« Adieu vive clarté de nos étés trop courts ! »

Paul Cézanne - L'Estaque les toits rouges - 1885
Paul Cézanne – L’Estaque, les toits rouges – 1885

Le plus beau temps du monde

L’été respire au bout de ce récif de toits,
L’été de ton amour plein de mélancolie,
L’été qu’on voit mourir un peu dans chaque jour
Qui roule jusqu’ici ses falaises de suie.
Églogue fatiguée, l’on entend la chanson
Très pure d’un oiseau au milieu du silence.
Regarde s’enfuir le plus beau temps de la vie,
Le plus beau temps du cœur, la mortelle saison
De la jeunesse aux noirs poisons. Voici la route,
Ce saut de feu dans le délire des cigales
Et de bons parapets pour reposer tes bras.
Dans le ciel campagnard meurt le maigre charroi,
S’envolent les décors barbares des passions :
Petits balcons de fer écumant d’églantines,
Escalades des murs titubants, dérision
Des dorures, outremer houleux des orages.
Tu ne reconnais plus ces folles mousselines
Dans tout ce bleu que fait resplendir sans raison
Chaque matin, parmi plusieurs enfantillages,
L’été de ton amour, la saison du bonheur.

Tu regardes s’enfuir le plus beau temps du monde.

Bruxelles 1900-1996
Bruxelles 1900-1996

Albert Ayguesparse 

(« Le vin noir de Cahors » – Seghers – 1957)

Biographie de l’auteur sur le site de

l‘ Académie de Langue et de Littérature Française de Belgique

Tu penses à quoi ?

Aimer quelqu’un, c’est le lire. C’est savoir lire toutes les phrases qui sont dans le cœur de l’autre, et en lisant le délivrer. C’est déplier son cœur comme un parchemin et le lire à haute voix, comme si chacun était à lui-même un livre écrit dans une langue étrangère.

Christian Bobin (« La lumière du monde » – Folio / Gallimard – 2003)

Heureux l’instant d’une improbable rencontre entre deux poètes sur la passerelle qu’ils ont construite sans le savoir, mot après mot, par-dessus le temps, l’espace, et leurs différences, pour parler d’amour !

Quand l’un affirme l’autre questionne, et pourtant tous les deux, dans le même souffle d’une sensibilité partagée, donnent sa vraie valeur à ce silence inquiet qui parfois prend place, un moment, entre deux amants.

N’est-ce pas dans la lisibilité de ces silences que s’inscrit la grandeur du sentiment ?

Théâtre des Champs Élysées – 1984

Tu penses à quoi ?
A la langueur du soir dans les trains du tiers monde ?
A la maladie louche ? Aux parfums de secours ?
A cette femme informe et qui pourtant s’inonde ?
Aux chagrins de la mer planqués au fond des cours ?

Tu penses à quoi ?
A l’avion malheureux qui cherche un champ de blé ?
A ce monde accroupi les yeux dans les étoiles ?
A ce mètre inventé pour mesurer les plaies ?
A ta joie démarrée quand je mets à la voile ?

Tu penses à quoi ?
A cette rouge gorge accrochée à ton flanc ?
Aux pierres de la mer lisses comme des cygnes ?
Au coquillage heureux et sa perle dedans
Qui n’attend que tes yeux pour leur faire des signes ?

Tu penses à quoi ?
Aux seins exténués de la chienne maman ?
Aux hommes muselés qui tirent sur la laisse ?
Aux biches dans les bois ? Au lièvre dans le vent ?
A l’aigle bienheureux ? A l’azur qu’il caresse ?

Tu penses à quoi ?
A l’imagination qui part demain matin ?
A la fille égrenant son rosaire à pilules ?
A ses mains mappemonde où traîne son destin ?
A l’horizon barré où ses rêves s’annulent ?

Tu penses à quoi ?
A ma voix sur le fil quand je cherche ta voix ?
A toi qui t’enfuyais quand j’allais te connaître ?
A tout ce que je sais de toi et à ce que tu crois ?
A ce que je connais de toi sans te connaître ?

