmes pour accompagner sauts, voltes et pirouettes de la danseuse épanouie. Tonitruante et fugitive évocation du bonheur de vivre…
Le calme revient le temps d’une reprise de souffle avant que l’ensemble de l’orchestre, d’une seule voix, n’entonne une enthousiaste conclusion, à la mesure du plaisir de chaque musicien… et du nôtre.

Et maintenant, musique ! « La Orquesta Im-posible »

Bravo à tous !    Merci !

Chaque clic de visionnage de la vidéo sur YouTube génère un don pour les organisations sociales "Save the Children" (aide à l'enfance) et "Fondo Semillas" (aide aux femmes du Mexique). 

Humeur de printemps : allégresse mélancolique

Victor Borissov-MoussatovPrintemps (1901)

Voilà longtemps que je vous aime :
L’aveu remonte à dix-huit ans !
Vous êtes rose, je suis blême ;
J’ai les hivers, vous les printemps.

Théophile Gautier – « Dernier vœu »

Tout le printemps des paysages et des rivières monte comme un encens dans mon cœur, et le souffle de toutes choses chante en mes pensées comme une flûte.

Rabindranath Tagore – « L’offrande lyrique »

¤

Philippe Bernold, flûte, Ariane Jacob, piano
interprètent le 1er mouvement (« Allegro malinconico »)
de la Sonate pour flûte et piano de Francis Poulenc

Déjà en 1952 Poulenc exprime son désir de composer une sonate pour flûte traversière et piano. En témoignent ses correspondances avec son ami le chanteur Pierre Bernac et avec son éditeur. Mais ce n'est qu'en 1956, à l'occasion d'une commande de la Fondation Coolidge que l'occasion lui sera offerte de réaliser ce projet.

La pianiste Elizabeth Sprague Coolidge, grande mécène de la musique de chambre aux États Unis avait commandé des œuvres du genre à nombre de compositeurs de son temps, comme Ravel, Schoenberg, Honegger, Prokofiev et tant d'autres tout aussi illustres.
A sa mort en 1953, elle lègue une importante part de sa fortune à la Fondation qui porte son nom.

Par cette commande de 1956 à la mémoire de sa fondatrice, Poulenc, qui n'avait eu aucune connaissance préalable de la fondation - ni de la pianiste d'ailleurs - en devient lui aussi bénéficiaire.
Comme il se doit donc, officiellement cette sonate est dédiée à Elizabeth Coolidge, mais chacun dans l'entourage du compositeur sait bien que le véritable dédicataire est le célébrissime flûtiste Jean-Pierre Rampal avec qui Poulenc créa l’œuvre en 1957.

Piano oxygène

  • Ôter son masque.
  • Inspirer. Bien remplir ses poumons.
  • Souffler profondément.
  • Cliquer sur la flèche pour lancer l’injection.
  • Laisser agir le produit pendant 3’42 minutes.
  • La solution a été composée par le Professeur Bach
  • Elle est administrée par le docteur Anderszewski
  • Matériel homologué utilisé : « Steinway & sons »

Une petite fugue pour terminer la séance ? (La deuxième dose)

Pas d’inquiétude, ça fait partie de la cure, sans supplément de prix !

Cliquer sur la nouvelle flèche et fermer les yeux…

Attention !
Le plaisir peut présenter des risques d’addiction et de contamination.

♫♫♫

Si seulement Dieu avait fait notre monde aussi parfait que Bach a fait le sien divin !   (Cioran – « Le livre des leurres »)

Siegfried : la mort, la marche

J’ai composé un chœur grec, mais un chœur qui serait pour ainsi dire chanté par l’orchestre.

Richard Wagner 1813-1883

.

A propos de la Marche funèbre de Siegfried dans Götterdämmerung.

Henry de GrouxMort de Siegfried – 1899
Baumann, gendre du peintre, décrit ainsi la scène en 1936 : « les filles du Rhin, les bras tendus, désespérées, jaillissant des vagues, ces belles vagues vertes que de Groux modelait comme des chairs de femme, mais impuissantes à sauver le héros vaincu, renversé […] tandis que Wotan assène en son flanc la lance de mort. » (Extrait du catalogue ARCURIAL – Vente « Éloge du symbolisme » – 26/09/2017)

§

Götterdämmerung - Acte II : Le parjure
La manigance du traître Hagen est parvenue à son comble : non seulement Gunther, mais surtout Brünnhilde demandent vengeance et souhaitent la mort de Siegfried, mais encore, c'est de Brunnhilde elle-même que le manipulateur va apprendre que la seule manière d'atteindre Siegfried qui fait toujours face est de le frapper dans le dos.