Tu penses à quoi ?
A ce temps relatif qui blanchit mes cheveux ?
A ces larmes perdues qui s’inventent des rides ?
A ces arbres datés où traînent des aveux ?
A ton ventre rempli et à l’horreur du vide ?

Tu penses à quoi ?
A la brume baissant son compteur sur ta vie ?
A la mort qui sommeille au bord de l’autoroute ?
A tes chagrins d’enfant dans les yeux des petits ?
A ton cœur mesuré qui bat coûte que coûte ?

Tu penses à quoi ?
A ta tête de mort qui pousse sous ta peau ?
A tes dents déjà mortes et qui rient dans ta tombe ?
A cette absurdité de vivre pour la peau ?
A la peur qui te tient debout lorsque tout tombe ?

Tu penses à quoi ? Tu penses à quoi, dis ?
A moi ? Des fois ?…
Je t’aime !

Vive la joie… de jouer !

Je suis le contrebandier,
Et j’ai l’art d’inspirer le respect.
Je sais défier n’importe qui,
Et je ne crains personne.
Alors, vive la joie, vive la joie !

Tu peux toujours chanter ton arrogance, beau baryton de contrebandier, sur l’air enjoué que t’a composé Robert Schumann dans un de ses légers Spanisches Liederspiel (Lieder sur des poèmes espagnols), auquel il a donné ton nom (« Der Kontrabandiste »). Mais n’oublie pas de courir vite si tu ne veux pas qu’au terme de ta fuite éperdue une superbe gendarmette, juchée sur ses escarpins aux diaboliques talons de quatorze centimètres, ne te rattrape du bout des doigts…

A moins que, comme moi, tu ne choisisses de te rendre…

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La jeune fille et la mort : In memoriam

Si, comme on veut le lire en raccourci dans une sourate du Coran, tuer un homme c’est tuer l’humanité tout entière, alors, tuer un enfant, crime ultime, ne serait-ce pas, de surcroît, aller jusqu’à vouloir priver cette humanité de la possibilité même de sa renaissance ?

Nice - Promenade des Anglais (vers 1970)
Nice – Promenade des Anglais (vers 1965)

Puisse ce lied de Schubert, interprété dans l’intimité de leur salon, par deux des plus merveilleux artistes lyriques du XXème siècle, à l’automne de leurs vies, m’aider à exprimer toute ma compassion envers les habitants d’une ville, Nice, qui abrite à chaque coin de ses rues un de mes souvenirs d’enfance, d’adolescence, de jeunesse ou de maturité. Il n’est pas rare, encore aujourd’hui, à chacune de mes visites, que d’une fenêtre ou d’une autre un ami me salue…

Que ce chant sensible nous aide à ne pas attendre les dernières lucidités de la vieillesse pour nous apercevoir que le plus juste et le plus beau symbole de la vie c’est sans conteste l’enfance ! Quel trésor est-il plus digne de nos égards et de notre protection ?

La jeune fille

Va-t’en ! Ah ! va-t’en !
Disparais, odieux squelette !
Je suis encore jeune, va-t-en !
Ne me touche pas !

La Mort

Donne-moi la main, douce et belle créature !
Je suis ton amie, tu n’as rien à craindre.
Laisse-toi faire ! N’aie pas peur,
Viens doucement dormir dans mes bras !

Lied de Schubert : « Der Tod und das Mädchen » (La jeune fille et la Mort)

Júlia Várady & Dietrich Fischer-Dieskau

Das Mädchen

Vorüber! Ach, vorüber!
Geh, wilder Knochenmann!
Ich bin noch jung, geh Lieber!
Und rühre mich nicht an.

Der Tod

Gib deine Hand, du schön und zart Gebild !
Bin Freund, und komme nicht, zu strafen.
Sei gutes Muts! ich bin nicht wild,
Sollst sanft in meinen Armen schlafen !

Lire, la belle affaire ! Mais le livre…!

liseuse

Un livre doit remuer des plaies, en provoquer même. Un livre doit être un danger.

Cioran (Ébauches de vertige)

Cyril De la Patellière - La liseuse - Gap
Cyril De la Patellière (Né en 1950) – La liseuse – Gap – place Alsace-Lorraine

Mais il est bon que la conscience porte de larges plaies, elle n’en est que plus sensible aux morsures. Il me semble d’ailleurs qu’on ne devrait lire que les livres qui vous mordent et vous piquent. Si le livre que nous lisons ne nous réveille pas d’un coup de poing sur le crâne, à quoi bon le lire ? Pour qu’il nous rende heureux, comme tu l’écris ? Mon Dieu, nous serions tout aussi heureux si nous n’avions pas de livres, et des livres qui nous rendent heureux, nous pourrions à la rigueur en écrire nous-mêmes. En revanche, nous avons besoin de livres qui agissent sur nous comme un malheur dont nous souffririons beaucoup, comme la mort de quelqu’un que nous aimerions plus que nous-mêmes, comme si nous étions proscrits, condamnés à vivre dans des forêts loin de tous les hommes, comme un suicide — un livre doit être la hache pour la mer gelée en nous. Voilà ce que je crois.

Franz KafkaExtrait d’une lettre à Oskar Pollak (Janvier 1904)

Affair On Eighth Avenue

How long can a moment like this belong to someone ?

8th-avenue-chelsea-manhattan-new-york-city-bokeh-hd-wallpaperVielle histoire, intemporelle et si banale, que cette « aventure sur la 8ème Avenue » à Manhattan ! Celle de l’éternelle rencontre : un homme, une femme, des doigts qui s’entrelacent « comme rubans de lumière », l’intense émotion réciproque d’un amour partagé d’où s’échappent des rêves fous et audacieux que la réalité s’empresse de dissiper, la persistance troublante d’un parfum, la caresse d’une chevelure défaite, des « pourquoi » sans réponses, un souffle de mélancolie… Et puis, un brin de poésie, une guitare pour escorter la nostalgie, et la voix, de loin venue, qui toujours se souvient…

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Et maintenant nuit…

Henri Berssenbrugge (1873-1959) - Calèches dans la nuit 1910-1920
Henri Berssenbrugge (1873-1959) – Calèches dans la nuit 1910-1920

Et maintenant nuit
Qui vient étoilée,
Et lune qui luit
Dans le ciel montée,

C’est dans le sommeil
La vie qui se tait,
Lumières qui veillent
Aux maisons fermées,

Rideaux descendus
Et volets baissés,
Et pavés à nu
Lors tus et muets.

Or silence en l’ombre,
Finie la journée,
C’est le jour allé
Comme nef qui sombre,

Et le fleuve au loin
Là-bas et qui chante
En les heures lentes,
Puis dans l’air marin

Le vent lors aussi
Suivant sa coutume,
Sur les toits qui fument
Qui passe transi.

Or comme il en est
Lors des choses dites,
En l’oubli qui naît
Des heures allées,

Dans le temps donné
Que la vie nous quitte,
En la rue tacite,
C’est la nuit qui paît,

Dans ta rue Saint-Paul,
Celle où tu es né,
Un matin de Mai
À la marée haute,

Dans la rue Saint-Paul,
Blanche comme un pôle,
Et dont tu fus l’hôte,
Pendant des années.

Max Elskamp (1862-1931) - bronze par A-J Strymans
Max Elskamp (1862-1931) – bronze par A-J Strymans

Amour ? Espérance ?…

Le grand malheur de cette société moderne, sa malédiction, c’est qu’elle s’organise visiblement pour se passer d’espérance comme d’amour ; elle s’imagine y suppléer par la technique, elle attend que ses économistes et ses législateurs lui apportent la double formule d’une justice sans amour et d’une sécurité sans espérance.