Le rideau tombe pendant que les futurs époux, Siegfried et Gutrune, qui ne se doutent en rien de la supercherie, entrent en scène.

Götterdämmerung - Acte III : La mort 
Alors que Siegfried raconte sa jeunesse et ses aventures, Hagen l'interrompt, détourne son attention vers deux corbeaux passant au dessus d'eux et lui plante sa lance dans le dos.

Dans son agonie, Siegfried continue son récit plein des meilleurs sentiments pour sa bienaimée Brünnhilde qu'il a trahie sans le vouloir, ni le savoir. Le héros s'éteint souriant, heureux.

Moment musical paroxystique partagé entre la sidération provoquée par la mort du héros et la solennité recueillie de la marche qui accompagne sa dépouille au bûcher.
C’est par cet intermède symphonique poignant, une « marche au néant », appuyé sur les riches et puissantes sonorités des cuivres et des percussions, citant, comme autant d’allusions rétrospectives, divers leitmotive de l’œuvre, que Wagner introduit la tragédie finale du drame complexe du « Ring » : l’immolation volontaire de Brünnhilde et la disparition des dieux dans les flammes du bûcher qui s’empareront du Walhalla pendant que les filles du Rhin se réjouiront d’avoir reconquis l’anneau.

Évocation. Incantation. Un « chœur grec joué par l’orchestre ».

Klaus Tennstedt dirige le London Philharmonic
au Suntory Hall de Tokyo le 18/10/1988 :

« Siegfrieds Tod und Trauermarsch »

‘Patauger dans l’eau…’

Wade in the Water, wade in the water children.
Wade in the Water. God’s gonna trouble the water.

Pataugez dans l’eau, pataugez dans l’eau les enfants !
Pataugez dans l’eau ! Dieu y brouillera vos traces.

Chant de reconnaissance, chant de fraternité, chant de travail aussi pour partager collectivement, au milieu des immenses plantations, courage et patience face aux humiliations et aux sévices infligés par les esclavagistes, chant spirituel également, souvent inspiré du Livre de l'Exode de l'Ancien Testament qui relate, exemple envié à imiter, la fuite du peuple hébreu opprimé par le pharaon, voilà quelques différents aspects du Negro Spiritual au XIXème siècle dans le Sud des États Unis.

Mais s'en tenir à cet inventaire serait omettre la fonction secrète du Negro Spiritual en ces temps d'extrême danger pour ces esclaves afro-américains dont le salut était réduit au seul succès de leur fuite vers le nord. Ces chants avaient acquis un rôle de code : par les choix qu'ils exerçaient, par leur manière de les interpréter, les passeurs informaient discrètement, à distance, les fugitifs de l'approche de poursuivants ou leur indiquaient des comportements à adopter pour se protéger dans certaines situations.

Ainsi par exemple, quand Harriet Tubman - surnommée "Moïse noir" tant elle a aidé de compagnons, esclaves comme elle, à retrouver la liberté, sans en perdre un seul - entonnait le mythique "Wade in the water" à leur intention sur les routes clandestines c'était pour les exhorter à abandonner les sentiers et continuer leur progression dans le lit des rivières et des ruisseaux où les chiens lâchés à leurs basques perdaient toute trace olfactive de leurs proies humaines.
Qui se serait méfié d'une "pauvre esclave noire" chantant au bord du chemin ?
Harriet Tubman 1821-1913 – statue par Wesley Wofford (détail)

Every great dream begins with a dreamer. Always remember, you have within you the strength, the patience, and the passion to reach for the stars to change the world. –

Chaque grand rêve commence par un rêveur. Rappelez-vous toujours que vous avez en vous la force, la patience et la passion d’atteindre les étoiles pour changer le monde.

Le silence et la rêverie

C’est dans la rêverie que nous sommes des hommes libres.

Gaston Bachelard (La poétique de la rêverie)

Alors le rêveur est tout fondu en sa rêverie. Sa rêverie est sa vie silencieuse. C’est cette paix silencieuse que veut nous communiquer le poète.

Heureux qui connaît, heureux même qui se souvient de ces veillées silencieuses où le silence même était le signe de la communion des âmes !
Avec quelle tendresse, se souvenant de ces heures, Francis Jammes pouvait écrire :
……… « Je te disais tais-toi quand tu ne disais rien. »

Gaston Bachelard (La poétique de la rêverie – PUF – 1960/68 / p. 52)

§

Stephanie Jones joue un arrangement de « The Sound of Silence »
de Simon & Garfunkel

Rag-waltz

Le ragtime est la musique sur laquelle Dieu danse quand personne ne le regarde.