Georges Bernanos (1888-1948)
Georges Bernanos (1888-1948)

Conférence aux étudiants brésiliens – Rio – 1944
(in « Essais et écrits de combats » – La Pléiade)

L’actualité cinglante d’une pareille sentence, 70 ans après les déflagrations qui l’ont sans doute, pour partie, sinon inspirée, du moins renforcée, est plus accablante encore qu’il n’y paraît, car, outre le redoutable rappel de nos vices et de nos carences, elle constitue un terrible témoignage de notre tragique incapacité à apprendre de nos désespoirs vaincus, à grimper, pour grandir, sur les ruines de nos bassesses passées, à libérer du tréfonds de nos cœurs la part, aussi infime soit-elle, de l’enfant que pourtant nous ne pouvons cesser d’être.

Mourir à Buenos Aires, « tangamente »

Depuis toujours, il y a quelque chose qui me plaît à Buenos Aires. Qui me plaît tellement que je n’aime pas que cela plaise à d’autres. Voilà, c’est un amour jaloux.

Jorge-Luis Borges

Cité par Mario Paoletti et Pilar Bravo dans « Borges verbal » (1999)

Ω

tango

Je sais, cher Monsieur Borges, vous n’aviez pas une énorme estime pour le tango chanté. Vous dont l’oreille et le cœur se délectaient bien plus voluptueusement des sonorités acides de ce tango brut qui faisait danser les faubourgs chauds de Buenos Aires dans les grincements et les gémissements de la fin du siècle qui vous a vu naître. Ce tango des origines où les couples décidaient d’un regard de se rapprocher dans une milonga de Vicente Greco, enchevêtrant les indécences de leurs pas aux craquements d’un plancher de bordel, pendant que dans la venelle voisine des rivaux gominés s’étripaient au rythme lointain d’un vieux violon usé par le voyage.

Astor Piazzolla (1921-1992)

J’aime à croire, pourtant, que l’amoureux jaloux de Buenos Aires que vous n’avez jamais cessé d’être, n’est pas demeuré insensible au charme pénétrant de ces voix de femmes qui vont chercher au fond de leur âme les accents de la désespérante nostalgie qui imprègne magnifiquement les faubourgs de votre chère cité. N’auraient-elles donc jamais fait frissonner votre échine ces voix fondantes de sensualité d’une Amelita Baltar ou d’une Susanna Rinaldi, apostrophant la mort d’un murmure ou d’un cri à travers la plainte élégiaque du bandonéon d’Astor Piazzolla ?

Nouvelles et sous d’autres noms, d’autres voix chantent encore aujourd’hui la mort dans les balbutiements du jour portègne : mourir à Buenos Aires, « tangamente », « à l’heure où meurent ce qui savent mourir ».

JorgeLuisBorges
Jorge-Luis Borges (1899-1986)

Il me plaît, Cher Maître, si, depuis le lointain séjour que vous partagez avec vos amis Dante et Cervantès, vous entendez Sandra Rumolino chanter la « Balada para mi muerte » — tout droit venue de la communion artistique du poète Horacio Ferrer et du génial Astor Piazzolla — à vous imaginer avançant légèrement le buste vers le pommeau de la cane où vos deux mains se joignent, en signe discret de votre satisfaction.

Et quels musiciens pour l’accompagner ! N’est-ce pas ?

Ballade pour ma mort

Je mourrai à Buenos Aires au lever du jour.
Je rangerai tranquillement les choses de ma vie ;
Mon humble poésie d’adieux et de combats,
Mon tabac, mon tango, ma poignée de spleen,
Je poserai sur mes épaules le manteau de l’aube
Toute entière

Je ne boirai pas mon avant-dernier whisky ;
Ma mort, ivre d’amour, arrivera comme un tango,
Je mourrai, juste quand sonneront six heures.
Puisque Dieu aujourd’hui ne songe plus à moi,
Je marcherai vers l’oubli rue de Santa Fé,
Jusqu’à l’angle où tu m’attends déjà,
Tout enveloppé de tristesse jusqu’aux pieds !
Serre-moi très fort, j’entends au fond de moi
Des trépas, des trépas anciens,
Agressant ce que j’aime
Partons mon amour…
Le jour va naître…
Ne pleure pas !

Je mourrai à Buenos Aires au lever du jour,
À l’heure où meurent ceux qui savent mourir ;
Dans mon silence flottera le spleen parfumé
De ce vers que je n’ai jamais pu te dire.
Par les rues, je marcherai longtemps…
Et là-bas, place de France,
Comme les ombres échappées d’un ballet fatigué,
Répétant ton nom dans une blanche rue
Les souvenirs me quitteront sur la pointe des pieds.
Je mourrai à Buenos Aires au lever du jour.
Je rangerai tranquillement les choses de ma vie ;
Mon humble poésie d’adieux et de combats,
Mon tabac, mon tango, ma poignée de spleen,
Je poserai sur mes épaules le manteau de l’aube
Toute entière ;
Je ne boirai pas mon avant-dernier whisky ;
Ma mort, ivre d’amour, arrivera comme un tango,
Je mourrai juste quand sonneront six heures.
Quand sonneront six heures.
Quand sonneront six heures.

Traduction : Françoise Thanas

Vous souvenez-vous de la grande Susanna Rinaldi, en 1979, chantant, en français, cette Ballade pour ma mort ? N’était-elle vraiment pas parvenue déjà à infléchir votre jugement, malgré une petite incartade vers quelques mesures « jazzy » ?

Du vin, par Bacchus !… Mais du bon !

Si, comme j’en suis persuadé, les plaisirs, en général, n’atteignent à leur vraie dimension que dans le partage, que dire alors du plaisir du vin ? Lui qui ne prend son sens véritable que dans la convivialité et l’échange.

Aussi, quand j’ai rencontré ce petit texte de Charles Monselet à la gloire des vins de France — et des meilleurs, parbleu ! — aussi joliment et justement dit par Alain Carré, je n’ai eu de cesse de l’illustrer par une petite diaporama pour spécialement l’offrir, à la manière d’un verre levé dans leur direction, à quelques uns de mes amis qui savent du vin autant qu’ils l’aiment et le font aimer.

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La voix…

Rien n’est beau comme la voix humaine quand elle est belle.

Laure Conan (1845 – 1924)

Belle au point parfois d’en devenir « inhumaine » !… La question, dès-lors, est inévitable : « D’où viennent ces voix inhumaines ? »

Mathieu Amalric — acteur-réalisateur que nous retrouvons toujours avec plaisir sur nos tréteaux ou nos écrans — s’est interrogé pour nous. Depuis longtemps investi dans la réalisation de courts-métrages, il a guidé sa caméra et son micro dans la laborieuse intimité d’une merveilleuse chanteuse canadienne (et directrice d’orchestres), particulièrement engagée à servir les compositeurs contemporains : Barbara Hannigan. Une voix rare !

« D’où, dans le corps, la troublante anomalie du chant prend-t-elle sa source, sa douceur et sa puissance ? La vibration, l’air, le son… Est-ce qu’entre le cri du bébé, l’envoûtement de la berceuse, l’effroi de l’héroïne hitchcockienne sous la douche, la respiration au travail ou les râles de la jouissance, Barbara Hannigan me soufflerait-elle la voie ?… » Ainsi le réalisateur exprime-t-il sa curiosité.*

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Son cœur…

Si la poésie ne vous aide pas à vivre, faites autre chose. Je la tiens pour essentielle à l’homme autant que les battements de son cœur.

Pierre Seghers - crédit photo Robert Doisneau

In « Le temps des merveilles » – 1978

Pierre Seghers (Paris, 1906 – 1987)

Si l’on me parle d’un homme du XXème siècle qui a profondément aimé la poésie au point de lui consacrer sa vie, qui l’a servie avec un dévouement total, et qui s’en est servie, aux temps sombres de la France, comme une arme habile et souple de résistance à l’ennemi, je sais, assurément, qu’on me parle de Pierre Seghers.