Alessandro Barrico (‘Novecento : pianiste‘)

… Never play ragtime fast at any time.
Scott Joplin
 
Mais oui, tu connais la musique de Scott Joplin, le ragtime ! Un montage photo bidouillé à la hâte et quelques notes de piano à rouleau et ta mémoire fera le reste :

Ce que tu ne sais peut-être pas, c’est que le célébrissime Royal Ballet de Londres a dansé et danse encore sur les thèmes joyeusement syncopés du ragtime de Scott Joplin et de quelques-uns de ses contemporains du début du XXème siècle.

Kenneth MacMillan 1929-1992

C’est Kenneth MacMillan, alors directeur artistique de la Compagnie depuis 1970, qui, en 1974, réalise ce court spectacle haut en couleur, Elite Syncopations, sortant la troupe des conventions traditionnelles du ballet classique où elle excelle.

Pas d’intrigue véritablement, mais une succession de tableaux aux couleurs vives que l’on pourrait volontiers situer dans un bar douteux du delta du Mississippi au début du siècle dernier.  Les personnages, en tenues flamboyantes, flirtent, se toisent, s’observent les uns les autres et dansent crânement à tour de rôle, chacun montrant à ses rivaux la hauteur de son talent.

Le talent, la scène du Covent Garden en regorgeait déjà le 7 octobre 1974 pour la première…
Le temps ne lui a rien fait perdre : 
 
Juges-en par cette lente et superbe « rag-waltz » dansée il n’y a pas si longtemps par la divine Sarah Lamb et le sémillant Valeri Hristov, « Bethena, a Concert Waltz », morceau écrit par Scott Joplin en 1905.

 

Et plein écran, bien sûr,
pour un grand salut radieux à toute la Compagnie :

Chanson perpétuelle

La mélodie française va tout droit, sans convulsions et sans frénésie, au rare, à l’exquis, à l’inattendu.

Vladimir Jankélévitch

La mélodie française, sans doute la voie la plus suave et la plus raffinée pour accéder à la saveur des profondeurs de l’intime.
Voilà qui oblige l’interprète à posséder les talents du conteur, et son pianiste accompagnateur à se faire orchestre… à moins que le compositeur, dans son extrême élégance, n’ait déjà prévu d’y pourvoir.

Ernest Chausson 1855-1899

Ainsi en 1899, le grand mélodiste, Ernest Chausson, composant « La Chanson Perpétuelle » sur douze des seize tercets du poème « Nocturne » de son contemporain Charles Cros, choisit-il de faire accompagner par un piano et un quatuor à cordes les états d’âme d’une jeune femme abandonnée par son amant.

Au souvenir des brefs instants de bonheur, succèdent, dans une atmosphère où la douleur croît, l’attente, l’espoir, la mélancolie et, tel celui d’Ophélie, le désir de mort dans les eaux de « l’étang, parmi les fleurs sous le flot endormi ».

Connivence des mots et de la musique dans le désenchantement de l’heure crépusculaire où Éros rejoint Thanatos.

Le Quatuor Elmire, Sarah Ristorcelli (piano) et Victoire Bunel (mezzo-soprano)  interprètent Chanson perpétuelle op. 37

Bois frissonnants, ciel étoilé
Mon bien-aimé s’en est allé
Emportant mon cœur désolé.

Vents, que vos plaintives rumeurs,
Que vos chants, rossignols charmeurs,
Aillent lui dire que je meurs.

Le premier soir qu’il vint ici,
Mon âme fut à sa merci ;
De fierté je n’eus plus souci.

Mes regards étaient pleins d’aveux.
Il me prit dans ses bras nerveux
Et me baisa près des cheveux.

J’en eus un grand frémissement.
Et puis je ne sais plus comment
Il est devenu mon amant.

Je lui disais: « Tu m’aimeras
Aussi longtemps que tu pourras. »
Je ne dormais bien qu’en ses bras.

Mais lui, sentant son cœur éteint,
S’en est allé l’autre matin
Sans moi, dans un pays lointain.

Puisque je n’ai plus mon ami,
Je mourrai dans l’étang, parmi
Les fleurs sous le flot endormi.

Sur le bord arrivée, au vent
Je dirai son nom, en rêvant
Que là je l’attendis souvent.

Et comme en un linceul doré,
Dans mes cheveux défaits, au gré
Du vent je m’abandonnerai.

Les bonheurs passés verseront
Leur douce lueur sur mon front,
Et les joncs verts m’enlaceront.

Et mon sein croira, frémissant
Sous l’enlacement caressant,
Subir l’étreinte de l’absent.