Plaque commémorative au 228 Bd raspail à Paris
Plaque commémorative – 228 Boulevard Raspail à Paris

Poète engagé, parolier, « éditeur des poètes du monde entier », il aura nourri sa passion pour les poètes et la poésie en fortifiant sans cesse sa généreuse ambition de mettre leurs recueils entre les mains du plus grand nombre, et leurs poésies dans tous les cœurs de ces apprentis découvreurs.

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Plus Minus Zero

plusminuzero   Plus ou moins zéro, c’est, dans la gradation Celsius des températures, le point de rencontre du solide et du liquide, ce point d’échange particulier où la terre ferme devient fine pellicule de glace, comme au Groenland, par exemple. A ce point, le quotidien est tenaillé entre conditions naturelles extrêmes et isolement social, limite ténue où la vie et la mort ne tiennent qu’à la simple mutation du signe.

Svetlana Zakarova & Vladimir Varnava - Pas de deux "Plus-Minus-Zero" - © Photo Jack Devant
Svetlana Zakharova & Vladimir Varnava – Pas de deux « Plus-Minus-Zero » –
© Photo Jack Devant

N’est-ce pas également à cette subtile inversion de sens que tient le fragile équilibre de la relation du couple ? Oscillation continue du point de convergence de deux solitudes entre un plus fusionnel et un moins fissionnel.

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Dialogue au coin du bois

Patrick Notley2 (photographe autiste)

Mais qu’est-ce qui t’intéresse ?

Photographie de Patrick Notley

Qu’est-ce qui m’intéresse ?
Ce qui provoque mon accroissement
Ce qui me renouvelle et m’augmente.

Paul Valéry (Cahiers)

Ψ

Ces photos – ainsi que d’autres de même qualité – circulent depuis un bon moment comme étant d’un certain Patrick Notley, mystérieux photographe allemand, autiste. Les spécialistes considèrent qu’il s’agirait plus vraisemblablement d’un attentionné collectionneur et diffuseur d’images prises par d’autres photographes très talentueux.

L’arbre de l’oubli

Dante, pourquoi dis-tu qu’il n’est pire misère
Qu’un souvenir heureux dans les jours de douleur ?
Quel chagrin t’a dicté cette parole amère,
Cette offense au malheur ?

Alfred de Musset (« Souvenir »)

Arbre étrangeComme il est bon, quand la vie, parfois, décide de faire la mauvaise tête,  voire, certains jours, de nous bousculer un peu fort du côté du cœur,  d’aller se réfugier sous « l’arbre de l’oubli ».

Là, au moment apaisé où nos paupières s’abandonnent, il n’est pas rare qu’une petite mélodie toute simple, mais si douce, vienne tournoyer autour de nos chagrins. Les branches, même dépouillées par les vents froids de l’hiver, la gringottent pour nous. Comme les cordes de mille guitares leurs brindilles desséchées donnent la sérénade à l’âme alanguie.

Une invite à l’oubli !

Alberto Ginastera (argentine 1916-1983) – transcription pour deux guitares d’une Milonga (Canción al árbol del olvido) composée initialement pour piano.

Mais, soyons vigilants, car il arrive quelquefois, sous cet arbre, que l’on oublie d’oublier.

Poésie de Fernán Silva Valdés (Argentine 1887-1975)

Sur ma terre il y a un arbre
Qui s’appelle l’arbre de l’oubli
Où vont se consoler,
Petite vie,
Les moribonds de l’âme.

Pour ne pas penser à toi,
Sous l’arbre de l’oubli
Je me suis couché une nuit,
Petite vie,
Et je m’y suis bien endormi.

Et au sortir de mon rêve,
Une fois encore je pensais à toi,
Car j’ai oublié de t’oublier,
Petite vie,
Quand je me suis couché…

En mi pago hay un árbol,
Que del olvido se llama,
Donde van a consolarse
Vidalita,
Los moribundos del alma.

Para no pensar en vos,
En el árbol del olvido,
Me acosté una nochecita,
Vidalita,
Y me quedé bien dormido.

Al despertar de aquel sueño
Pensaba en vos otra vez,
Pues me olvidé de olvidarte,
Vidalita,
En cuantito me acosté.