Charles Cros (‘Nocturne‘)

Et, pour le plaisir de quelques amateurs inconditionnels, comme moi, de Dame Felicity Lott dans le répertoire français :

‘Parole de la parole’

Quant à la poésie, elle est la parole de la parole. Elle est à la pointe du langage, cette énergie qui refait notre vocabulaire et le place en situation de récréation vitale. C’est un outre-dit, une expérience qui poursuit un objectif. La poésie est réponse à une question qui ne fut pas posée. Il faut inventer, réinventer la transparence comme une fenêtre ouverte pour respirer.

La poésie est ainsi délaissée. Mais je pense qu’elle resurgira de sa retraite le moment venu parce que les êtres humains ont besoin d’elle pour voir à nouveau le monde, vivre vraiment leur vie, et enfin respirer. Il y aura une aube nouvelle pour la parole de poésie, ce cante jondo, ce chant profond.

Salah Stétié (1929-20/05/2020)

Textes cités par Jinane Chaker Sultani Milelli, dans un article du journal libanais Libnanews en date du 21/05/2020, intitulé :
Lettre d’adieu post-mortem de Salah Stétié à ses ami.e.s’

&

Poètes français de demain, nouveaux dinosaures, chers pauvres dinosaures, vous seuls gardez au seuil de la caverne désertée notre or imaginaire et le peu d’eau resté disponible. N’espérez rien, cependant, au-delà de l’honneur que constitue cette garde. 

in « L’Extravagance » – Robert Laffont

Yesterday

To-morrow, and to-morrow, and to-morrow,
Creeps in this petty pace from day to day,
To the last syllable of recorded time;
And all our yesterdays have lighted fools
The way to dusty death.

William Shakespeare – Macbeth (Acte V – Scène 5)

Demain, et puis demain, et puis demain,
Glissent à petits pas d’un jour à l’autre
Jusqu’à la dernière syllabe du registre des temps ;
Et tous nos hiers n’ont fait qu’éclairer pour des fous
La route de la mort poussiéreuse.

Ω

Stephanie Jones – Guitare : Yesterday

The Beatles / Arrangement Toru Takemitsu

2021 : lumière et joie !

Cette fête du corps, devant nos âmes, offre lumière et joie.

Pour que chacune et chacun reçoive à travers cette citation, empruntée à Paul Valéry à propos de la danse, la sincère expression de mes vœux de lumière et de joie à l’occasion de la nouvelle année, il me fallait nécessairement offrir à vos âmes cette fête du corps.

Alors en voici une des plus belles : Aurore, Marianela Nunez, recevant l’hommage de ses prétendants dans le « Grand adage à la rose » du ballet de Marius Petipa, « La Belle au Bois Dormant ».

Puissent la grâce, l’équilibre, l’énergie, la légèreté et le sourire de cette merveilleuse étoile inspirer votre année 2021 !

Meilleurs vœux !

Vade retro 2020 !

Ludwig van Beethoven 1770-1827

Quel plus formidable ensorceleur pour exorciser 2020 et balayer enfin les derniers soubresauts maléfiques de l’an mauvais dans un impétueux tourbillon de musique, que le grand sorcier lui-même, né il y a 250 ans et quelques jours : Ludwig van Beethoven ?

Le frisson des quatuors de Beethoven vient en partie de la combinaison d’une difficulté virtuose et d’une intensité émotionnelle. Prescience de magicien, le Maître n’aurait-il pas écrit à dessein le dernier mouvement, « Allegro molto », de son Quatuor à cordes n°9 en Ut majeur, Op.59 ?

Pour le plaisir d’y croire :

– L’écoute du sémillant Quatuor ÉBÈNE :

– L’analyse de Laurent Mazliak, chercheur-musicien du Laboratoire de Probabilités, Statistique et Modélisation (hé oui !), rencontré au hasard d’une balade sur la toile :

C’est à l’alto que revient alors l’honneur de lancer le tourbillon qui vient. Ce thème impétueux,reprenant deux fois son souffle comme pour mieux concentrer ses forces se libère finalement de toutes ses entraves, et fonce droit devant lui, balayant tout sur son passage, repris en fugato par le second violon, puis le violoncelle et enfin le premier violon qui l’amène à un paroxysme où il va rester et culminer pendant quelques mesures avant de redescendre, de remonter en suivant un prodigieux échange des quatre instruments montant un thème sur une seule corde. Réexposition, il redescend encore, et il remonte pour ce qui semble être la dernière fois sur un bruissement sémillant du premier violon, alors que le second énonce un magnifique contre-chant. Le tout s’effondre dans un point d’orgue. Et ce n’est pas fini ! Relançant la machine toujours plus haut,toujours plus vite, transformant quatre musiciens en huit ou douze, le joyeux fracas est porté au sommet de son incandescence sur de bouillonnants arpèges d’ut majeur à l’unisson.

Vade retro 2020 !… Mais de belle manière !

Joyeux Noël 2020 !

Have yourself a merry little Christmas !

Have yourself a merry little Christmas
Let your heart be light
Next year, all our troubles will be out of sight
Have yourself a merry little Christmas
Make the Yuletide gay
Next year, all our troubles will be miles away

Once again as in olden days
Happy golden days of yore
Faithful friends who are dear to us
Will be near to us once more

Someday soon, we all will be together
If the fates allow
Until then we have to muddle through somehow
So have yourself a merry little Christmas now

Tristesse

Adieu tristesse,
Bonjour tristesse…

Tu n’es pas tout à fait la misère,
Car les lèvres les plus pauvres te dénoncent
Par un sourire.

Paul Eluard

Ψ

Triste é viver na solidão
Na dor cruel de uma paixão
Triste é saber que ninguém
Pode viver de ilusão
Que nunca vai ser, nunca vai dar
O sonhador tem que acordar

Sua beleza é um avião
Demais p’rum pobre coração
Que para pra te ver passar
Só pra me maltratar
Triste é viver na solidão.

Il est triste de vivre dans la solitude
Dans la douleur cruelle d’une passion
Il est triste de savoir que personne
Ne peut vivre d’illusions
Que cela ne sera jamais, ça ne marchera jamais
Le rêveur doit se réveiller

Ta beauté est un avion
Trop belle pour un pauvre cœur
Qui s’arrête pour te voir passer
Juste pour se flageller
Il est triste de vivre dans la solitude.

Objet : aide ménagère

Salut mon vieil ami !

Réjouis-toi ! J’ai enfin trouvé la perle rare dont tu rêvais. Tes tâches ménagères, pour lesquelles, comme nous le savons tous les deux, les fées ne t’ont doté d’aucun talent, vont désormais passer entre des mains expertes.

La jeune fille est charmante, pourrait-elle l’être plus ? Elle répond au délicat prénom d’Angelina que lui a donné son célèbre père d’opéra, Gioacchino Rossini. En vérité, elle s’appelle Isabel Léonard et affirme qu’elle est américaine et de mère argentine. Mais ne t’embarrasse pas de ces détails car elle prend aussi parfois des identités différentes, Dorabella, Zerlina, Charlotte ou encore Mélisande, entre autres. Rassure-toi, sa manie est sans danger, bien au contraire.

Les difficultés de son existence ne l’ont pas privée de son beau sourire, espiègle souvent, auquel, j’en suis persuadé, tu ne résisteras pas plus qu’à ses exubérances juvéniles. La vidéo que je joins à ce message devrait t’édifier sur ce point.

Ne te formalise pas des souillures de suie sur son tablier : la pauvre fille est astreinte à l’entretien de la cheminée familiale ; c’est d’ailleurs à travers les lueurs des flammes qu’elle fait voyager ses rêves. Ses sœurs, deux satanées chipies, l’ont même surnommée Cendrillon, ou plutôt, en italien, Cenerentola.

Comme tu le constateras, elle a pris l’habitude de chanter en travaillant. Et joliment, mon coquin, une superbe voix de mezzo. Certes son travail n’en souffre pas, mais les voisins ne résistent jamais au plaisir de venir l’écouter… Ça te fera de la visite, vieil ours !

Je me demande en rédigeant ces lignes si le Prince charmant qui sommeille en toi ne finirait pas par lui mettre la bague au doigt. Comble du paradoxe, c’est toi qui aurais ainsi trouvé chaussure à ton pied… (Facile ! Je sais.)

J’attends avec impatience tes impressions… peut-être un faire-part.
– Belle occasion en tout cas pour qu’Angelina entonne encore – qui s’en plaindrait ? – cette joyeuse et virtuose aria,
Non più mesta

Je ne resterai plus triste   (Non più mesta)

Je suis née dans les épreuves et les pleurs,
mon cœur a souffert en silence.
Mais par un délicieux enchantement,
dans la fleur de mon âge
avec la rapidité de l’éclair
mon sort a changé.
 
Non, non, non, non, essuyez vos larmes.
Pourquoi trembler, pourquoi ?
Accourez vers ce sein,
fille, sœur, amie,
vous trouverez tout en moi.
 
Je ne resterai plus triste, au coin du feu,
à chantonner seule, non !
Ah ! mes longs tourments
n’auront été qu’un éclair, un songe, un jeu.